OSMANLI

OTTOMANS

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La piraterie chrétienne occidentale et les attaques contre l’Afrique du Nord à partir du seizième siècle jusqu’à l’ère coloniale

 

Comme le note Earle, peu de villes européennes pouvaient se comparer aux autres grandes villes de l’Islam : Le Caire, Alexandrie, Smyrne, Tunis ou Alger.[1] L’approvisionnement des grandes villes musulmanes du Levant et du Nord fournit une source constante de gain aux prédateurs chrétiens, ajoute Earle.[2] Finalement, à la suite des attaques incessantes des chrétiens, brièvement résumées sous cette rubrique, certaines de ces villes furent ruinées ainsi que toute l’Afrique du Nord.

 
La ruine de l’Afrique du Nord fut le résultat direct des attaques incessantes des pirates chrétiens contre la marine musulmane, et des innombrables raids et bombardements des villes côtières musulmanes.
Au début du seizième siècle, les chrétiens descendirent sur la côte atlantique de l’Afrique du Nord entre la prise d’Agadir (1505) et la fortification de Mazagran (1514) avec une efficacité dévastatrice.[3] Les fortifications côtières aidèrent les puissances occidentales à verrouiller le Maroc et à sécuriser les routes océaniques menant à l’Inde et au-delà.[4] Sur terre, l’écrasante supériorité militaire portugaise rejetait les guerriers musulmans et permettait aux chrétiens d’exploiter les ressources économiques des riches plaines du Maroc.[5] Graduellement, les côtes musulmanes devinrent des zones d’insécurité plus grande aussi.[6] Les raids contre, et la capture des villes côtières de Mers al-Kébir, Oran, Bejaia, Tripoli, etc., ont déjà été notés. Au printemps 1530, au moment où il allait quitter l’Italie pour l’empire, l’empereur Charles ordonna à l’amiral d’attaquer Cherchell, un « nid de pirates » sur la côte nord-africaine, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Alger.[7] L’expédition, qui fut lancée en juillet suivant, surprit les Algériens et fut d’abord réussie. Doria prit la ville et libéra beaucoup de captifs chrétiens ; il fut aussi capable de prendre ou de détruire, presque sans tirer un coup de feu, les navires qui gisaient dans la baie.[8] Mais par la suite ses partisans se dispersèrent pour piller et finalement les Algériens les repoussèrent avec un grand massacre vers la rive.[9]  En 1531, Alvaro de Bazan monta une grande expédition contre le port de Honein, à l’ouest d’Oran ; la ville fut prise, suivie par le massacre 6000 habitants et l’asservissement d’un autre millier.[10] En 1535 eu lieu une puissante expédition espagnole contre Tunis dirigée par l’empereur lui-même.[11] L’attaque sur Tunis fut considérée comme une sorte de croisade, l’empereur Charles lança comme cri de guerre les mots : « JÉSUS CHRIST ! »[12]  La prise de la ville conduisit à de terribles scènes de pillages, de massacres et de destructions.[13] Tunis, une des villes les plus florissantes de l’Islam, ne s’est jamais remise de l’attaque.[14]

En 1541 eut lieu une autre puissante invasion, cette fois-ci celle d’Alger, menée par Charles Quint, qui sera relatée en détail par la suite. Ce fut l’une des nombreuses attaques contre cette même ville menée à son tour par diverses puissances chrétiennes.

Entre 1573 et 1644, les villes et les ports nord-africains subirent des assauts incessants de la part des Espagnols, des Portugais, des Maltais, des Toscans, des Anglais et d’autres puissances chrétiennes, sans compter les attaques contre le commerce méditerranéen musulman et les routes de pèlerinage vers Makkah.[15] Des corsaires armés par les Chevaliers de Malte,[16] ou battant pavillon des Deux-Siciles, harcelèrent le commerce nord-africain et maintinrent un état d’insécurité totale.[17] Les Chevaliers, qui opéraient auparavant de Rhodes jusqu’en 1523, lorsque les Ottomans les délogèrent, trouvèrent refuge à Malte et terrorisèrent la marine musulmane, s’emparant de centaines de navires marchands musulmans jusqu’au dix-huitième siècle (capturant 204 navires en 1764 seulement).[18] Ici, comme note Earle, se tenait la principale divergence, tandis que pour les corsaires maltais tous les musulmans étaient leurs ennemis, tous les chrétiens n’étaient pas les ennemis des corsaires musulmans. Leurs ennemis étaient les ressortissants des pays avec lesquels ils étaient en guerre.[19]

