OSMANLI

OTTOMANS

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L’hostilité à l’égard des Seldjouks et des Mamelouks a ses vraies raisons. Ce sont les Seldjouks qui défendirent la terre de l’Islam qu’ils sauvèrent d’extermination totale lorsque les croisades (1095-) arrivèrent et anéantirent des millions de musulmans.[1] N’étaient-ce les Seldjoukides qui combattirent à cette époque cruciale où les musulmans étaient faibles et désunis (1095-1145), il est certain que le sort des musulmans aurait été le même que celui des dizaines de millions d’indigènes ailleurs, qui n’ont pas réussi à se battre pour leur survie et furent exterminés jusqu’au dernier.[2] Quant aux Mamelouks, ce sont eux qui non seulement ripostèrent et arrêtèrent les Mongols à ‘Ayn Jalout en 1260, après que les Mongols avaient déjà massacré des millions de musulmans mais aussi ceux qui chassèrent les croisés de Palestine en 1291.[3]

 

Une présentation déformée de la réalité par l’érudition occidentale et ses disciples consiste à blâmer les musulmans eux-mêmes, en particulier les Berbères et les Turcs, pour le déclin musulman et en attribuant les accomplissements musulmans de diverses sortes à des sources chrétiennes y compris des puissances coloniales. Ceci est la ligne suivie par les semblables de Renan et autres.[4]  Bertrand, par exemple, met en contraste pour nous, les désastres causés par les Arabes et les Berbères à la société musulmane avec les lumières coloniales :

« Mais la chose la plus lamentable de tous était l’état permanent de division et d’anarchie dans laquelle les Arabes gardèrent l’Espagne pendant des siècles. Par leurs discordes, leurs guerres raciales et tribales, leur ravage systématique et continu, leurs massacres et leurs déportations, ils la stérilisèrent et la  dépeuplèrent. Ils firent d’elle comme de l’Afrique du Nord un désert. Aujourd’hui encore ce pays, trop largement aride et sous-peuplée, porte les stigmates de la conquête étrangère dans l’aspect de son sol ainsi que dans le caractère de ses habitants. Le voyageur à travers les solitudes lugubres de La Mancha (La Manche) sent seulement intensément que les Berbères d’Afrique sont passé par-là.[5] »

Puis :

« La présence prolongée des musulmans, fut donc une calamité pour ce malheureux pays d’Espagne. Par leur système de raids continuels, ils la gardèrent pendant des siècles dans un état de brigandage et de dévastation. C’est aussi dans un état semblable mais beaucoup moins lamentable, celui que les Français trouvèrent en Algérie lorsqu’ils y arrivèrent en 1830. L’Afrique du Nord ne comptait pas deux millions d’habitants.[6] (Un chiffre diminué volontairement pour couvrir les millions de Maghrébins tués par les Français.) 

 

Lorsque les Français colonisèrent  l’Algérie, ils introduisirent des centaines de milliers de colons chrétiens pour remplacer les soi-disant musulmans incompétents et faire de grandes réalisations :

« Les admirables paysans espagnols qui dans les jours lointains de l’hégémonie romaine, donnèrent à Bétique sa réputation, et qui aujourd’hui réussirent à restaurer en Algérie française la fertilité détruite par l’incurie et la barbarie des Arabes. »[7]

Cette réécriture de l’histoire qui accuse les musulmans de leur propre dégénération et loue le rôle civilisateur de l’Occident chrétien fut examiné et réfuté longuement par le Dr Salah ad-Din dans d’autres œuvres pour justifier l’espace ici.[8]

 

Pour résumer, il suffit juste de regarder l’Irak aujourd’hui pour vraiment apprécier avec gratitude la mission « civilisatrice » de l’Occident à l’œuvre : une mission exterminatrice purement diabolique.

 

L’Histoire musulmane moderne, contrairement à l’histoire médiévale est particulièrement aseptisée des images positives ou favorables des Turcs. Ce qui est dû principalement aux historiens nationalistes arabes modernes (essentiellement chrétiens) qui depuis plus d’un siècle ont gardé le monopole de l’écriture de l’histoire musulmane et qui ont tendance à blâmer les Turcs pour tous les malheurs de la société musulmane bien que ce sont ces même nationalistes qui trahirent les turcs et s’allièrent avec leurs ennemis et qui sont les responsables des malheurs.

