OSMANLI

OTTOMANS

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Bilan de la bataille de Varna

 

Le massacre des chrétiens fut lourd.[1] Outre les innombrables milliers que les Turcs avaient tués dans le champ de bataille, beaucoup avaient péri dans le marais ou s’étaient noyés dans le lagon ; beaucoup furent prit ensuite dans la forêt et abattus.[2]

 

A propos de cette catastrophe chrétienne, Pears écrit :

« Le grand effort dont l’empereur et l’Occident avaient tant espéré se révéla inefficace. Les flottes furent impuissantes. Le combat se termina avant que l’empereur ou les princes occidentaux ne reçoivent de l’aide. La remarque d’un voyageur prudent est justifiée, que la mauvaise foi des chrétiens a beaucoup contribuée à intensifier parmi les musulmans l’aversion et la méfiance et, conduit à des représailles généralement justifiées par l’enseignement turc qu’« aucune fidélité ne doit être tenu envers les infidèles.[3] (Mensonge gratuit) »

La partie que l’empereur Jean joua, si c’est le cas, dans cette campagne, est douteuse. Chalcondylas affirme qu’il avait déclaré la guerre contre le Sultan, mais il est le seul contemporain qui fait cette allégation. Il était probablement prêt bien qu’incapable, d’aider les navires occidentaux d’empêcher Mourad de traverser le Bosphore.[4]

 

De même, Tuleja écrit :

« Cet effort suprême du pape pour repousser les forces turques en Asie et unir toute la chrétienté sous Rome rencontra un cuisant échec, non pas par une faiblesse dans le plan de bataille mais par des adversités sans précédent et imprévues. La flotte croisée, qui avait eu un succès initial pour bloquer les premières tentatives des Turcs de traverser les Dardanelles, fut soudainement immobilisé par « ung grant orage et tempeste (un grand orage et tempête), »[5] tandis que l’ennemi, avec des barges fournies par les Génois, firent leur chemin vers la partie européenne du détroit. En rencontrant les forces chrétiennes à Varna sur la Mer Noire, les Turcs remportèrent une victoire complète sur Ladislas, qui avec le légat du pape, Cesarini, perdit sa vie dans la bataille.[6] »

 

« Avant de quitter le champ de Varna, » écrit Gibbon : « Je suis tenté de faire une pause sur le caractère et l’histoire du cardinal Julian. Julian Caesarini est né d’une noble famille de Rome ; ses études embrassèrent à la fois le latin et l’apprentissage grec, aussi bien que les sciences de divinité et de droit ; et son génie polyvalent était également adapté aux écoles, au camp et à la cour. A peine il fut-il investi du pourpre romain, il fut envoyé en Allemagne pour armer l’empire contre les rebelles et hérétiques de Bohême … Dans son ambassade hongroise, nous avons déjà vu les effets malfaisants de ses sophismes et son éloquence, dont Julien en personne fut la première victime. Le cardinal, qui exerçait les fonctions d’un prêtre et d’un soldat, fut perdu dans la défaite de Varna. Les circonstances de sa mort sont diverses mais on croit, qu’un lourd fardeau d’or entrava sa fuite et tenta l’avarice cruelle de certains fugitifs chrétiens.[7] »

 

 

Les conséquences de Varna

 

Une tradition serbe rapporte que George Brankovitch demanda une fois à Hunyadi ce qu’il avait l’intention de faire en qui concerne la religion s’il était victorieux. Hunyadi répondit qu’il obligerait le pays à devenir catholique.[8] Brankovitch posa alors la même question au Sultan, qui lui répondit qu’il construirait une église près de toutes les mosquées et laisserait libres les gens de s’incliner dans les mosquées ou de se croiser dans les églises, en fonction de leurs croyances respectives. Les Serbes, qui entendirent cela, pensèrent qu’il valait mieux soumettre aux Turcs et conserver leur foi ancienne que d’accepter les rites latins.[9]

La tradition exprime un fait, pour lequel de nombreuses preuves historiques pourraient être citées. De même en Bosnie, le sectarisme de l’église de Rome dans la prédication d’une croisade contre la secte des Patarinis, largement répandus dans ce pays, provoqua l’annexion rapide et complète d’une importante province frontière à l’empire ottoman.[10] Soixante-dix forteresses bosniaques auraient ouvert leurs portes aux Turcs dans les huit jours.[11]

 

Ce sont quelques-unes des suites de la croisade de Varna. Avant d’envisager d’autres conséquences de la défaite de Varna donc le choc avait été aggravé par la croyance de la faiblesse militaire turque, qui pourtant ne fut pas détruite par cette démonstration de sa fausseté, un bref retour doit être fait sur le sort de la flotte qui avait été postée pour empêcher les Turcs de traverser en Europe.[12]