Les corsaires des îles britanniques n’étaient pas moins cruels que les Maltais. En été 1600, aucune partie de la Méditerranée ne restait à l’abri de leurs violences, « car cette race maudite devint si audacieuse qu’elle va partout sans hésitation, utilisant une cruauté barbare et coulant des navires, » déclara un ambassadeur vénitien.[20] Dans les années 1620, des dizaines de Maures et de Turcs furent détenus dans des prisons anglaises, irlandaises et galloises et plus tard soit vendus comme esclaves dans les villes maritimes espagnoles ou exécutés en tant que pirates.[21] En 1627, les habitants de Sale écrivirent au roi Charles Ier se plaignant des déprédations commises par le capitaine anglais Neaston ; trois ans plus tard, ils se plaignirent à nouveau.[22] Quelques années plus tard, des navires anglais attaquèrent l’Algérie dans un acte de guerre que le captif anglais Francis Knight accusait carrément ses compatriotes : « Je suis certain que la dernière paix a été brisée par les Anglais, par lesquels ceux d’Alger ont été blessés. Pendant la Restauration, les Anglais devinrent si profondément impliqués dans la possession et le commerce des esclaves nord-africains que l’Algérien Dey dû insister pour que la paix prévale, pour laquelle un traité fut signé en 1662, les Anglais devaient s’abstenir de « porter des Turcs ou des esclaves musulmans. »[23] Finalement, l’agression anglaise conduisit à la contre-agression algérienne.[24]

Venise, de même, était un ennemi de l’Afrique du Nord, même si aucune guerre n’avait été déclarée. Venise avait pris des navires et des galions d’Afrique du Nord et avait décapité les équipages comme des pirates.[25] Toujours selon les témoignages d’un groupe de Turcs, anciens esclaves des galères de Malte, Venise aida souvent les Maltais.[26]

 

À mesure qu’ils gagnaient l’avantage technologique sur les Nord-Africains, en particulier dans la guerre navale, les puissances chrétiennes terrorisaient les rives maghrébines.[27] Les Français attaquèrent les ports et cherchèrent à obtenir des privilèges et une protection contre les attaques.[28] En 1663, la marine française lança une attaque majeure contre le port algérien de Jijel, avant que Bejaia, un autre port voisin, ne soit attaqué en mai 1671.[29]

Les chevaliers anglais et toscans de Saint-Étienne, de leur côté, brûlèrent Annaba (dans l’est de l’Algérie), massacrèrent des centaines de personnes et emportèrent un immense butin, dont 1500 captifs.[30]

Alger fut bombardée à plusieurs reprises par des flottes chrétiennes. Le commandant de la flotte britannique en Méditerranée, Edward Spragg, décrivait en mai 1671 comment ses vaisseaux incendièrent tous les navires algériens …. Les châteaux et la ville sont lamentablement en pièces, avec un nombre infini d’habitants tués et blessés, et ce qui tomba fort heureusement pour seconder ce succès, c’est que tous les coffres de leurs chirurgiens furent brûlés à bord de leurs navires, et qu’ils n’ont pas la moindre médecine pour soigner une blessure ! »[31] Plus de dix ans plus tard, ce sont les Français qui dévastèrent la ville.[32] Le 16 août 1683, le consul anglais Philip Rycault signala que la flotte française lança « 4000 bombes » et causa des dommages à environ 800 maisons et magasins, outre 4 navires, des tonneaux et une galère furent coulés.[33] » Le captif Joseph Pitts confirma la destruction, disant que les rues et les quartiers ne pouvaient plus être reconnus après le bombardement. [34] Un autre bombardement de l’amiral français d’Estrées en 1688 fut le plus destructeur des précédents avant la fameuse attaque de Lord Exmouth en 1816.[35]

De telles attaques provoquèrent la ruine des côtes musulmanes. Il n’est pas surprenant, comme le fait remarquer Matar, que dans de nombreux écrits arabes nord-africains, chaque fois qu’un auteur mentionnait les chrétiens européens « an-Nassara, » les mots qu’il ajoutait invariablement étaient Damarahoum Allah (que Dieu les détruise).[36]

 

 

 

 

[1] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary; Sidgwick and Jackson; London; 1970; p. 142.

