OSMANLI

OTTOMANS

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Le Maghreb, cependant, était trop affaibli par ses divisions internes pour mettre en place de sérieuses défenses contre la piraterie chrétienne, et la seule solution laissée aux dirigeants locaux était le paiement d’un tribut à leurs voisins chrétiens en échange d’une protection. Le tribut payé par le royaume de Tunis à la Sicile pour protéger ses sujets des attaques des pirates siciliens,[1] s’élevait à 34.333 besants d’or.[2] Les princes musulmans payèrent des indemnités exorbitantes aux Vénitiens même pour les mauvaises actions causées par d’autres chrétiens sur les Vénitiens.[3] Les archives de la Banque de St Georges au quinzième siècle révèlent que les Génois obtinrent l’engagement de la part des dirigeants tunisiens en 1456, pour qu’ils ne blâment pas les Corses pour les actes de leurs pirates, du fait que les traités existant entre la République et le roi de Tunis devaient protéger les Corses comme les autres sujets génois.[4] Des paiements furent également faits aux puissances ibériques, le traité avec Bejaia de 1314 par exemple, en convenant d’un paiement au roi d’Aragon de 500 ducats par an pour le gain des « robes et mercaderies que pagaren dret en la duana de Bugia. »[5] Les traités de 1314 and 1323 avec Tunis attribuaient au roi 4000 ducats par an sur les cotisations payées par ses sujets.[6]

 

Le paiement du tribut ne servit qu’à acheter une sécurité temporaire, car l’objectif de la chrétienté pour l’Afrique du Nord, comme le démontrera amplement la dernière partie de ce chapitre, n’était rien de moins qu’une conquête et une soumission totale. Comme le note Armesto, il était normal que les états chrétiens hispaniques médiévaux « extorquent les voisins maures pour la protection de l’argent, » et fréquemment cette relation tributaire était un prélude à la conquête. Les droits de « reconquête » légitime (reconquista) que les rois chrétiens hispaniques réclamaient sur les musulmans étaient universellement supposés s’étendre en Afrique du Nord. Cette politique est exprimée dans De Mysterio Cymbalorum d’Arnau de Vilanova, écrit au plus tard en 1301, et raffiné dans un programme qui comprenait la conquête de l’Afrique.[7] Des années auparavant, en 1282, dès que l’Espagne fut enlevée aux musulmans, Pedro III lança une vaste armada contre Collo (Alcoll) (est de l’Algérie), montrant ainsi la force du sentiment d’Aragon sur le Maghreb.[8] La Chronique de Bernat Desclot fut probablement écrite dans les quelques années de l’événement par un fonctionnaire du ménage royal qui aida à préparer l’expédition. Son compte peut être considéré comme représentant la version « officielle » d’Aragon :

« Le désir du roi de s’emparer de Constantine et de soumettre toute l’Afrique était sincère, et avait épousé la formule pour l’honneur de Dieu et pour l’amour de toute la chrétienté. Si le pape lui prêtait secours, il resterait en Afrique et ses barons se déclaraient prêts à envoyer chercher leurs femmes et leurs enfants.[9] »

En 1284-86, les îles tunisiennes de Gerba et Qarqannah (Kerkennah) furent ajoutées aux domaines d’Aragon ; les îles étaient convenablement qualifiées pour être considérées comme la première possession coloniale en Europe.[10] Des décennies plus tard, au cours du quatorzième siècle, les dirigeants du Portugal demandèrent au moins cinq fois, des bulles papales de croisade pour la poursuite des plans de conquête du Maroc.[11]

Ayant atteint une entente nécessaire avec leurs rivaux commerciaux en Catalogne, les Génois furent rejoints en 1388 dans une coalition antimusulmane par les Siciliens et les Pisans contre Gerba et les autres îles du golfe de Gabès.[12] Au milieu de l’été (1388), la flotte alliée occupait Gerba et les îles du Golfe de Gabès.[13] En tant que suzerain du royaume catalan de Sicile (Trinacria), le 29 janvier 1389, le pape Urbain VI conféra Gerba et les îles Qerqenah (à l’est de Sfax) à l’amiral Chiaramonte de Sicile et à ses héritiers comme fief héréditaire pour lequel un hommage devait être rendu et fidélité juré au Saint-Siège.[14]

 

Le projet pour la conquête de l’Afrique du Nord prit une plus grande impulsion au quinzième siècle alors que la chrétienté gagnait en puissance, et il reçut le soutien du pape.[15] En 1400, Henri III, le roi de Castille, débarqua une flotte à Tétouan (Maroc) puis captura et détruisit la ville, massacrant la moitié des citoyens et asservissant le reste.[16] Au cours du quinzième siècle, les Espagnols envahirent la côte atlantique marocaine sans interruption, menèrent des attaques contre Azemmour, Mamora et Fedala, « tuant, asservissant, volant et pillant.[17] »

Les Portugais furent encore plus agressifs. En 1415, une armée portugaise de plus de 50.000 hommes et une flotte de plus de 230 navires prirent Ceuta.[18] Après Ceuta, les Portugais prirent Ksar-el-Srir et avancèrent leur avant-poste vers Tanger en 1458 puis marchèrent de nouveau vers Anfa entre Azemmour et Rabat.[19] Une grande expédition contre Tanger en 1463 fut infructueuse, mais la ville tomba finalement en 1471, suivie peu après par Arzila.[20]

 

Comme leur expansionnisme menaçait le conflit sur les territoires entre les deux nations, sous le patronage papal, l’Espagne et le Portugal conclurent un accord à Tordesillas en 1494 pour partager les droits et les butins en Afrique du Nord.[21] En vertu du traité, la superficie attribué aux Portugais correspondait à peu près au Maroc moderne et celle aux Espagnols, au reste de l’Afrique du Nord. Une fois cette question résolue, les deux pays commencèrent à se développer avec beaucoup de volonté.

