OSMANLI

OTTOMANS

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Le mythe établi de la piraterie musulmane

 

Comme nous l’avons déjà noté, c’est un modèle établi, depuis environ dix siècles, pour que la chrétienté occidentale déclenche des attaques militaires contre les musulmans et les justifient comme réponse à l’agression ou la menace musulmane. Cela a été précédemment observé dans les chapitres précédents par rapport aux guerres et aux conflits antérieurs, et il en est de même en ce qui concerne les militaires contre l’Afrique du Nord, que nous verrons par la suite. Que ce soit les propagandistes occidentaux contemporains ou les désistoriens occidentaux d’aujourd’hui, tous, à de très rares exceptions, sont d’accord pour dire que les attaques occidentales sont une réponse à la piraterie musulmane. Ainsi, lorsque les Espagnols attaquèrent et prirent la ville portuaire algérienne occidentale de Mers al-Kébir en 1505, selon le contemporain, Alvaro Gomez :

« Il est impossible d’exprimer la joie de toute l’Espagne. Pendant huit jours, des prières publiques retentirent dans les églises pour remercier Dieu le Tout-Puissant d’avoir donné aux Espagnols une victoire qui non seulement assurait leur littoral mais leur ouvrait maintenant les routes en Afrique.[1] » 

Il est pertinent de noter comment, comme Froissart ci-dessus, se référant à la croisade d’al-Mahdiya (et voyant la ville tunisienne à la fois comme un repaire de pirates et la clé de nouvelles conquêtes africaines), Alvaro Gomez, également, souligne également l’importance stratégique de Mers al-Kébir aux futures conquêtes espagnoles.

 

Comme nous l’expliqueront amplement plus loin, la « piraterie musulmane » fut utilisée pour justifier les attaques chrétiennes de la même manière que le mythe des Indiens cannibales ou d’autres indigènes justifiaient les invasions chrétiennes, et éventuellement l’extermination massive de ces indigènes des Amériques, d’Afrique et d’Océanie.[2] En vérité, comme nous le verrons plus loin, les attaques chrétiennes ne sont pas le résultat de la piraterie musulmane mais le résultat de ferveur chrétienne pour les croisades. Les attaques de pirates chrétiens précédèrent la soi-disant piraterie musulmane par des siècles. « La piraterie en Afrique du Nord, » souligne Mieli, est finalement venue en réponse à la piraterie dont les musulmans étaient victimes et qui se poursuivait depuis des siècles.[3] »

Comme Matar note, bien que les corsaires nord-africains cherchèrent à tirer profit en capturant des Britanniques et d’autres Européens, ils voulaient également riposter contre les attaques de ces mêmes Européens qu’ils avaient rencontrés avec leurs coreligionnaires musulmans en tant que croisés maraudeurs et francs pirates depuis l’époque médiévale.[4] La flibuste chrétienne, note Spencer, appela à une réponse lentement croissante des musulmans, jusqu’à ce que certains ports acquièrent une réputation parallèle.[5] Et même lorsque la contre-attaque musulmane arriva, elle ne fut jamais aussi cruelle et aussi aveugle que celle du chrétien. Les musulmans n’ont jamais jeté par-dessus bord des marchands chrétiens innocents ou d’autres civils, n’ont jamais tué des femmes et des enfants ou les ont harponné dans les mers ni même jamais mené des actes de pirateries contre les hommes des pays avec qui ils avaient un traités de paix.[6] Les puissances chrétiennes, comme on le verra amplement, n’ont jamais montré de tels états d’âme, que ce soit dans les actes cruels qu’elles commirent ou dans leur perfidie, en signant des traités de paix avec les musulmans, puis attaquant leurs navires par leurs propres « pirates » tel que les chevaliers de Malte.[7]

 

Bien que le mythe de la piraterie musulmane prévalait bien avant le seizième siècle, ce fut précisément à partir de ce siècle que les Turcs vinrent prêter main forte aux Nord-Africains durement pressés qui furent dès lors plus à même de repousser le mythe « des pirates musulmans infligeant de terribles malheurs aux chrétiens » qui se renforca alors dans la rhétorique occidentale.

De notre jour, depuis, cette image est restée associée aux Turcs et leurs alliés locaux, les pirates opérant à partir de la « côte de Barbarie (Maroc, Algérie, Tunisie et Libye), » et les cruautés qu’ils infligeaient aux chrétiens. Ces même soit disant « pirates » sont maintenant directement traités de « terroristes » comme on peut lire sur Internet. 

