OSMANLI

OTTOMANS

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Cependant, d’autres historiens prétendent que sa blessure était très légère et qu’il s’échappa puis quitta le  champ de bataille après le deuxième assaut et avant le troisième assaut vital. Le récit de Gibbon renforce ce dernier point. Il dit :

« La perte immédiate de Constantinople peut être attribuée à la balle, ou la flèche qui perça le gantelet de Jean Justiniani. La vue de son sang et la douleur aigüe, effrayèrent le courage du chef, dont les armes et les conseils étaient le rempart le plus solide de la ville. Comme il se retirait de son poste en quête d’un chirurgien, son fuite fut perçue et stoppée par l’empereur infatigable. « Votre blessure » s’exclama Paléologue, « est faible et le danger est pressant. Votre présence est nécessaire, où allez-vous vous retirer ? » « Je me retirerais » » dit le  génois tremblant, « par le même chemin que Dieu a ouvert aux Turcs. » Et sur ces mots, il traversa à la hâte, une des brèches du mur intérieur. Par cet acte pusillanime, il souilla les honneurs d’une vie militaire et les quelques jours qu’il survécut à Galata, ou l’île de Chios, furent aigris par le reproche public et le sien. Son exemple fut imité par la plus grande partie des auxiliaires latins et la défense commença à se relâcher lorsque l’assaut fut relancé avec une vigueur redoublée.[1]

La version des événements de Gibbon, qui contredit les représentations des historiens occidentaux modernes, est soutenu par le contemporain Doukas, qui bien qu’il ne porte aucune sympathie pour les Grecs et favorise plutôt les Latins,[2] écrit :

« Il (Giustiniani) fut blessé juste avant l’aube par une grenaille de plomb qui traversa le dos de son bras, pénétrant sa cuirasse de fer qui avait été forgé de la manière des armes d’Achille. Incapable de soulager la douleur de la blessure, il cria à l’empereur, « Tenez ferme votre position, je me retire sur le navire pour soigner ma blessure puis, je reviendrais rapidement. » … Quand l’empereur vit Giovanni se retirer, il perdit courage tout comme ses compagnons bien qu’ils poursuivirent le combat avec toute leur force. »[3]

 

Parmi les historiens modernes, Babinger, défend également cette position. Il écrit :

« A l’intérieur des murs les défenseurs se battirent courageusement, tandis que l’empereur montait parmi eux, les encourageant par ses paroles et son exemple. A ce moment, une chose étrange se produisit. Gravement blessé au bras ou à la cuisse, Giovanni Giustiniani-Longo, le héros du jour en qui reposait tout leur espoir, perdit son courage et abandonna son poste. Aucune remontrance, ni même les appels sérieux de l’empereur, ne purent le retenir. « Mon frère, » cria Constantin, « combat bravement ! Ne nous abandonnez pas dans notre détresse. Le salut de notre ville dépend de vous. Retournez à votre poste. Où allez-vous ? » Giustiniani répondit froidement : « Là où Dieu conduira Lui-même ces Turcs. » Avec ces mots, il se hâta vers la Corne d’Or, monta à bord d’un navire et se rendit à Galata pour panser ses blessures.[4]

Giustiniani ainsi se retira avant le troisième et dernier assaut et fut suivi par un grand nombre de ses hommes.

 

