OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

En route pour ruiner le commerce oriental islamique, les Portugais massacrèrent les musulmans en haute mer et dans les villes côtières.[1] Rencontrant un navire contenant deux cent soixante pèlerins à destination de La Mecque, dont cinquante étaient des femmes et des enfants, les Portugais sauvèrent et baptisèrent vingt des enfants tandis que les autres furent jetés dans la cale, le navire sabordé et mis à feu.[2]

En 1500, Vasco De Gama, un « chevalier du Christ, » bombarda Calicut pendant trois jours, avant de se mettre à couper les oreilles, le nez et les mains des prisonniers avant de les brûler. De Gamma eut aussi des bateaux de pèlerins en route vers La Mecque sombrés et les survivants harponnés dans l’eau.[3] Dans les années qui suivirent 1502-3, un chroniqueur arabe enregistre :

« En cette année (Rajab) les navires des Francs apparurent en mer en route pour l’Inde, Ormuz et ces parties. Ils prirent environ sept vaisseaux, tuant les personnes à bord et firent quelque prisonnier. Ce fut leur première action, que Dieu les maudisse.[4] »

 

Il est impossible de compter le nombre de bateaux musulmans attaqué, soit en haute mer ou à proximité du littoral : coulés, incendiés après que tout ait été pillé et leurs passagers et membres d’équipage tous massacrés.[5]

Les navires marchands musulmans pouvaient encore s’aventurer dans la Mer Rouge mais dès leur entrée dans l’océan Indien, ils étaient détruits.[6] Ils pouvaient difficilement trouver refuge en Inde car la flotte portugaise contrôlait le littoral.[7] Ainsi était chassé les navires arabes. »

Serjeant explique que même « les embarcations côtière devait naviguer de crique en crique.[8] » Les Portugais et bientôt les Hollandais, balayèrent progressivement des eaux claires les flottes musulmanes organisées, détournèrent le commerce local et le trafic de longue distance vers les navires européens.[9] Un contemporain portugais exultant écrit :

« Muhammad est acculé, ne peut aller plus loin et prend fuite autant qu’il le peut … et la vérité est que Muhammad sera détruit et détruit, il ne peut être.[10] »

Les effets sur le commerce musulman eurent un effet dévastateur. Alexandrie avaient l’habitude de gérer entre 1060 et 1200 tonnes d’épices, dans les années 1496-98 et en 1501-1506, la moyenne était tombée à 335 tonnes.[11] Beyrouth traitait entre 1496 et 1498 une moyenne de 270 à 420 tonnes, en 1501-1506, le niveau tomba à seulement 45 tonnes.[12]

 

En 1511, les Portugais étaient déjà été établis avec leurs propres postes de traite fortifiés à Hormuz, Goa et Malacca, dans le détroit menant à la Mer de Chine méridionale.[13]  En contrôlant Hormuz, les Portugais contrôlaient le Golfe et jusqu’en 1515, les produits d’Inde remontaient le Golfe pour atteindre le Sud de l’Irak puis étaient transportés jusqu’en Syrie où les Vénitiens les achetaient sur les marchés de Damas, d’Alep, de Tripoli et de Beyrouth, un trafic sous contrôle musulman exclusif.[14] Mais Hormuz fut bloquée et le commerce musulman devint paralysé.[15]

Pour aggraver les choses, les villes côtières musulmanes furent dévastées. Albuquerque détruisit Kameran en 1513, tuant toute sa population, avant de la raser au sol, afin que « les Maures de Djedda n’y construisent pas de défenses pour empêcher les futures flottes portugaises de débarquer.[16] » De nombreuses villes côtières d’Hadramaout subirent le même sort. Les Portugais ravagèrent le littoral, détruisirent les navires, massacrèrent une partie de la population et asservirent l’autre qu’ils vendirent sur la côte africaine.[17] Tout navire naviguant à proximité du littoral fut intercepté. Les navires transportant des marchandises furent attaqués ou pillés à proximité de Qish, Qysay’ir, Mishaqs et al-Hami.[18] Albuquerque, de son propre chef, détruisit pratiquement la puissance musulmane en Orient au cours de son administration.[19] Telle était la dévastation, Calicut, jadis la résidence de 15.000 marchands musulmans, devint, au dix-huitième siècle, comme le vit un voyageur anglais, un modeste village de pêcheurs de huttes aux toits de chaume, ou des restes de marchands musulmans indianisés continuait d’exploiter un commerce moribond.[20]

 

Finalement les Portugais ruinèrent l’état égyptien dans ses dépenses futiles pour la protection de la flotte.[21] Pour construire une marine forte, les Egyptiens nécessitaient plus de bois que n’importe quel autre élément. Cependant, la rareté des zones boisées, généralisées au monde musulman, étaient bien pire en Egypte et sans bois, il n’y avait pas de navires.[22] Le bois venait principalement de Syrie et d’Asie Mineure[23] et les flottes chrétiennes s’assurèrent que ces importations ne parviendraient jamais à leur destination. Les attaques contre les navires destinés à l’Egypte étaient incessantes et les pirates chrétiens saisissaient constamment les cargaisons de bois, de fer, des provisions navales et des canons.[24] Drainée à l’est dans l’océan Indien et à l’ouest en Méditerranée, l’Egypte fut finalement défaite mais pas en raison de son manque de sens aigu des affaires,[25] comme le prétend l’histoire du courant dominant.

