OSMANLI

OTTOMANS

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A ce stade, il est crucial d’offrir, même si c’est sous une forme grossière, une présentation générale de la topographie et des défenses de la ville pour aider à comprendre les événements ultérieurs. Cette description consiste en fait en différentes descriptions de la ville autour et à proximité de l’événement, toutes complémentaires les unes des autres.

La première est une image générale donnée par le chercheur moderne, Spencer, qui s’appuie sur divers auteurs et voyageurs contemporains, écrit : « Vue de très près, l’aura de la puissance majestueuse et du mystère insondable qui entourait de loin la ville bien gardée s’évaporait pour révéler un centre urbain bien planifié qui tirait pleinement parti de son terrain particulier. L’Alger ottomane fut construit sous la forme d’un triangle. Son sommet était la Casbah, d’où elle descendait abruptement jusqu’à la mer. Derrière les défenses et les fortifications du port se trouvait la soi-disant « ville basse, » où se déroulaient la plupart des activités commerciales et la vie quotidienne d’Alger. Ce secteur était traversé par une rue unique, la rue du Grand Marché (Buyuk çarsi), qui rappelle la rue principale de Constantinople avec ses nombreux zigzags entrecoupés de ruelles et bondée de boutiques, de cafés et d’étals de marché. Il y avait deux portes, barrées par de lourdes portes de fer, à chaque extrémité : Bab al-Wad (fréquemment utilisé par les Européens pour décrire toute la rue parce qu’elle porte un nom spécifique) au coin nord-ouest et Bab Azun au coin sud-est. Une troisième porte, Bab Jedid (Nouvelle Porte), permettait l’accès de la Casbah à la ville basse. Au rez-de-chaussée, les masses de bâtiments blancs s’élevaient vers le ciel, coiffées de toits plats surmontés de terrasses, qui donnaient de l’ombre et des fleurs aux citoyens algériens qui jouissaient de leur vue sur la baie étincelante vers la lointaine Méditerranée.[1] »

 

Une autre représentation de la ville en 1544 est celle de Sebastian Munster, imprimée en vingt éditions en plusieurs langues au seizième et dix-septième siècles.[2]  La ville est représentée dans sa forme triangulaire entourée de murs de défense. Des bastions de formes et de tours diverses sont disposés tout le long des murs et plus haut, le plus éloigné de la mer, une tour isolée, imposante et surmontée d’un croissant, reliée aux murs par un chemin de structures rondes percées d’ouvertures pour le tir.[3] A gauche des murs de la défense, un chemin circulaire les relie à la tour entourée par la mer … à l’intérieur de la ville on peut voir des constructions de forme « allemande » … Autour de la ville on peut voir des jardins et à l’horizon une chaîne de les montagnes.[4]

 

Dans une autre description de cette même année dans une gravure signée A.S, attribuée au graveur italien Antonio Salamanca.[5] Alger est représentée dans un état de siège et est entourée de murs de défense. Les défenses sont doublées de fosses pleines d’eau. Les murs sont couverts de tours et de bastions de formes diverses.[6] Au sommet s’élève une puissante forteresse avec des bastions ronds et dominée par un donjon carré. Sur le front de mer peut être vu un arsenal montrant un bateau entrant.[7]

 

De Nicolay (en 1550) nous offre un détail intéressant également lié à la défense de la ville. Il décrit la forteresse distante d’environ un mille d’Alger, qui a une puissante et large tour à l’intérieur de laquelle on a creusé un puits.[8] Au sommet de la tour ainsi qu’à l’extérieur de la porte se trouvait un moulin à vent. Cette tour était utilisée pour protéger la source d’eau qui provenait de cette colline, ces eaux sont ensuite conduites sous terre à l’extérieur de la ville. Cette forteresse est ce qu’on appelle le Fort de l’Empereur dont la construction commença en 1545 sur la colline qui « amène de l’eau sous terre à Alger.[9] »

 

En 1573, les deux volumes de Luis del Marmol Carvajal furent édités à la Grenade. Ils donnent la description d’Alger comme il l’a vu en 1541 car, explique-t-il, il faisait partie de l’expédition de Charles Quint.[10] Marmol cite les portes de la ville. Selon lui, la ville possède quatre portes principales dont l’une s’ouvre sur le port et sur l’île qui constituait autrefois le Penon.[11]

 

La description finale est détaillée par Haedo, l’illustre contemporain. Haedo était un frère bénédictin. Il écrivit sur la topographie et l’histoire générale d’Alger. Le travail fut achevé à la fin du seizième siècle et imprimé à Valladolid en 1612. C’est la description la plus détaillée, près de l’époque de l’expédition. L’une des plus closes : « Les murs de la ville peuvent être comparés dans leur forme à un arc avec sa corde ; son front de mer s’étend de l’est à l’ouest ; le port suit cette direction comme les angles et les galeries, les terrasses de toutes les maisons qui sont sans fenêtres. Les murs de défense qui forment le bois de l’arc sont construits sur une colline qui montent jusqu’à atteindre le sommet. Les maisons qui suivent également cette direction sont construites les unes au-dessus des autres, de cette façon, même si les maisons de devant sont plus hautes, elles ne bloquent pas la vue de ceux qui les suivent.

