OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

Chaque partie employa l’automne et l’hiver 1452 dans des préparatifs sérieux pour le siège, qui devait être lancé par l’un et résisté par l’autre au printemps prochain.[1] Muhammad rassembla les meilleures troupes de son royaume à Andrinople ; mais bien plus qu’un simple chiffre de soldats, néanmoins bien disciplinés et armés pour l’escarmouche ou le champ de bataille, était nécessaire pour la prise de la grande et forte ville de Constantinople.[2] L’artillerie avait été depuis quelque temps déjà employée à la fois par les armées turques et chrétiennes cependant, Muhammad avait préparé un stock plus nombreux et redoutable de canon qui n’avait jamais été vu précédemment dans une guerre.[3] L’empereur byzantin, d’autre part, contre la volonté de son peuple, déclara l’« Union des deux églises, » saisissant le prétexte du siège de la capitale pour légitimer, ou faire accepter son peuple, un projet que lui et d’autres avaient entrepris déjà depuis longtemps. 

 

 

L’union des deux églises

 

Le projet d’union des deux églises ne date pas de 1453 mais de bien longtemps avant. 

Les églises, l’église catholique occidentale et l’orthodoxe orientale, furent divisées durant des siècles sur un certain nombre de questions. Runciman résume les principales sources de divisions entre eux.[4] L’un des plus importants est que depuis les temps plus reculés, la chrétienté orientale et occidentale se sont divisés dans la théologie, dans l’usage liturgique ainsi que dans la théorie et la pratique ecclésiastique. Elles étaient actuellement divisées par une question théologique principale, sur la procession du Saint-Esprit et l’addition du mot Filioque au Credo. Il y avait d’autres problèmes de moindre importance tels que le dogme occidental du Purgatoire inacceptable par l’orientale. Sur la liturgie, la question principale était de savoir si le pain au sacrement devait être fermenté ou sans levain. En Orient, l’utilisation occidentale du pain sans levain semblait être judaïque et irrespectueux envers l’Esprit Saint que le levain symbolisait. Un manque de respect similaire fut démontré par le refus occidental d’admettre l’Epiclèses, l’invocation au Saint Esprit, sans laquelle, aux yeux de l’Orient, le pain et le vin n’étaient pas entièrement sanctifiés.

Il y eut des conflits de donner la communion dans deux formes, aux laïcs et le mariage des prêtres séculiers. Mais le désaccord le plus fondamental était dans le domaine ecclésiastique. L’évêque de Rome jouissait-il d’une primauté honorifique ou d’une suprématie absolue dans l’Église ?

La tradition byzantine s’accrochait à l’ancienne croyance en l’égalité charismatique des évêques. Aucun d’entre eux, même pas l’héritier de Saint-Pierre, n’avait le droit d’imposer la doctrine, quel que soit le grand respect que ses vues pourraient commander. La définition de la doctrine était pour le seul Conseil Œcuménique quant à la Pentecôte, tous les évêques de l’église étaient représentés et le Saint-Esprit descendrait pour les inspirer. L’ajout romain au Credo choqua l’Orient non seulement pour des raisons théologiques mais parce qu’il s’agissait d’une altération unilatérale d’une formule sanctifiée par un conseil œcuménique. La tradition orientale ne pouvait accepter l’autorité administrative et disciplinaire de Rome, croyant que de tels pouvoirs appartenaient à la Pentarchie des Patriarches, dont Rome était l’aîné mais non le membre suprême.

Les Byzantins ressentaient profondément leurs traditions et leur liturgie mais leur doctrine de l’économie, qui recommandait que les différences mineures soient négligées dans l’intérêt du bon fonctionnement de la Maison de Dieu, leur permettait une certaine élasticité. L’église romaine, cependant, par sa nature même, ne pouvait pas faire facilement faire des concessions.[5]

(Si vous avez rien compris, ne vous inquiétez pas, moi non plus !)