Pour reprendre les mots propagandistes de Postel, les chrétiens en Afrique du Nord souffrirent « une infinité de martyres, » tandis que les marins chrétiens dépeignaient Alger « une cité fatale pour tous les chrétiens et la boucherie de toute l’humanité.[8] » Un bulletin d’information de 1640 parle de 3000 Anglais dans une misérable captivité, subissant un travail insupportable, comme rameurs dans des galères, tireurs de chariots, broyeurs dans les moulins, avec des plongeurs si peu chrétien comme le travail le plus lamentable à exprimer et le plus pénible à subir, souffrant beaucoup de la faim et de nombreux coups sur leurs corps nus, par lesquels beaucoup de cruauté, qu’ils n’étaient pas en mesure d’éviter, furent contraints de devenir musulmans (alors que la contrainte en Islam n’existe pas contrairement à la contrainte chrétienne).[9]

Le mythe de la piraterie musulmane, tout comme celui d’aujourd’hui de la terreur musulmane, a tellement augmenté qu’elle fait partie de la fiction et de culture populaire de l’époque.[10]

Mais pas le plus petit mot sur les 10 millions de musulmans massacrés par les chrétiens en Algérie et les autres dizaines de million partout en Afrique et les centaines de millions dans le monde. Les principaux accusateurs sont toujours les chrétiens et la parole n’est jamais donné aux accusés : ce sont toujours les chrétiens qui ont raison et qui sont au-dessus de tout compte et de tout jugement. Tout ce qu’ils disent est toujours vrai et tous ce que les musulmans disent est toujours faux ou inconcevable. Toutes les guerres chrétiennes sont justes et les musulmans n’ont pas le droit de se défendre. Le maitre mot est : Soyez chrétiens ou crevez !

 

De même, tout comme le concept du terroriste musulman aujourd’hui, le mythe de la piraterie musulmane a également servit la politique de l’époque. Comme les musulmans d’Afrique du Nord devenaient de plus en plus incapables de se défendre par la force des armes, leur « piratage » fut utilisé comme une excuse pour l’invasion militaire de leurs terres. Il est peu surprenant que juste au moment où les flottes maghrébines furent complètement décimés, (la flotte algérienne par exemple se composait en 1815 d’un total de onze navires)[11] que de toute la chrétienté occidentale se leva l’appel à l’invasion de l’Afrique du Nord de mettre fin au fléau de la piraterie musulmane. Ainsi, pour J. Gray Jackson :

« Le premier principe de ce gouvernement barbare et sanguinaire, selon l’adage africain, est de maintenir le levier du pouvoir en faisant circuler les flots de sang sans interruption autour du trône. » Ce gouvernement « reflète la disgrâce sur la chrétienté » et que le bombardement comme celui de lord Exmouth en 1816 est une punition insuffisante pour « les insultes répétées offertes par ces scélérats à l’Europe civilisée. »[12]

L’amiral Nelson en 1799 sur les atrocités prétendument commises par les corsaires barbaresques lors d’attaques contre la marine chrétienne, déclara :

« Ne parlons jamais de la cruauté de la traite des esclaves africains tant que nous permettons une guerre aussi horrible.[13] »

Et, dès qu’il leva son drapeau en tant que commandant en second de la flotte méditerranéenne, l’amiral anglais Sidney Smith fonda ce qu’il appela « La Société des Chevaliers Libérateurs des esclaves blancs.[14] » Smith bombarda tous les dirigeants de l’Europe avec un mémoire sur la nécessité et les moyens d’exterminer les pirates des nations barbaresques, se recommandant commandant d’un escadron anti-piraterie en Méditerranée.[15] « Cette piraterie honteuse n’est pas seulement une humanité révoltante, » écrivait-t-il, « mais elle entrave le commerce de la manière la plus désastreuse, puisqu’à l’heure actuelle, les marins ne peuvent naviguer ni dans la Méditerranée ni dans l’Atlantique dans un navire marchand sans crainte d’être enlevé par des pirates et emmené en esclavage en Afrique.[16] »

Et ainsi fut ouverte la voie à la colonisation française de l’Afrique du Nord, à commencer par l’Algérie en 1830.

 

Les titres suivants montreront amplement les bases fallacieuses de la piraterie nord-africaine. À ce stade, cependant, il est essentiel de clarifier une importante question, relative à la façon dont ce mythe a été transformé en un fait historique et qui est dû principalement à l’érudition occidentale. C’est en effet, la pratique généralisée parmi les érudits occidentaux d’offrir un tout nouveau récit de l’histoire où la chrétienté occidentale, est absoute de tous ses actes horrifiques, son sombre passé et ses crimes réattribués aux musulmans, ainsi qu’à ses autres victimes ou ennemis.[17] C’est une refonte complète de la chrétienté occidentale, avec une image entièrement nouvelle, qui est en cours aujourd’hui, le travail des institutions académiques occidentales.

