OSMANLI

OTTOMANS

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Trois ans avant que Muhammad ne devienne Sultan, Constantin XI fut couronné empereur de Byzance. C’était un prince dont l’héroïsme jette une gloire au coucher du soleil à la fin de la longue série assombrie des annales byzantines.[1] L’empire romain d’Orient était maintenant réduit à quelques villes et un maigre quartier au-delà des murs de la capitale.[2] Les Ottomans se rendirent compte que si Constantinople était entre les mains d’autres, la communication entre les provinces européenne et asiatiques ne pourrait jamais être sûre. Son acquisition par eux-mêmes consoliderait leur pouvoir et les investirait avec la majesté qui persistait encore autour de ces murs, qui avaient encerclé le siège choisi de l’empire romain pendant près de onze cents ans.[3] Cependant, Muhammad confirma le traité déjà établit avec Constantin et professa des intentions pacifiques pour tous.[4] Quand les ambassadeurs d’Europe et d’Asie apparurent bientôt pour le féliciter de son intronisation et solliciter son amitié, il parla à de modération et de paix.[5]  La confiance de l’empereur grec fut ravivée par les serments solennels et les assurances équitables avec lesquelles, il scella la ratification du traité.[6]

 

Doukas (Ducas), l’historien grec contemporain nous dit :

« Muhammad jura par Allah, le Prophète, le Coran, les anges et archanges, d’observer la paix existante et donna sa promesse sacrée que tant que la vie lui était accordée, il ne mettrait jamais la main sur la capitale ou d’autres possessions de l’empereur et que bien au contraire, il était déterminé à maintenir les mêmes relations amicales que son père avec l’empereur de Byzance et son prédécesseur.[7]

Comme signe de ses honorables intentions, il accorda à l’empereur une allocation annuelle de 300.000 aspres des revenus des villes sur la rivière Struma (Strimon) pour l’entretien d’Orkhan, un prince ottoman vivait alors à la cour de Byzance, ayant déclaré être un petit-fils de l’Émir Souleyman (fils de Bayazid I) et donc cousin de Muhammad.[8]

 

Il semble cependant, note Lane Poole, que les Grecs étaient condamnés à précipiter la fin de leur empire par des actes de folie chaque fois qu’un nouveau Sultan montait sur le trône.[9] A l’avènement de Mourad II, l’empereur Manuel, commit la folie de mettre Moustafa comme prétendant au trône.[10] Mais n’était-ce des désordres dans ses provinces asiatiques, Mourad aurait certainement prit Constantinople et ainsi l’empereur reçut une leçon qui n’avait guère besoin de répétition.[11] Cependant, après trente années, au cours desquelles les Turcs ne cessèrent d’augmenter en puissance et en prestige militaire, le nouvel empereur Constantin, dernier de sa lignée, poussé par une frénésie fatale, saisit l’occasion de la mort de Mourad pour imiter la folie de Manuel.[12] Il menaça d’établir sur le trône d’Andrinople un petit-fils de ce prince Souleyman qui autrefois avait régné si gaiement au milieu de ses coupes de vins.[13]

Constantin était un brave homme, comme nous le verrons, mais il ne fut pas sage, et dans ce cas il insista trop sur le fait que, quand Mourad abdiqua, le jeune Muhammad s’était montré incapable à la tâche de gouvernant du large empire des Ottomans.[14] Constantin fut dupé par le courant de pensée de l’époque : que Muhammad était un dirigeant impuissant.

En Occident, Muhammad avait acquis la réputation d’un garçon incompétent qui ne pourrait jamais poursuivre la carrière militaire réussie tracée pour lui par son père.[15] Sa volonté de conclure des accords avec les rois et les princes proches et lointains semblait confirmer le monde chrétien dans l’espoir que l’empire ottoman, au moins en Europe, serait réduit en ruines par la faiblesse de son jeune souverain.[16]

 

Francesco Filelfo (1398-1481) de Tolentino, un humaniste, avait passé sept ans (1420-1427) à la cour de Byzance et était devenu, en quelque sorte, un demi-grec par son mariage avec une fille de son mentor, Jean Chrysoloras.[17] Il se vanta d’avoir été employé pendant cette période dans les délégations du Sultan Mourad, du roi Ladislas II de Pologne, de l’empereur Sigismond et qu’il offrit une fois ses services aux Sforza comme ambassadeur au Grand Turc, prétendant être éminemment compétent pour ce poste.[18]

Le 20 Mars, 1451, il avait écrit sa fameuse lettre au roi Charles VII de France, attaquant violemment le jeune Sultan Muhammad. La lettre doit avoir été écrite immédiatement après que les nouvelles de la mort de Mourad atteignirent l’Italie et son but ostensible était de pousser le roi de France à participer personnellement dans une guerre contre les Turcs.[19] 

