OSMANLI

OTTOMANS

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L’occupation de Mers el-Kebir ouvrit la voie à la capture d’Oran. Oran, comme nous le dit Rotalier, était célèbre dans toute la Mauritanie. Elle avait un commerce florissant, plus de six mille maisons, remarquables par leur taille et leur beauté ; des mosquées, des écoles, des bains et autres édifices publics qui ajoutent à l’éclat de la ville.[1] La campagne environnante produisait peu mais cela était compensé par un marché florissant et les impôts qui apportaient un revenu riche à l’état. Ximenez compris qu’une fois Mers el-Kebir serait capturé, la conquête d’Oran par terre serait possible[2] Et ainsi fut lancé l’opération pour sa capture.


En échange de sa promesse de défrayer les dépenses initiales de la force espagnole, le prêtre-guerrier Cardinal Cisneros obtint le commandement général de cette petite croisade. Il fut également assuré que les conquêtes de l’armée chrétienne seraient attachées non à la couronne mais au diocèse de Tolède.[3] Sur la base de ces termes, des troupes furent levées de Castille au printemps de 1509. En mai de cette année, une armée de 10.000 hommes, plus de quinze fois la force de Cortès utilisée pour conquérir le Mexique une décennie plus tard, partie pour l’Afrique du Nord.[4]

Le cardinal Ximenez commandait l’expédition dont l’histoire résumait les dernières heures de la croisade médiévale.[5] Le prêtre, âgé de soixante-treize ans, chevauchait une mule parmi ses troupes devant les murs d’Oran, affichant la croix d’argent de la ville la plus catholique de Castille, Tolède, et exhortant tout le monde à se battre pour Dieu et la couronne.[6] Lorsque les musulmans encerclèrent les Espagnols et que Pedro Navarro vacilla, Ximenez le poussa en avant :

« Combat ; Enfin, le Christ et Mohammad vont se battre, toute hésitation ne sera pas seulement dangereuse mais criminelle, rejette tes peurs et combat l’ennemi ![7] »

Les canons donnèrent une fois de plus une victoire facile à l’armée chrétienne.[8] Au cours de la prise d’Oran, des actes terribles furent infligés aux musulmans :

« La population musulmane fuyait dans tous les sens, les uns cherchant refuge dans les mosquées, le reste se cachant dans leurs maisons, tandis qu’un petit nombre cherchait à se battre jusqu’à la dernière force. Les chrétiens, animés par la fureur religieuse, poursuivaient leur victoire dans les rues, où coulaient des flots de sang, n’épargnant ni hommes, ni femmes, ni vieux, ni enfants. Les soldats, chargés de butin, pillèrent, détruisirent, tranchèrent la gorge de l’ennemi … le son des trompettes les excita à plus de massacres. Enfin épuisés et pleins de vin, ils s’effondrèrent sur le sol, où le sommeil les surprit le lendemain, se réveillant parmi les cadavres de leurs ennemis endormis pour toujours.[9] »

Des milliers de musulmans furent ainsi massacrés, des milliers d’autres réduits en esclavage, et le butin s’éleva à 500.000 pièces d’or.[10] Il fallut un travail considérable pour nettoyer la ville, et le nombre des morts était si grand que beaucoup de jours furent consacrés à les enterrer dans de grandes tombes, ou à les brûler. Tant de cadavres furent dispersés dans les rues que la puanteur devint insupportable, menaçant de pollution et de maladie.[11]

Exalté par la chute de la ville, Cisneros rassembla tout l’apparat de la chrétienté médiévale pour célébrer la conversion d’Oran, avec l’espoir que l’ardeur croisée de l’armée africaine serait préservée.[12] Le lendemain de la prise de la ville, il parcourut les rues de la ville, et l’un de ses actes devait commencer, comme le dit Rotalier, « apporter la vérité aux peuples de l’Afrique, cette conception liée à l’esprit de la foi et de l’humanité.[13] » Oran, comme d’autres villes espagnoles, reçut l’inquisiteur dont le but était « d’empêcher les juifs nouvellement convertis au christianisme en Espagne de chercher refuge dans cette ville, loin des regards vigilants de l’Inquisition.[14] »

