OSMANLI

OTTOMANS

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Pendant trois heures après leur positionnement, les croisés attendirent l’attaque turque. A l’instant même où les armées étaient sur le point de se rencontrer, un mauvais présage troubla les chrétiens. Une soudaine levée d’un vent fort balaya leurs rangs et fit tomber leurs bannières sur le sol, sauf que celle du roi.[1] Les Turcs envoyèrent en avant six mille de leurs cavaliers qui occupèrent la colline près de l’armée chrétienne. Leur but était d’examiner le terrain, de noter le nombre numéros de l’ennemi et leur position.[2] Ils déchargèrent néanmoins une pluie de flèches contre les chrétiens, leurs archers étant, comme habitude, leurs meilleures troupes. Lorsque Franco, un des porte-étendards de Ladislav, empêcha ses hommes de les attaquer, les Turcs descendirent dans la plaine et commencèrent la bataille.[3] Alors Franco laissa ses troupes charger et avec un tel effet que bientôt la cavalerie turque se retira complètement.[4] Quand Mourad vit ce qui se passait, il donna l’ordre d’avancer. Les rangs progressèrent à droite et à gauche et affrontèrent l’ennemi.[5] A la droite de Mourad, ils avancèrent sous le commandement du gouverneur général d’Anatolie et sur l’aile gauche, où se trouvaient toutes les troupes de Roumélie, tandis que Mourad mobilisait l’arrière.[6] Il établit ses hommes dans sept rangs et ils avancèrent contre les chrétiens.[7] Sur l’ordre de Mourad, le gouverneur général d’Anatolie, Karacabey, attaqua Cirne Mihal qui avança lui aussi et la bataille commença alors que les ailes des deux côtés s’engagèrent sur tout le front.[8] Sur l’aile gauche, le gouverneur général de Roumélie, Sahin Pacha, s’agita et avança avec Ferizbeyoglu et le juge de Karin à la pointe de sa formation. Avec le seul cri d’«Allah, Allah !, » il avança avec ses propres rangs.[9] Les troupes des deux côtés furent pris dans une telle mêlée « comme si c’était le  Jour du Jugement et pendant un certain temps, elle fut telle que le père ne pouvait pas reconnaître son fils, ni le fils son père, » dit la source turque anonyme. »[10]

 

Le résultat du premier choc ne fut pas à l’avantage des Turcs. Leur attaque fut repoussée par Rozgonyi et Thalloczy.[11] Après le premier assaut manqué, les Akinjis attaquèrent de nouveau, engageant les forces sous (le commandement de) Thalloczy et Simon Rozgonyi.[12]  Le but de l’attaque turque était d’essayer de couper le centre des ailes. Quand les Akinjis chargèrent, les Spahis anatoliens avancèrent. Hunyadi soutint avec succès le choc de la division anatolienne, la repoussa et la dérouta.[13]  Sur l’autre aile, les Valaques réussirent avec autant succès contre la cavalerie et les Azabs de Roumélie.[14] Le roi Ladislas avança hardiment avec le centre chrétien. Le reste de l’armée chrétienne dans la plaine fut attaquée en même temps mais les cavaliers turcs furent durement pressés et se retirèrent.[15]

Un des évêques qui, dit Callimaque, était plus habile dans les affaires ecclésiastiques que dans le domaine militaire, voyant les Turcs battre en retraite, se hâta à leur poursuite avec un groupe de soldats et, arrivant dans le corps dense de l’armée, se débattit bientôt dans le marais et lui et ses hommes ne furent plus d’aucune utilité dans la lutte.[16] Les Turcs, en prétendant la fuite, poursuivirent leur méthode habituelle de combat ; « mais, » remarqua La Brocquière seulement une demi-douzaine d’années avant cette bataille, « c’est dans leur fuite qu’ils sont les plus redoutables et qu’ils ont presque toujours vaincu les chrétiens.[17] »

Hunyadi, qui connaissait bien leur tactique, revenant de son combat avec la division anatolienne, chargea rigoureusement le jeune roi de ne pas permettre aux soldats autour de lui de se déplacer, de rester avec eux et d’attendre son retour après avoir attaqué la division Roumélie, ou du moins jusqu’à ce qu’il connaisse le résultat de la lutte, parce qu’en cas de succès, il faudrait alors faire face aux Janissaires.[18] Les chrétiens de l’aile gauche et même autour de l’étendard de Ladislav furent durement pressés. Le cardinal et Franco, avec le fils de Dracul, durent revenir derrière la barricade des wagons.[19] Une lutte acharnée eu lieu près et parmi les wagons et les Turcs pendant un certain temps gagnèrent du terrain. Hunyadi se hâta à l’aide des chrétiens et son arrivée changea pendant un certain temps le courant de la bataille.[20] Les Turcs se retirèrent des wagons et furent repoussés deux mille pas. Hunyadi et ses hommes se battirent durement et réussir manifestement.[21]