Une personne qui, de la mer, fait face à Alger, aura à sa droite une extrémité de l’arc, correspondant au nord-ouest ; face à eux la crête de la ville, qui regarde vers le sud, s’incline un peu à l’ouest, et à leur gauche, l’autre extrémité de l’arc qui a une orientation sud-est. Entre les deux extrêmes, et pour compléter la ressemblance avec l’arc, s’étend, comme la corde de l’arc, un mur, moins haut que les autres, enjambant la mer, continuellement battu par la mer. Notre description peut être considérée comme manquant légèrement par rapport à la corde de l’arc, pour le mur qui s’identifie à la corde, au lieu de s’étirer sur une ligne droite d’un bout à l’autre, comme il le devrait, avant d’atteindre le côté droit de l’arc, prend la forme d’une forte poussée dans la mer sur un point naturel, formant une sorte d’angle. C’est de ce point ou de cette poussée, qui s’étend de l’une des portes de la ville, que commence le môle construit par Kheir Eddin pour former le port. De ce point, la terre et la muraille s’étendent jusqu’à la fin de l’extrémité droite de l’arc.
Au sommet de ce mur de défense, Kheir Eddin, en 1532, ajouta un autre mur sur la terre, par lequel il  joignit la ville avec le Penon pour former le port. Ce mur est moins haut que le reste…
Neuf portes permettent à la population d’entrer et de sortir de la ville. Ils sont décrits comme suit. Près de l’extrémité droite de l’arc, qui a été placée au nord-est, se trouve Bab al-Ouad, qui s’ouvre plus ou moins dans la même direction. De cette porte, à l’extérieur, en suivant le mur qui sera sur le côté gauche, nous gravissons la colline pour environ 800 pas pour atteindre le sommet de la ville (au milieu de l’arc), où s’élève la Casbah, ancienne forteresse, orientée à peu près sud-est. A environ 20 pas de là, sur la même ligne, se trouve une petite porte … En suivant la pente, nous atteignons 400 pas plus loin, une autre porte, qui s’appelle la Nouvelle Porte. Après avoir parcouru une distance de 400 pas, nous trouvons une autre grande porte, nommée Bab Azun, orientée sud-est ; elle s’ouvre sur une rue de 1200 pas de long et correspond à la porte opposée de Bab al-Ouad. A une cinquantaine de pas plus bas, Bab Azun termine l’extrémité gauche de l’arc par la mer.
Il y a aussi un fossé qui entoure la ville de tous les côtés. Depuis la Casbah, le long du mur, y compris la Nouvelle Porte, cette fosse dans toute sa longueur fait 20 pas de large, assez profonde et bien entretenue.

Il n’y a pas de fosse à l’intérieur de la ville car les maisons sont en contact avec les murs de la ville et pour creuser une fosse, beaucoup de maisons devraient être détruites.[12] »

 

Comme le compte suivant continuera à se référer aux portes principales de la ville, il est important d’offrir un bref aperçu de leurs emplacements. La Nouvelle Porte était au sud-ouest et au pied de la Casbah et Bab Azun était au sud, le plus important depuis que les gens venant de la campagne la traversait et il était relié par une longue rue marchande avec le Bab al-Ouad au nord. La porte « île » ou « Jihad » (Bab al-Jazira ou Bab al-Jihad), à travers laquelle passait le Reis, découchaient sur le môle et enfin, la Porte du « Poisson, » de la « Pêcherie » ou des « Douanes » s’ouvrait sur la route menant au port.[13]



Revenant aux événements sur les rivages, dans la soirée, lorsque l’envoyé de Charles arriva à Alger, la température tomba et (le célèbre officier de la marine génoise) Doria, craignant une catastrophe, prit les galères vers le cap Matifu qui offrait une meilleure protection.[14]

L’empereur attendit deux jours que la mer se calme et que tous les vaisseaux espagnols arrivent. Charles ne voulait pas affecter le débarquement sans les Espagnols, pensant qu’il valait mieux donner l’assaut avec une grande force et aussi donner à l’Espagne une guerre qu’il avait réclamée avec ferveur et à laquelle, il avait contribué très généreusement.[15]

 

 

 

 

[1] W. Spencer: Algiers op cit; p. 29-30.

[2] Une reproduction de cette gravure a été publiée par G. Esquer: Iconographie historique de l’Algérie; Paris; 1929.

[3] F. Cresti: Descriptions et iconographie de la Ville d’Alger; op cit; p. 4.

[4] F. Cresti: Descriptions; p. 4.

[5] Une copie de cette gravure se trouve au Musée des Beaux Arts d’Alger et a été publiée par G. Esquer: Iconographie; op cit.

[6] F. Cresti: Descriptions et iconographie de la Ville d’Alger; op cit; p. 4.

[7] F. Cresti: Descriptions; p. 4.

[8] F. Cresti: Descriptions; p. 7.

[9] F. Cresti: Descriptions; p. 7.

[10] Luis Marmol Carvajal: Descripcion general de Africa…. 3 vols; Granada; 1573.

[11] F. Cresti: Descriptions et iconographie de la Ville d’Alger; op cit; p. 7.

[12] Haedo: Topographia; in Revue Africaine; Algiers; 1870-1871; la traduction en français est de Monnereau, and A. Berbrugger; les extraits utilisés ici sont de pp 414 ff. 

[13] CA Julien: History of North Africa; p. 288.

[14] Rotalier: histoire; p. 320.

[15] Rotalier: histoire; p. 320.

 

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