Toutes ces choses se passèrent au milieu des ruines et des cadavres.[15]

 

Oran, cependant, était sur le point de devenir l’un des monuments de l’Espagne à une époque révolue. Dès le début de la campagne, le cardinal et Pedro Navarro (un ancien corsaire, élevé au rang de capitaine général pour la campagne militaire en Afrique du Nord) [16] s’étaient violemment dissocié sur la politique militaire.[17] Lorsque le capitaine général annonça avec véhémence que les terres prises au cours de la conquête appartenaient non pas à l’évêque de Tolède mais à la couronne, les questions politiques plus vastes entourant la guerre en Afrique du Nord furent reliées.[18] Ici le cardinal montra son dévouement aux idéaux de la Castille du quinzième siècle quand il accusa Pedro Navarro de vouloir attaquer les villes côtières de l’Afrique du Nord sans autre but que le butin.[19] Le cardinal ne s’abstint pas d’exciter Ferdinand à poursuivre la conquête, dont la prise d’Oran avait ouvert la voie. « Nous avons, » dit-il, « pour profiter de notre victoire à soumettre toute la côte de l’Afrique du Nord.[20] »

 

À l’automne de 1509, Pedro Navarro projeta d’implanter un avant-poste espagnol à Bougie, à l’est d’Alger, ce qui donnerait accès à la couronne à un port desservant les réseaux commerciaux et agricoles du Maghreb oriental.[21] Pendant ce temps, en 1510 Ferdinand obtint le consentement du pape et de l’oligarchie aragonaise pour créer le long de la côte de l’Afrique du Nord un système impérial qui ressemble à la structure établie par les Catalans pendant les beaux jours de leur expansion.[22] Le 1er janvier 1510, les Espagnols naviguèrent vers Bougie, qu’ils atteignirent le 6. Dans une dernière explosion de violence, Pedro Navarro compléta le projet de Ferdinand en établissant des garnisons chrétiennes à Bougie en 1510.[23] Cette ville, dit Alvaro Gomez, « était plus grande qu’Oran et plus riche, habitée par une population riche, encline au plaisir et non au combat.[24] »  Selon Sandoval, il y avait 8000 maisons, dont certaines très belles et il y avait une érudition prospère.[25] »

 

La violence des attaques espagnoles et le traitement brutal des populations conquises envoyèrent un frémissement de terreur sur toute la côte, et les villes encore non visitées par l’armada espagnole demandèrent rapidement à Ferdinand d’accepter leur soumission de vassaux à son règne.[26] En 1510, Alger signa un traité reconnaissant la souveraineté de Ferdinand le Catholique. Les Algériens acceptèrent de payer un tribut annuel et envoyèrent une délégation pour payer le tribut au commandant espagnol, Pedro Navarro, à Bougie.[27] Ils cédèrent également à l’Espagne l’une des petites îles protégeant le port. Navarro construisit un fort massif, le Pennon, sur l’île faisant face à la ville, à partir de laquelle la ville pourrait être bombardée à une distance de seulement trois cents mètres.[28] Les citoyens d’Alger furent offensés non seulement de ce « poignard dans la gorge, » mais aussi de l’ingérence espagnole dans leur commerce.[29]

Un décret du roi Ferdinand en 1511 imposait une surtaxe de 50 pour cent sur leurs importations de laine afin de payer les frais de l’expédition africaine.[30] De plus, de plus grands navires étaient désormais obligés de mouiller dans un endroit appelé Palma, non loin de Bab Azun (Porte d’Azun), tandis que des navires plus légers étaient traînés sur une petite plage au nord de la ville, près de Bab al-Oued.[31] Dans les deux endroits, les vaisseaux étaient toujours en grand danger parce que ni l’un ni l’autre n’était à l’abri des vents.[32] Cependant, les Algériens ne pouvaient pas faire grand-chose. Il n’y avait pas d’état puissant au Maghreb capable de déloger les Espagnols. Les Turcs ottomans étaient encore loin et préoccupés par les guerres en Europe et contre la Perse safavide, qui s’était alliée à la chrétienté.[33] La flotte ottomane n’avait pas encore connu la croissance qui la rendrait égale aux marines combinées de l’Europe chrétienne et la guerre navale islamique attendait ses véritables organisateurs et stratèges.[34]