Selon la source turque anonyme, quand Karacabey se rendit compte qu’il ne pouvait espérer aucune aide des troupes de sa province, il s’étira comme un lion et, livrant sa vie au Créateur avec la volonté de combattre dans la voie de Dieu contre les mécréants, il tourna son visage vers Dieu et dit : « O Dieu, le Munificent, le Miséricordieux, le Protecteur ! Tu es capable de toutes choses. Puisque qu’il n’y a aucune aide des hommes de notre province, le destin et la victoire viennent de toi seul, ô Seigneur ! Accorde-moi la sincérité dans le Jihad et le martyre car je ne suis plus digne de me tenir en présence du Padishah et le regarder en face. Avec un seul cri de « Allah, Allah !, » il saisit sa massue dans sa main et attaqua les rangs de l’homme maudit appelé Zupan Tomas et, comme un loup affamé parmi un troupeau de moutons ou une seule étincelle frappant une roselière, il poussa les rangs de Zupan Thomas les uns dans les autre et les jeta dans la confusion … Karacabey relança son cheval à l’attaque … (et) tomba directement au milieu de ces hommes et …tomba en martyr bénit… »[22]

 

Lorsque Zupan Yanko (Hunyadi ?) vit cela, il dit au roi : « Regarde, mon roi. Narnur nous a aidés. Nous avons vaincu le fils d’Osman de l’aile droite et détruit un homme célèbre comme Karacabey. Ce qu’il vous faut maintenant, c’est de rester où vous êtes et ne pas bouger. Pendant ce temps, moi, votre serviteur, ferai une seule attaque avec la cavalerie vigoureuse et robuste dans leurs côtes de mail, sur l’arrière-garde de leur aile gauche. Si nous pouvons déplacer leur aile gauche, ne serait-ce qu’un peu, hors de position, vous pouvez être sûr que tous les fils de l’armée d’Osman seront vaincus et vous devrez donc agir en conséquence.[23] » 

« Alors que cet homme maudit attaquait une nouvelle fois l’aile gauche qui était celle de Sahin Pasha avec ses troupes fraîches vêtu d’armure, Sahin Pacha s’adressa aux seigneurs et guerriers : « Aujourd’hui c’est le jour et c’est le moment. Permettez-moi de voir comment vous allez vous battre pour la religion de l’Islam. Regardez, mes guerriers, les béliers sont nés pour le sacrifice. Aujourd’hui, le Paradis vous est ouvert. Nous sommes nés hier et aujourd’hui nous mourrons ! Ceci est l’heure où notre héroïsme et notre virilité Lui seront révélés. En parlant ainsi, il renforça leur détermination, et prenant sa masse dans sa main, il lanca l’ordre. Encore une fois ils crièrent : « Allah, Allah ! » Les percussions tonnèrent, les tambours de guerre furent battus et les deux parties se jetèrent l’un contre l’autre. Le sol se déchira comme du coton. Ils se battirent furieusement… Zupan Yanko prit sa lance dans sa main et dit : « Laissez-moi voir comment vous vous efforcez pour l’amour de Jésus. Pour chacun d’entre vous, j’obtiendrais du roi de grandes faveurs. » »[24]

Il galopa ici et là, en encourageants ses troupes. Les chameaux de l’armée du Sultan effrayèrent apparemment les chevaux des croisés et empêchèrent le roi et Hunyadi d’avancer.[25] Hunyadi replaça Ladislav dans son ancienne position et lui demanda à nouveau ne pas bouger sans ses instructions.[26] L’aile gauche de l’armée des croisés était engagée dans la bataille avec les Spahis de Roumélie. Hunyadi chargea de leur côté, laissant le roi avec ses troupes domestiques comme une force de réserve.[27] Cette attaque entraîna un mouvement vers l’avant de la force hongroise, conduisant toute l’aile droite de la cavalerie ottomane sur le terrain et ne laissant que les Janissaires avec Mourad au centre.[28]

 

La situation turque semblait désespérée. La source anonyme reprend :

« Un grand nombre des troupes de l’Islam qui avaient été défaits et s’étaient enfuis du champ de bataille retrouvèrent leurs esprits et virent que Sa Majesté le Padishah, tenait ferme comme un lion blessé, ne reculait jamais et jamais pensant qu’il pourrait, même pour un moment, abandonner le combat. Ceux qui prévoyait ce que serait la fin de cela étaient revenus et se tenaient en rangs derrière le Padishah.