Au début du seizième siècle, sous le règne de Don Manuel, les Portugais étaient fortement implantés dans des campements fortifiés à Agadir (1504), Safi (1508) et Azemmour (1513). L’un de leurs objectifs était d’appauvrir le pays en refusant aux souverains du Maroc l’accès au littoral et au commerce d’exportation de sucre d’Agadir et d’Azemmour.[22]

Les Espagnols, quant à eux, après avoir pris Melilla en 1497, prirent Mers al-Kébir en 1505. De Mers al-Kébir, en 1509, Pedro Navarro dirigea un corps expéditionnaire de 10 galères et 80 navires, 8000 fantassins et 3000 chevaux contre Oran, décrit comme « le principal port du commerce du Levant.[23] » La ville fut capturée, 4000 habitants furent massacrés et 5000 furent transportés en Espagne avec un butin évalué à un demi-million de ducats d’or.[24] L’année suivante, Bejaïa et Tripoli tombèrent aux mains des Espagnols et Alger fut menacée. La conquête de toute l’Afrique du Nord n’était plus qu’une question de temps, à l’exception de l’arrivée inattendue des soi-disant frères Barberousse.[25]

 

C’est à Gerba que la conquête facile portugaise-espagnole fut mise à mal par l’arrivée des frères Barberousse : ‘Arouj et Kheir ad-Din.[26] Les Espagnols n’avaient pas compris que, depuis quelques années déjà, l’île était occupée par les Turcs. ‘Arouj, le souverain turc avait été invité par les dirigeants tunisiens.[27] Bientôt la même invitation vint des Cheikhs d’Algérie pour l’intervention des Turcs : la nation la plus formidable et les peuples les plus belliqueux de l’époque.[28] » In 1516, le frère aîné, ‘Arouj, reprit Alger aux Espagnols suivit par la reprise de Bejaia, Tripoli et d’autres lieux par d’autres marins turcs dans les décennies suivantes. Bientôt, la Méditerranée devint le théâtre d’un conflit naval entre la flotte turque et principalement algérienne d’un côté et les flottes chrétiennes, de l’autre, se battant pour le prochain siècle et demi.[29]

 

Coïncidant avec ce combat entre l’Afrique du Nord et la Turquie alliés, le mythe de la piraterie barbare musulmane « ruina le commerce chrétien occidental et infligea toutes sortes de cruautés aux chrétiens. »

 

 

 

 

[1] Gregorio: Considerazioni, Vol ii, p. 245. in ML de Mas Latrie: Traites de paix.p.52.

[2] ML de Mas Latrie: Traites de paix.p.52.

[3] De la trie.p.171.

[4] De latrie. p.xii.

[5] F. Fernandez Armesto: Before Columbus (Macmillan Education; London, 1987), p.133.

[6] Ffa 133.

[7] Ffa. p.130.

[8] Ffa 130

[9] Ffa. p.131.

[10] Ffa 131.

[11] S. Subrahmanyam: The Portuguese Empire; op cit; p. 38.

[12] KM Setton: The Crusade of Barbary and Nicopolis; p. 330.

[13] KM Setton: p. 330.

[14] KM Setton: p. 331.

[15] F. Fernandez Armesto: Before Columbus; op cit; p.148.

[16] N. Barbour: Morocco; Thames and Hudson; 1965; p.97; E. Cat: Petite Histoire de l’Algérie, Tunisie et Maroc; Vol 1 (Alger; A. Jourdan; 1889), p. 225.

[17] N. Barbour: Morocco; Thames and Hudson; 1965; p. 97.

[18] E. Cat: Petite Histoire de l’Algérie. p. 225.

[19] ML de Mas Latrie: Traités de paix. Op cit; p.324.

[20] ML de Mas Latrie: Traités de paix. Op cit; p.324.

[21] E. Cat: Petite Histoire; op cit; pp. 226-7.

[22] S. Subrahmanyam: The Portuguese; op cit; p. 85-6.

[23] In G. Fisher: Barbary Legend (Oxford at the Clarendon; 1957), p. 34.

[24] Fisher 34.

[25] J. Glubb: A Short History of the Arab Peoples; op cit; p.262.

[26] G. Fisher: Barbary; op cit; p. 36.

[27] Fisher 36.

[28] Fisher 36.

[29] AR Lewis ed: The Islamic World and the West (John Wiley and Sons; London; 1970), Epilogue.

 

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