OSMANLI

OTTOMANS

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Le siège et la défense de Constantinople

 

L’empereur rassembla ses ressources pour la défense. En attendant l’arrivée des Turcs au printemps, il envoya plusieurs de ses fonctionnaires dans les îles et les provinces chrétiennes pour acheter du blé, des légumes de toutes sortes et divers produits alimentaires. Il y avait quatre grands navires au large de l’île de Chios qui chargeaient toutes sortes d’approvisionnement nécessaires : blé, vin, huile d’olive, figues sèches, caroubiers, orge, et toutes sortes de légumes.[1] Ils attendaient un navire marchand du Péloponnèse. Il y avait enfin cinq navires et ils étaient destinés à transporter de nombreuses troupes et armures à Constantinople.[2] Les auxiliaires furent en partie apportés par le pape, qui envoya le cardinal Isidore avec un petit corps de vétérans et une aide pécuniaire à l’empereur grec.

Les villes commerciales italiennes et espagnoles qui commerçaient avec Constantinople, montrèrent leur intérêt pour son sort en envoyant des contingents pour sa défense.[3] Des groupes d’Aragonais, de Catalans et de Vénitiens, apportèrent de l’aide à Constantin. Son auxiliaire le plus important était le commandant génois, Jean Giustiniani, qui arriva avec deux galères et trois cents hommes d’élite, un peu avant le début du siège.[4] Au total, Constantin avait une garnison pour défendre des murailles étendues sur quatorze miles (23km), dont la partie terrestre, sur cinq miles (6km), allaient certainement être attaquées par les troupes turques.[5] Les fortifications, construites dans les temps anciens, et pour d’autres méthodes de guerre, étaient mal adaptées pour pouvoir mettre en place et travailler sur de lourds canons ; de nombreux endroits avaient soufferts et étaient vétustes. Pourtant, aucun moyen de rétablir ou d’améliorer les défenses ne fut négligé, comme les compétences militaires de l’empereur et celle de ses alliés latins pouvaient suggérer.[6]

 

Du côté ottoman, les préparatifs du siège se déroulèrent sérieusement. Muhammad passa l’hiver à élaborer de ses propres mains et jusqu’au dernier détail, les plans du siège. Il avait la meilleure artillerie et avait obtenu les services d’Urbain, un Valache, autrefois au service des Grecs, qui avait maîtrisé l’art de fondre un canon monstrueux. Pour Roumeli Hissar, il avait fabriqué une arme capable de lancer une balle de pierre à travers le Bosphore ; et il construisit maintenant un autre canon d’un calibre de 4 pieds (1,2m), afin d’abattre les murs.[7] Ce canon était servi par 500 canonniers qui mettaient deux heures pour charger et lancer une boule de 1200 livres (545kg), mais qui éclata à la quatrième décharge.[8] D’autres canons d’une ampleur moins imposante, mais probablement d’une plus grande efficacité, furent préparés ainsi que les munitions et les provisions militaires de toutes sortes. Des moyens de transport furent rassemblés sur une aussi vaste échelle.[9] Mais Muhammad n’a pas seulement réunis l’ensemble du matériel de guerre, il arrangea aussi tout et prévu le bon usage de tous, dans l’esprit vif d’une combinaison habile.[10]

 

Le mois de janvier passé et le début de février 1453 arrivé, Muhammad ordonna de transporter le canon à Constantinople. Trente wagons étaient reliés entre eux et soixante énormes bœufs les traînaient. Deux cents hommes furent déployés sur chaque côté du canon pour le soutenir et l’équilibrer afin qu’il ne glisse pas et ne tombe pas sur la route. Cinquante charpentiers et deux cents assistants devancèrent les wagons pour construire des ponts en bois où la route est inégale. Le voyage dura tout février et mars et le canon arriva finalement à environ cinq miles (6km) de la ville.[11]

Quand le canon fut transporté à l’endroit désigné, Karaja Beg fut ordonné de se hâter ses forces pour le garder. Il envahit également les environs de Constantinople et empêcha les Byzantins de sortir des portes de la ville.[12] Tout au long de l’hiver, trois régiments de Mysie et Paphlagonie furent déployés pour garder la ville et empêcher les Byzantins de se précipiter et de lancer des raids sur les Turcs.[13] Le camp turc augmenta en taille et les Byzantins furent incapables de sortir. De la mer, cependant, dans des birèmes et trirèmes, ils pillèrent les villages turcs situés le long du littoral jusqu’à Kyzikos. De nombreux Turcs furent emmenés captifs et ceux qui ne furent pas été tués furent emmenés à Constantinople et vendus. Durant ces affrontements, le printemps arriva.[14]

 

Tout au long du mois de mars 1453, la grande armée du Sultan se déplaça par détachements à travers la Thrace vers le Bosphore. Il était difficile de subvenir à tous les besoins d’une armée aussi vaste mais tout avait été soigneusement planifié. La discipline était bonne et le moral des troupes très élevé.[15]

 

C’est le lundi, 2 avril, qu’apparut le premier détachement turc. Une petite compagnie de défenseurs fit une sortie contre eux, tuèrent des hommes et blessèrent beaucoup d’autres.[16] Mais, comme de plus en plus de troupes turques apparurent, la compagnie se retira dans la ville. L’empereur ordonna que les ponts sur les douves soient détruits et de fermer les portes de la ville.[17] Ce même jour aussi, il donna des instructions pour avoir une grande barrière de navigation tendue à travers l’entrée du port de la Corne d’Or qui était composée d’une chaîne fixée, d’un côté, à une extrémité de la tour d’Eugène, sous l’Acropole et de l’autre, à une tour sur les digues de Pera et soutenue sur des flotteurs en bois. Un ingénieur génois, Bartolomeo Soligo, l’avait mise en place.[18]

