OSMANLI

OTTOMANS

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‘Abd al-Malik était un homme grand, courageux et honnête, insiste le chroniqueur italien contemporain Conestaggio. Il ne cherchait dans son armée que ceux qui voulaient vraiment se battre et laissait la porte ouverte à ceux qui cherchaient à abandonner les rangs pour partir librement plutôt que de rester avec lui et d’être un fardeau. Il choisit 3000 parmi ceux dont il avait des doutes, et leur donna l’ordre d’aller reconnaître et harceler les chrétiens campés à l’extérieur d’Arzila. De cette façon, il leur laissa entendre que si leur intention était de quitter la bataille, ils étaient libres.[1] Ces hommes, cependant, confiés à une telle tâche l’exécutèrent comme ordonnés. Seuls quelques-uns passèrent dans le camp chrétien. Le corps, à la place, divisé en petits groupes, attaqua les positions avancées des chrétiens, tuant les traînards, qu’ils trouvèrent errant au-delà des tranchées protectrices et gardèrent les envahisseurs dans un état constant d’appréhension.[2]

 

Les Portugais, toutefois, étaient dans une position forte. Leur camp était fortifié de manière adéquate, protégé par la mer et une ville amicale, tandis que leurs transports côtiers étaient ancrés. Pourtant, lorsque les assaillants de ‘Abd al-Malik ​​envoyèrent une équipe de cavaliers pour reconnaître leur position certains des Portugais paniquèrent et se dirigèrent vers leurs navires.[3] Ils furent empêchés par leurs officiers d’embarquer, ce qui ne fit qu’accroître leur peur. Beaucoup fuirent vers le nord le long de la côte dans l’espoir d’atteindre Tanger, mais ils tombèrent entre les mains des Marocains de Tétouan qui avaient maintenant pris le champ [de bataille] et étaient en travers de la route.[4]

 

‘Abd al-Malik et son armée étaient toujours à Souk al-Khamis. Il attendait l’arrivée de plus de troupes de Tétouan et de Meknès, mais cela faisait partie de son plan de rester là où il était. Il voulait attirer les envahisseurs à l’intérieur des terres où ils seraient coupés de leur flotte, et où il y avait des rivières, des collines et des marécages pour entraver leurs déplacements, et où l’absence d’habitants et de cultures les empêcherait de vivre du pays.[5]

 

Ainsi les Marocains attendirent au Souk al-Khamis pour voir ce que ferait Sebastian. Bien qu’ils espéraient qu’il avancerait contre eux, il semblait plus probable qu’il irait au sud à Larache, par la route côtière aisée ou par la mer. Dans les deux cas, ils étaient sur le flanc droit du Wadi Loukkos, l’ancien Lixus, pour l’intercepter à Larache.[6]

Alors qu’il campait à Souk al-Khamis, ‘Abd al-Malik compléta son armée, désormais très forte, comprenant 15.000 Arquebusiers, dont 5000 choisis parmi les élites, ainsi que 26 pièces d’artillerie de haute qualité et servies par des artilleurs experts.[7]

 
Assit derrière des travaux de terrassement à l’extérieur d’Arzila, Sebastian réalisa qu’il n’allait pas gagner au Maroc. Larache, où il avait initialement l’intention de débarquer, était son prochain objectif. Il se trouvait sur la rive sud du Lixus, à l’opposé de Mechara an-Nedjma, à dix milles au-dessous d’al-Qasr al-Kabir et à la même distance de Larache.[8]  Mais le gué était deux fois plus éloigné d’Arzila et au cœur du pays marocain, et pour l’atteindre, Sebastian devait amener son armée bien à l’écart de la flotte qui était leur seul refuge en dehors d’Arzila.[9] Bovill dit « que le cours évident était de se réembarquer et de procéder par mer mais Sebastian s’opposa à ceci. Le roi s’était décidé à aller à Larache par la route d’al-Qasr. Une périlleuse marche de près de trente-cinq milles (57 kms). »[10]

