OSMANLI

OTTOMANS

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Quand toutes les troupes marocaines se rassemblèrent à leurs postes désignés, le son lointain des tambours et des trompettes royaux commença à atteindre leurs oreilles, annonçant l’arrivée du Chérif en personne. « ‘Abd al-Malik, » écrit Bovill, « chevaucha lentement sur le champ de bataille, monté sur un magnifique char, précédé de tambours et suivi de trompettistes, tous chevauchant des étalons gaiement caparaçonnés. Au-dessus de sa tête était porté le parapluie de pourpre et d’or, un symbole de redevance emprunté, comme le reste de l’apparat qui l’entourait, des Turcs. Il était porté par un Peik vêtu de sa splendide coiffe jaune avec une aigrette de plumes d’autruche. Devant le Chérif, il y avait cinq porte-drapeaux portant chacun la bannière verte et sacrée ( ?) de l’Islam… Derrière, on pouvait voir les plumes inclinées de l’escorte des Péiks et des Solaks. Puis vint la garde du corps royal de deux cents Beleberdouch avec leurs coiffures gaies et leurs hallebardes dorées, commandées par Kaid Moussa. De chaque couleur et d’ombre, les unes en soie, les autres en velours, brodées d’or ou de brocart d’or, les drapeaux étaient en grand nombre et donnaient un air de gaieté et de splendeur à l’armée des cavaliers vêtus de robes. »[1]

Pour plusieurs des milliers de soldats sur le défilé, l’apparat et la musique étaient assez familiers. Mais aujourd’hui toute l’armée était agitée au son des tambours et des trompettes qui descendaient des rangs annonçant que le Chérif, malgré sa maladie, prendrait lui-même le commandement.[2]

Ce fut seulement quand il s’approcha que les hommes commencèrent à se rendre compte de la véritable émotion de la scène. Ils virent le visage gris cendre d’un homme mourant. Ses bras étaient presque paralysés et il était évident que ceux qui l’entouraient craignaient qu’il ne tombe à tout moment de la selle. [3]

Le Chérif savait que ses médecins avaient désespéré de son rétablissement ou même de sa survie pour quelques heures de plus peut-être. Néanmoins, il avait tiré son corps douloureux de la litière et s’était fait porter à son cheval et attaché à la selle avec une agonie qu’il était le seul à savoir. Mais il savait aussi qu’en ce jour, sur la question dont dépendait le sort du Maroc, le besoin de son peuple pour son chef n’avait jamais été aussi grand.[4] Il traversa lentement les rangs et, élevant sa voix autant que sa force de reflux permettait, dans son discours il dit entre autres : «Votre valeur, soldats, et la juste cause qui vous met les armes à la main, n’exigent pas de moi que j’ouvre la bouche pour vous faire combattre. Vous êtes ceux qui, toujours sous mon commandement, ont accompli la victoire. Les ennemis en face de nous sont ces mêmes Portugais que vos ancêtres ont souvent vaincus. Les Allemands et les Italiens qu’ils ont apporté pour leur soutien ne devraient pas vous effrayer puisque je les ai combattus dans le passé. Nous serons victorieux parce que le droit est de notre côté. Nous vivions paisiblement dans nos maisons, nous n’avons attaqué personne ; nous étions heureux de nos vies, sans désir de prendre la richesse de qui que ce soit cependant, les ennemis de nos lois vinrent d’endroits éloignés non seulement pour prendre mon royaume mais aussi pour enlever votre liberté et pour vous tuer. Croyez-vous vraiment qu’ils veulent mettre au pouvoir (Moulay) Mohammed, un homme qui n’est pas de leur foi, par amitié, quelque chose qui leur est inconnu ? Croyez-vous qu’ils font cela en risquant une mort certaine. Leur soif d’or et ce que vous possédez est ce qu’ils veulent ; la convoitise du pouvoir est ce qui a amené le roi portugais… à envahir notre royaume, à lui infliger la destruction, la ruine et la dévastation pour tous. Vous êtes au courant de la tromperie, alors vous devez vous battre avec ce que vous valez ; vous battre pour une cause juste ; vous battre pour vos familles, vous battre pour conserver votre liberté ; Battez-vous pour votre honneur ! Gagnant ou perdant, nous gagnerons le paradis.[5] »

Le roi voulut en dire plus, mais son armée répondit avec ferveur pour être immédiatement menée au combat.[6] Tous, maintenant, selon Fray Luis Nieto, étaient comme des lions ; ils voulaient tous se battre et mourir sous son commandement.[7] Même ceux qui avaient pensé à l’abandonner s’avancèrent et, avec beaucoup d’affection, embrassèrent ses pieds avec une grande révérence.[8]