Le Padishah vit que l’aile droite avait été mise en déroute et dispersée tandis que la gauche, après avoir combattu pendant un certain temps, avait commencé à fuir par groupes dans la montagne. Alors il se rendit à Dieu et envoya l’arrière-garde dans l’action, plaçant ses Janissaires et ses Azabs devant. Ils se réfugièrent en Dieu et, alors que les tambours de guerre étaient battus et que les timbales et les trompettes retentirent, avec le cri d’« Allah, Allah !, » ils lancèrent une attaque sur les mécréants qui battirent également leurs tambours et se jetèrent sur eux. Les deux armées s’affrontèrent tout le long de la ligne de front et, ce jour-là, il y eut une bataille que les mots ne peuvent décrire. Au fur et à mesure que la lutte augmentait en fureur, les troupes de l’Islam et les mécréants affichèrent tant de zèle que, sur le marché de la mort, le père ne pouvait distinguer le fils, ni le fils le père. Les anges dans le ciel et les poissons dans la mer admirèrent la fureur du combat. La bataille dura jusqu’à l’après-midi de ce jour-là, les têtes roulant sur le terrain comme des débris.

Mais vu maintenant combien les novices parmi les Janissaires et Azabs commencèrent à se disperser groupe par groupe. Le Padishah fut affligé outre mesure.

De ce moment, le Padichah fut laissé avec seulement environ trois cents Janissaires, environ cinq cents Azabs, ses commandants d’infanterie et son trésorier avec les pages du palais. Il descendit immédiatement de son cheval, frotta son visage dans la terre et, au même moment, leva mains dans une prière fervente à Dieu, le Padishah des Padishahs, le Seigneur des puissances et le Puissant, l’Éternel.

Prière :
Je me réfugie en Toi, le Possesseur de toutes choses.

Ne me laisse pas sans défense devant l’ennemi.

Tu es le Munificent. Accorde Ta munificence par Ta grâce.

J’ai mis mon espoir en Toi, ô mon Dieu,

Car tu es le Padishah de tous les gens.

Si un atome de Ta faveur devrait descendre,

Il réduirait tous ces mécréants à l’obéissance.

O mon Dieu, soit le remède à ma détresse,

Et aide le peuple de Muhammad.

Puisse l’épée de l’Islam être accroché sur ton trône,

Car c’est Toi qui es l’épée du secours envers Tes serviteurs. »

Lorsque Sa Majesté le Padishah eut prié pour l’aide de Dieu, Le Loué, L’Exalté, il prit une poignée de poussière qu’il fit passer par son col sur sa poitrine puis se frotta le visage avec ses mains. Alors, il se leva comme un lion rugissant et monta son cheval, prit son épée dans sa main et, avec des mots d’encouragement aux troupes de l’Islam, il se jeta sur les mécréants. »

Lorsque le Padishah commença à se battre ainsi, sans jamais broncher devant l’ennemi, certains des hommes qui s’étaient enfuis défaits, retrouvèrent leur zèle, commencèrent à revenir de toutes les directions et rejoignirent les rangs. »[29]

 

 

 

[1] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[2] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[3] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[4] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[5] Anonymous: The Holy Wars of Sultan Murad son of sultan Mehmed Khan; in C. Imber Varna; pp. 41-106. p. 95.

[6] Anonymous: The Holy Wars p. 96.

[7] Anonymous: The Holy Wars p. 96.

[8] Anonymous: The Holy Wars p. 96.

[9] Anonymous: The Holy Wars. 96.

[10] Anonymous: The Holy Wars p. 96.

[11] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[12] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[13] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[14] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; pp.69-70.

[15] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[16] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 168.

[17] De la Broquiere: Early Travels (Wright ed); p. 361.

[18] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 168.

[19] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 168.

[20] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 168.

[21] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 168.

[22] Anonymous: The Holy Wars p. 97.

[23] Anonymous: The Holy Wars pp. 98.

[24] Anonymous: The Holy Wars pp. 98.

[25] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[26] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[27] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[28] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 310.

[29] Anonymous: The Holy Wars. P. 99.

 

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