 

De nombreuses tentatives furent faites pour l’union des églises, bien avant le siège, le Conseil de Florence de 1439 comme un point de repère important comme nous l’avons déjà vu (la bataille de Varna). Avec l’accession de Muhammad II au Sultanat, Constantin aurait vu une bonne occasion de renouveler le projet, avec peut-être le but de lancer encore une nouvelle croisade contre les Turcs. Ainsi, à peine le jeune Sultan arriva au pouvoir, qu’au printemps 1451, Constantin envoya un envoyé spécial à Rome.[6] Cependant, dans l’Occident chrétien, on savait que les Grecs, contrairement à leurs dirigeants, s’opposeraient à l’union. Le climat d’opinion à Constantinople se montra violemment contre tout soutien à l’union. Des conflits éclatèrent dans les rues, des affiches furent partout postées par les nouveaux dirigeants des anti-syndicalistes et le feu George Scholarius proclama le « jugement de Dieu » si le peuple acceptait l’union.[7]

 

Il y avait une forte possibilité sûrement embrassée par ceux qui favorisaient l’union que si la capitale byzantine était menacée, le souverain byzantin pourrait alors « vendre » à son peuple l’acte d’union. Le pape déclara que l’aide militaire dépendait de l’acceptation de deux termes : la reconnaissance officielle de la suprématie papale et la restauration de Grégoire, le patriarche unioniste déchu.[8] Constantin en retour demanda l’envoi d’un légat qui pourrait rendre l’union acceptable pour le clergé grec.[9] Le pape envoya Isidore, ancien métropolite de Kiev, et un grec qui entamèrent des négociations avec les anti-syndicalistes, prodigua des promesses et proféra des menaces, et finit par gagner une partie du haut clergé.[10] Parmi ceux qui se rangèrent aux côtés d’Isidore étaient un cercle d’intellectuels comprenant des humanistes comme Jean Argyropulus, Michel Apostolius et Isaac, le moine savant.[11]

 

En novembre 1452, le cardinal Isidore arriva à Constantinople avec 200 soldats envoyés par le pape, accompagné d’une lettre papale exigeant l’achèvement de l’union des églises.[12] Leonard, l’archevêque de Chios, était arrivé avec le cardinal.[13]  L’empereur salua respectueusement le cardinal comme ami et père, écouta ses sermons publics et privés ; et avec le plus obséquieux du clergé et des laïcs souscrit à l’acte d’union, comme il avait été ratifiée dans le Conseil (Concile) de Florence.[14] Écrivant à ce sujet, l’archevêque Leonard dit :

« Lorsque le révérend père, le cardinal de Sabina, nommé légat pour la nation des Grecs, m’appela de Chios pour son service, je suis allé avec l’intention de faire mon devoir et de défendre la foi de la sainte église romaine avec toute l’énergie dont j’étais capable. J’ai essayé de comprendre les coutumes et la nature des Grecs, de saisir des arguments et les déclarations de leurs saints théologiens quel était leur désir ; quelles propositions, quel raisonnement, quelles conclusions pourraient les retenir d’une véritable compréhension ou les attirer vers une obéissance légitime. Je me suis vite rendu compte que sauf pour Argyropulus, Theophilus Palaeologus et quelques moines et laïcs théologiens, presque tous les Grecs furent saisis par une partialité excessive ; et qu’il n’y avait personne qui pouvait être ému par zèle pour la foi ou pour son propre salut, d’être le premier à exprimer le mépris pour leurs opinions obstinées.

Il en résultat, que leur conscience de la vérité les poussaient à accepter l’article de la procession du Saint-Esprit du Fils mais d’un autre côté, leur orgueil démesuré les empêchaient de croire que les Latins pourrait avoir une meilleure compréhension de la foi que les Grecs. Mais puisque ni leur raisonnement ni l’autorité de leur église, ni les diverses opinions de Scholarios, d’Isidore ou de Neophytus ne pouvaient être opposées à la foi de l’église romaine, il fut convenu par la diligence et la probité du cardinal mentionné précédemment que la sainte l’union devait être confirmé avec l’accord (s’il n’était pas feint) de l’empereur et son Sénat et célébrée le deuxième jour avant les Ides de décembre, le jour saint de l’évêque Spiridion.[15]

En conséquence, le 12 décembre, un service fut célébré à Sainte-Sophie pour commérer la réconciliation des églises orientales et occidentales.[16] Les deux nations, dans l’église de Sainte-Sophie, se joignirent dans la communion du sacrifice et de la prière ; et les noms des deux pontifes furent solennellement commémoré ; les noms de Nicolas V, le vicaire du Christ, et du patriarche Grégoire, qui avait été chassé en exil par un peuple rebelle.[17] »

