OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

Parmi les surprises qui émergent d’une lecture attentive des dossiers chrétiens et des récits des seizième et dix-septième siècles sont des témoignages envers les Turcs comme un peuple très civilisé, tant du point de vue moral que pratique. La science militaire moderne doit beaucoup aux pratiques turques de ces jours, particulièrement en ce qui concerne l’ingénierie et la conduite des opérations sur le terrain, et aussi, peut-être, dans le cadre de la discipline, de la formation et du bien-être des troupes. Les Turcs peuvent ne pas avoir été un peuple maritime, mais les performances de Kheir-ad-Din et ‘Uludj ‘Ali Raïs (‘Ali Pasha), deux Algériens par formation, en ce qui concerne l’organisation navale et les équipements, particulièrement en temps de grandes crises, doivent rester même aujourd’hui des objets d’une profonde admiration. Il serait intéressant de savoir si au cours des trois siècles de pratiques pour le contrôle des navires neutres, ils se sont radicalement améliorés à Alger.[1]

 

L’antipathie de la plupart des historiens occidentaux pour les Turcs est en rapport avec les siècles d’ancienne hostilité occidentale enragée envers les Turcs, les historiens modernes ne font que suivre une ligne tracée par leurs ancêtres dans leur dénigrement des Turcs.[2]

 

 

Tandis que toute dynastie, ou figure, qui servit l’Islam subit la furie de l’historiographie chrétienne, toute force ou personnalité qui causèrent le plus mal de à l’Islam reçoit au contraire le plus grand éloge. Hitti, par exemple, nous traite du noble caractère du roi français Louis IX (appelé Saint Louis) qui mena la croisade de 1248-1250 :

« De tous les leaders croisés, il était de loin, le plus pure et le plus noble caractère. Sa « vie entière était une prière ; son noble objectif était à la volonté de Dieu. »[3]

Hitti est en train de modifier gravement la réalité historique, en classifiant comme un saint un des personnages les plus fanatiques, qui provoqua les pires massacres et malheurs des musulmans. Qui oserait par contre de traiter Hitler ou Staline de Saint ? C’est précisément le roi Louis, qui promu l’institution infernale de l’Inquisition, en France.[4] Le zèle de St Louis conduisit à la combustion de nombreux « hérétiques, » pour le bien, comme il croyait, de leur âme.[5] L’Inquisition jugeait en secret. Le « coupable » était assis dans le secret, sans aucun témoin,  ni avocat présent puis l’accusé était simplement informé qu’il était accusé d’hérésie sans savoir par qui.[6] Finalement l’Inquisition devait brûler vifs des innombrables milliers de musulmans en Espagne.[7] En ce qui concerne le rôle de Louis dans les croisades, il fut responsable du massacre en masse de peut-être des millions de musulmans. Ce fut lui, Saint Louis, avec le pape, comme les chapitres suivants le démontreront, qui construit une puissante alliance entre le christianisme et les Mongols pour l’anéantissement final de l’Islam et des musulmans.

 

 

Timour le Boiteux (Tamerlan) est une autre personnalité vénérée par les historiens occidentaux. La raison est due à la manière dont il anéantit la puissance musulmane. Quand il mourut à l’âge de 74 ans, en l’an 1405, Timour avait conquis l’Iran, détruit le Khanat (musulman) de la Horde d’Or, réduit l’état de Jagaite à un croupion, stoppé l’ascension de l’empire Ottoman (à la bataille d’Angora en 1402), et emprisonné le Sultan (Bayazid), envahit la Syrie et l’Inde. Les marques de son passage, partout où il alla, fut la totale dévastation des terres et des personnes et les montagnes de crânes.[8]

Cette dévastation des terres de l’Islam est très appréciée par Jean Aubin, qui écrit de larges louanges pour ce qu’il appelle « le grand homme. »[9] Il dit par exemple :

« Les chroniqueurs des Timourides tirent de la vie du grand homme des leçons morale et de politique … Les récits authentiques de lui qu’ils nous transmettent, ne nous montrent pas un musulman fanatique, mais nous révèle plutôt un caractère très constructif. »[10]

« Un génie militaire, Timour était aussi un grand homme d’état, tout comme sont les grands chefs … »[11]

« Nous ne sommes pas surpris que, professant sa foi musulmane, le grand émir permis encore à ses soldats de niveler sans aucun scrupule, les mosquées. »[12]

Puis, après avoir parcouru les massacres généralisés des musulmans par Timour, Aubin parvient toujours à faire allusion à la « modération » du grand émir sur son chemin du retour vers sa terre à Bira, Ruba et Nisbin (parce qu’il ne les avait pas mis à feu et à sang).[13]