 

En 1511, laissant un de ses commandants en charge de la ville de Bougie, Pedro Navaro navigua pour Tripoli, une ville importante grâce à son commerce avec le désert et ses approvisionnements de Venise et de Gênes.[35] Après son débarquement, il divisa son armée en deux corps, l’un pour observer la campagne, l’autre pour prendre la ville d’assaut. Les Espagnols obtinrent une victoire rapide.[36] Comme d’habitude, leur prise de la ville fut suivie du massacre de la population. Certaines personnes résistèrent, d’autres fuirent vers les mosquées et se barricadèrent.[37] Dans l’une des grandes mosquées, les Espagnols massacrèrent plus de deux mille personnes. Il fut dit que six mille personnes furent tuées le jour où Tripoli se rendit aux Espagnols.[38]

 

Pour la grande fortune de l’Afrique du Nord musulmane, l’assaut espagnol fut encore retardé. Dans les premiers mois de 1511, une flotte fut préparée à Séville, et les troupes espagnoles et les archers anglais se rassemblèrent en Andalousie, pour un assaut sur Tunis, commandé par le roi en personne.[39] L’avance en Afrique du Nord fut victime une fois de plus de la rivalité franco-espagnole naissante.[40] La flotte de Séville fut détournée à la défense du royaume de Naples, et en novembre de 1511 Ferdinand annonça qu’en raison de la menace française, il avait été obligé de reporter ses plans en Afrique.[41] Malgré l’intercession ardente de Cisneros, aucune autre conquête ne fut faite sous le règne de Ferdinand, bien que dans son testament, en 1516, le roi fit écho à l’appel de sa femme (Isabelle) à la reprise de la croisade en Afrique.[42]

 

Cette accalmie se produite au milieu d’un désarroi musulman intense. En 1512, Muhammad V, émir de Tlemcen, se rendit à Burgos et jura allégeance au roi d’Espagne. En même temps, les Portugais prenaient possession des villes de la côte atlantique, indépendantes des émirs de Fès et de Marrakech, avec lesquels ils entretenaient déjà des relations commerciales et même politiques.[43] Safi fut occupée en 1507/913, et Azemmour en 1513. Grâce aux forteresses de Santa Cruz de Aguer (dans le port d’Agadir), bâties en 1505, et de Mazagan, non loin de l’ancien Ribat almohade de Tit, qu’ils occupaient, les Portugais maintenant contrôlaient toute la côte.[44]

Ainsi, les Portugais et les Espagnols, à peu de frais pour eux-mêmes, avaient creusé un empire dans le Maghreb. Ils n’éprouvèrent aucune difficulté à occuper les villes, puisqu’elles étaient déjà autonomes, de sorte que même si un état avait existé, cela ne les aurait pas aidés.[45] Par leur intervention dans la politique locale, les dirigeants ibériques accélérèrent la désintégration de la société maghrébine.[46] Dans la région d’Oran, Pedro Navarro fit des pactes avec les dirigeants locaux, les renforçant ainsi dans leur opposition à l’émir de Tlemcen ; de même dans la région du Haouz, les Portugais armèrent Yahia Ibn Ta’fuft, qui était en guerre avec al-Hintati, l’émir autonome de Marrakech.[47] Cette désintégration générale n’était qu’une évolution des tendances qui avaient déjà été au travail au quatorzième siècle, mais elle fut intensifiée par l’offensive ibérique.[48]

 

En obéissance à la tradition islamique qui oblige les hommes à se précipiter pour aider n’importe quelle partie du Dar al-Islam menacée de danger physique ou d’occupation territoriale, le principe essentiel du Jihad, des volontaires venus des pays lointains se dirigèrent vers les ports nord-africains pour combattre les Espagnols.[49] Ils vinrent offrir leurs épées ; des capitaines de la marine encore plus précieux et plus efficaces offrirent d’enrôler leurs navires et leurs équipages entiers au service de n’importe quel dirigeant de Maghreb qui était disposé à offrir l’ancrage, la rémunération et les facilités.[50] Les dirigeants Hafside de Tunis, disposant de plus de ressources, fournirent une sorte de chambre de compensation pour les volontaires.[51] Parmi ces volontaires qui vinrent offrir leurs services, se trouvaient les frères Barberousse.