Pendant ce temps, du côté turc, Muhammad vit que les deux attaques successives avaient considérablement affaibli les défenseurs et il lui restait ses réserves, qu’il avait l’intention de mettre à profit maintenant. Ses réserves étaient l’élite de l’armée, les 12.000 Janissaires, un corps d’archers, un autre de lanciers et une infanterie de choix portant des boucliers et piques.[5] Muhammad se plaça à la tête de ses archers et de son infanterie et les conduisit jusqu’à la fosse. Des volées de flèches et des missiles furent tirés sur les Grecs et les Italiens qui défendaient la palissade se sorte qu’ils pouvaient à peine montrer une tête au-dessus des remparts sans être frappés. Des flèches et d’autres missiles tombèrent comme la pluie, dit Critobule. Ils assombrirent même le ciel, dit Leonard.[6] Comme les archers turcs maintenaient une pluie de flèches sur n’importe quelle partie des murs où les défenseurs se montraient, un corps de mineurs poursuivirent sur leurs travaux souterrains jusqu’à la muraille de la ville et forcèrent deux grandes ouvertures à l’extérieure des deux murs.[7] Quand les défenseurs furent harcelés pendant un certain temps par la forte pluie de missiles, Muhammad donna le signal d’avance à ses « Janissaires frais, vigoureux et invincibles. » Ils se précipitèrent à travers le fossé et tentèrent de prendre d’assaut la palissade. « Dix mille de ces grands maîtres et hommes vaillants, » dit Barbaro avec admiration pour un ennemi courageux « se jetèrent sur les murs non pas comme des Turcs mais comme des lions.[8] » Les Janissaires avancèrent sans se précipiter de manière extravagante comme les Bashi-Bazouks et les Anatoliens avaient fait, mais en gardant leurs rangs en ordre parfait, ininterrompu par les missiles de l’ennemi. La musique martiale qui les animait était si forte que l’on pouvait entendre le son entre le bruit des canons de l’autre côté du Bosphore[9] Vague après vague de ces hommes frais, magnifiques et bravement cuirassés se précipitèrent vers la palissade, pulvérisèrent les barils de terre qui la surmontait, tailladèrent les poutres qui la soutenaient et placèrent leurs échelles là où elles ne pouvaient pas être repoussées, chaque vague faisant place sans panique à son successeur.[10] Les chrétiens étaient épuisés. Ils avaient combattu avec seulement quelques minutes de répit pendant plus de quatre heures mais ils se battirent avec désespoir, sachant que s’ils cédaient ce serait la fin. Derrière eux, dans la ville, les cloches de l’église résonnèrent de nouveau.[11]

Les Janissaires essayèrent de démolir la palissade, d’arracher les poutres et les barils de terre dont elle était en partie formée. Pendant un certain temps, tout fut bruyant et confus. Au bruit du canon fut ajouté le tintement de chaque cloche des églises dans la ville, les cris « Allah ! Allah !, » et les réponses des chrétiens.[12] Muhammad était témoin de l’autre côté du fossé. Il exhorta les Janissaires à le suivre, de ne rien craindre : « Le mur est sans défense, la ville est déjà à nous. » A sa demande, une nouvelle tentative fut faite pour précipiter la palissade et grimper sur les débris du mur.[13] Au troisième assaut, un groupe de Janissaires, dirigé par un géant, Hassan d’Ulubad, prit la brèche d’assaut.[14] Il se précipita avec trente camarades dans les ruines barricadées d’une des tours renversées qui flanquaient la brèche.[15] Ils gagnèrent le sommet et bien que l’espoir de Hassan et dix-huit de ses suivants fut perdu en ayant été abattus, d’autres suivirent rapidement et emportèrent les défenses grecques.[16] Presque en même temps, un autre corps ottoman entra dans une partie légèrement protégée de la longue ligne de remparts et prirent la garnison à revers.[17] La Poterne de Kerkoporta près de la Porte de Xylokerkos avait été bien barricadée à cause d’une prophétie selon laquelle l’ennemi entrerait d’abord dans la ville mais que la veille elle serait ouverte pour une sortie et laissée ouverte par erreur.[18] Passant à travers, cinquante Turcs attaquèrent les défenseurs à l’arrière et plantèrent leur bannière sur le mur.

Les Italiens et les Grecs résistèrent mais les Turcs étaient déjà maîtres de l’enceinte. Barbaro dit qu’un quart d’heure après que les Turcs aient prit la palissade, 30.000 étaient dans l’enceinte.[19] Les défenseurs s’enfuirent dans la panique. Seule la petite porte dans la ville était ouverte, et ce fut bientôt encombrée de mourants ou de morts.[20]