Après avoir terminé son inspection, le Chérif, accompagné de son entourage de Vizirs, de fonctionnaires de la cour et entouré de son escorte et de son garde du corps, prit position derrière l’infanterie et devant la grande masse de cavalerie à l’arrière. Il convoqua alors les principaux commandants de son armée à qui il fit un bref discours. Il leur assura de nouveau sa confiance dans une grande victoire sur les chrétiens mais il ajouta un avertissement des conséquences désastreuses qui attendaient quiconque parmi eux manquerait à son devoir. Son discours fut écourté par leurs acclamations et leurs demandes d’être conduit directement dans la bataille.[9]

 

Un peu à l’écart, le roi Sébastien prit également le terrain, chevauchant dans son magnifique carrosse et portant un casque ciselé et richement damasquiné, une nouvelle armure et par-dessus, le magnifique tabard en soie de Saint-Louis. A ses côtés était l’épée d’Alphonse Henriques, le fabricant du Portugal, qu’il avait empruntée au couvent de Santa Cruz à Coimbra.[10]

Derrière lui venait l’étendard royal de la maison d’Aviz. Les grands seigneurs du Portugal l’accompagnaient, beaucoup dans une armure si splendide qu’elle semblait appartenir plus proprement à la carrière que le champ de bataille. Parmi eux se trouvaient le duc d’Aviero, qui montait le carrosse royal, Don Antonio, le jeune comte de Vimioso et le jeune duc de Barcellos dans son propre carrosse doré. Près du roi était l’ambassadeur d’Espagne, Juan de Silva, et le nonce apostolique, Alexandre Formento. Derrière eux venaient le reste des nobles et des fidalgos, parmi lesquels se trouvaient de nombreux jeunes aristocrates dont les parents les avaient envoyés sur ce qu’ils espéraient être une aventure aussi riche en gloire que sans risque sérieux. Les fronteiros à cheval de la garnison de Tanger fournirent l’escorte royale et complétèrent une image de grande splendeur.[11]

 

Sebastian s’adressa à son armée. Son discours nous est rapporté par les contemporains portugais Joachim de Centellas et l’espagnol Luis Nieto, dont sont extraits ceci : « C’est à cette heure mes amis que le nom des armes de vos ancêtres doit non seulement ébranler vos sens mais aussi votre courage de courir contre ces barbares infidèles… Nous vengeons seulement les insultes (d’eux) au Tout-Puissant et de maintenir la paix entre les peuples qui vivent sous notre domination dans de nombreux pays et que nous essayons de défendre nos frontières contre leurs incursions répétées… »[12] (Exactement le même discours que nous entendons de jours pour justifier les massacres de musulmans : Maintien de la paix et défenses des frontières !)

Le roi exhorta alors les soldats à affronter la mort avec courage pour le service de Dieu et la sainte foi chrétienne. Il promit des faveurs spéciales à tous ceux qui devraient se distinguer par leur courage ainsi que l’aide divine et qu’il tenait de grands espoirs de son Dieu dans son cœur de chrétien zélé.[13]

Tout comme le roi, les évêques, le commissaire à la sainteté apostolique et bien d’autres membres du clergé présents firent également de même, exhortant les soldats à s’offrir de tout leur cœur pour la défense de la sainte foi catholique.[14] Et ainsi passa toute la matinée jusqu’à environ 11 heures.
Le clergé se retira alors et rejoignit le reste des non-combattants dans le carré d’infanterie. Sebastian ordonna alors à son armée d’avancer.[15]

 

La narration qui suit de la bataille par Bovill bien qu’elle contienne des points et des faits très intéressants est aussi trompeuse car il ne la raconte que du point de vue portugais et énonce des faits contredits par ceux qui étaient présents sur la scène et d’autres contemporains comme De Centellas, Fray Luis Nieto, etc. Là où il y a un problème, évidemment, c’est que divers auteurs d’acomptes étaient dans différentes parties et ainsi les narrations tendent à différer dans beaucoup de points de détail. Il est donc impossible à quiconque, comme aujourd’hui, d’offrir la succession précise des événements de la bataille excepté chez les auteurs musulmans et nous avons rapporté les détails de cette bataille dans notre volume II, de l’Abrégé de l’Histoire du Maghreb et de l’Andalousie. Je vous rappelle que le volume actuel ne fait référence dans sa vaste majorité qu’aux sources non-musulmanes.

La narration suivante est une sorte de compilation de toutes ces sources cherchant à être aussi proche des faits que possible.

 

 

 

 

[1] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 123-4.

[2] Bovill; p. 124.

[3] Bovill; p. 124.

[4] Bovill; pp. 124-5.

[5] Relation de Franchi Conestaggio; op cit; pp. 554-5.

[6] Relation de Franchi castenaggio in de Castrie (France I); p. 555.

[7] Relation de Fray Luis Nieto; op cit; p. 485.

[8] Relation de Fray Luis Nieto; p. 485.

[9] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 125.

[10] Bovill; p. 125.

[11] Bovill; p. 125.

[12] Relation de Joachim de Centellas; in H. De Castries: SIHM: (France I); pp. 431-2.

[13] Relation de Fray Luis Nieto; op cit; p. 484

[14] Relation de Fray Luis Nieto; p. 484

[15] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 126.

 

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