Le problème avec le point de Bovill c’est que la décision de Sebastian n’a de sens que s’il (Sebastian) se sentait faible et ne voulait pas affronter ‘Abd al-Malik, et si son objectif était uniquement Larache. Si d’un autre côté son but était la conquête de tout le Maroc, et s’il était confiant dans son armée impressionnante, la chose évidente à faire est précisément d’aller faire face à ‘Abd al-Malik et de détruire son armée. Une fois cela fait, le Maroc était ouvert à lui. Ainsi, la décision de Sebastian de marcher pour affronter ‘Abd al-Malik a du sens pour quiconque, contrairement à Bovill et autres, est prêt à accepter que Sebastian ne voulait rien d’autre qu’une croisade pour la conquête du Maroc, qui exigeait d’abord la défaite de ‘Abd al-Malik.

 

 

Bref résumé pour aider à comprendre les événements subséquents et la bataille

 

De Castries nous offre un excellent tableau récapitulatif des mouvements de l’armée portugaise après son départ d’Arzila le 29 juillet.[11] La topographie générale de la région englobant le mouvement de l’armée chrétienne et le champ de bataille sont également proposés sur une carte.[12] Alors que l’armée chrétienne marchait au sud d’Arzila, elle se déplaçait de plus en plus vers l’intérieur des terres.[13]  Le dimanche 3 août, les chrétiens atteignirent le Makhzen, près de la ville d’al-Qasr al-Kabir, et se trouvèrent à deux jours de marche relativement facile de Larache, lorsqu’une avant-garde aperçut une troupe de chevaux marocains.[14] Tandis que l’armée de ‘Abd al-Malik, malade, attendait tout près, les Portugais campèrent au confluent de deux Wadis (rivières), l’Oued Ouarour devant et le Wadi Makhzen derrière eux.[15] Le lendemain, 4 août, la bataille eut lieu. ‘Abd al-Malik attaqua avec sa cavalerie sur les flancs portugais, tandis que son artillerie et ses arquebusiers s’avancèrent au centre.[16] L’armée marocaine, disposée en croissant, devait manœuvrer pour encercler l’armée de Don Sebastian entre ses deux cornes et les rivières (Ouarour et Makhzen). La corne gauche marocaine commença par attaquer la droite portugaise, et celle-ci commença à craquer et à reculer.[17] Parmi ceux qui fuirent certains se noyèrent en essayant de nager à travers le Wadi al-Makhzen, ceux qui fuirent vers leur propre camp semèrent la confusion chez le reste de leurs compatriotes. Au même moment, la corne droite attaqua et l’armée chrétienne se trouva prise dans un cul de sac.[18] Comme dit al-Oufrani :
« Vaincus, les mécréants tournèrent le dos mais enfermés dans un cercle de mort, ils virent des épées tomber sur leurs têtes, incapables de s’échapper.[19] »

Cette représentation, même brève, capte le génie tactique marocain. La formation du croissant marocain entourait littéralement l’armée chrétienne, pouvait neutraliser leur artillerie, avant de les encercler et de les détruire.

Les points de ce plan sont maintenant développés.

 

 

Les armées convergent à Wadi al-Makhzen

 

L’armée chrétienne quitta Arzila le 29 juillet 1578, se déplaçant lentement vers l’intérieur des terres et, à la fin de cette journée, campa sur le site appelé Ar-Raha (le moulin) et Wadi al-Halou (la rivière douce).[20] En marchant ce jour-là, cette armée aurait dû faire une démonstration courageuse : le roi et ses nobles gainés d’acier, les grands dans leurs carrosses d’état, les plus petits montés sur leurs charges ; les arquebusiers, les piquiers, les hallebardiers et canonniers en corselet et morion ; la cavalerie blindée et armée de lance et de sabre ; et les emblèmes royaux et les couleurs régimentaires flottant au-dessus des têtes de l’armée en marche.[21]

