OSMANLI

OTTOMANS

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Hess dont la malhonnêteté n’est plus à prouver dans la manière dont il décrit de façon très nette les cruautés musulmanes mais adoucit son vocabulaire en se référant aux méfaits chrétiens, tels que blâmer les soldats indisciplinés (les habituelles pommes véreuses que l’on trouve dans l’explication des crimes chrétiens contre n’importe qui) des crimes chrétiens. Finalement, sa malhonnêteté est aussi évidente quand il essaie de justifier l’élimination chrétienne des musulmans par la menace ottomane. Il ignore complètement les siècles d’oblitération systématique chrétienne de la présence musulmane partout, ou ils l’ont rencontré et qui commença bien avant la naissance même de l’Empire Ottoman ;[1] et il ignore complètement l’esprit de croisade qui animait la chrétienté occidentale dans toutes ses guerres contre l’Islam, y compris en Espagne et en Afrique du Nord,[2] qui vinrent également des siècles avant la naissance de l’Empire Ottoman et que nous verrons en détails dans les chapitres qui suivent.

 

Une technique généralisée suivie par l’historiographie occidentale se compose à contraster la cruauté musulmane avec la bienveillance chrétienne, qui fonctionne en supprimant les faits cruciaux de la connaissance (à savoir les crimes chrétiens) et en ajoutant aux musulmans les épithètes classiques de barbarie, cruauté, violence, etc. L’exemple ici, est Mantran, qui écrit pour nous informer sur l’histoire de l’Afrique du Nord dans une des publications les plus illustres dans le monde occidental, inverse complètement et dénature l’image. Après avoir insisté que la principale occupation des Algériens était la piraterie, et justifiant ainsi les attaques militaires chrétiennes contre le pays,[3] il met en contraste pour nous la cruauté turque avec la philanthropie espagnole tout en justifiant en même temps les attaques militaires espagnoles contre le Maghreb. Il écrit :

« Alger fut prise (931H/1525) et la Mitidja réoccupée par Kheyr (ou Kheir) ad-Din ; les Arabes et les Kabyles qui l’avait trahi ou qui tentèrent de se révolter furent massacrés sans pitié. Alger n’avait pas connu depuis longtemps un tel maître. » [4]

Puis il ajoute :

« Les Espagnols furent alarmés par cette extension de la domination turque, et en particulier par la possession ottomane de nombreuses bases le long de la côte du Maghreb. Alors Charles V, qui ne trouva en Algérie aucun éléments locaux sur lesquels il pouvait compter, ne perdit pas de temps pour répondre à la demande d’aide de l’ex-Sultan Hafside, Moulay Hassan, et une expédition espagnole saisi La Goulette ; et peu de temps après, Tunis (20 Juillet 1535). Les Espagnols étaient particulièrement intéressés par la position de Tunis, car elle leur permit de contrôler le détroit de Sicile et d’entraver sérieusement les communications entre Istanbul et Alger.  » [5]

 

Bien sûr, comme il sera amplement démontré dans les prochains chapitres, Mantran rapporte des mensonges. Comme nous l’avons déjà rapporté, les Espagnols comme les autres croisés chrétiens ne sont pas venus pour aider les Africains du Nord, ni n’étaient une réponse à la menace turque ou musulmane bien au contraire ce sont les Nord Africains qui appelèrent précisément les Turcs pour les aider contre les croisés chrétiens, y compris les Espagnols, qui avaient causé de terribles crimes dans la région.[6] N’était-ce l’intervention turque et la résistance des Nord Africains que Mantran décrit comme des pirates, il est certain que les Musulmans d’Afrique du Nord auraient été exterminés comme tant d’autres personnes l’étaient en même temps.[7] Les attaques chrétiennes contre l’Afrique du Nord visèrent précisément à mettre fin à la présence musulmane et à ramener cette terre au christianisme. »

