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OTTOMANS

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Les descriptions de Bovill et de Fray Luis Nieto

 

La description de Fray Luis Nieto, compilée la même année que la bataille, bien qu’extrêmement riche à bien des égards, échoue quand il s’agit de la description de la bataille, manque de clarté et de précision, par exemple en appelant Wadi al-Makhzen, Wadi Larache. La description de Bovill du plan de bataille, parce que s’appuyant sur les nombreux récits qu’il utilise est beaucoup plus claire et plus riche. Bovill, écrivant à notre époque moderne, bénéficie également de l’aide technique que la modernité peut se permettre. Le récit de Fray Nieto contient cependant des informations de premier ordre, impossibles à trouver nulle part ailleurs, outre, bien sûr, son honnêteté beaucoup plus grande, montrant beaucoup plus de respect pour les Marocains que n’importe quel historien moderne. Même quand il s’agit de la description du plan de la bataille et des armées impliquées tandis que Bovill, comme on l’a déjà noté plus haut, montre son hostilité envers les Marocains, bien sûr, en exagérant leurs forces, que ce soit en termes d’hommes ou d’artillerie. En ce qui concerne ce dernier, par exemple, si Bovill fait référence à 34 pièces d’artillerie marocaines[1] Nieto n’en fait que 26.[2]

 

Tout d’abord, il vaut la peine de commencer par la description du plan de bataille de Bovill, qui comprend également de nombreuses notes explicatives qui le rendent plus clair.
Contre une force mixte de cavalerie et d’arquebusiers, il fallait combiner le brochet et l’arquebuse. ‘Abd al-Malik était connu pour avoir des arquebusiers ainsi que la cavalerie et Sebastian avait à juste titre combiné des piques et des arquebuses dans son corps expéditionnaire. Telles étaient les considérations qui guidaient le conseil dans l’usage des troupes dont il disposait.
Avoir utilisé l’arsenal déployé habituellement contre un si grand corps de cavalerie, comme l’affrontaient maintenant les Portugais sur un champ si favorable au cheval, aurait été désastreux. Les Marocains auraient percé la ligne et l’auraient enveloppée depuis les flancs. Il fut donc été judicieusement décidé au conseil d’employer un alignement qui a souvent été utilisé en Afrique dans la mémoire des vivants et qui, à la fin du seizième siècle, était parfois utilisé par de petits corps de piquiers contre la cavalerie. C’était le carré d’infanterie ou, pour employer un terme militaire moderne, la défense globale.

Quand les chefs quittèrent le dernier conseil de Sebastian, ils partirent pour organiser l’armée en conséquence. Le poste d’honneur, centre des trois régiments formant l’avant-garde, fut assigné au choix des formations portugaises, les 2500 aventuros, commandés par Alvaro Pires de Tavora, frère de Christoväo de Tavora. Aux aventuros, en tant que centre de l’avant-garde, tomba l’honneur d’ouvrir l’engagement face au feu de l’artillerie et de repousser les contre-attaques frontales.

Sur la droite des Aventuros était le régiment des Allemands et des Wallons, fort de 3000, sous Martin de Bourgogne. Eux aussi devaient s’acquitter de la distinction attendue des troupes qui avaient vu beaucoup de durs combats dans les Pays-Bas. La lettre qu’Aldana avait apportée à Sébastien d’Alva lui avait conseillé de placer des arquebusiers sur ses flancs. A l’instar des Allemands, il y avait des arquebusiers sous Hercule de Visa, le second de Stukeley. A gauche des aventuros se trouvait un régiment composite de 2000 Castillans sous Alfonso de Aguilar et les 600 troupes papales sous Stukeley lui-même. Il y avait aussi sur ce flanc un détachement d’arquebusiers sous Luiz de Godoij.

Dressés derrière les régiments de flanc de l’avant-garde et formant les deux côtés du carré, se trouvaient deux régiments d’infanterie portugaise. Le régiment de droite était commandé par Vasco de Silveira et celui de gauche par Diego Lopez de Sequeira. Entre les deux était le grand carré d’infanterie qui dû couvrir plusieurs acres. Il y avait là des chauffeurs non-combattants, des hommes de service, des esclaves, des prêtres et des femmes, mêlés aux wagons, aux carosses et à des milliers d’animaux de transport. Dans les wagons se trouvaient les réserves de stocks militaires et l’impedimenta du roi, des nobles et des fidalgos.

