OSMANLI

OTTOMANS

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Les Turcs eurent à faire face un autre plus grave problème posé par la rébellion de Skandeberg en Albanie. En 1447 Mourad, ayant échoué à capturer Kroja, appelé plus tard Aq-Hissar, la capitale de l’Albanie, se retira à Andrinople où, selon Chalcondyles, il resta en paix pendant un an.[1] A l’automne 1448, la guerre avec les Albanais reprit, Skanderbeg prouva être une véritable épine. Le véritable nom de Skanderbeg était George de Castriota et il appartenait à une famille princière d’Épire. Enfant, il avait été envoyé en otage à la cour de Mourad II, où son grand comportement et courage lui valurent bientôt la faveur du Sultan.[2] Il se convertit à l’Islam. Mourad le traita comme son propre fils et le propulsa dans un haut rang dans l’armée où il acquit le nom de Skanderbeg (Iskander Beg), ou « prince Alexandre.[3] » Cependant, Skanderbeg, bien que choyé par le Sultan, ne fut pas satisfait d’avoir été envoyé en tant que commandant en chef d’une armée en Asie ou d’avoir occupé des postes élevés dans les guerres avec la Hongrie : il voulait gouverner son propre pays. Il saisit donc ingratement l’occasion de déserter les forces du Sultan et d’obtenir par stratagèmes la possession de Kroja, la ville principale d’Epire.[4] Il saisit le secrétaire du Sultan, lui fit écrire au nom de son maître un ordre au gouverneur de Kroja de rendre la place, avant de piétiner le malheureux scribe. Le gouverneur qui ne soupçonnait rien, remit les clés et Skanderbeg, devenu commandant de la ville, massacra les Turcs, renonça à l’Islam et appelé les Épirotes aux armes.[5] Pendant le reste du règne de Mourad et de la plupart de ses successeurs, Skanderbeg tint les montagnes d’Épire contre tous. Mourad envoya trois armées turques contre lui, et toutes les trois furent déroutées. Le vieux Sultan en personne connu le même malheur quand sa maladie mortelle le saisit à Andrinople.[6]

 

Entre temps sous les ordres du pape Nicolas V, les Hongrois et les Polonais se préparaient de nouveau pour la guerre.[7] Hunyadi, malgré la défaite à Varna, pour laquelle il ne fut pas responsable, fut nommé général et il réussit à former une armée bien disciplinée mais de seulement 24.000 hommes. Parmi ceux-ci, 8000 étaient des Valaques et 2000 des Allemands.

En 1448, comme le roi de Serbie refusait de se joindre, Hunyadi traversa le Danube et envahit son royaume.[8] Alors que Mourad se préparait à une nouvelle attaque sur Skandeberg, Hunyadi campa dans les plaines de Kossovo, où en 1389 le prédécesseur du Sultan du même nom (Mourad I) avait vaincu ses ennemis et avait été assassiné.[9] Pour une raison inexpliquée Hunyadi n’attendit pas l’arrivée de Skanderbeg. Le 18 octobre 1448, une bataille s’ensuivit qui dura trois jours. Le second jour, la lutte fut féroce mais les Hongrois restèrent impuissants à briser la ligne des Janissaires.[10] Le troisième jour, les Valaques obtinrent des termes de Mourad et passèrent à ses côtés. Les Allemands et une bande de bohémiens tinrent fermes mais la bataille était perdue. Huit mille, y compris la fleur de la noblesse hongroise, dit-on furent laissés mort sur le champ de bataille.[11]

 

L’effet de cette défaite sur la Hongrie et l’Europe occidentale fut épouvantable. Pendant de nombreuses années, les Ottomans Turcs n’eurent plus rien à craindre de l’ennemi au nord du Danube. Seul Skanderbeg resta un ennemi constant. En 1449, il battit successivement quatre armées turques et réussit à résister avec succès à une nouvelle tentative de capturer Kroja. À l’automne Mourad revint à Andrinople où il décéda en février 1451.[12]

Sa mort fut grandement pleurée et non pas seulement par les Turcs. Ducas, l’historien contemporain grec, met l’accent dans son jugement de Mourad II, sur la loyauté avec laquelle le Sultan observa ses traités avec les puissances chrétiennes et stigmatise l’échec des chrétiens de toujours manquer d’exhiber la même vertu, comme le témoigne leur violation du traité de paix de Szeged. « Mourad tint sa parole donnée, » écrit Ducas « et non seulement à ceux de son propre peuple et de sa foi, car il n’a jamais violé les traités qu’il avait conclus avec les chrétiens ; lorsque les chrétiens ont transgressé les traités et rompu leur parole donnée, cela n’a pas échappé à l’œil de Dieu, qui voit la vérité. Sa juste punition tomba sur eux. Mais Sa colère ne fut pas longue car le barbare ne poursuivit pas ses victoires. Il ne désirait pas la destruction totale de tout un peuple. Et lorsque le défunt envoya des envoyés pour demander la paix, il leur donna une réception amicale, accorda leur plaidoyer, déposa l’épée prit les voies de paix. C’est pour cette raison aussi que le Père de la Paix lui permis de mourir en paix et non par la violence de l’épée.[13] »

