OSMANLI

OTTOMANS

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Le débarquement chrétien et l’attaque

 

Le 23 octobre, à l’aube, les vaisseaux qui se trouvaient à l’ouest d’Alger, naviguèrent vers l’est et atteignirent l’estuaire d’al-Harrach. L’empereur était placé en vue de toute l’armée, un crucifix lui servait d’étendard et toutes ses bannières étaient couvertes de croix.[1] Le Mehkeme dit que la flotte chrétienne s’ancra dans les environs de la forêt de Teman Tefous, jeudi, vers trois heures de l’après-midi. Il ajoute que l’ennemi ne débarqua que le dimanche suivant.[2] Quand l’empereur vint sur la rive, toute l’armée se rassembla autour de lui.[3]

 

Le dimanche 23, les troupes furent débarquées près du front de la baie, près de l’embouchure de Wadi al-Harrach, au sud-est d’Alger ; tandis que la flotte était dispersée le long des côtes.[4] De ce côté, la topographie du littoral offrait des conditions idéales pour un débarquement naval. Les troupes débarquèrent ainsi en toute sécurité sur les rives par des galères et des petits bateaux[5] Les musulmans des régions voisines tentèrent d’arrêter le débarquement mais les tirs d’artillerie des navires les repoussèrent.[6] Les musulmans harcelèrent encore le flanc gauche de la partie de débarquement cependant, Charles n’ordonna pas un assaut immédiat.[7] « Tant de calme d’un ennemi mal préparé semblait présager une campagne facile. La mer elle-même était calme et semblait offrir aux navires débarquant sur les vagues complaisantes de la côte. » « Hélas ! Tous ces heureux présages allaient disparaître, » dit Rotalier.[8]

 

A ce stade, tous les historiens occidentaux et leurs disciples coupèrent court à tous les événements abêtis par la catastrophe et parlèrent d’une terrible tempête climatique qui brisa les bateaux espagnols et mis fin à l’expédition. C’est très trompeur, puisque un grand nombre d’événements, de drame et la bataille eurent lieu avant, pendant et après cette tempête. L’expédition d’Alger de 1541 fut en effet l’une des aventures les plus dramatiques du seizième siècle et une narration détaillée de l’événement est hautement due. Rotalier, pourtant hostile aux Algériens, offre encore une bonne description des événements dont dérive une grande partie de ce qui suit.

Après le débarquement, Janetin Doria s’approcha de la ville et de la côte avec huit galères en mission de reconnaissance. Il accomplit la mission qui lui avait été assignée sans difficulté. Il ne fut pas dérangé par les défenseurs et tout ce qu’il vit était « quelques Maures ou renégats » à cheval, qui le suivaient le long des rives.[9] Les soldats chrétiens en débarquant avaient reçu l’ordre de ne porter que leurs armes. L’empereur lui-même, suivit des membres de sa famille, arriva sur la rive à neuf heures du matin.[10] Après le repas des troupes, il les divisa en trois corps de sept mille hommes chacun. Les Italiens à qui fut ajoutés les soldats et les chevaliers de Malte, formèrent le premier. La seconde était composée d’Espagnols, principalement des vétérans de guerre ; le troisième corps était composé d’Allemands et de Français de Bourgogne, le comte français, renforcé par d’innombrables volontaires. Pour chaque corps, l’empereur donna trois pièces de petite artillerie pour tenir les musulmans à distance puis il déménagea à trois milles de là où il établit son camp.[11]

 

A minuit, les Algériens lancèrent l’alarme générale. Ils s’étaient établis du côté de la montagne, qui dominait le flanc gauche de l’armée et de là ils envoyèrent des flèches contre les chrétiens, ainsi qu’un feu d’arquebuse jusqu’au camp de l’empereur. Il y avait aussi beaucoup de bruit, peut-être pour déstabiliser le camp chrétien, des cris, de la cornemuse et de la flûte.[12]