La terreur se répandit alors à travers le groupe clairsemé des défenseurs et autour de l’empereur quand des rumeurs annoncèrent que la ville avait été saisie depuis le port.[21] La citadelle Blachernae fut exposée à l’irruption des assiégeants.[22] Les défenseurs s’enfuirent tête baissée vers la porte intérieure. Beaucoup furent écrasés et jetés au sol.[23] Quand l’empereur Constantin vit la bannière turque, il se jeta avec ses disciples au milieu de la mêlée et abattit tous les Turcs à sa portée et, même blessé, il livra la bataille désespéré, presque seul.[24] Convaincu que tout était perdu, ses hommes n’écoutèrent plus ses ordres.[25] Lorsque Constantin se rendit compte que toute résistance était impossible, il se jeta sur les Ottomans. « N’y a-t-il pas un chrétien ici, » s’écria-t-il « qui prendra ma tête ? » Puis, il tomba sous les coups de deux Turcs, dont l’un le frappa au visage et l’autre dans le dos.[26]

 

Pendant ce temps, à l’intérieur de la ville, après le troisième assaut, à l’église de Sainte-Sophie, dit Draper, une foule de femmes et d’enfants, de prêtres et de moines, de vierges religieuses et d’hommes, superstitieux jusqu’à la fin dans ce moment suprême, attendirent l’accomplissement d’une prophétie qui : « Quand les Turcs auront forcé leur chemin vers la place devant cette église, leur avance sera arrêtée car un ange avec une épée dans la main descendra du ciel et sauvera la ville du Seigneur. » Les Turcs firent irruption dans la place mais l’ange ne vint jamais.[27] Le texte de Gibbon de cet épisode final est de premier ordre.

« Sur l’assurance de la calamité publique, les maisons et couvents furent instantanément désertés. Les habitants tremblants affluèrent dans les rues, comme un troupeau d’animaux timides, comme si la faiblesse accumulée pouvait produire de la force, ou dans le vain espoir que, dans la foule chaque individu serait en sécurité et invisible. De toutes les parties de la capitale, ils se jetèrent dans l’église de Sainte Sophie et en l’espace d’une heure, le sanctuaire, le chœur, la nef, les galeries supérieures et inférieures, furent remplis avec des multitudes de pères et de maris, de femmes et d’enfants, de prêtres, de moines et de vierges religieuses. Les portes étaient fermées de l’intérieur et ils cherchèrent protection contre le dôme sacré, qu’ils avaient si récemment abhorré comme un édifice profane et pollué. Leur confiance était fondée sur la prophétie d’un passionné ou d’un imposteur qu’un jour, les Turcs entreraient dans Constantinople et poursuivraient les Romains jusqu’à la colonne de Constantin sur la place devant Sainte-Sophie mais que ce serait le terme de leurs calamités puisqu’un qu’un ange descendrait alors du ciel, avec une épée dans sa main et livrerait l’empire avec cette arme céleste, à un pauvre homme assis au pied de la colonne. « Prenez cette épée, » dira-t-il, « et venge le peuple du Seigneur. » A ces mots encourageants, les Turcs s’enfuiraient instantanément et les Romains victorieux, les chasseraient de l’Occident et de toute l’Anatolie jusqu’aux frontières de la Perse.[28] « Si à ce moment-là » écrit Ducas, « un ange descendait vraiment du ciel et criait « Accepter l’union de l’église et je chasserai vos ennemis de la ville, » ils auraient toujours refusé de professer l’union et auraient préférés se rendre aux Turcs plutôt qu’à l’église romaine. »[29]

 

 

 

 

[1] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 191.

[2] Voir, par exemple, sa réprimande à l’égard des Grecs et son soutien à l’union avec l’église catholique dans Doukas: Decline and fall; pp. 205-6

[3] Doukas (Magoulias); p. 223.

[4] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[5] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 702.

[6] Pears: The Ottomans; op cit; p. 702.

[7] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 79.

[8] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 702.

[9] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 137.

[10] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 137.

[11] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 137.

[12] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 703.

[13] Pears: The Ottomans; op cit; p. 703.

[14] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 122.

[15] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 84.

[16] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 84.

[17] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 84.

[18] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[19] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 703.

[20] Pears: The Ottomans; op cit; p. 703.

[21] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[22] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 122.

[23] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[24] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[25] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[26] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 92.

[27] JW Draper: A History of the Intellectual Development of Europe; George Bell and Sons, London, 1875; II; p.108.

[28] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 194.

[29] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 93.

 

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