La flotte n’a certainement ni empêché le retour de Mourad ni le convoyage de l’armée chrétienne mais elle aurait pu encore être utile. Lorsque la saison de campagne de 1445 s’ouvrit, elle se divisa en deux parties ; l’un d’entre elle marauda autour de la Mer Noire et par des attaques contre des navires génois et des colonies exposées à la fragilité de l’unité chrétienne.[13] L’autre fut chargée de mener à bien un plan ressemblant au plan de 1444 de Cesarini : de remonter le Danube jusqu’à Nicopolis et entrer en contact avec Hunyadi et des troupes fraîches, en vue d’autres opérations pour aider Constantinople, prouve au moins la pertinence chrétienne après la défaite.[14] Ses commandants devaient vérifier si possible le sort exact de Ladislav ; et ils avaient avec eux un prince turc, un petit-fils de Mourad, Daoud fils de Saudji, qui avait apparemment émergé de quelque part en Grèce et devait devenir, en cas de triomphe chrétien, la souverain amical d’un empire ottoman tronqué.[15] Ce qui était encore un autre signe de l’ingérence byzantine dans les affaires ottomane, cherchant à provoquer la guerre civile dans le royaume, qui persisterait et finirait par conduire à la chute de l’empire.

 

Pendant ce temps, dans le royaume ottoman, après le coup décisif qu’il avait infligé aux ennemis à Varna, le Sultan de nouveau chercha à obtenir le calme de la vie privée.[16] Il abdiqua une seconde fois en faveur de son fils, et retourna dans sa retraite en Magnésie.[17] Bientôt, cependant, ses projets de retraite furent rompus. Il reprit le trône ottoman en 1446 en raison de manœuvres du Grand Vizir Khalil contre ses rivaux, Zaganuz et Shehab Eddin, les tuteurs du jeune Sultan Mehmed II (Muhammad al-Fatih).[18] La jeune main de Muhammad était également trop faible pour freiner les féroces soldats ; et les Janissaires montrèrent leur violence insubordonnée dans des actes de pillage, de meurtres et des demandes arrogantes pour un salaire accru, qui menaçaient une mutinerie ouverte et une guerre civile.[19] Les ministres vétérans, que Mourad avait placés en tant que conseillers autour de son fils, virent la nécessité de rappeler leur ancien maître au gouvernail de l’empire.[20] Son fils lui aurait écrit lui dans les termes suivants : « Si je suis Sultan, je t’ordonne de reprendre le service actif. Si tu es le Sultan alors je te dirais respectueusement que ton devoir est d’être à la tête de ton armée.[21] » Mourad céda à leurs prières et se hâta à Andrinople où il se montra une fois de plus au peuple et l’armée comme leur souverain. Il fut accueilli avec enthousiasme. Les instigateurs des derniers troubles furent promptement punis et les masses furent judicieusement pardonnées. L’ordre fut complètement restauré.[22]

 

Mourad était las de se battre et promis volontiers à l’empereur byzantin que, s’il abandonnait toute action concertée avec les puissances occidentales, il ne serait pas attaqué.[23] Les Byzantins ne tinrent pas compte des conseils. L’empereur byzantin Jean VIII, en dépit des promesses et menaces turques, continua de parlementer avec les puissances chrétiennes en faveur d’une intervention malgré le désastre de Varna.[24]  Cependant, ces dernières n’étaient pas en mesure de répondre aux appels qui leur étaient faits et en France, où même le futur Louis XI semblait être saisi par l’esprit des croisades, n’avait pas encore réussit à expulser les Anglais de son territoire.[25]

Les Byzantins s’attiraient aussi des problèmes sur leur propre sol. Byzance, à la mort du précédent empereur avait été divisée entre trois de ses sept fils. Constantin, frère de Jean et plus tard le dernier empereur, avait montré de l’énergie dans la Morée.[26] Il était en possession d’une grande partie du Péloponnèse et avait chassé les Turcs de Béotie, de Pinde, et d’une partie de la Thessalie ce qui, obligea Mourad à se remuer.

En novembre 1446, il se dirigea vers la Grèce à la tête d’une armée de 60.000 hommes.[27] Mourad détruisit les fortifications de l’Isthme bien qu’il fut opposé par une force égale. Patras fut également prise et brûlée. Sur quoi, la Morée fut ravagée et les habitants tués ou pris comme esclaves.[28] Constantin, qui fut le dernier empereur de Constantinople, fut obligé de payer le tribut pour la Morée.[29]

 

 

 

[1] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 170.

[2] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 170.

[3] Eton’s Travels, p. 332; in Pears Destruction; p. 170.

[4] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 170.

[5] Jehan de Wavrin: Anchiennes (in lorga II, 74)

[6] TV Tuleja: Eugenius IV; pp. 273-4.

[7] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; vol 7; p.147.

[8] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 71.

[9] Ranke: Servia; p. 80; in Greasy; 71. 

[10] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 71.

[11] Ranke: Servia; p. 78; in Greasy; p. 71.

[12] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 59.

[13] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 59.

[14] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 59.

[15] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 59.

[16] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p.71.

[17] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 71.

[18] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 274.

[19] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 71.

[20] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 71.

[21] E. Pears: The Ottoman; p 692.

[22] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 71.

[23] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 171.

[24] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 61.

[25] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 61.

[26] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 171.

[27] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 171.

[28] Pears: Ottomans; 692.

[29] Pears 692.

 

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