 

A l’approche de Muhammad, tout était silencieux et prostré ; il s’arrêta d’abord à cinq miles (6km) puis de là avança vers le champ de bataille et planta l’étendard impérial devant les portes de Saint-Romanus.[19] Muhammad forma ses lignes du port à la mer qui furent renforcées par un remblai similaire ; le grand canon turc avait été transporté dans le voisinage de la ville.[20] Quatorze batteries de plus petits canons furent également préparées et furent ensuite stationnées à l’extérieur du mur de la ville qui semblait être le plus faible. L’attaque principale était dirigée contre la porte de Saint-Romanus, à proximité du centre du mur. Outre le canon turc, des balistes furent érigées le long des lignes pour lancer de grosses pierres sur les remparts.[21]  Muhammad avait également préparé et rassemblé une puissante flotte de navires et de grands caïques. Cent quarante voiliers venant de Gallipoli arrivèrent, le 12 avril, au Diplokionion, au sud du palais actuel de Dolma Bagcha. Des boulets de canon d’une pierre dure furent taillées en grand nombre sur le littoral de la Mer Noire et envoyées vers le Bosphore dans les navires qui rejoignirent la flotte.[22]

 

La vue de la grande flotte turque qui croisait dans la mer de Marmara et des vastes canons dressés vers les murailles montraient aux citoyens ce qu’ils devaient attendre. Il y avait eu un ou deux légers tremblements de terre et quelques pluies torrentielles, toutes interprétées comme des mauvais présages, tandis que les hommes et les femmes se rappelaient toutes les prophéties qui prédisaient la fin de l’empire et l’avènement de l’antéchrist.[23] Pourtant, malgré le sentiment de désespoir, le courage ne manquait pas. Même ces penseurs qui se demandaient si finalement l’absorption dans l’empire turc pourrait être moins préjudiciable pour les Grecs (n’oubliez pas que les historiens inventent la plupart des récits et parlent à la place des victimes avec qui ils sont en contact direct dans les tombes) s’associèrent de tout cœur dans les préparatifs de la défense.[24] Un historien moderne du siège prétend que la population de la ville était contre l’empereur.[25] Ceci n’est confirmé par aucune preuve. Il est vrai qu’une grande clameur avait été soulevée contre l’union des églises ; que le cri populaire avait été « mieux sous le Turc que sous les Latins, » que la demande du pape pour la restauration du patriarche Grégoire, renvoyé parce qu’il était un défenseur de l’union avec Rome, offensa tellement que Notaras en personne, le première noble, avait déclaré qu’il « préférait le turban turc à la barrette du cardinal, » et que la population avait cherché Gennadius parce qu’il était hostile à l’union.[26] Mais quand les portes de la ville furent fermées contre l’ennemi, ce sentiment n’interféra nullement dans la détermination de tous les habitants de la ville de s’opposer avec une forte résistance et la population se rallia autour de l’empereur.[27] Tout au long des mois d’hiver, l’empereur les encouragea, hommes et femmes aussi, à réparer les murs et nettoyer les fossés.[28] Toutes les armes de la ville furent rassemblés pour être redistribuées où elles seraient le plus nécessaire. Un fonds fut mis de côté, auquel non seulement l’état mais aussi les églises, les monastères et les particuliers contribuèrent tous, pour répondre aux dépenses spéciales. L’empereur avait tout ce qu’il pouvait. Des ambassadeurs avaient été envoyés en Italie en automne 1452 pour demander une aide urgente.[29]

 

De plus, Constantinople, était très bien construit pour la défense. Du triangle qui compose la figure de Constantinople, les deux côtés le long la mer furent rendus inaccessibles à un ennemi ; les propontes par nature et le port par l’art. Entre les deux eaux, la base du triangle, du côté terrestre était protégé par une double enceinte et un profond fossé d’une profondeur de cent pieds (30m).[30] Contre cette ligne de fortification, que Phranza, un témoin oculaire, prolonge jusqu’à six miles (7km), les Ottomans dirigèrent leur principale attaque et l’empereur, après avoir distribué les rôles et nommé les commandants dans les points les plus dangereux entreprit la défense de la paroi externe.[31]

 

 

 

[1] Doukas: Decline and fall; p. 206.

[2] Doukas; p. 206.

[3] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 78.

[4] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 78.

[5] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 78.

[6] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 78.

[7] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 118.

[8] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 118.

[9] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 77.

[10] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 77.

[11] Doukas: Decline and fall; p. 207.

[12] Doukas; p. 207.

[13] Doukas; p. 207.

[14] Doukas; p. 207.

[15] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 79.

[16] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 86.

[17] Critobolus: De rebus gestis Mechemetis; Muller, Fragmenta historicum; v; 1883; p. 40.

[18] N. Barbaro: Giornale dell’ assedio di Constantinopoli; Ed; E. Cornet; Vienna; 1856; pp. 15-6.

[19] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; vol 7; p. 172.

[20] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 79.

[21] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 79.

[22] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 696.

[23] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 79.

[24] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 79.

[25] N. Jorga:  Geschichte des osmanisches Reiches, 2 vols; Gotha; 1908-9; vol. ii; p. 22.

[26] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 698.

[27] Pears: The Ottomans; op cit; p. 698.

[28] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 79.

[29] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 80.

[30] Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 177.

[31] Gibbon: Decline and fall; p. 177.

 

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