Enfin, alors qu’il tient à nous parler de massacre turc, Mantran montre une malhonnêteté extrême à supprimer complètement de la connaissance le fait crucial que la prise espagnole de Tunis en 1535, qu’il nous présente comme une réponse espagnole bienveillante à la demande tunisienne, fut l’un des événements les plus sanglants connus dans l’histoire, les Espagnols et leurs alliés chrétiens massacrèrent des dizaines de milliers d’habitants de la ville ; un massacre de la population tunisienne qui est ainsi narré par le contemporain espagnol Marmol[8] :

« En plus du massacre dans la ville, périt une foule pitoyable qui avait essayé de se sauver en courant dans les plaines. On pouvait voir partout de grands amas de femmes et d’enfants, écrasés et morts d’étouffement et de soif … Plus de soixante-dix mille de ses sujets (le Sultan de Tunis) périrent dans cette bousculade tragique, tandis que d’autres non comptés furent délibérément tués dans les rues et une quarantaine de mille prit en esclavage. »[9]

En plus de cela, l’attaque espagnole sur Tunis, que Mantran passe volontairement sous silence, provoqua la dévastation totale de ce qui était à l’époque, la ville la plus civilisée dans tout le monde musulman. Et comme tous les assauts chrétiens, dont le but comme toujours était de détruire l’héritage islamique, il prit fin entre autres par la perte de milliers de rares manuscrits et d’ouvrages scientifiques qui ne seront  jamais remplacé de nouveau.[10]

 

En règle générale, les historiens occidentaux permettent à leurs représentations des musulmans de dériver de la manière qu’ils représenteraient des animaux féroces. Bovill est le seul auteur qui traite de la bataille de Wadi al-Makhzen (al-Qasr al-Kabir, le 4 août 1578) en anglais.[11] (Il y a un autre travail par Cook, bien supérieure à celui de Bovill mais son objectif n’est pas la bataille elle-même.)[12] Dans sa description, Bovill, comme la plupart des historiens occidentaux, contraste la position courageuse et vaillante des chrétiens contre les hordes de cruels musulmans assoiffés de sang. Il écrit, par exemple :

« Le roi (portugais Sébastian) continua à faire preuve d’un courage fanatique, galopant d’une partie du champ à autre, cherchant toujours à être là où danger était le plus grand et ragaillardissant ses hommes avec des mots et des actes courageux. Trois chevaux avaient été tués sous lui, son porte-étendard était mort et sa norme perdue. Les dégâts avait réduit son escorte à sept ou huit fronteiros. « Il était toujours dans la mêlée et tuait avec son épée, » dirent les hommes plus tard, « plus de Maures que tout homme dans l’armée. »

Les nouvelles lui furent apportées que le galant Francisco de Tavora avait été abattu et que l’arrière-garde se rompait. Collectant cinq cents hommes, il se précipita en arrière pour donner toute l’aide qu’il pouvait.

Après, nous avons entendons parler du roi menant une troisième, et en raison du manque de soutien, une charge de cavalerie pas très efficace sur les fourgons (de bagages) mais les vaillants régiments de l’avant-garde étaient presque maitrisés. Les Castillans et Italiens avaient déjà été submergés et leur résistance terminée. Les restes pulvérisés d’Aventuros et des Allemands étaient encore debout mais se battaient avec une force défaillante.

Le coup final à la résistance chrétienne fut porté d’un côté inattendu. Le dernier des Aventuros avait été submergé de sorte qu’il ne restait plus qu’une poignée d’Allemands et un petit corps de la cavalerie d’Aviero. Leur survie continua et n’était peut-être pas plus que de quelques minutes. Cela n’échappa pas à l’attention d’une foule d’Arabes qui s’étaient cachés tapis en marge de la bataille comme des chacals lâches, espérant se partager richement le pillage sans risquer leurs peaux. Craignant que s’ils n’agissaient pas rapidement, ils pourraient renoncer à toute part du butin, ils se ruèrent férocement sur les Allemands épuisés et les restes de la cavalerie chrétienne …

Les femmes, prêtres, serviteurs et esclaves recroquevillés entre les transports et les bagages, durent supporter de nombreuses formes d’angoisse. …. Leur terreur atteignit son apogée dans la dernière étape de la bataille quand des milliers de Maures tombèrent sur eux avec des lames scintillantes.

