OSMANLI

OTTOMANS

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Les Turcs résistèrent et soumirent la ville à des bombardements intenses. Les canons turcs sont diversement décrit comme des bombardes, des machines, des skeves, des hélépoles (ou « preneurs de villes »), des tourments, des héléboles et des téléboles. Ils lancèrent des boules de pierre de grande taille qui avaient été amenés de la Mer Noire.[1] Le plus grand, dit Chalcondylas, fut tiré sept fois par jour et une fois par nuit. L’archevêque Leonard déclare qu’il en mesura une qui avait été tiré au-dessus du mur, et trouva qu’elle avait onze travées (quatre-vingt-huit pouces ou 2,30 m) de circonférence. Une telle mesure n’a pas été exagérée (comprenez que tout le reste l’est).[2] Certaines boules de pierre furent conservées. Elles furent probablement tirées au-dessus du mur sans se briser et restèrent dans la position où elles tombèrent. Elles ont exactement quatre-vingt-huit pouces de circonférence.[3] Tetaldi déclare qu’il y avait dix mille couleuvrines et le même nombre est donné par Montaldo. Le nombre est peut-être exagéré (non pas peut-être mais certainement exagéré comme tout ce que vous lisez, tout est déformé, travesti voir inventé). Pourtant Leonard parle d’« innombrables machines » qui furent apportées devant les murs et ensuite d’un grand nombre de petits canons employés pour battre les murs tout le long leurs lignes.[4]

L’effet du canon devint bientôt terrible. Le 21 avril, une section du mur près de la Porte de Saint-Romanus fut démolie.[5] Les défenseurs avaient précédemment comblés les vides durant la nuit avec des tonnes de pierres et de gravats, mais puisque les tirs de canon devinrent de plus en plus intenses, il ne fut plus possible de réparer rapidement toutes les brèches.[6]

 

La ville était encore bien fortifiée et résistait au bombardement. Sa rupture semblait être sans espoir à moins qu’une double attaque soit conduite depuis le port ainsi que par voie terrestre mais le port était inaccessible puisqu’une chaîne infranchissable était défendue par huit grands navires plus une vingtaine d’autre de plus petite taille ainsi que par plusieurs galères et chaloupes et, pour forcer cette barrière, les Turcs n’auraient donc eu d’autre choix que de livrer une seconde bataille navale.[7]  Devant cet embarras, le génie de Muhammad conçut et exécuta un plan audacieux et merveilleux.[8] Puisqu’il était évident que les galères turques légères ne pouvaient pas espérer affronter les navires vénitiens à la voile et en pleine mer[9] cependant, dans la Corne d’Or, à l’abri du vent et protégé par les batteries à terre, il serait tout à fait possible de le faire. Le problème de Muhammad était d’entrer dans la Corne pour faire face à l’escadron vénitiens et la chaîne qui interdisait l’entrée.[10] Il décida par une manœuvre d’ingénierie audacieuse de transporter une partie de sa flotte à travers le pays et lancer dans cette partie supérieure de la Corne d’Or, où dans l’eau étroite et lisse et avec l’aide prête d’une des deux rives, ses galères auraient le contrôle sur les beaucoup moins nombreux mais plus grands navires des Grecs.[11] Il fallait donc couvrir une distance de dix miles (12km) sur un sol inégal et couvert de fourrés.[12] Pour les ingénieurs turcs qui avaient véhiculés le canon monstre à travers la Thrace ce problème ne présentait guère de difficultés.[13]

La route de l’actuelle baie de Dolmabahçe, près de l’extrémité sud du Bosphore, à travers les collines couvertes de vignes au nord de Pera jusqu’au district connu maintenant sous le nom de Kasm Pacha, fut défrichée, recouverte de troncs et les endroits les plus escarpés furent garnies de balustrades.[14] La piste, qui ressemblait maintenant à une piste de lancement, fut enduite de graisse de moutons et de bœufs. Les navires furent donc halés sur cette piste de rouleaux du Bosphore à la Corne d’Or. D’abord quelques petits navires furent acheminés comme test puis les plus grands, jusqu’à ce qu’en fin de compte, un total de soixante-douze navires fut remorqués.[15] Une partie des équipages fit le halage ; d’autres marins restèrent à bord, maniant les voiles et les gouvernails, tandis que d’autres orchestraient le travail à l’aide des tambours et des trompettes.[16] Au cours d’une seule nuit, cette flotte turque gravit péniblement la colline, traversa la plaine et fut lancée de la pente dans les eaux peu profondes du port et bien loin de l’intimidation des profonds vaisseaux des Grecs.[17] Ce fut un accomplissement d’une dimension considérable, tant par son audace et ses effets et ainsi, les Turcs ouvrirent un front d’où les Grecs l’attendaient le moins.

