OSMANLI

OTTOMANS

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Quatrièmement, sous la domination turque, par divers moyens et mesures, le statut des chrétiens, principalement les Grecs, était bien meilleur que celui de leurs homologues musulmans. Pendant au moins un siècle après la chute de Constantinople, Arnold note, une série de souverains capables assurèrent par une administration ferme et vigoureuse, la paix et l’ordre dans leur dominion et une admirable organisation civile et judiciaire, si elle ne fournit pas une justice impartiale pour les musulmans et les chrétiens, elle permit toutefois aux Grecs d’être beaucoup mieux lotis qu’ils ne l’avaient été auparavant.[1] Ils furent moins harcelés d’exactions de travaux forcés, les contributions extraordinaires étaient rarement levées et les impôts qu’ils payaient étaient un fardeau insignifiant comparés aux obligations féodales sans fin des Francs et les innombrables extorsions des Byzantins (un système de servitude toujours aussi actif de nos jours qui n’a changé en rien, excepté le droit de cuissage qui a été abolit).[2]

Le Sürgün, une décision administrative de transférer des communautés entières, avait pour but de régénérer des régions dévastées, dont Istanbul, et les rendre à leur ancienne gloire.[3] « Le Sultan ordonna que des familles lui soient envoyées là-bas, riches ou pauvres et de toutes les provinces. Cette politique ne se limitait pas aux Turcs et aux musulmans. Les Grecs et autres chrétiens furent autorisés et parfois encouragés à s’installer dans la ville.[4] »

Le Sürgün eut des effets favorables à la fois envers le judaïsme et le christianisme ottoman, simplement parce qu’il rapprochait les juifs de Salonique, les Grecs du Péloponnèse et les Arméniens d’Angora, le siège du pouvoir.[5]
La place prédominante du christianisme parmi les Turcs est encore accentuée par le fait que les Grecs dans leur ensemble préférèrent vivre sous les Turcs que sous les autres chrétiens. Bien que les Grecs étaient numériquement supérieurs aux Turcs dans toutes les provinces européennes de l’empire, la tolérance religieuse ainsi accordée, la protection de la vie et de la propriété dont ils jouissaient, les réconcilièrent bientôt avec le changement de maîtres et les conduisirent à préférer la domination du Sultan à celle de toute puissance chrétienne.[6] Par la suite, sous le règne de Soliman le Magnifique (Sultan entre 1520-1566), les villageois chrétiens du sud de la Grèce préférèrent la domination turque à celle des Vénitiens et les villages chrétiens de Hongrie préféraient volontairement le gouvernement turc à celui de leurs compatriotes.[7] Les Turcs furent accueillis par les Grecs comme leurs libérateurs de la domination rapace et tyrannique des Francs et des Vénitiens qui avaient si longtemps contesté avec Byzance la possession du Péloponnèse et quelques-unes des parties adjacentes de la Grèce. En introduisant en Grèce le système féodal, ceux-ci avaient réduit le peuple à la condition misérable de serfs et comme des étrangers dans le langage, la race et la religion, étaient haïs par leurs sujets, pour qui un changement de souverains, puisqu’ils ne pouvaient pas tomber plus bas, offrirait une chance possible de s’améliorer et bien que leurs libérateurs étaient également des étrangers cependant l’infidèle Turc était infiniment préférables aux hérétiques catholiques.[8] En effet, si les Grecs étaient tombés sous l’influence catholique plutôt que turque, il est très difficile de voir comment l’église orthodoxe aurait pu survivre sous une forme quelconque. Les Grecs contemporains le savaient mieux que tous.

 

La capture turque de Constantinople, et la domination turque dans son ensemble fut également une bénédiction pour les juifs et elle allait permettre plus tard la colonisation violente et injuste de la Palestine. Parmi les habitants de Constantinople qui survécurent à la prise turque de la ville se trouvaient les juifs du quartier Balat. Peu de temps,  après la nomination de Gennadius, ou peut-être en même temps, Muhammad choisit également un grand rabbin pour présider toutes les congrégations juives de Turquie.[9] Son choix tomba sur Moshe Capsali, un homme de piété et d’érudition, fondateur d’une famille célèbre de savants dont Elijah Capsali, qui au seizième siècle écrivit une histoire hébraïque de l’empire ottoman qui attend toujours d’être publiée.[10] Le Sultan, nous dit-on, le fit même membre du conseil impérial (divan), où il fut honoré par un siège près du Mufti, gagnant ainsi la préséance sur le patriarche grec. De plus, il délégua à Capsali certains pouvoirs politiques sur les congrégations juives de Turquie.[11] C’est Moshe Capsali qui assignait les impôts à payer individuellement ou collectivement par les juifs, les fonctionnaires désignés pour les collecter et transmettre le produit à la trésorerie du Sultan.[12] Il possédait également l’autorité pénale sur tous les membres de la communauté juive et le droit de confirmer la nomination de rabbins. En un mot, il était le chef et le représentant officiel de la communauté juive dans l’Empire ottoman.[13]

Sous le Conquérant (al-Fatih), si l’on croit les récits des contemporains juifs, la Turquie était un paradis pour les juifs, cruellement opprimés en Europe occidentale et qui pourtant allaient plus tard mordre la main de leur bienfaiteur.[14] Les émigrants juifs d’Allemagne étaient ravis de la position privilégiée des juifs en Turquie. Ils étaient libres de vivre et commercer à leur guise.[15] En 1454, Isaac Sarfati, un juif d’origine française né en Allemagne, envoya une lettre circulaire aux juifs de la Rhénanie, de Souabe, de Styrie, de Moravie et de Hongrie où il parlait avec enthousiasme des conditions heureuses des juifs sous le Croissant contrairement à leur joug sous la Croix et encouragea ses coreligionnaires à quitter la « grande chambre de torture » et de venir en Turquie.[16] Les années qui suivirent virent une émigration massive des juifs vers « le paradis turc.[17] » En général, c’est toujours chez les Turcs qu’ils trouvèrent non seulement l’acceptation mais même la promotion et, plus important pour eux, asile après avoir été persécuté autre part.[18]