 

Atiya, par exemple, nous dit que :

« L’Egypte, jusque-là, le leadeur du monde islamique, succomba dans les bras du conquérant Turc en 1517 et sombra dans l’obscurité de l’un des plus sombres âge dans toute son histoire, alors que l’aube de l’histoire moderne se leva en Europe à la Renaissance. »[9]

Atiya rapporte des mensonges majeurs comme on le montrera amplement dans la suite de notre travail et comme cela a été largement démontré par d’autres auteurs. La destruction de la prospérité égyptienne est dû essentiellement à deux éléments ; d’abord la destruction du système économique égyptien et du commerce par la piraterie chrétienne, particulièrement les Portugais qu’Atiya appelle des marchands.[10] Le deuxième facteur qui explique l’appauvrissement de l’Egypte est le fait de son pillage par les Français, les banques britanniques et occidentales avec la complicité des fonctionnaires et élites qu’ils mirent et maintinrent en place (qui incita Arabi et les patriotes égyptiens à se lever pour la défense de leur pays avant qu’ils ne soient bombardés jusqu’à soumission en 1882)[11] jusqu’à ce jour.

 

Les historiens occidentaux ont généralement tendance à nous présenter l’intervention turque dans les affaires musulmanes (pour aider les musulmans contre les attaques chrétiennes) comme des actes d’agression et ensuite par conséquence, tournent les agressions chrétiennes en actes légitimes.

 

Ainsi Mantran, décrit ‘Arouj Barbarossa (qui au début du seizième siècle, fut invité à assister les états musulmans menacés d’Afrique du Nord) comme un despote lâche sans pitié tout en même temps, justifie l’invasion militaire espagnole de l’Algérie. Il écrit :

« Comme il tardait à attaquer le Penon (le fort espagnol extérieur Alger, qui menaçait la ville), les habitants mécontents essayèrent de se débarrasser de lui. ‘Arouj fut prévenu et exposa les conspirateurs puis exécuta un certain nombre d’entre eux et se fit complètement maître d’Alger (922 H/1516). Alarmé par cela, les Espagnols tentèrent une attaque sur la ville mais furent sévèrement battus en septembre 1516. Poursuivant sa progression, ‘Arouj prit le contrôle de Miliana, Médée et Ténès. Peu après, à l’invitation des habitants de Tlemcen, il occupa aussi cette ville mais les Espagnols réagirent à cette menace croissante : Ishaq (le frère de ‘Arouj) fut capturé et tué dans une bataille et ‘Arouj lui-même fut assiégé durant six mois à Tlemcen ; quand il tenta de fuir, il fut rattrapée et tué (924 H/1518).[12]

 

Mantran raconte des mensonges en justifiant les attaques espagnoles sur le terrain des menaces turques, quand on sait que l’Espagne envahit longtemps l’Afrique du Nord avant l’arrivée des Turcs et, que les Tunisiens et Algériens appelèrent les Turcs à l’aide précisément pour repousser les attaques espagnoles contre l’Afrique du Nord, attaques qui visait à la christianisation de la région,[13] et qui ont été marquées par de terribles actes de cruauté.[14]

La mort de ‘Arouj que Mantran diminue, fut l’un des événements les plus poignants de l’époque. ‘Arouj, plutôt que fuir comme dit Mantran, montra un  courage exceptionnel et mourut en combattant, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde. Contrairement à Mantran et ses collègues moderne occupés à réécrire l’histoire des manières les plus désobligeantes envers l’Islam et les Musulmans, ‘Arouj fut tenu en haute estime non seulement par les musulmans mais aussi par des chrétiens contemporains. Sa fin fut suffisamment remarquable pour être célébrée en Espagne par un poème héroïque en 1796 et une tragédie qui en 1827, fut joué dans les théâtres de cour.[15]

 

Comme Mantran, Pears, tient très peu sympathie pour son sujet, les Turcs. Il écrit, par exemple :

« Une succession de voyageurs de l’Occident qui, l’un après l’autre, observèrent les souffrances des chrétiens, la mauvaise gouvernance de l’empire turc …