Le quatrième côté du carré, l’arrière-garde, était composé de trois régiments. Le centre était composé de deux bataillons d’arquebusiers. À leur droite se trouvait un régiment portugais sous Francisco de Tavora et à leur gauche un autre sous Miguel de Norohna. Ces deux régiments de flanc de l’arrière et peut-être aussi le troisième au centre, étaient en grande partie constitués d’aventuros dont le manque d’expérience militaire, comme celui de leurs camarades particulièrement honorés en avant-garde, était en partie compensé par quelques connaissances de l’usage des armes et des nobles traditions qu’ils tenaient à défendre. L’arrière-garde, comme l’avant-garde, était flanquée d’ailes de « tir. » Sebastian renforça sa position. Il ne s’entoura pas de chariots à bagages mais en plaça une ligne garnie d’arquebusiers de chaque côté de la place comme protection latérale contre la cavalerie chargeante. Cela eut pour effet de ne laisser ouvert à l’attaque directe que les avant-gardes et les arrière-gardes tout en offrant une protection supplémentaire sur les flancs là où elle était la plus nécessaire. C’était probablement pourquoi les pires troupes avaient été assignées aux flancs ou aux côtés du carré.

Plus loin sur les flancs, au-delà des chariots protecteurs, se trouvait la cavalerie, divisée en deux régiments de peut-être un millier chacun. Les meilleurs de ces escadrons étaient les premiers à droite qui étaient les fronteiros à cheval de la garnison de Tanger, dont le chef, Duarte de Meneses, était à leur tête. Derrière lui, d’autres escadrons commandés par le duc d’Aveiro. Moulay Mohammed, avec ses 250 cavaliers et ses deux cents arquebusiers à cheval, était encore plus loin sur ce flanc. La cavalerie du flanc gauche semble avoir été directement sous le roi, mais il fut si insignifiant avec eux pendant la bataille qu’ils durent avoir leur propre commandant bien que son nom n’ait pas survécu. La formation qu’il choisit fut incontestablement la meilleure.

L’artillerie fut établie, selon la pratique actuelle, devant l’avant-garde et commandée par Pedro de Mesquita. Son but principal était donc de secouer l’ennemi en marche et de briser l’impact de l’assaut initial avec sa première salve. Pour cette raison, les canons étaient généralement placés devant une armée. Telles étaient la formation et les dispositions de l’armée chrétienne, conçues avec prévoyance et habileté.[3]

 

L’armée marocaine était organisée comme suit : Les 8000 fantassins étaient en formation de croissant dans trois longs rangs, avec de grands corps de cavalerie sur chaque flanc. Cela était conforme à la coutume générale des armées de l’Orient qui préféraient une attaque en forme de cor (croissant) destinée à déborder et à envelopper l’ennemi avant le début de l’assaut frontal. Elle était très populaire auprès des Turcs de qui le Chérif avait appris.

Le premier rang de l’infanterie était composé des 3000 Andalous sous Ed Deghali. Les renégats, sous la direction de Mohammed Taba, étaient dans le rang moyen. Derrière eux se trouvaient les 5000 troupes locales, Guezoula et Zouaoua ou Zouaves.

A chaque corne de cet immense croissant se trouvait un corps de cinq mille cavaliers, les Espahis ou Spahis, comme les appelaient les Turcs. Le reste de la cavalerie maure, peut-être jusqu’à vingt-cinq mille hommes, commandés par le frère du Chérif, Moulay Ahmad, étaient rassemblés dans des corps séparés à l’arrière de l’infanterie, prêts à galoper pour flanquer l’armée chrétienne. Remarquables parmi eux, les Lamt, nomades du Sahara, portant de grands boucliers de la peau convoitée de la gazelle addax du désert. La cavalerie était armée de cimeterres, à l’exception des mille arquebusiers montés d’Osian qui étaient divisés en deux corps, un à chaque corne du croissant. Les trente-quatre canons formant le train d’artillerie maure étaient, comme ceux de Sébastien, dressés devant l’armée mais sur un terrain légèrement surélevé et camouflés de branches.[4]

 

 

 

 

[1] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 111.

[2] Relation de Fray Luis Nieto; op cit; p. 486.

[3] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 117-20.

[4] Bovill; pp. 121-2.

 

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