OSMANLI

OTTOMANS

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Chapitre Dix

 

Constantinople

 

« Au milieu des déserts d’Anatolie et les rochers de Palestine, les millions des croisades s’étaient enterrés dans une tombe volontaire et inévitable ; mais la situation de la ville impériale (Constantinople) était forte contre ses ennemis et accessible à ses amis ; et un armement rationnel et modéré des états marins aurait pu sauver les reliques du nom romain et maintenu une forteresse chrétienne au cœur de l’empire ottoman, » dit Gibbon.[1]

 

Si cela n’avait pas été ainsi, Constantinople serait quand même tombée aux Turcs. Sa chute ne fut que le résultat de sa propre décadence et son remplacement par le nouveau sang turc n’était qu’une nécessité due selon Young :

« Les causes du déclin de l’empire grec peut être compris juste dans un résumé. L’empire hellénique tomba parce que la classe dirigeante à Constantinople s’est développée, en raison de sa richesse, dans une caste de la Cour, sans contact avec la communauté et sans racines dans la race ou la religion du pays. Dans une atmosphère despotique, le prestige impérial, basé sur le droit romain et le progrès intellectuel, en raison de l’illumination grecque, ne put pas être maintenu et le corps politique mourut.

Mais il est plus difficile d’expliquer le développement de l’empire ottoman dans le cadre d’un guide. Les Turcs, à première vue, semble avoir été une association de communautés tribales barbares, unis par un système militaire féodal aux fins d’une croisade fanatique. Pourquoi, pourrions-nous demander, si leur féodalisme et fanatisme avait réussir à établir un empire ottoman dans la ville où la féodalité et le fanatisme chrétien avait désespérément échoué à établir un empire latin ? L’explication, juste en quelques mots seulement, semble être la suivante : d’une part, la structure de l’état ottoman jusqu’au siècle dernier, bien qu’il sembla être despotique dans sa façade, était démocratique dans ses fondements ; et d’autre part, le caractère turc, par le tempérament, l’entrainement et la tradition, était plus égal et équitable que le grec ou le latin. Je reviendrais de nouveau sur cette explication de la suprématie ottomane, avec des preuves supplémentaires de son exactitude. »[2]

Sous les Turcs, Constantinople, déjà décomposée, devint l’une des plus grandes, sinon la plus grande, ville d’Europe de l’époque et pour les siècles à venir.[3]

 

Constantinople tomba en même temps que Byzance non pas parce que les Turcs se sont penchés sur la disparition de l’empire mais en raison du manque de sagesse et de jugement byzantin quand il importait tant. Avant sa mort, Mourad promis volontairement à l’empereur byzantin que, s’il abandonnait toute action concertée avec les puissances occidentales, il ne serait pas être attaqué.[4] Au lieu de cela, l’empereur byzantin Jean VIII continua à relancer les nations occidentales pour monter une autre croisade contre les Turcs. [5] Cela suite à déjà d’innombrables appels lancés par les empereurs byzantins successifs pour des croisades chrétiennes contre les Turcs, la hiérarchie byzantine allant jusqu’à s’aliéner leur propre peuple en soumettant leur église (orthodoxe) à la suprématie catholique.[6] Les Byzantins provoquèrent aussi à maintes reprises des rébellions karamanides contre les Ottomans pour faciliter la destruction du royaume ottoman de l’intérieur.[7] Ils parrainèrent également divers prétendants ottomans et attisèrent les guerres dans le royaume.[8] Même la décision de Muhammad II d’assiéger et de prendre Constantinople en 1453 fut le résultat des tentatives byzantines de déchirer de nouveau le royaume ottoman de intérieur alors que ce royaume était le plus faible. De nombreux dignitaires turcs comprirent que la survie même de leur royaume dépendait de la disparition définitive de Byzance.[9]

 

