OSMANLI

OTTOMANS

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Pour distraire les Turcs, Charles V avait longtemps été en contact avec le Shah perse, dont les armées pouvaient distraire le Sultan ottoman des aventures européennes.[1] Dès lors, la diplomatie espagnole chercha à détacher Kheir-Eddin de son allégeance au Sultan.[2] Charles V fit des tentatives d’alliance secrète avec Kheir Eddin, le véritable détenteur du pouvoir naval ottoman en Méditerranée.[3] Un certain Génois appelé Luis de Presenda qui avait vécu à Fès et connaissait la langue et les coutumes des musulmans fut dépêché en 1534, déguisé en marchand.[4] Sa tâche consistait à épier le pays, à s’approcher de Kheir Eddin, à lui rendre hommage, découvrir ses intentions et faire un rapport.[5] Il devait également contacter le dirigeant détrôné tunisien Moulay Hassan et tenter de provoquer autant de révolte que l’expulsion de Kheir Eddin.[6] Presenda fut également autorisé à essayer de gagner Kheir Eddin du Sultan.[7] Les termes proposés par Charles V semblent avoir inclus la reconnaissance de Kheir Eddin comme roi d’Alger, de Bône, Bougie, Bizerte, Tunis et Tripoli sous la suzeraineté espagnole en échange de remettre la flotte sous son commandement.[8] En retour, Kheir Eddin devait servir Charles avec une soixantaine de galères, démanteler le reste de sa flotte et indemniser ses capitaines par des gouvernorats à terre.[9] Il fut suggéré que Barberousse devrait brûler la flotte turque, ou la laisser dans une position si critique qu’elle tomberait en proie aux chrétiens.[10] Il était également tenu de libérer les captifs espagnols et génois, de permettre aux sujets espagnols de s’engager dans la pêche perlière en Afrique du Nord et de refuser le refuge aux musulmans de la péninsule.[11] Il lui fut représenté que, bien qu’il eût récemment réussi dans ses raids maritimes, la paix entre l’Espagne et la France arrêterait tout cela, et qu’il serait prudent de s’entendre avec le temps.[12] Du point de vue espagnol, ils volaient à la Porte son amiral, le convertissant en un condottiere naval de la couronne espagnole. Que la flotte turque soit ou non détruite, elle serait paralysée.[13] Avec les escadrilles combinées de Gênes et d’Alger, Charles pourrait parcourir la Méditerranée occidentale sans être dérangé [14] Les côtes de l’Espagne, de Naples et de la Sicile seraient protégées par le « pirate, » devenu leur gendarme ; les musulmans espagnols seraient privés de la ressource qui seule pourrait les rendre dangereux. [15] Que ce soit avec Kheir Eddin, ou ses capitaines en chef, selon la vision espagnole, « la religion s’assoirait très légèrement sur ce syndicat de pirates.[16] » Cependant, rien dans la carrière de Kheir Eddin ne suggérait que son attachement à l’Islam était une imposture ou son allégeance au Sultan n’était pas sincère ; même ainsi, au seizième siècle, époque décrite par Machiavel, le roi d’Espagne avait tout intérêt à tenter d’acheter l’amiral Pacha de son ennemi le plus dangereux.[17] Le stratagème échoua donc. Quand cela arriva, il fut décidé que Kheir Eddin serait assassiné par le même Presenda mais son complot fut découvert, il fut arrêté et mis à mort.[18]

 

Pendant la période des négociations de Charles avec Kheir Eddin (1538-40), Alcaudete, le gouverneur d’Oran, fit des ouvertures similaires à Hassan Agha qui gouvernait maintenant Alger, essayant aussi d’assurer sa défection.[19] À la suite de ces négociations, les Espagnols croyaient qu’il rendrait la ville dès que les Espagnols auraient atterri en force et établi des lignes de siège.[20] Comme les négociations avec Kheir Eddin, l’accord imaginé avec Hassan Agha s’avéra être sans fondement. Les Espagnols étaient plus détestés par les hommes qui avaient sauvé les musulmans de la tyrannie espagnole qu’ils ne le savaient.[21]

 