 

Cependant, ce ne fut pas que parmi les politiciens et les intellectuels que les partisans de l’union devaient être trouvés. Les Grecs, depuis longtemps déjà, s’étaient constamment opposés à l’union des deux églises et leurs griefs contre la latine étaient trop profondément ancrés pour être résolus par un acte. Comme un évêque grec au concile de Florence de 1439, qui jeta les bases de l’union des églises (voir la bataille de Varna), insista : « Je préfère mourir plutôt que de devenir latinisé.[18] »

Les Grecs redoutaient que non seulement cela conduiraient à leur perte de l’indépendance de leur église mais qu’à partir de là, ce serait une courte étape vers la subjugation politique.[19] Comme Bryenne avait dit au début du XVe siècle aux Grecs de Constantinople, « Que personne ne soit trompé par des espoirs illusoires que les troupes alliées italiennes vont venir nous sauver. S’ils prétendent se lever pour nous défendre, ils ne prendront les armes que pour détruire notre ville, notre foi et notre nom.[20] »

Et pour de bonnes raisons, en effet. Une si certaine justification des soupçons des Byzantins sur les motifs des Latins, si souvent exprimée dans la littérature polémique et historique de l’époque, se voit clairement dans les aspirations du roi Alphonse V, qui réunit pour la première fois, Naples et la Sicile sous un seul sceptre depuis les Vêpres siciliennes (1282).[21]

En ce qui concerne Byzance, ce prince très puissant de la Méditerranée était motivé par les mêmes desseins agressifs comme ses prédécesseurs normands en Sicile.[22] Certes, son objectif était de mener une vaste campagne occidentale contre les Turcs, non pas pour aider les Grecs mais pour plutôt rétablir l’ancien empire latin avec lui-même comme empereur.[23] Comme tous les princes du sud de l’Italie, avant lui, il considérait le trône impérial de Byzance comme son but politique suprême.[24] En 1451, Alfonso relança ses projets orientaux sur une échelle plus grandiose que jamais auparavant. Souhaitant devenir le fer de lance d’une campagne contre les Turcs, il conclut une alliance avec Démétrius, qui avait succédé à son frère Constantin comme despote de Mistra.[25] Son but, cependant, n’était pas de libérer la Grèce européenne des Turcs mais plutôt, d’acquérir tous les territoires grecs, y compris Constantinople, pour lui-même.[26] Seule sa profonde implication dans la politique italienne, l’absence d’une flotte et l’incertitude de la situation dans son propre royaume le dissuada de réaliser ses plans dans le sud-est de l’Europe[27] Mais l’existence de ces plans suffit à expliquer le rejet par le parti antisyndical de Constantinople de l’aide de l’Occident.[28]

 

 

 

[1] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 77.

[2] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 77.

[3] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 77.

[4] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; pp. 7-8

[5] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 7-8.

[6] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 99.

[7] J. Gill: The Council of Florence,; Cambridge University Press; 1959; pp. 383 ff.;

[8] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 100.

[9] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 100.

[10] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 100.

[11] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 100.

[12] E. Pears: The Ottoman; op cit; p. 695.

[13] Pears: The Ottomans; op cit; p. 695.

[14] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 175.

[15] Bernard, Archbishop of Chios, Letter to the Pope; in The Siege of Constantinople 1453: Seven Contemporary Accounts; Tr. By JR Melville Jones; AM Hakkert-Publisher; Amsterdam; 1972; pp. 12-3.

[16] Pears: The Ottomans; op cit; p. 695.

[17] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; p. 175.

[18] Acta graeca; Ed J. Gill; Roma; 1953; p. 400.

[19] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1354-1453; p. 93.

[20] Quoted in D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1354-1453; p. 93.

[21] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 98; F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 69.

[22] D. Geanakoplos: Byzantium; p. 98.

[23] Cerone: La Politica orientale di Alfonso di Aragona; in D. Geanakoplos: Byzantium; p. 98:

[24] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 69.

[25] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 69.

[26] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 69.

[27] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 69.

[28] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 69.

 

Upload Image...
Views: 0