La première escadre, qui avait fait le voyage en une seule nuit, apparut dans la matinée dans les flots de la Corne d’Or, au grand dam des défenseurs qui étaient maintenant à plus de cinq miles des murs sur mer qu’ils devaient couvrir.[18]

« L’importance réelle de cette opération fut amplifiée par la consternation et la confiance qu’elle inspira : mais le fait notoire et incontestable se déroula sous les yeux et fut enregistré par les plumes, des deux nations » dit Gibbon mi-figue mi-raisin obligé de reconnaitre le fait et tentant de diminuer son impact.[19]

 

Cette apparition soudaine de 70 ou 80 navires dans la Corne d’Or fut une grande cause de consternation. Après une réunion des chefs de la défense, il fut décidé de faire un effort pour les détruire. James Coco, décrit par Phrantzès comme plus capable d’action que de parole, initialisa la tentative.[20] L’escadre vénitienne, dans le port extérieur, remonta la Corne à la faveur de la nuit.[21] La réponse turque fut rapide. De la Tour de Galata, le propre navire de Coco fut coulé par un tir bien ciblé tiré de Qasim Pasha. Trevisan, qui avait rejoint l’expédition, et ses hommes n’eurent leur vie sauvée de leur navire en perdition qu’en se jetant à la mer.[22] La lutte, dit Barbaro, fut terrible, « un véritable enfer, des missiles, des coups innombrables et des canonnades continues. » L’expédition échoua complètement.[23] Les hommes du navire coulé qui rejoignirent en nageant le littoral furent faits prisonniers par les Turcs et décapités le lendemain matin sous les yeux de la défense. La garnison riposta en décapitant sur les créneaux plus de 200 prisonniers musulmans.[24]

La même mauvaise fortune tomba sur un raid de brûlots vénitiens la nuit suivante. Dans ces eaux fermées l’artillerie turque ne devait pas être bravée impunément.[25]

 

Après cela, Muhammad construisit, dans la partie la plus étroite, un pont, ou plutôt des moles, d’une cinquante coudées de large et d’une centaine de longue, formé de barriques et de tonneaux joints avec des chevrons, liés avec du fer et recouvert d’un plancher solide.[26] Sur cette batterie flottante, il plaça l’un de ses plus grands canons, tandis que les quatre-vingts galères avec leurs soldats et leurs échelles s’approchaient du côté le plus accessible.[27]

 

Les combats se déroulèrent presque tous les jours du côté de la Corne ainsi que devant les murs terrestres. Les assiégés persistaient dans leurs efforts pour détruire les navires turcs, mais leurs canons inefficaces firent peu de dégâts.[28] D’un autre côté, le feu ottoman avait son impact. Le poids et la répétition du feu firent impression sur les murs.[29] Une caractéristique qui distingua le siège de Constantinople fut la réunion de l’artillerie ancienne et moderne. Le canon se mêlait avec les engins mécaniques qui lançaient des pierres et des fléchettes ; les boules et le bélier étaient dirigés contre les mêmes murs. La découverte de la poudre à canon supplanta l’utilisation du feu liquide et non extinguible.[30] Une tourelle en bois de la plus grande taille fut avancée sur des rouleaux et ce stock portable de munitions et de fascines était protégé par un triple revêtement de peaux de taureaux. Des volées incessantes étaient déchargées des trappes et à l’avant, trois portes permettaient la retraite et des sorties de secours pour les soldats et les ouvriers qui montaient par un escalier jusqu’à la plateforme supérieure, et, aussi haut que le niveau de cette plateforme, une échelle d’assaut pouvait être soulevée par des poulies pour former un pont et s’agripper sur le rempart adverse.[31]

 

Les Turcs, poussant leurs approches au bord du fossé, tentèrent de combler l’énorme gouffre et de construire une route pour l’assaut.[32] Des fascines innombrables, des barriques et des troncs d’arbres furent entassés les uns sur les autres et l’impétuosité de la foule était telle, que les premiers et les faibles furent poussés à corps perdu dans le précipice et instantanément ensevelis sous la masse accumulée.[33] Remplir le fossé était le labeur des assiégeants, déblayer les déchets était la sécurité des assiégés et après un long et sanglant conflit, la toile qui avait été tissée durant la journée était encore démêlée dans la nuit.[34]

 

La ressource suivante de Muhammad fut la sape mais le sol était rocailleux. Lors de chaque tentative, il fut arrêté et miné par les ingénieurs chrétiens. L’art de creuser ces tunnels avec la poudre à canon ou de souffler des tours entières et des villes, n’avait pas encore été inventé.[35] 

 

Pendant les premiers jours de mai, un navire vénitien quitta secrètement le port afin de presser l’amiral vénitien Loredan, qui, envoyé par le pape, était censé être dans la Mer Egée, pour se précipiter au secours de la ville.[36] L’empereur fut invité par les nobles et Giustiniani à quitter la ville, mais il refusa.[37]

 

 

 

 

[1] E. Pears: The Destruction; p. 246.

[2] E. Pears; p. 246.

[3] E. Pears; p. 246.

[4] E. Pears; p. 246.

[5] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 88.

[6] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 88.

[7] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 184.

[8] Gibbon: Decline and fall; p. 184.

[9] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 119.

[10] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 119.

[11] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 81.

[12] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 184.

[13] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 119.

[14] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 88.

[15] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 88.

[16] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 88.

[17] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 184.

[18] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 119.

[19] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 184.

[20] Pears: The Ottomans; op cit; p. 700.

[21] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; pp. 119-20.

[22] Pears: The Ottomans; op cit; p. 700.

[23] Pears: The Ottomans; op cit; p. 700.

[24] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; pp. 119-20.

[25] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 120.

[26] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 185.

[27] Gibbon: Decline and fall; p. 185.

[28] Pears: The Ottomans; op cit; p. 700.

[29] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; pp. 185-6.

[30] Gibbon: Decline and fall; pp. 179-80.

[31] Gibbon: Decline and fall; p. 180.

[32] Gibbon: Decline and fall; p. 179.

[33] Gibbon: Decline and fall; p. 179.

[34] Gibbon: Decline and fall; p. 179.

[35] Gibbon: Decline and fall; p. 179.

[36] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 700.

[37] Pears: The Ottomans; op cit; p. 700.

 

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