La disparition de Byzance fut présentée par la rhétorique antiturque de l’époque et les travaux historiques ultérieurs comme la fin de la civilisation et la montée de la barbarie, exactement le même boniment véreux mais efficace utilisé de nos jours contre tous les groupes islamiques de tous poils. La plupart des récits portaient également sur les « atrocités turques » qui « exterminaient » les Grecs et leur esprit, exactement comme le sort des sujets chrétiens habitants dans les pays islamiques de nos jours, comme pour l’Irak, la Syrie, etc., et quand il n’y a pas de chrétiens, ce sont des minorités ethniques. Des chrétiens et des minorités ethniques qui ne se plaignent jamais mais qui ont toujours l’ensemble des médias occidentaux qui se plaignent en leurs noms et pour eux !

 

Les apologistes catholiques blâment également les Grecs en personnes pour la chute de la ville qui, par leur duplicité et leur refus d’accepter la foi catholique apportèrent le malheur et le chaos sur leurs têtes. L’archevêque de Chios, Leonard, s’adressa ainsi aux Grecs :

« Pourquoi alors condamnent-ils les Latins ? Pourquoi s’invectivent-ils contre nous quand nous disons la vérité et quand tant de prophéties claires témoignent contre eux ? Ce ne fut pas la réalisation de l’union (des églises), mais la prétention de le faire, qui amena la ruine et la destruction sur la ville ; de qui nous nous savons que la colère divine a mûri, et tombe sur nous, ces jours.[10] »

 

Bien que cela ne soit pas le cas, cependant, car les faits montrent que les Turcs non seulement n’ont pas commis ces exactions, malgré quelques brefs moments d’excès, mais aussi sous leur domination, la ville avec son élément grec, ainsi que d’autres minorités, prospérèrent dans la plus grande métropole multiconfessionnels jamais connue dans la chrétienté. Par contre, si Constantinople d’autre part était tombée sous la domination catholique et les Turcs battus à la fin, non seulement la survie de toute la foi orthodoxe aurait été en grand doute comme le montre les événements dans les décennies et les siècles précédents et que nous allons maintenant voir mais aussi tous les musulmans et toutes les autres minorités auraient été soient converties de forces ou exterminées comme cela arriva dans l’Espagne catholique avec l’Inquisition.

 

 

De la mort de Mourad II au siège de Constantinople

 

Muhammad II livra de nombreuses batailles et assiégea de nombreuses villes mais le siège qui lui valut le nom d’al-Fatih (Conquérant) fut celui de Constantinople en 1453.[11] Agé de vingt et un ans quand son père, Mourad, décéda en 1451, il entendit parler de cet événement en Magnésie quand le Grand Vizir lui envoya un courrier d’Andrinople. Il sauta aussitôt sur un cheval arabe et cria : « Que ceux qui m’aiment, me suive, » puis galopa vers les rives des Dardanelles.[12] Il se hâta à Gallipoli et Andrinople, ou il fut proclamé Sultan.[13] Bien qu’il se méfiait de Khalil Pasha, qui l’avait empêché de conserver le pouvoir suprême lorsque son père avait abdiqué, il le nomma de nouveau au poste de Grand Vizir, l’appela son père et continua à lui faire confiance.[14] Peu de temps après son arrivée à Andrinople, il reçut des ambassadeurs avec les félicitations de Constantinople et les émirs semi-indépendants d’Asie Mineure tout en notant qu’Ibrahim, l’émir de Caramanie, n’était pas représenté.[15] Les raisons de l’absence deviendront bientôt évidentes.