Alors, justifiant la convoitise de Timour pour le sang et sa manière dépravée d’ériger des pyramides, des minarets et des montagnes de crânes des populations qu’il avait tué et le piétinement répandu des enfants par ses cavaliers, Aubin conclut :

« Le barbarisme est naturel aux guerriers de Cagataï, dans l’histoire de l’Orient, qui souffrit d’autres malheurs terribles … le grand émir la marqua (cette histoire) avec les traits les plus exceptionnels de son tempérament : le goût de l’ordre et le goût du colossal. »[14]

 

Creasy, qui est si extrêmement enthousiaste pour fustiger chaque souverain ottoman pour sa cruauté, écrit ceci propos de Timour :

« La carrière de Timour en tant que conquérant, est sans précédent dans l’histoire ; car ni Cyrus, ni Alexandre, ni César, ni Attila, ni Gengis Khan, ni Charlemagne, ni Napoléon, ne gagnèrent jamais par l’épée une si grande partie du globe ou régnèrent sur tant de myriades de semblables subjugués. Les triomphes de Timour furent dû non seulement à sa bravoure personnelle et à son haut génie militaire, mais aussi à son habileté éminente en tant qu’homme politique et souverain. Son code de lois, qu’il rédigea pour la régulation de son armée, pour l’administration de la justice et pour les finances de son empire, montre son observation attentive et sa profonde réflexion. La principale force de son art du gouvernement et de sa politique étrangère est dérivé du système admirable, qu’il établit pour obtenir des renseignements précis et complet des rapports des émissaires envoyés par lui pour se rendre dans toutes les directions, sous diverses déguisements et surtout comme des pèlerins ou des derviches. Il connaissait donc la force et la faiblesse de ses ennemis dans chaque lieu et à chaque crise. Quelle que soit l’information qu’il obtenait de ses agents était par ses ordres soigneusement recueillis dans des registres et sur des cartes, délimitées qui tenait prêtes pour une référence immédiate. Pensif et prévoyant dans les probabilités et bien gardé contre chaque éventualité avant qu’il n’effectue une entreprise, il restait inébranlable dans sa résolution lorsque ses plans arrivaient à échéance. Il décommandait jamais un ordre qui avait été autrefois délivré et ce fut une sentence pour lui de ne jamais se repentir et ne jamais regretter. Il avait un tel ascendant sur ses soldats, que non seulement ils subissaient les privations les plus sévères et offraient leurs vies à son appel même si Timour ordonnait de s’abstenir du pillage à l’heure de la victoire et d’abandonner le butin de guerre sans murmure. Il était un maître généreux mais sa cruauté envers ceux qui osèrent lui résister surpasse toutes les horreurs semblables si répandues dans l’histoire militaire. Timour évidemment employa la terreur comme un de ses principaux instruments de conquête ; et les punitions qu’il infligeait aux populations entières montrent souvent la subtilité d’un froid calcul d’un persécuteur expérimenté plutôt que la pure férocité d’un despote irrité. »[15]

 

Ces formes et manières dont l’histoire, la foi et la civilisation islamique sont déformés étant brièvement décrites, le prochain chapitre porte spécifiquement sur la question centrale de ce travail, qui est la manière par lesquelles les grandes et décisives victoires militaires musulmanes sont faussement représentés et dégradées.

Une des principales techniques utilisées par les historiens pour ternir les victoires musulmanes est d’attribuer aux musulmans les actes de cruauté et de barbarie en les contrastant avec la noblesse chrétienne.

 

 

 

[1] G. Fisher: The Barbary Legend; pp. 9-10.

[2] Voir chapter three dans SE Al-Djazairi: The Myth; op cit.

[3] PK Hitti: History; op cit. p. 655.

[4] RHC Davis: A History of Medieval Europe; Longman; London; second edition; 1988; p. 365.

[5] CR Conder: The Latin Kingdom of Jerusalem; The Committee of the Palestine exploration Fund; London; 1897; op cit; p. 345.

[6] JW Draper: A History; op cit; vol ii; p.74.

[7] HC Lea: A History of the Inquisition of Spain, 4 vols; The Mac Millan Company, New York, 1907. Voir Volume 3.

[8] FF Armesto: Millennium; Touchstone Publishing (Simon et Shuster New York; 1995), p. 115.

[9] J. Aubin: Comment Tamerlane Prenait les Villes; dans Studia Islamica; Vol 19; pp. 83-122.

[10] Ibid; p. 85.

[11] Ibid; p. 85.

[12] Ibid; p. 85.

[13] Ibid; p. 97.

[14] Ibid; p. 121.

[15] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; pp. 44-6.

 

Upload Image...
Views: 0