L’armée était également impressionnante dans sa composition. Le commandant des Allemands, Martin de Bourgogne, était un soldat distingué qui commandait dernièrement les troupes allemandes dans les Pays-Bas ; le commandant des Castillans, Alfonso de Aguilar, venait de la plus belle armée d’Europe ; il y avait aussi Thomas Stukeley, commandant des troupes papales, plus expérimenté dans la guerre que tout autre soldat de l’armée et enfin il y avait le commandant de l’artillerie, Pedro de Mesquita, chevalier de Malte.[22] Et avec eux, il y avait surtout la fleur de l’armée et de la noblesse portugaises : le Duc d’Aveiro commandant de la cavalerie ; Alvaro Pires de Tavora à la tête des Aventuros (gentilshommes volontaires), et d’autres commandants impressionnants tels que Miguel de Noronha, Diego Lopez de Sequeira, Francisco de Tavora et Vasco de Silveira.[23] Telle était la taille de l’armée en marche et afin de réduire le train de bagages, les soldats ordinaires avaient chacun reçu cinq jours de rations, qui devaient durer jusqu’à ce qu’ils rejoignent la flotte de Larache. Néanmoins, les wagons de transport ne comptaient pas moins de 1120 pièces.[24]

 

Pendant que les chrétiens marchaient, ils apprirent qu’ils étaient déjà étroitement surveillés par les musulmans. Don Sebastian, souligne al-Oufrani, ne savait pas que l’invitation ou la provocation de ‘Abd al-Malik de marcher vers lui contenait un piège.[25] Grâce au harcèlement persistant de l’armée chrétienne, il l’éloigna de la route de Larache, l’entraîna à l’intérieur des terres dans les plaines de Tamista, entre l’Oued Loukkos et Wadi Warour.[26]

 

 

 

 

[1] Relation de Franchi Conestaggio; p. 538.

[2] Relation de Franchi Conestaggio; p. 539; EW Bovill: The Battle op cit; p. 95.

[3] Relation de Franchi Conestaggio; p. 539; Bovill; p. 95.

[4] Relation de Franchi Conestaggio; p. 539; Bovill; p. 95.

[5] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 97.

[6] EW Bovill: The Battle of Alcazar; the Bachworth Press; London; 1952; p. 97.

[7] Relation de Fray Luis Nieto; op cit; p. 473.

[8] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 97.

[9] EW Bovill: The Battle of Alcazar; the Bachworth Press; London; 1952; p. 97.

[10] EW Bovill: The Battle of Alcazar; the Bachworth Press; London; 1952; p. 97.

[11] H. de Castries: SIHM; op cit; France I; p. 405.

[12] H. de Castrie: Histoire Inedite; op cit; PL. VII; between pp. 648-9.

[13] H. de Castrie: Histoire Inedite; op cit; p. 405.

[14] C. Edelman Ed: The Stukeley Plays: The Battle of Alcazar by George Peele; Manchester University Press; 2005; p. 14.

[15] C. Edelman Ed: The Stukeley Plays: p. 14.

[16] C. Edelman Ed: The Stukeley Plays: p. 14.

[17] De Castries: SIHM; France I; p. 493; note 6.

[18] De Castrie; France I; p. 493; note 6.

[19] Al-Oufrani; p. 135 in De Castries: SIHM; France; I; p. 493.

[20] H. de Castries: SIHM; France I; op cit; p. 405.

[21] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 100.

[22] EW Bovill: The Battle of Alcazar; the Bachworth Press; London; 1952; p. 104.

[23] WF Cook: The Hundred years War for Morocco; Westview Press; 1994; p. 247.

[24] EW Bovill: The Battle of Alcazar; the Bachworth Press; London; 1952; p. 102.

[25] Nuzhat al-Hadi (Dastugue); op cit; p. 137.

[26] C. de Chavrebière: Histoire du Maroc; Payot; Paris; 1931; p. 314.

 

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