La démoralisation des gens conquis et de leurs églises résultant de la conquête et surtout de la pauvreté qu’il produisit, ne fut pas moins désastreuse que la blessure à leurs intérêts matériels. Les chrétiens perdirent cœur. Leur courage physique diminua. Dans les régions éloignées, et surtout dans les régions montagneuses, où l’avantage de position naturelle contrebalance les chiffres énormément supérieurs de l’ennemi, les chrétiens continuent à résister …

Les Grecs, les Bulgares et les populations arméniennes, qui avaient tous bien lutté pour résister aux Turcs, devinrent moins viriles. L’écrasante pauvreté et l’oppression constante mais bien que généralement insignifiante, bien plus que les massacres périodiques leur enleva une grande partie de leur virilité.

L’influence de la conquête sur l’église orthodoxe était purement malicieuse. Les revenus ecclésiastiques furent saisis. Les prêtres devaient vivoter sur un maigre salaire qu’ils pouvaient obtenir en exécutant les services de l’église pour un peuple appauvri … Les églises plus vastes furent transformées en mosquées. Les bibliothèques périrent. Des milliers de manuscrits précieux furent détruits … Les églises aussi bien que les gens devinrent sordides et sans ressources d’aspiration. L’ignorance et d’autres causes, en raison de la conquête, réduisirent les églises à un niveau stagnant d’uniformité, de superstition et de mort spirituelle … »[16]

 

Comme on le verra amplement par la suite, Pears fabule totalement et rapporte que des mensonges. Brièvement ici, chaque voyageur contemporain dans les terres ottomane, cependant hostile, ne pouvait manquer d’être frappé par la tolérance turque et le bon traitement de leurs sujets chrétiens qui avaient prospéraient encore plus fort que les autres.[17]

Par exemple,  De La Croix, un interprète à Constantinople, ne vit rien de la cruauté barbare associée généralement avec les Ottomans.[18] Dans ses Mémoires, inédites, il reconnut que les Ottomans permettaient la même liberté de culte pour les chrétiens qu’ils pouvaient trouver en France et que les cérémonies chrétiennes n’étaient pas entravées par tous les moyens par les Turcs.[19] De plus, comme montre à plusieurs reprises par un certain nombre de sources, les Turcs étaient les gens les plus sophistiqués de l’époque qui apportèrent des améliorations décisives à tous les aspects de la vie moderne.[20] Et contrairement aux historiens modernes qui ont seulement des attitudes désobligeantes envers les Turcs, les Berbères ou les Arabes mais jamais envers eux-mêmes, les contemporains n’ont jamais cessé d’admirer ces Turcs, comme Fisher le souligne :

« L’image d’une sévère et finalement lutte triomphante dans les mers du Levant et de Méditerranée par une chrétienté unie contre l’agression implacable des Turcs barbares ou semi-barbares est clairement trompeuse, qui doit beaucoup à l’effort avoué de Prescott pour prouver que les accusations italiennes de barbarie espagnole étaient sans fondement. Il ne tient pas compte de certains faits très pertinents, l’échec à tout moment des chrétiens du bassin méditerranéen pour s’unir de tout son cœur contre l’Islam et la dépendance constante de même les principaux champions de la foi sur l’aide musulmane. Les peuples chrétiens ont non seulement considérés les Turcs plus civilisés que les Espagnols et les Français, mais ont même cherché à se placer sous leur protection et leur gouvernement,[21] tandis que les Espagnols eux-mêmes semblent avoir considéré les Turcs comme des ennemis honorables.[22] Kheir ad-Din Barbarossa, qui est, par un processus curieux, venu à être représenter dans nos dernières histoires comme un « caractère infâme » et « un pirate professionnel, » était à son époque réputé par les chrétiens en général d’être un homme d’état sage, un administrateur capable et un grand soldat, noté pour sa conduite ordonnée et civilisée de guerre et fut courtisé tour à tour ou simultanément par les plus grands princes, spirituels et temporels de la Méditerranée. Sa carrière a fait l’objet d’une propagande intensive à des fins politiques, non seulement de son vivant mais près de trois siècles plus tard.[23]

 

 

 

[1] Voir les comptes rendus sur les massacres de Musulmans dans les villages et les villes qu’ils conquirent, tuant des millions dans le processus. Voir, par exemple :

-JW Draper: A History of the Intellectual Development of Europe; Vol I; Revised edition; George Bell et Sons, London, 1875.