Alors que les agents espagnols traitaient avec Kheir-Eddin, et plus tard avec Hassan Agha, dans l’espoir d’assurer une alliance avec Alger ou une conquête facile de la ville, l’empereur Charles se préparait aussi à se libérer et ses armées en accord avec François Ier de France.[22] Une trêve en 1537 fut suivie du traité de Nice, mettant fin aux hostilités entre les souverains des Habsbourg et des Valois ; l’année suivante, à Aigues-Mortes, une réunion sensationnelle des deux souverains sembla consolider leur amitié si complètement que Charles voyagea réellement à travers la France et visita Paris en route.[23] La paix restait toujours ininterrompue en 1541, de sorte que Charles pouvait planifier le projet militaire massif contre Alger avec une certaine confiance que le roi de France n’interviendrait pas. En effet, François, informé du projet par le saint-père, donna des assurances de neutralité.[24]

 

Les Espagnols ne laissèrent rien au hasard. Ils avaient aussi des renseignements considérables venant d’Alger où ils avaient planté de nombreux espions. Les archives disponibles à Simancas montrent de nombreuses lettres venant d’Alger, qui renseignaient sur les préparatifs de la ville pour l’attaque espagnole de 1541.[25] On trouve principalement des informations de nature militaire, sur les fortifications, l’armement de la ville, etc. … [26] Un espion opérant dans la ville dans les années 1530, nous informe qu’Alger est sous le commandement d’Hassan Agha et en son absence, le commandement est dévolu à Hadj Pacha et au Qaid Ali Sordo[27] Il informe également sur la position des armes et l’état de la ville : « Dans le fort de la partie haute de la ville, il y a trois canons et cinq plus petits. Dans la grande tour, près de la porte Bab al-Wad, il y a deux canons et deux plus petits. A l’angle de cette porte, du côté de la mer, quatre canons ; de ce point à la porte faisant face au Penon peut être trouvé 17 pièces. De la porte de l’île à la Grande Mosquée, on trouve dix pièces en laiton, et quatre en fer. Entre la mosquée et l’arsenal se trouvent 21 pièces, six de petit calibre. Entre l’arsenal et la porte de Bab Azun se trouvent huit pièces et au-dessus de cette porte sont deux petites pièces. Huit navires sont ancrés dans le port. Chaque semaine, des convois de chameaux et de mulets entrent dans la ville… Les habitants sont très fatigués, parce qu’ils ont entendu dire que l’empereur d’Espagne allait faire la paix avec les Français (et ainsi les attaquer). Cependant, ils savent aussi que le Sultan construisait une puissante marine et ils se sentent plus rassurés.[28] » 

 

Le 29 juillet 1541, l’empereur partit pour l’Italie. Il s’y rendit pour appuyer la préparation de l’expédition contre Alger. Il se préparait maintenant à lever une armée très puissante contre la ville. Utilisant le même stratagème que lors de l’expédition contre Tunis, il déclara que son projet était de faire la guerre à l’Afrique contre les infidèles et les pirates qui ravageaient les côtes de l’Europe.[29] Il appela tous les dirigeants et les peuples de la chrétienté, en leur demandant de contribuer à cette entreprise sainte.[30] Cette expédition et la victoire subséquente augmenteraient encore plus son crédit et sa réputation, et lui donneraient une armée enthousiaste pour combattre les guerres qu’il projetait.[31]

 

 

L’invasion projetée d’Alger fut planifiée et organisée avec beaucoup de soin. L’empereur avait commencé ses préparatifs pour attaquer Alger longtemps auparavant mais avait apparemment réussi à les garder secrets.[32] Il resta en Allemagne jusqu’à la fin de la saison, de sorte que le départ effectif de l’armada avec ses cargos et ses troupes fut retardé jusqu’au 18 octobre. C’était une force formidable.[33] Elle comprenait aux côtés des Espagnols des troupes de France, d’Italie, d’Allemagne, de corsaires de Malte et d’innombrables bénévoles de diverses parties.[34]  Avec cette puissante armée, il comptait conquérir Alger en quinze jours à peine et la ville à ses yeux était faiblement tenue.[35]

 

