OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

Quatre siècles sous la domination de l’Islam permirent au christianisme de se régénérer de l’intérieur.[1] A Istanbul et dans une Anatolie profondément islamisés, les populations chrétiennes et juives émergèrent de nouveau après l’islamisation des quatre siècles précédents. Le christianisme connut un regain de 8% dans le recensement de 1520 et 1570 à 16% au dix-neuvième siècle.[2] Vers 1881, la population non-musulmane, en particulier les Grecs et les Arméniens, atteignirent le sommet de leur croissance. À cette date, ils représentaient 21% de la population sur le territoire de la Turquie actuelle.[3] L’ensemble de la population des provinces anatoliennes augmenta entre 1831 et 1881-1893 à un taux de 15,7 pour mille par an, mais, comme toujours dans l’histoire ottomane, les chrétiens augmentèrent plus rapidement (19,8 pour mille) que les musulmans (15 mille).[4]

En fin de compte, ces deux entités allaient comploter de l’intérieur pour renverser les Sultans Ottomans et mettre fin au Califat Islamique.

 

 

La contribution turque en bref

 

La dernière rubrique nous a montré un règne turc essentiel, tant diabolisé par les historiens, qui agissent avantageusement pour les chrétiens dans leur ensemble et les Grecs en particulier, avec une foi orthodoxe renouvelée. Si Constantinople était d’autre part tombée sous domination catholique et que les Turcs avaient été battus à la fin, la survie de toute la foi orthodoxe aurait été mise en doute, les deux précédents titres l’ont assez clairement montré.

La quatrième croisade de 1204 et l’occupation catholique suivante avaient déjà donné un avant-goût aux Grecs de la domination latine sur eux.[5] De même, la Bulgarie, la Serbie et d’autres lieux ont vu comment durant les différentes croisades, l’Europe catholique les a traités. Les atrocités commises par Louis de Hongrie ou les croisés en marche pour combattre les Turcs à Nicopolis et Varna furent un avant-goût des futures croisades possibles.[6] Si les Turcs ne s’étaient soulevés et attirés l’attention de la chrétienté catholique, il est facile d’affirmer que toute l’Europe aurait été soumise à l’influence catholique et ce n’est pas l’état moribond byzantin qui aurait pu arrêter cela.

 

Quant aux autres minorités qui trouvèrent refuge sous les Turcs, leur sort, aurait été très différent, tout comme le sort de beaucoup d’autres peuples que la providence avait envoyé aux Turcs pour les protéger. Les juifs, persécutés dans l’Europe catholique trouvèrent refuge sous les Turcs. Tout comme une brève illustration ici que suite à la peste noire, quelques 510 communautés juives furent exterminées en Europe chrétienne à la suite de ces pogroms [7]  et beaucoup d’autres furent décimés. A Saragosse, par exemple, un seul juif sur cinq survécu aux persécutions de la peste noire.[8] 

 

Sans le Turc et sa puissance, l’histoire de l’Europe et de la chrétienté occidentale n’aurait jamais été la même que celle développée plus loin en raison des faits énoncés et aussi à cause de l’influence turque dans bien d’autres façons, que ce soit dans le confort de la vie ou dans la propagation de la tolérance. Il n’est pas besoin d’élaborer ici sur tant de grandes choses que les Turcs apportèrent à l’Occident chrétien en entrant en contact direct avec lui, la liste sera sans fin. Mais pour les Turcs, l’Occident chrétien doit tant de compétences et de raffinements, qui constituent la base d’un grand nombre de nos aspects modernes de la civilisation.[9] Les compétences architecturales (construction) turques, par exemple, ouvrirent de nouveaux horizons que d’autres purent imiter, du Moyen Age jusqu’aux temps modernes.[10]

 

 

Ailleurs, l’essor des Turcs eut le même effet. Dans l’océan Indien, ce sont les Turcs qui luttaient contre les Portugais, la seconde puissance chrétienne de l’époque après l’Espagne, qui empêcha les Portugais de subjuguer, en fait de ravager toute la région, comme ils le faisaient jusqu’à ce qu’ils se retrouvèrent face à face avec les Turcs.[11]

 

L’impact turc était encore plus dramatique dans une autre partie du monde islamique : l’Afrique du Nord. Profitant de la faiblesse de la région et profitant d’un grand élan après leur conquête de Grenade, l’Espagne rejoignit le Portugal dans la conquête et la christianisation de l’Afrique du Nord.[12] Les états nord-africains, faibles et divisés, ne faisaient pas le poids face aux puissances catholiques expansionnistes, qui commençaient à soumettre des continents entiers, d’abord les Amériques et dans le processus exterminer leurs indigènes.[13] Ils appliquèrent le même processus en Afrique du Nord, dans une expansion incessante dans le but de « christianiser » l’Afrique du Nord. Les Turcs ont non seulement empêché cela en attirant l’attention des armées catholiques contre eux pendant des siècles mais ils sont aussi, sur l’invitation des Nord Africains, intervenus sur la scène elle-même, et à la fin, réussi à équilibrer le pouvoir.[14] Les musulmans d’Afrique du Nord, forts de leur armement, de leurs compétences et de leur soutien, se renforcèrent et réussirent à rompre tant l’expansionnisme catholique que briser la puissance de l’Espagne et du Portugal, comme nous allons le voir dans le prochain chapitre.

 

 

 

 

[1] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; IB Tauris; London; 1997; p. 99.

[2] For the 16th century: OL Barkan: Cotribution a l’étude de la conjoncture démographique des pays Méditerranéen au xvi siecle, Actes de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population, (London, 1969). For the 19th see K. Karpat: Ottoman population, 1830-1914, Demographic and Social Characteristics, (Madison, the University of Wisconsin Press, 1985).

[3] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews; op cit; p. 105.

[4] Courbage and fargues; p. 105.

[5] W. Durant: The Age of Faith, op cit; p.604.

[6] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 36; AS Atiya; The Crusade of Nicopolis; p. 57.

[7] Cambridge Medieval History; VII; p. 657; in W. Durant: the Age of Faith; p. 730.

[8] SW Baron: Social and Religious History of the Jews; Columbia University Press; 1937; 3 vols; II; p. 29.

[9] See:-J Sweetman: The Oriental Obsession: Cambridge University Press, 1987. -SE Al-Djazairi: The Hidden Debt to Islamic Civilisation; Bayt al-Hikma; Manchester; op cit; 2005.

[10] See, for instance:

-J. Harvey: The Master Builders: Architecture in the Middle Ages: Thames and Hudson, London, 1971.

-J. Harvey: The Development of Architecture, in The Flowering of the Middle Ages; ed J. Evans; Thames and Hudson; pp. 85-105.

[11] E. Denison Ross: The Portuguese in India and Arabia between 1507-1517: Journal of The Royal Asiatic Society (JRAS); Year 1921 pp 545-62. KM Panikkar: Asia and Western Domination; George Allen and Unwin Ltd; London; 1953.Longworth Dames: The Portuguese and Turks in the Indian Ocean in the sixteenth century: Journal of The Royal Asiatic Society (JRAS); year 1921 pp 1-28.

[12] J. Muldoon: Popes, lawyers; and Infidels; University of Pennsylvania; 1979; p. 102; ff.

[13] D E. Stannard: “Genocide in The Americas” in The Nation, (October 19, 1992 pp. 430-434); article available on the internet.

  1. Howitt: Colonisation and Christianity: Longman; London; 1838.

[14] W. Spencer: Algiers in the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17 ff.

 

Upload Image...
Views: 0