Même les autorités ultérieures attestent de sa grandeur et de sa magnanimité. Gibbon (l’historien anglais du dix-huitième siècle) écrit ainsi :

« Le Sultan Mourad, ou Amurat, vécu quarante-neuf ans et régna trente ans, six mois et huit jours. Il était un prince juste et vaillant, d’une grande âme. Patient dans les travaux, instruit, miséricordieux, religieux, charitable, amoureux et encourageait les studieux et tous ceux qui excellaient dans un art ou une science ; un bon empereur et un grand général Aucun homme n’a obtenu plus ou de plus grandes victoires qu’Amurat ; Belgrade seule résista à ses attaques.

Sous son règne, le soldat était toujours victorieux, le citoyen riche et en sureté. S’il conquérait un pays, son premier soin était de construire des mosquées et des caravansérails, des hôpitaux et des collèges.

Chaque année, il envoyait 2500 pièces d’or aux religieux de la Mecque, Médine et Jérusalem. »

La justice et la modération de Mourad sont attestées par sa conduite et reconnues par les chrétiens eux-mêmes qui, considèrent un règne prospère et une mort paisible comme la récompense de ses mérites singuliers. Dans la vigueur de son âge et de sa puissance militaire, il se livra rarement à la guerre à moins qu’elle fût justifiée par une provocation antérieure et adéquate : le Sultan victorieux était désarmé par la soumission et dans le respect des traités, sa parole était inviolable et sacrée.

Les Hongrois étaient généralement les agresseurs ; il fut provoqué par la révolte de Skanderbeg et le perfide karamanide fut vaincu deux fois et gracié deux fois, par le monarque ottoman. Avant d’envahir la Morée, Thèbes fut surprise par le despote et après le premier siège de Constantinople, le Sultan n’a jamais été tenté, par la détresse, l’absence ou les blessures de Paléologue, d’éteindre la lumière mourante de l’empire byzantin.

Mais la caractéristique la plus frappante dans la vie et le caractère d’Amurat est la double abdication du trône turc ; et si les motifs de la superstition n’étaient pas désuets, nous devons louer le philosophe royal, qui à l’âge de quarante ans pouvait discerner la vanité de la grandeur humaine. En abandonnant le sceptre à son fils, il se retira dans la résidence agréable de Magnésie …. Mais il fut bientôt tiré de ses rêves d’enthousiasme par l’invasion hongroise ; et son fils obéissant fut le premier à insister sur le danger public et les souhaits du peuple. Sous la bannière de leur chef vétéran, les Janissaires combattirent et vainquirent mais, il se retira du champ de Varna, encore une fois pour prier, jeûner et retourner avec ses frères magnésiens. Ces pieuses occupations furent de nouveau interrompues par le danger de l’état. Une armée victorieuse dédaignait l’inexpérience de leur jeune souverain : la ville d’Andrinople fut abandonnée à la rapine et la massacre ; et le Divan unanime implora sa présence pour apaiser le tumulte et empêcher la rébellion des Janissaires. A la voix bien connue de leur maître, ils tremblèrent et obéirent ; et le Sultan réticent fut obligé de soutenir sa splendide servitude, quatre ans de plus, quand il fut soulagé par l’ange de la mort. L’âge ou la maladie, le malheur ou le caprice, tentèrent plusieurs princes de descendre du trône ; et ils eurent le loisir de se repentir de leur étape irrécupérables. Mais Amurat seul, en pleine liberté de choix, après le procès de l’empire et de la solitude, répéta sa préférence d’une vie privée.[14] »

 

 

Et en dehors de sa charité et sa générosité, les vertus héréditaires des Turcs, il ne fait aucun doute qu’il se distinguait par une piété particulière. Plusieurs mosquées, hôpitaux, écoles, réfectoires pour les pauvres et caravansérails témoignent encore de ces qualités en lui. Son père, Mehmed I, avait déjà mis de côté une certaine somme d’argent à répartir entre les pauvres de la lointaine Mecque et pour le même but, Mourad affecta les revenus d’un certain nombre de villages près d’Ankara.[15]

 

 

 

[1] Pears 692.

[2] Lane Poole: Turkey; p. 133.

[3] Lane Poole: Turkey; p. 134.

[4] Lane Poole: Turkey; p. 134.

[5] Lane Poole: Turkey; p. 134.

[6] Lane Poole: Turkey; p. 134.

[7] E. Pears: The Ottoman; 692.

[8] Pears 692.

[9] Pears 692.

[10] Pears 692.

[11] Pears 693.

[12] Pears 693.

[13] In F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 62.

[14] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; vol 7; p. 138-40.

[15] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 63.

 

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