Sa lettre, que nous avons déjà précédemment mentionné, est une expression de l’humeur de l’époque et en particulier des préjugés et des sous estimations à propos de la force du Sultan.[20] Les Ottomans, déclara-t-il, n’étaient pas en mesure de mettre plus de 60.000 hommes sur le terrain. Un autre argument était l’incompétence du dirigeant actuel, un garçon faible et simple, qui n’avait jamais porté d’armes, manquait de connaissances et d’expérience, et menait une vie débauchée au milieu du vin et des femmes.[21] Jamais le temps et les circonstances n’étaient plus favorables pour un coup décisif contre les Turcs.[22] L’adroit Filelfo poursuivit en élaborant un plan d’attaque, qui à son avis, était sûr de réussir parce que la résistance ottomane était hors de question. L’armée avancerait sans entrave jusqu’à Constantinople, s’unirait à celle de l’empereur byzantin et chasserait ainsi définitivement les Turcs d’Europe. Bien plus, elle traverserait en Asie et briserait la puissance des musulmans pour toujours.[23] Cependant, comme Lane Poole notes, six ou sept ans, permirent une grande différence dans l’esprit et la résolution du jeune Sultan, que Constantin allait bientôt comprendre.[24] Lui, l’empereur, en personne était lui-même à blâmer pour la détérioration des relations entre l’empire et les Turcs.[25] Ses problèmes, et la chute éventuelle de son empire, commencèrent avec les Karamanides (ces mêmes personnes que les Byzantins ont toujours poussé pour se révolter contre les Ottomans et qui étaient si stupides au point de recommencer à chaque fois et de se faire battre à chaque fois).

 

En automne 1451, l’Émir karamanide, Ibrahim Bey, croyant comme les princes de l’Occident, à l’incompétence du nouveau Sultan, organisa un soulèvement concerté des émirats récemment subjugués d’Aydin, de Germiyan et de Menteshe contre lui.[26] Les jeunes princes de chaque dynastie furent envoyés pour revendiquer leurs trônes familiaux, alors qu’Ibrahim envahissait le territoire ottoman.[27]  Le commandant ottoman local Isa Bey, était paresseux et inefficace, et Ishak, en tant que gouverneur d’Anatolie, pria le Sultan de venir en personne pour écraser la rébellion.[28] En traversant le détroit avec ses forces occidentales, Muhammad attendit à Brusa ses troupes orientales. De là, il marcha vers Kutahiya et continua à Phrygie Salutaria, appelé Qara Hissar par les Turcs et bordé par les terres de Karaman.[29] L’arrivée rapide de Muhammad en Asie eut ses effets et la résistance s’effondra. Ibrahim envoya bientôt des émissaires pour demander pardon.[30]

 

Cependant, à peine Muhammad avait-il quitté l’Europe pour lutter contre les Karamanides que l’empereur Constantin commit l’erreur d’envoyer des ambassadeurs à Khalil Pacha, le Grand Vizir, qui avait toujours été favorable à l’empire, pour exiger l’augmentation de l’allocation qui était versée à la cour byzantine pour l’entretien d’un descendant de Souleyman, le fils aîné du Sultan Bayazid.[31] Ce personnage, nommé Orkhan, était depuis longtemps en retraite apparente mais réellement gardé (prisonnier) à Constantinople et les ambassadeurs laissèrent entendre que si leurs demandes n’étaient pas respectées, l’empereur grec le libérerait immédiatement pour rivaliser avec Muhammad pour le trône de la Turquie.[32] Leur message au Vizir était :

« L’empereur des Romains (ils l’appelaient empereur bien qu’il n’ait jamais été ni ne sera jamais finalement couronné, comme il fut prédit) n’accepte pas la somme annuelle de trois cent mille pièces d’argent. Orkhan, qui est comme votre souverain, un fils de ‘Uthman, a atteint l’âge de la maturité. Chaque jour, beaucoup affluent vers lui, l’appellent seigneur et le proclament souverain. Il désire montrer sa munificence en donnant des cadeaux somptueux, mais il n’a nul part où étendre ses mains. Ses exigences ne peuvent pas être faites à l’empereur parce qu’il n’est pas assez prospère pour répondre aux demandes. Nous vous proposons par conséquent l’une des deux alternatives : soit le doublement de la rente soit nous libérons Orkhan. Il n’est certainement pas de notre obligation de nourrir les fils de ‘Uthman. Ils doivent être nourris plutôt des fonds publics. Il suffit que nous le détenions en ville et le refusons de la sortir. »[33]

 

Les ambassadeurs suggérèrent que les revendications d’Orkhan devraient être prises en charge par l’empire.[34]

Muhammad, qui à cette époque était engagé à réprimer les troubles en Asie Mineure, répondit avec une courtoisie simulée ; mais l’ancien Grand Vizir, Khalil, mis en garde les Byzantins, avec véhémence indignée, de la folie de leur conduite, et de la différence qu’ils connaîtraient bientôt entre l’ambition farouche du jeune Sultan et la patience douce de son prédécesseur.[35]

 

 

 

[1] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

[2] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

[3] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

[4] E. Pears: The Ottomans; op cit; p. 694.

[5] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; vol 7; p. 162;

[6] Gibbon; 162.

[7] In F. Babinger: Mehmed the Conqueror; op cit; p. 70.

[8] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 70.

[9] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[10] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[11] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[12] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[13] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[14] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[15] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 67.

[16] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 67.

[17] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 67.

[18] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 67.

[19] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 67.

[20] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 68.

[21] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 68.

[22] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 68.

[23] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 68.

[24] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[25] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[26] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 64.

[27] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 64.

[28] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 64.

[29] Doukas: Decline and fall; op cit; p. 192.

[30] S. Runciman: The fall of Constantinople 1453; Cambridge University Press; 1965; p. 64.

[31] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

[32] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

[33] Doukas: Decline and Fall; op cit; p. 193.

[34] Pears: The Ottomans; op cit; p. 694.

[35] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

 

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