Cette nouvelle écriture de l’histoire supprime ou minimise autant que possible, ou donne même des justifications à tous les crimes passés commis par la chrétienté occidentale, que ce soit les croisades, la traite des esclaves, la colonisation, l’extermination massive des indigènes dans divers continents, les combustion en masse de femmes et de dissidents religieux, l’inquisition etc.[18]

En ce qui concerne les musulmans, tout comme les attaques actuelles contre les musulmans sont justifiées en permanence par la menace et la terreur musulmane, grâce à des opérations qui peuvent paraitre douteuses, dans le nouveau récit de l’histoire, les invasions passées et les massacres de musulmans furent justifiées par la menace et l’agression musulmane. C’est une recette gagnante largement utilisées qui marche en tout temps et à toute époque.

 

L’écriture et l’enseignement historique occidental, à de rare exception prêt qui sont de l’ordre d’un sur un million, rejettent la blâme sur les musulmans, que soit pour les croisades, leur extermination en Espagne et les autres pays chrétiens, les guerres coloniales, etc.[19] Des évènements aussi récents que le génocide des Bosniaques au début 1990, les massacres en Irak, en Afghanistan, en Syrie ou au Burma, comme tout le monde peut le voir dans les reportages depuis son salon sur son écran géant, sont déjà imputés aux musulmans.[20]

 

 

 

 

[1] Alvaro Gomez In Rotalier: Histoire; p. 40.

[2] See, for instance, DE Stannard: American Holocaust; The Conquest of the New World; Oxford University Press; 1992.

[3] A. Mieli: La Science Arabe et son role dans l’evolution mondiale; Leiden: EJ Brill. 1938; p. 45.

[4] N. Matar: Introduction; in DJ Vitkus: Piracy; Slavery and Redemption; 2001; p. 9.

[5] W. Spencer: Algiers in the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 15.

[6] G. Fisher: Barbary Legend; Oxford at the Clarendon Press; 1957; see Introduction; on the treatment of women and other nonfighting personnel on board of ships by Muslims see See, KR Andrews: Elizabethan Privateering; (Cambridge; 1964); pp. 40-3..

[7] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary; (Sidgwick and Jackson; London; 1970).

[8] In N. Daniel: Islam, Europe and Empire; University Press, Edinburgh, 1966; p, 14.

[9] Calendar of State Papers Domestic 1640, p. 231; in C. Lloyd: English Corsairs on the Barbary Coast; Collins; London; 1981; p. 124.

[10] M. Morsy: North Africa 1800-1900; Longman; London; 1984; p. 72-3; see for instance, Voltaire: Candide; Ch XI; p. 159.

[11] A. Hollingsworth Miller: One man’s View: William Shaler and Algiers; in Through Foreign Eyes; Ed AA Heggoy, University Press of America; 1982; pp. 7-55; at p. 18.

[12] J. Grey Jackson: An Account of Timbuctu and Hausa; London; 1820. pp 457-63.

[13] Quoted by Perkins and Douglas Morris: Gunfire in Barbary; Havant; 1982; p. 37.

[14] C. Lloyd: English Corsairs; op cit; p. 162-3.

[15] C. Lloyd: English Corsairs; p. 162-3.

[16] C. Lloyd: English Corsairs; p. 162-3.

[17] Certains aspects de cela ont été étudiés par un certain nombre d’historiens tels que:Stannard; American Holocaust; op cit; ER Wolf: Europe and the People without History; University of California Press; Berkeley; 1982. SE Al-Djazairi: The Myth of Muslim Barbarism and its Aims; Bayt Al-Hikma; Manchester; 2006.

[18] See:Fontana: The Distorted Past, Blackwell, 1995.Churchill: A Little Matter of Genocide; City Lights Books; San Francisco; 1997.

[19] See al-Djazairi: A Short History of Islam; The Institute of Islamic History; Manchester; 2006; chapter One.

[20] Par exemple, Channel Four News le 13 décembre 05 à 19h. Le lecteur de nouvelles dans l’introduction sur un rapport sur les effets du viol de masse en Bosnie a soutenu que toutes les parties, y compris les Musulmans, étaient responsables de viol, alors qu’en réalité, 99% des victimes de viols massifs, étaient les Musulmans. Ainsi, si des événements aussi récents que ceux-ci peuvent être déformés dans leur essence, ceux qui sont vieux de plusieurs siècles n’ont aucun rapport avec la réalité.

 

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