-S. Runciman: A History of the Crusades, 3 vols, Cambridge University Press, 1962.

-Ibn al-Athir: Al-Kamil fi’l Tarikh.

[2] W. Howitt: Colonisation et Christianity: Longman; London; 1838; pp. 173 fwd dans particular.

[3] Voir par exemple :

– Baron G. d’Ohsson: Histoire des Mongols.

– U. et MC Lyons: Ayyubids, Mamluks et Crusaders, Selection from the Tarikh al-Duwal wal Muluk of Ibn al-Furat; 2 vols, W. Heffer et Sons Ltd, Cambridge, 1971.

[4] E.Renan: L’Islamisme et la science dans Oeuvres completes; Vol 1; Paris; 1942.

  1. Le Bon: La Civilisation des Arabes; Cyracuse; 1884;

Pour en savoir plus sur cet argument, voir : SE Al-Djazairi: The Golden Age et Decline of Islamic Civilisation; Bayt al-Hikma; Manchester; 2006.

[5] L. Bertrand et Sir C. Petrie: The History of Spain; Part I (by L. Bertrand); Eyre et Spottiswoode; London; 1934; 2nd ed; 1952; p. 160.

[6] L. Bertrand et Sir C. Petrie: The History of Spain; p. 92.

[7] L. Bertrand et Sir C. Petrie: The History of Spain; p. 138.

[8] Voir. SE Al-Djazairi: The Myth of Muslim Barbarism et its Aims; Bayt Al-Hikma; Manchester; 2007.

SE Al-Djazairi: A Short History of Islam; The Institute of Islamic History; Manchester 2006. 

[9] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; Methuen; London; 1938; p. 25.

[10] W. Heyd: Histoire du Commerce du Levant au Moyen Age; Leipzig 1885-6; Amsterdam 1967.

SE Al-Djazairi: The Golden Age; op cit.

[11] JCB Richmond: Egypt 1798-1952; Methuen et Co; London; 1977; pp. 98 ff.

SE Al-Djazairi: A Short History of Islam; The Institute of Islamic History; 2006; Chapter 10.

[12] R. Mantran: North Africa dans the Sixteenth et Seventeenth Centuries; dans The Cambridge History of Islam; Édité par PM Holt; AK Lambton; B. Lewis; Cambridge University Press; 1970; vol 2a; pp. 238-65; at p. 250.

[13] Voir les prochains chapitres.

[14] C. Rotalier: Histoire; op cit; pp. 56-7.

 Voir aussi : W. Spencer: Algiers dans the Age of the Corsairs; University of Oklahoma Press; 1976; p. 17.

[15] G. Fisher: Barbary Legend; Oxford at the Clrendon Press; 1957; p. 49.

[16] E. Pears: The Destruction; op cit; pp. 416-20.

[17] Voir, par exemple, Y. Courbage, P. Fargues: Chretiens et Juifs dans l’Islam Arabe et Turc, (Payot, Paris, 1997).

[18] Dans A. Gunny: Images of Islam dans Eighteenth Century Europe; Grey Seal; London; 1996; p.18.

[19] Ibid.

[20] Voir, par exemple, J. Sweetman; The Oriental Obsession; Cambridge University Press, 1987.

[21] The Historian’s History of the World (HHW). xxiv. 362; p. 154, n. 3.

[22] Note la sympathie avec la perte du fils de Dragut ; Hommage à la fin galante du petit fils de Kheir ad-din, CF Duro, Armada Espanala; 4 vols; Madrid; 1895, ii. 183—4; eulogies of Aruj et Dragut, S. Lane-Poole: The barbary Corsairs; London; 1890; pp. 52—3 et 149; Des romans presque simultanés de Cicala et de Kheir ad-Din avec des captifs turcs et italiens.

[23] Jurien l’a classé avec Nelson, St. Vincent, et Alexander au-dessus de Blake, louant aussi son administration coloniale.

 

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