 

 

 

[1] Rotalier: Histoire; p. 35.

[2] Rotalier: Histoire; p. 35.

[3] AC Hess: The Forgotten Frontier; p. 39.

[4] A. Bernáldez: Memorias, op cit; pp. 548-53.

[5] AC Hess: The Forgotten Frontier; op cit; p. 39.

[6] AC Hess: The Forgotten Frontier; p. 39.

[7] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 52.

[8] AC Hess: The Forgotten Frontier; p. 39.

[9] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 56.

[10] C. Rotalier; p. 57.                              

[11] Rotalier; p. 60.

[12] AC Hess: The Forgotten Frontier; p. 39.

[13] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 59.

[14] Rotalier; p. 60.

[15] Rotalier; p. 60.

[16] A. Bernáldez: Memorias, op cit; p. 548; and Don Martin do los Heros, Historia del Conde Pedro Navarro in CODOIN, 25; pp. 102-13.

[17] AC Hess: The Forgotten Frontier; op cit; p. 39.

[18] AC Hess: The Forgotten Frontier; p. 39.

[19] Cartas del Cardinal Don Fray Francisco Jiménez de Cisneros, ed. Diego Lopez de Ayala (Madrid, 1867), pp. 5058; and Martin do los Heros, Historia del Conde Pedro Navarro, pp. 1 15-30.

[20] In C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 62.

[21] AC Hess: The Forgotten Frontier; op cit; p. 39.

[22] Pedro Navarro to Perez de Almazán, 6 January 1510, CODOIN, 25: 456-59; A. Bernáldez: Memorias, op cit; pp 558-63; and JM Doussinague: La Politica internacional, pp. 327-43.

[23] AC Hess: The Forgotten Frontier; op cit; p. 42.

[24] In C. Rotalier; Histoire; op cit; p. 62.

[25] In Rotalier; p. 62.

[26] JB Wolf: The Barbary Coast; op cit; p. 5.

[27] W. Spencer: Algiers; op cit; p. 16.

[28] J. Glubb: A Short History of the Arab Peoples; op cit; p.262.

[29] W. Spencer: Algiers; op cit; p. 16.

[30] W. Spencer: Algiers in the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17.

[31] F. Cresti: Descriptions; op cit; p. 3.

[32] Fray Diego de Haedo: Topographie et histoire générale d’Alger; Revue Africaine; 82; 1870.

[33] P. Brummett: The Myth of Shah Ismail Safavi: Political Rhetoric and `Divine’ Kingship; in JV Tolan: Medieval Christian Perceptions of Islam; Routledge; London; 1996; pp 331-59; W. Spencer: Algiers; p. 17; .

[34] W. Spencer: Algiers in the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17.

[35] C. Rotalier: Histoire; op cit; p. 70.

[36] Rotalier; p. 70.

[37] Rotalier; p. 70.

[38] Rotalier; p. 70.

[39] N. Housley: The Later Crusades; op cit; p. 306.

[40] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; pp. 306-7.

[41] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 307.

[42] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 307.

[43] A. Laroui: The History of the Maghrib; op cit; p. 239.

[44] A. Laroui: The History of the Maghrib; p. 239.

[45] A. Laroui: The History of the Maghrib; p. 239.

[46] A. Laroui: The History of the Maghrib; p. 239.

[47] A. Laroui: The History of the Maghrib; p. 239.

[48] A. Laroui: The History of the Maghrib; p. 239.

[49] W. Spencer: Algiers; op cit; p. 17.

[50] W. Spencer: Algiers in the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17.

[51] W. Spencer: Algiers in the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17.

 

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