Le Sultan Bayazid II (Sultan entre 1481-1512) accueillit les exilés juifs en Turquie car ils apportaient avec eux précisément ces compétences dans l’artisanat, le commerce et la médecine. Bayazid dit de Ferdinand le Catholique : « Vous appelez Ferdinand un roi sage, qui appauvrit son pays et enrichi le nôtre ? [19]3 Beaucoup de juifs devinrent riches et influents. Bientôt presque tous les médecins à Constantinople étaient juifs et c’est l’un d’entre eux qui empoissonna le Sultan Muhammad II, le Conquérant de Constantinople.[20] Souleyman favorisa tellement son médecin juif qu’il le libéra ainsi que toute sa famille de toute imposition. Les juifs prirent une telle importance qu’ils se hissèrent au rang de diplomates sous Souleyman que les ambassadeurs chrétiens durent les courtiser pour approcher le Sultan.[21] Souleyman fut choqué par l’oppression des juifs d’Ancône sous Paul IV et protesta contre elle auprès du pape (9 mars 1556). Il demanda la libération de ces juifs d’Ancône qui étaient des sujets de la Turquie et ils furent libérés.[22] Quel contraste avec les millions de palestiniens et les expéditions humanitaires turques pour Gaza massacrées par les juifs ! Gracia Mendesia, de la famille bancaire Mendes, après avoir pratiqué la philanthropie, et souffert d’insultes et de blessures à Anvers, Ferrara et Venise, trouva finalement la paix à Istanbul.[23]

Libérés du service militaire, les populations chrétiennes et juives avaient beaucoup plus d’occasions d’être socialement mobiles, aidées par le quasi-monopole qu’elles maintenaient sur les sources les plus dynamiques de la société et de l’économie.[24] Il n’y avait pas de « sou d’or » à payer, pas d’impôts de la Couronne équivalent à un tiers de leurs biens. Ils pouvaient disposer librement de leurs biens et s’habiller comme ils l’entendaient, en soie et satin si elles le souhaitaient.[25] Leur entreprise trouva de riches sources de profit, mais il est vrai qu’elles furent bientôt obligés de limiter leurs activités au commerce et au prêt d’argent.[26] Ils gardèrent ce statut pendant toute la période de l’empire ottoman, jusqu’au vingtième siècle. Leur génie commercial leur donnait un quasi-monopole sur le commerce et une part considérable de la richesse du pays.[27]

 

Au dix-neuvième siècle, à Istanbul et en Anatolie, la population chrétienne et juive augmenta de nouveau grâce à la stabilité et la sécurité offerte par le système du millet. Parmi les avantages apportés par l’institution aux trois mil principaux, le grec orthodoxe (1454), l’arménien (1461) et le juif, ils avaient pour but de mettre fin à l’arbitraire et au désordre.[28] Les autorités religieuses chrétiennes et juives avaient, dans leur mil, le contrôle exclusif du culte, des écoles et du système judiciaire. Ils administraient des domaines qui étaient devenus aussi inaliénables que ceux de l’Islam.[29]

En dehors du système de Mil, les Sultans ottomans se contentèrent de respecter les préceptes coraniques envers les non-musulmans.[30] Ces préceptes garantissaient que, là où les gens du Livre étaient concernés, toute contrainte dans religion et les conversions forcées étaient interdites.[31]

Bien loin de que ce que nous racontent les mythomanes des fossoyeurs de l’humanité, comme vous pouvez le lire !

 

 

 

 

[1] TW Arnold: the preaching of Islam; SM Ashraf; Lahore; 1961; p. 151.

[2] TW Arnold: the preaching of Islam; SM Ashraf; Lahore; 1961; p. 151.

[3] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; IB Tauris; London; 1997; p. 101.

[4] B. Lewis: Istanbul and Civilisation; pp. 112-3

[5] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; IB Tauris; London; 1997; p. 101.

[6] TW Arnold: the preaching of Islam; SM Ashraf; Lahore; 1961; p. 149.

[7] J. Glubb: A Short History; op cit; p. 251.

[8] G. Finlay: A History of Greece; Oxford; 1877; vol 3; p. 502.

[9] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 106.

[10] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 106.

[11] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 106.

[12] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 106.

[13] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 106.

[14] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 106.

[15] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 107.

[16] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 107.

[17] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 107.

[18] J. Davenport: An Apology for Mohammed and the Koran; J. Davy and Sons; London; 1869; pp 126-7.

[19] H. Graetz: History of the Jews; tr. Bella Lowy; Philadelphia; 1891 f; 6 vols; vol IV; p. 356.

[20] In W. Durant: The Age of Faith; op cit; p. 737.

[21] In W. Durant: The Age of Faith; op cit; p. 737.

[22] W. Robertson: Charles V; I; p. 207; in W. Durant: the Age of Faith; p. 737.

[23] In W. Durant: The Age of Faith; op cit; p. 737.

[24] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews; op cit; p. 107.

[25] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 107.

[26] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 107.

[27] The Treatment of Armenians in the Ottoman Empire; (London; 1916); in Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; op cit; p. 107.

[28] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; IB Tauris; London; 1997; p. 100.

[29] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; IB Tauris; London; 1997; p. 100.

[30] B. Braude: Foundation Myths of the Millet system; in Braude and Lewis eds Christians and Jews;

[31] Y. Courbage and P. Fargues: Christians and Jews under Islam; IB Tauris; London; 1997; p. 100.

 

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