L’empereur assigna le lieu du rendez-vous général de toutes les armées dans l’île de Majorque. Il prit la mer le 29 septembre. La mer ne tarda pas à devenir orageuse.[36] La tempête poussa la flotte espagnole sur la Corse qui appartenait aux Génois. Le 3 octobre, il atteignit difficilement le port de Bonifacio où il fut rejoint par les galères de Malte.[37] Le 7, il se rendit au port d’Algara, en Sardaigne. Là, une femme du peuple présenta un veau à deux têtes, né quatre jours auparavant. Cet incident, après une terrible traversée de la mer, fut de mauvais augure. [38] Comme si la mer se levait pour défendre les « pirates » d’Alger, une terrible tempête assaillit la flotte au moment où elle quittait la Corse et causa de sérieux dommages. De nombreux navires cassèrent leurs mâts ou leurs voiles furent été arrachées par le vent.[39] Enfin, le 13 octobre, l’empereur atteint le port de Majorque. L’empereur débarqua sur le rivage et fut reçu triomphalement au son d’une fusillade. Le vice-roi de Sicile, Ferdinand de Gonzague, l’attendait avec 8000 troupes espagnoles de Naples et de Sicile, 6000 Allemands et 6000 Italiens l’attendaient ; mais la force d’Espagne, sous Bernardino de Mendoza et le duc d’Albe, fut lente à arriver. [40] Le 17, il apprit que le contingent espagnol, qu’il attendait depuis quatorze jours, avait atteint l’île d’Ivica.[41] L’empereur envoya un message pour qu’ils se rendent directement sur la côte nord-africaine (où il se rallierait finalement avec lui le 21 octobre)[42] Le lendemain, l’empereur lui donna l’ordre de partir pour Alger, où se dirigeait le reste de l’armée. Le 18, avant le lever du soleil, toute la flotte commença son voyage vers Alger.[43]

 

 

 

 

[1] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; p. 26.

[2] JB Wolf: The Barbary Coast; WW Norton & Company; New York; p. 26.

[3] JM Abun-Nasr: A History of the Maghreb; op cit; p. 165.

[4] RB Merriman: The Rise of the Spanish; vol 3; op cit; p. 307.

[5] RB Merriman: The Rise of the Spanish; vol 3; op cit; p. 307.

[6] RB Merriman: The Rise of the Spanish; vol 3; op cit; p. 307.

[7] RB Merriman: The Rise of the Spanish; vol 3; op cit; p. 307.

[8] JM Abun-Nasr: A History of the Maghreb; op cit; p. 165.

[9] E. Armstrong: The Emperor Charles V; op cit; p. 4.

[10] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 4.

[11] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 4.

[12] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 5.

[13] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 6.

[14] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 6.

[15] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 6.

[16] E. Armstrong: The Emperor Charles V; MacMillan; London; 1902; vol 2; p. 6.

[17] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; p. 26.

[18] RB Merriman: The Rise of the Spanish; vol 3; op cit; p. 308.

[19] JM Abun-Nasr: A History of the Maghreb; Cambridge; 1971; p. 169.

[20] JB Wolf: The Barbary Coast; WW Norton & Company; New York; p. 26.

[21] JB Wolf: The Barbary Coast; WW Norton & Company; New York; p. 26.

[22] JB Wolf: The Barbary Coast; WW Norton & Company; New York; p. 26.

[23] JB Wolf: The Barbary Coast; WW Norton & Company; New York; p. 26.

[24] JB Wolf: The Barbary Coast; WW Norton & Company; New York; p. 27.

[25] G. Ortiz de Montalvan: Archivo genera de Simancas… ap. Actes du Deuxieme Congres National des Sciences Historiques, Alger; 1932.

[26] F. Cresti: Descriptions et iconographie de la Ville d’Alger; op cit; p. 4.

[27] Memoir on the Affairs of Algiers (From a Spanish spy in Algiers), year 1533; (Archives of Simancas. Estado, Legajo 461); in De La Primaudaie: Documents Inédits sur l’Histoire de l’Occupation Espagnole en Afrique; Revue Africaine; 19; 1875; pp. 266.

[28] Memoir on the Affairs of Algiers; pp. 268.

[29] C. Rotalier: Histoire; p. 309.

[30] Rotalier; p. 309.

[31] Rotalier; p. 310.

[32] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; op cit; p. 336.

[33] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; p. 27.

[34] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 322,

[35] E. Armstrong: The Emperor Charles V; op cit; p. 7.

[36] C. Rotalier: Histoire; p. 313.

[37] Rotalier; p. 313.

[38] Rotalier; p. 313.

[39] Rotalier; p. 314.

[40] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; op cit; p. 336.

[41] C. Rotalier: Histoire; p. 314.

[42] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; op cit; p. 336.

[43] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 314.

 

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