[2] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary; Sidgwick and Jackson; London; 1970; p. 142.

[3] A C. Hess: The Forgotten Frontier (The University of Chicago Press, 1978), p.34.

[4] Hess 34.

[5] See Chronique de Santa Cruz du Cap de Gue; tr. P. De Cenival (Paris; 1934), pp 20-159.

[6] J. Mathiex: Trafic et prix de l’Homme en Méditerranée au 17 et 18 Siècles; ANNALES: Economies, Sociétes, Civilisations: Vol 9: pp. 157-64; pp.163-4.

[7] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; Macmillan; New York; 1925; vol 3; p. 297.

[8] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; Macmillan; New York; 1925; vol 3; p. 297.

[9] CF Duro: Armada Espanola desde la union de los reinos de Castilla y de Aragon, 1476-1664; 4 vols; Madrid; 1895.i. pp. 161-2.

[10] RB Merriman: The Rise of the Spanish Empire; The Macmillan Company; New York; 1925; vol 3; p. 298.

[11] C. De Rotalier: Histoire; pp. 203 ff.

[12] G. Welch: North African Prelude; Greenwood Press Publishers; 1st Ed 1949; (1972 ed); p. 402.

[13] G. Welch: North African Prelude; Greenwood Press Publishers; 1st Ed 1949; (1972 ed); p. 402.

[14] MJ Deeb: Al-Zaytuna, in The Oxford Encyclopaedia of the Modern Islamic World; edited by JL Esposito; Oxford University Press, 1995; Vol 4; p. 374.

[15] RC Anderson: Naval Wars in the Levant; 1559-1853; Princeton University Press; 1952; Chapter 2.

[16] See EW Shermerhorn: Malta of the Knights (London; 1929).

[17] L. Valensi: North Africa; op cit; p. 47; and note 1; p. 54-5.

[18] Valensi 54-5.

[19] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary; Sidgwick and Jackson; London; 1970; p. 36.

[20] Venetian Ambassador to Spain: Calendar of State Papers, Venetian (1592-1603); pp 412-3. In KR Andrews: Sir Robert Cecil and Mediterranean Plunder; in The English Historical Review; Vol 87 (1972); pp 513-32; at p. 514.

[21] N. Matar: “First Turks and Moors in England:’ paper presented at the conference “From Strangers to Citizens,” London, Apri1 5—8, 2000.

[22] H. De Castries: Les Sources Inédites de L’Histoire du Maroc: Archives et Bibliotheques D’Angleterre (Paris: Paul Geuthner, 1918-36), 3:75-7; 3:91-3.

[23] Calender of State Papers, Domestic (CSPD). Charles II, October 1668 to December 1669, 9:385; in N. Matar: Introduction; in DJ Vitkus: Piracy; Slavery and Redemption; 2001; p. 10.

[24] N. Matar: “First Turks and Moors in England; op cit.

[25] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary; Sidgwick and Jackson; London; 1970; p. 42.

[26] P. Grandchamp: Une mission delicate; pp. 299-322.

[27] N. Matar: Introduction; p. 9.

[28] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary; Sidgwick and Jackson; London; 1970; p. 15.

[29] G. Fisher: Barbary legend; p. 237; pp 243-4.

[30] G. Fisher: Barbary; op cit; p. 153.

[31] CSPD, Charles 11, January to November 1671, 11:235.

[32] N. Matar: Introduction; op cit; p. 10.

[33] State Papers (SP): 71/2/1138.

[34] N. Matar: Introduction; op cit; p. 11.

[35] C. Lloyd: English Corsairs on the Barbary Coast; Collins; London; 1981; p. 136.

[36] N. Matar: Introduction; op cit; p. 10.

 

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