 

 

La destruction portugaise du commerce oriental islamique est interprétée positivement par beaucoup, comme Chaudhuri, qui, passant sous silence les faits susmentionnés, au contraire, écrit : « Il ne fait aucun doute qu’en établissant une structure administrative dans la capitale de Goa et dans d’autres possessions de moindre importance et, en exerçant un quasi contrôle politique sur les commerçants de l’Océan Indien à l’ouest du détroit de Malacca, l’Estado (portugais) da India était très innovant.[26] »

Chaudhuri salue les réalisations portugaises :

« Comment fut-il possible qu’une petite nation relativement obscure face à l’Atlantique et en dehors du brillant courant économique méditerranéen put atteindre ce statut ? Les historiens et chroniqueurs portugais contemporains ont dépeint les premiers fidalgos de l’Orient comme appartenant à une bande héroïque de conquistadors, comparable aux grands soldats espagnols du Nouveau Monde …. La clé du succès portugais dans l’océan Indien réside dans la valeur militaire des guerriers chrétiens sanctifiés par la bénédiction divine.[27] »

 

Ashtor, loue aussi « l’audace et la compétence des Portugais.[28] » Comme la plupart des historiens modernes, il met de côté d’autres facteurs, et attribue l’effondrement du commerce islamique et de la prospérité aux Mamelouks, en disant que :

« Les Mamelouks étaient des étrangers gouvernant des millions de personnes qui étaient exclus des rangs supérieurs de la hiérarchie féodale. Ils n’avaient aucun intérêt à développer les forces économiques de leur pays. Ainsi, leur domination dégénéra en exploitation imprudente, qui ruina des pays autrefois florissant.[29] »

« Ce fut la fin de ce qui avait été la fleur de la civilisation en Asie occidentale et le monde méditerranéen. L’économie florissante du Proche Orient fut ruinée par l’armée rapace, et ses grandes réalisations civilisatrices furent détruites par l’incapacité d’adopter de nouvelles méthodes de production et de nouveaux modes de vie.[30] »

 

L’historien arabe Charles Issawi va encore plus loin, en accusant les musulmans de leur « incompétence » pour le commerce, qui, comme il dit « concerne la structure sociale de la région.[31] » Encore plus désobligeante envers les musulmans, il cite Mantran, qui affirme :

« Un des aspects du déclin des normes morales est l’arrogance des musulmans envers les autres religions et cultures … Leur manque de curiosité et leur étroitesse d’esprit né d’un sentiment de supériorité, peut être mesurée par le petit nombre de voyageurs musulmans en Europe durant les seizième et dix-huitième siècles et en notant que les Turcs et les Arabes ne pensèrent pas à se rendre dans les terres des mécréants pour le commerce mais tout au plus, permettaient aux Européens de venir à eux.[32] »

 

Ce qui, bien sûr, est historiquement faux, car, comme l’a amplement démontré un autre ouvrage,[33] aucune nation n’a autant commercé que les musulmans, qui allèrent jusqu’en Chine, et établirent, dès la fin du huitième siècle, des colonies de commerce en Inde, au Ceylan, dans les Indes orientales et en Chine et bien avant toute autre nation.[34] Le commerçant musulman, avant tout le monde, traversa les longues distances, par la mer et aussi à travers les déserts, avec des caravanes, à la poursuite du commerce. Il le fit aussi à l’époque où les Tartares, les bandits, les meurtriers, les Mongols, les croisés et les pirates infestaient sa route. Le commerçant musulman était conscient, note Rosenberger, des risques encourus en cherchant la fortune dans des endroits éloignés, à travers des routes dangereuses, et pourtant, certains voyages d’affaires furent étonnants.[35] Ibn Batouta, rencontra en Chine, des commerçants non seulement d’Inde mais de lieux aussi éloignés que Ceuta au Maroc.[36] Il est donc faux que les musulmans ne voulaient pas établir une présence commerciale à l’ouest puisqu’ils découvrirent même les Amériques, quelques siècles avant Colomb. Ils étaient, comme insiste Denett, très férus mais empêchés de le faire dès l’époque de Charlemagne au huitième et neuvième siècle.[37] Jusqu’au dix-neuvième siècle, les musulmans furent empêchés d’établir une présence marchande au nord de la Méditerranée par le pillage et le massacre des marchands en haute mer et dans leurs quartiers sur la côte de l’Europe.[38] Les même massacres et pillages furent également adoptés pour éliminer leur présence partout sur l’Océan Indien par des pirates chrétiens à qui on donne le nom aujourd’hui, de marchands dynamiques dans la nouvelle narration ridicule de l’« histoire. »

 

 

 

 

[1] N. Daniel: La barrière culturelle, Edinburgh University Press, 1975: p.138.