Selon le Mehkeme : « L’ennemi passa la nuit à al-Harrach, à deux milles à l’est d’Alger (qui fait partie d’Alger aujourd’hui). La nuit, un officier de la milice turque, Hagi Basha, suggéra une sortie contre les chrétiens. Hassan Agha fut d’accord. Les portes furent ouvertes et en levant la bannière, il dirigea un groupe de volontaires et un grand nombre de troupes régulières musulmanes. Il était trois heures du matin quand ils firent leur sortie. Ils atteignirent le camp chrétien en silence. Aidé par l’obscurité, ils pénétrèrent dans des positions chrétiennes avancées. Après avoir tiré leurs mousquets, ils commencèrent  à tirer des flèches. Ils causèrent beaucoup de dégâts et de chaos dans le camp chrétien. L’empereur, brusquement réveillé, appela ses ministres d’urgence et leur dit : « Ce sont les gens dont vous avez dit qu’ils ne pouvaient pas se défendre (preuve de la bravoure de l’empereur !). Ce qu’ils nous ont fait ce soir nous coûtera cher avant que nous ne les battions : « Les musulmans se battirent pendant des heures avant de retourner à leur base à la lumière du jour.[13] »

 

Quand le jour vint, le 24 au matin, la marche sur la ville commença : les Espagnols, sous Gonzague, en tête ; l’empereur avec les Allemands au centre et les Italiens à l’arrière.[14] L’armée fut très gênée dans sa progression par une série d’attaques soudaines de la part de troupes algériennes légères et armées.[15] Pour éviter cet embarras, il fut décidé de se porter vers les hauteurs de Koudiat-es-Saboun dont les profonds ravins promettaient d’offrir un abri bien nécessaire.[16]

 

Ce jour-là, seuls les Espagnols furent impliqués dans des combats continus avec les Algériens. Ceux-ci engagèrent l’ennemi à distance, utilisèrent le terrain qu’ils connaissaient bien et firent des attaques surprises avant de se replier sur leurs positions.[17]  Les soldats chrétiens qui furent coupés du reste furent rapidement maîtrisés. Don Avaro de Sandeo et Louis Pérez de Vargas, à la tête de deux régiments, cherchèrent à déloger les Algériens retranchés. Après de violents combats et de grandes pertes, ils réussirent.[18] Les Espagnols résolurent alors de gravir les pentes escarpées et d’atteindre le sommet d’où ils pourraient dominer la citadelle d’Alger et malgré la résistance algérienne, ils réussirent à s’établirent.[19] Leurs piquiers et leurs armures robustes prévalurent sur les armes légères algériennes. Les Algériens ripostèrent mais les arquebuses espagnoles les repoussèrent.[20] Les hommes d’Alger étaient conscients de l’importance stratégique de la colline (suite à l’expédition, une forteresse fortifiée y fut bâtie avec un millier d’hommes et nommée la « Forteresse de l’Empereur ») et ils poursuivirent leurs attaques.[21] L’empereur transféra aussitôt son quartier général vers la nouvelle position et, à la tombée de la nuit, toute l’armée s’y était retranchée des rives de la baie jusqu’au sommet des hauteurs, d’où elle pouvait balayer la ville d’un feu dévastateur.[22] L’empereur pourrait également avoir l’avantage en attaquant les défenseurs du côté de la mer en utilisant des galères et des navires qui, tout en se déplaçant dans le sens de la longueur, pourraient couvrir toute la défense de la ville depuis le littoral. Convaincu du succès, il ordonna que les engins de siège soient déchargés les navires.[23]

 

Ces mêmes événements sont racontés du côté algérien. Selon le Mehkeme : « Au fur et à mesure que les armées chrétiennes bougeaient, leurs tambours battaient et leurs drapeaux flottaient. Ils ressemblaient à une fourmilière qui venait d’éclater dans la chaleur du printemps, couvrant toute la campagne. L’armée principale était précédée d’un corps de cavalerie de 4000 cavaliers et marchait en bon ordre en direction des défenses de la ville. Les Algériens, des murs de la ville, répondirent par un vaillant combat. Ils tirèrent des canons, des mousquets et des flèches sur les chrétiens qui avançaient. Les chrétiens établirent leur campement sur le site connu sous le nom de Ras Tafoura (Cap Tafoura) et occupèrent tout le secteur entre la mer et la crête de la colline.
Le bombardement de la ville vint des hauteurs. Le Mehkeme dit que « les batteries que l’ennemi avait placé sur les hauteurs commencèrent à marteler la ville et les Algériens ripostèrent sur leur camp et touchèrent un grand nombre parmi les ennemis. Alors que l’ennemi construisait des tranchées, un corps de musulmans fit une sortie qui eut beaucoup de succès.[24]