L’armée turque, dont les Maures avaient appris l’art de guerre, décapitèrent tous les prisonniers. Heureusement pour les chrétiens survivants d’El-Ksar, ce fut l’une des rares coutumes militaires ottomanes non empruntés par les Maures et certainement pas par un quelconque sentiment de compassion (furent-ils tous exécutés ou non, passage très contradictoire) mais parce que l’exploitation des chrétiens retenus en otage avait été une source de revenus lucratifs pour des générations passées. Les souverains de toute la côte barbaresque était devenu si dépendants de ce trafic, où les corsaires notoires  jouèrent le rôle principal, qu’il était devenu indispensable à leur économie. Les puissances chrétiennes durent consentir dans la mesure où ils publient des ransomètres officiels des captifs dans les principaux ports africains. Mettre les mains sur un chrétien vivant était le rêve de la plus humble de la population car c’était le moyen le plus sûr de la richesse.

Quand, donc, les Maures tombèrent sur les chrétiens survivants ce fut pour sécuriser les prisonniers plutôt que d’achever la destruction des infidèles détestés. Mais les chrétiens, après avoir témoin d’un si grand massacre, n’osèrent pas espérer que les Maures avaient été rassasiés de sang …

Mais ce n’était pas seulement les nobles prisonniers que les Maures désiraient. Les femmes étaient parmi les premières qu’ils cherchèrent avec empressement dans cette masse d’humanité terrifiée en difficulté. Par cupidité, les poursuivants parfois tournèrent leurs armes les uns contre les autres, particulièrement lorsqu’ils concurrençaient pour une jeune femme particulièrement avenante ou un noble dont les riches vêtements présageaient une rançon princière.

Le champ de bataille était jonché de cadavres d’hommes et animaux sur lesquels grouillait une foule macabre de Maures et d’Arabes à la recherche des corps des riches, pour les dépouiller de leurs belles parures et emportant le butin abondant avec lequel les Portugais s’étaient si bêtement encombrés. Telle fut la tragique scène finale, voilée dans la fumée et la poussière, sur laquelle le soleil couchant jeta son éclat rouge terne ce soir d’août.[13]

 

 

 

[1] Hess n’a qu’à regarder l’histoire des croisades, ou la reconquête chrétienne de la Sicile (1089), ou l’histoire coloniale chrétienne, ou même l’histoire récente de la Bosnie que l’élément de menace a toujours été utilisé comme excuse pour justifier les meurtres en masse des musulmans..

[2] Voir, par exemple, SP Scott: History of the Moorish Empire; op cit; esp. vol 3.

[3] R. Mantran: North Africa dans the Sixteenth et Seventeenth Centuries; dans The Cambridge History of Islam; Édité par PM Holt; AK Lambton; B. Lewis; Cambridge University Press; 1970; vol 2a; pp. 238-65; at pp. 248-9.

[4] R. Mantran: North Africa; at p. 250.

[5] R. Mantran: North Africa; p. 251.

[6] W. Spencer: Algiers dans the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17.

[7] W. Howitt: Colonisation et Christianity: Longman; London; 1838.

[8] Marmol dans G. Welch: North African Prelude; Greenwood Press Publishers; 1st Ed 1949; (1972 ed); p. 402.

[9] G. Welch: North African Prelude; Greenwood Press Publishers; 1st Ed 1949; (1972 ed); p. 402.

[10] H. Saladin: Tunis et Kairouan; Librairie Renouard; Paris; 1908; p.18.

[11] EW Bovill: The Battle of Alcazar; The Bachworth Press; London; 1952.

[12] WF Cook: The Hundred Years War for Morocco; Westview Press; 1994.

[13] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; pp. 136-40.

 

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