[2] Pour les cruautés des Portugais voir Crawfurd (archipel indien) II; 403, et pour les Pays-Bas, voir en particulier II.425 suivants et 441. RB Smith: Mohammad et mahométisme; Londres; Smith Elder;1876; p. 34.

[3] A.Zahoor: Musulmans du sous-continent indien;

 http://www.minhaj-audio.net/Astro/A%20Chronology%20of%20Muslims%20in%20the%20Indian%20Subcontinent%20-%20IV%20(1700-1800%20CE).htm

[4] RB Serjeant: Les Portuguais au large de la côte d’Arabie du Sud; op cit; p.43.

[5] W. Heyd: Histoire; op cit; vol 2; p 535.

[6] Ibid; p. 550.

[7] Ibid.

[8] RB Serjeant: Les Portuguais;op cit; p. 14.

[9] AR Lewis: Le monde islamique et l’Occident; John Wiley and Sons; Londres; 1970; Épilogue.

[10] P. Coles: L’impact ottoman sur l’Europe (Thames and Hudson, Londres, 1968), àp. 107.

[11] CHH Wake: Le volume des importations européennes des épices au début etfin du XVe siècle; Journal of Economic Historyeuropéenne;xv (1986); 3; p. 633.

[12] Ibid.

[13] M. Hodgson: Le risque de l’Islam (l’Université de Chicago Press, Chicago, 1974), vol 3; p. 21.

[14] W. Heyd: Histoire; op cit; p. 549.

[15] Heyd 549.

[16] E. Denison Ross: The Portuguese in India and Arabia between 1507-1517: Journal of The Royal Asiatic Society (JRAS); Vol year 1921 pp 545-562; at p.558; p. 556.

[17] J. Chelhod: Les Portuguais au Yémen d’après les Sources Arabes; Journal asiatique, vol 283 (1995) pp 1-18. Pp 10-11.

[18] Ibid.

[19] A. Cortesao: Nautical Science and the Renaissance Coimbra; 1974, p. 14.

[20] Das Gupta: Malabar in Asian Trade; 1740-1800 (Cambridge University Press; 1967), p.1.

[21] IM Lapidus: Villes musulmanes dans le Moyen Age : Harvard University Press ; Cambridge Mass; 1967 ; p. 42.

[22] B. Rosenberger: La Pratique du Commerce ; in J.C.Garcin et al: Etats, Sociétés et Cultures du Monde Musulman méediéval; vo2 ; Presses Universitaires de France; Paris ; 2000; pp. 245-73 ; p. 254.

[22] Ibid.

[23] Ibid.

[24] M. Lapidus: Muslim Cities; op cit; p.42.

[25] Ayalon in J. L. Abu-Lughod: Before European Hegemony, op cit; p.244.

[26] KN Chaudhuri: Trade and Civilisation; op cit; p.71.

[27] Ibid; p.77.

[28] E. Ashtor: A Social; op cit; p. 330.

[29] Ibid; p. 280.

[30] Ibid; p. 231.

[31] C. Issawi: The Decline of Middle Eastern Trade; in The Global Opportunity, ed by FF Armesto; Variorum; Ashgate Publishing; London; 1995; pp 133-54. At p. 154.

[32] R. Mantran; Istanbul; p. 604 in C. Issawi: The Decline; op cit; pp. 140-1.

[33] S.E Al-Djazairi: The Golden Age and Decline of Islamic Civilisation; Bayt Al-Hikma; Manchester; 2006.

[34] W. Heyd: Geschichte; op cit; Vol 1; p. 28.

[35] B. Rosenberger: La Pratique du Commerce; op cit; p. 250.

[36] Ibid.

[37] DC Denett: Pirenne and Muhammad, in Bedeutung Und Rolle des Islam Beim ubergang Vom Altertum Zum Mittelalter, Paul Egon Hubinger: Ed (Darmstadt, 1968), pp. 120-59; op cit; at p. 125.

[38] L. Valensi: North Africa Before the French Conquest; 1790-1830; tr by KJ Perkins; Africana Publishing Company; London; 1977; pp. 54 ff.

 

Upload Image...
Views: 0