L’empereur se rendit alors compte qu’Alger était beaucoup plus forte qu’il ne le pensait d’abord et ses espoirs s’amenuisèrent. Les chrétiens furent ainsi contraints d’abandonner leur position à Ras Tafoura et se retirèrent au son des tambours vers la colline nommée Coudiat al-Sabun (où fut érigé par la suite le Fort de l’Empereur). De là, ils dominèrent la ville et furent mieux en mesure de provoquer une brèche dans la défense. Les Algériens étaient cependant capables de tirer dans toutes les directions, y compris sur les navires en haute mer. C’est ainsi que s’écoula le jour de lundi, le premier jour du siège chrétien.[25] »

 

C’est lorsqu’il fut certain qu’il allait accomplir une grande victoire, que tous les obstacles majeurs semblaient vaincus, au moment où son armée dominait les hauteurs et pressait de tous côtés la ville, qu’un revers lui enleva sa victoire certaine et noya les grands espoirs soulevés par l’expédition, » dit Rotalier.[26]

« Cette nuit, » dit le Mehkeme, « le Tout-Puissant montra Sa colère envers les mécréants.[27] Dans la nuit du 24 octobre, vers 9 heures du matin, une pluie froide commença à tomber, suivie d’un épais brouillard qui isola les fantassins de leur soutien naval.[28] Des pluies fortes bombardèrent les assiégeants et un vent du nord-ouest se leva.[29] Les soldats dont les tentes n’avaient pas été débarquées subirent une nuit terrible car le sol était si trempé d’eau qu’ils s’enfoncèrent dans la boue jusqu’aux genoux. Ils ne pouvaient ni s’asseoir ni dormir. Brisés par l’épuisement et gelés par l’eau qui atteignait leur peau, ils devinrent même incapables d’élever ou de manipuler leurs armes.[30] Leur poudre et le feu de leurs arquebuses furent mouillés et leur moral brisé.[31] » « À la fin, le Tout Puissant regarda la bonté des fidèles et ainsi les vents soufflèrent fort et le tonnerre éclata », dit l’auteur du Ghazawet.[32] 

 

 

 

[1] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 321.

[2] Mehkeme; p. 427.

[3] Mehkeme; p. 427.

[4] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; op cit; vol 3; p. 337.

[5] Rotalier: Histoire; op cit; p. 321.

[6] Mehkeme; p. 427.

[7] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; pp. 27-8.

[8] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 315.

[9] Rotalier: Histoire; p. 315.

[10] Rotalier: Histoire; p. 322,

[11] Rotalier: Histoire; p. 322,

[12] Rotalier: Histoire; p. 322.

[13] Mehkeme; p. 427.

[14] De Grammont: Histoire d’Alger; op cit; pp. 59 ff.

[15] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; op cit; vol 3; p. 337.

[16] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; Macmillan; New York; 1925; vol 3; p. 337.

[17] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 323.

[18] Rotalier: Histoire; p. 324.

[19] Rotalier: Histoire; p. 324.

[20] Rotalier: Histoire; p. 324.

[21] Rotalier: Histoire; p. 324.

[22] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; op cit; p. 337.

[23] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 325.

[24] Mehkeme; op cit; p. 428.

[25] Mehkeme; p. 428.

[26] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 325.

[27] Mehkeme; op cit; p. 429.

[28] W. Spencer: Algiers; op cit; p. 26.

[29] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; p. 28.

[30] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 326.

[31] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; p. 28.

[32]  (Ms of Ghazawet; note 1; p. 326).

 

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