 

Bien qu’âgé de 21 ans, Muhammad avait déjà démontré sa capacité et avait à la fois de l’expérience dans les affaires civiles et militaires. Les écrivains contemporains, les musulmans et les chrétiens, donnent de larges informations pour avoir une idée de son caractère.[16] Il avait maintenant complètement dépassé la faiblesse d’esprit de l’enfance (pour les chrétiens mais le génie pour les musulmans), qui l’avait empêchée deux fois pour le trône lorsqu’il fut placé sur ce dernier par son père, six ans auparavant.[17] Pour l’habileté, la capacité et le courage, il se classe parmi les plus élevés des Sultans ottomans. Ses mérites aussi en tant qu’homme d’état clairvoyant, et son pouvoir d’esprit en tant que législateur, sont aussi indéniables que ses talents militaires.[18] Il était aussi très sensible à toutes les gratifications intellectuelles et il possédait lui-même des aptitudes et connaissances littéraires exceptionnellement élevées.[19]

Le Sultan était, en effet, un homme très cultivé, consacré à la réalisation de vers et la société des hommes des savants.[20] Trente poètes ottomans reçurent des pensions de lui et il envoya même chaque année des beaux cadeaux à l’Indien Khoja-i-Jihan et le Perse Jami ; tandis que ses libéralités envers ses collèges et les fondations pieuses était si grandes qu’il reçut le surnom de « Père des bonnes œuvres », ainsi que[21] « Sire de la Victoire. » Ses générosités et son talent poétique étaient imités par ses grands officiers et Mahmoud Pasha, le vainqueur de Negroponte, était un fondateur de collèges et un poète.[22]

Il était naturel que la source de toute cette culture poétique devait être louée dans des chansons ; et nous apprenons des panégyristes que le visage de Muhammad II était orné d’une paire de joues rouges et blanches, pleines et rondes, un nez crochu et une bouche résolue ; ses moustaches étaient « comme des feuilles sur deux boutons de rose et tous les poils de sa barbe était comme des fils d’or. »[23] Ces panégyriques sonnent étrangement dans les oreilles européennes ; mais quand les poètes exaltèrent le génie militaire de Muhammad, ils étaient sur un terrain plus ferme. En général, il était supérieur même à son père et sa fameuse réponse à celui qui lui demanda lors d’une campagne quelles étaient ses plans : « Si un cheveu de ma barbe les connaissait je l’arracherais, » révèle la clé de son succès : secret absolu et rapidité de l’éclair dans l’action.[24] Pourtant, les voisins de Muhammad pourraient trembler de la sévérité avec laquelle un jeune monarque réforma la pompe de la maison de son père : les dépenses de luxe s’appliquaient à celles de l’ambition et un train inutile de sept mille fauconniers fut soit renvoyé de son service ou enrôlé dans ses troupes.[25]

 

 

 

[1] E. Gibbon: Decline and Fall of Ottoman Empire; Methuen & Co Ltd; London; 1920; vol 7; p. 183.

[2] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 115.

[3] G. Fisher: Barbary Legend; Oxford at the Clarendon Press; 1967; p.10.

[4] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 171.

[5] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 61.

[6] See Doukas: Decline and Fall of Byzantium to the Ottoman Turks; Wayne State Unniversity Press; 1975; p. 180.

[7] Anonymous (Ed H Inalcik and M. Oguz).

[8] E. Pears: The Ottoman; p. 685.

[9] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 269.

[10] Bernard of Chios; in : The Siege of Constantinople 1453: Seven Contemporary Accounts; Tr. By JR Melville Jones; AM Hakkert-Publisher; Amsterdam; 1972: p.15.

[11] Lane Poole: Turkey; p. 107.

[12] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 75.

[13] E. Pears: ottomans; p. 693.

[14] Pears: ottomans; p. 693.

[15] Pears: The Ottomans; op cit; pp. 693-4.

[16] Pears: The Ottomans; op cit; p. 693.

[17] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 75.

[18] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 75.

[19] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 76.

[20] Lane Poole: Turkey; p. 102.

[21] Lane Pole: Turkey; p. 102.

[22] Lane Poole: Turkey; p. 102.

[23] EJW Gibb. “Ott. Poems,” 171-2; in Lane Poole; p. 102..

[24] Lane Poole: Turkey; p. 102.

[25] E. Gibbon: Decline and Fall; op cit; vol 7; p. 162.

 

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