OSMANLI

OTTOMANS

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Les croisés apprirent que le Sultan, défiant la surveillance navale, aidé par la « trahison génoise, » un courant et un vent favorable « comme de ce feust choisi dyabolicque (la manière dans tout cela arriva fut diabolique) »[1] et soutenu par l’artillerie à terre avaient traversé le détroit et était proche, renforçant le commandant local turc qui avait surveillé le progrès des croisés.[2]

 

Mourad rejoignit son fils Mehmed et le vizir Khalil Pasha, qui avait rassemblé toutes les troupes disponibles en Roumélie, au nombre de sept à huit mille hommes supplémentaires.[3] Mourad arriva à Andrinople à la fin d’octobre et de là marcha vers Nicopolis, où il suivit les croisés ; le 5 novembre il était à Shumen.[4] Dans la nuit du 9 novembre, il campa dans la position d’où il avait l’intention d’attaquer, en contrôlant les hauteurs au-dessus de Varna avec l’armée croisée entre lui et la mer. La seule ligne de retraite, au nord, était un terrain vague.[5]

 

L’arrivée de Mourad en Europe défia deux facteurs cruciaux de la croisade. Le premier qu’il put échapper à la flotte chrétienne qui devait l’intercepter, une tempête soudaine et puissante qui empêcha les chrétiens.[6] L’autre élément crucial est que Mourad avait terminé sa campagne en Anatolie contre le soulèvement karamanide renouvelé plus tôt que prévu. Comme le signala Ciriaco d’Ancône, Ibrahim Karaman attaqua Mourad en Anatolie juste au moment où les Turcs négociaient le traité de paix avec les chrétiens.[7] Ibrahim avait très probablement chronométré l’action suite aux conseils de l’empereur byzantin que les Hongrois envahiraient la Roumélie pendant l’été, et que d’ici là, la flotte alliée serait en place.[8] L’attaque, cependant, vint trop tôt et Mourad pu mener son armée à travers le détroit en personne. De la preuve d’une liste chronologique de 1445, il semble qu’Ibrahim pilla les villes situées sur ou près de la frontière entre le territoire ottoman et karamanide et tourmenta les terres autour.[9] Cependant, l’approche de Mourad le força à se soumettre, apparemment sans aucun engagement majeur Les hostilités prirent fin avec un traité, conclu probablement en août 1444, où Ibrahim jura fidélité à Mourad et aussi de manière significative, à son fils prince Mehmed II.[10] Avait le soulèvement karamanide avait duré deux mois, l’entreprise croisée aurait réussie.  

 

Maintenant, au contraire, les chrétiens entendirent dire que les meilleurs guerriers de Turquie s’étaient rassemblés à l’appel de leur souverain vétéran.[11] Bien pire, même les messagers bientôt se précipitèrent dans le camp chrétien annonçant que le Sultan non-retiré était venu contre eux par des marches forcées et que l’armée impériale turque été postée à quatre miles de Varna.[12] La nuit était brillante et claire et, en grimpant la colline, ils purent voir les feux, à un demi-mille de là et même faire une estimation du nombre des Turcs.[13] Ce fut dans la soirée du 9 novembre que Ladislav ordonna le renforcement des avant-postes du camp, à tous les soldats de rester armés et de la tenue d’un conseil de guerre tôt le lendemain matin 10 novembre[14]

Face à ces nouveaux développements, les armées chrétiennes décidèrent une nouvelle approche et le conseil est fut tenu de se prononcer sur ce qui devait être fait.[15] Le conseil du cardinal Cesarini était qu’ils devraient se retrancher, faire une barrière autour d’eux de leurs chariots et attendre leur attaque. Leurs machines ou fusils, dont les effets alarmants avaient déjà été observés à Belgrade, seraient utiles pour leur défense. Il demanda également que probablement une flotte allait bientôt venir urgemment à leur aide.[16] Les évêques de l’armée et quelques autres furent d’accord avec lui.[17]

Une bataille était inévitable, et le mode dans lequel Hunyadi l’avait préparé montra que sa confiance était intacte. Il rejeta les conseils de former des barricades, de se retrancher autour de leur camp et d’attendre l’attaque du Sultan. Il était pour une marche sur l’ennemi pour une attaque équitable sur le champ de bataille.[18] Chaque signe d’hésitation, surtout au début d’une campagne, était fatal. Supposons que les Turcs ont aussi choisi de jouer le jeu de l’attente, les chrétiens devraient-ils soutenir un siège ? Leur seul salut résidait dans l’audace. Il qualifia de ridicule ce qui fut dit au sujet de l’arrivée d’une flotte. Les navires seraient plus utilisés dans leur position actuelle que la cavalerie en mer. Même si les marins débarquaient, que pourraient-ils donc faire contre des cavaliers ?[19] Le roi Ladislas suivit l’audace enthousiaste de son général favori et l’armée chrétienne se sépara de leurs lignes et marcha vers le nord de la ville pour attaquer le Sultan qui avait soigneusement renforcé son camp par un profond fossé et des palissades.[20]

 

A la veille de la fête de Saint-Mathurin, le 10 novembre 1444, les deux armées se préparèrent au combat.

 

 

La bataille de Varna

 

Mourad ne lanca pas aussitôt son attaque comme les chrétiens l’attendait mais, il lui fallut quatre jours pour terminer ses préparatifs.[21] Il descendit plus bas dans la plaine et forma soigneusement son plan de bataille.[22]

 

Les croisés décidèrent de prendre l’offensive et formèrent leur ligne en croissant qui s’étendait du lac devant les murs de la ville vers la Mer Noire.[23] L’armée d’Hunyadi avait le dos à une colline ; d’un côté se trouvait le marais et de l’autre, il avait placé ses bagages et autres wagons de manière à faire un rempart.[24] Il bloqua les passages à travers le marais aussi bien qu’il le put avec des charrettes et des chariots.[25] Hunyadi se positionna à l’extrême gauche, avec cinq bannières de ses soldats et les barons hongrois.[26] Au centre se trouvait Ladislav avec ses troupes hongroises et polonaises.[27] Là ou flottait la bannière du roi avec la bannière de Saint-Georges porté par Stephen Báthori de Transylvanie, avec environ deux mille soldats.[28] L’aile droite était composée de la meilleure partie des soldats hongrois, des croisés francs sous le commandement du cardinal Cesarini.[29] Entre le roi et Cesarini étaient stationnés les bannières de l’évêque de Bosnie, Rafael Herczeg ; Simon Rozgonyi, évêque de Erlau ; et Francis Thalloczy, le Ban de Croatie.[30] A l’extrême droite se trouvait Jean Dominis, évêque de Grosswardein et quelques troupes polonaises. Une réserve de Valaques était stationnée pour agir là où il y avait nécessité.[31] La ligne entière s’étendait sur environ cinq mille pieds (1,5 km).[32] L’artillerie de l’armée se composait de canons de petit calibre et de catapultes qui ne semblent pas avoir été utilisé dans la bataille.[33] Hunyadi agissait en tant que commandant en chef de toute l’armée.[34]

 

En face de l’aile gauche des croisés, le Sultan stationna la cavalerie montée commandée par Daoud Pacha, Beyler-Bey de Roumélie et celle du Beyler-Bey d’Anatolie, Karaja Bey sur la gauche,[35] dont certains étaient armés d’arquebuses.[36] Face à l’aile la droite de la ligne des croisés, il plaça les Akinjis, des troupes montées irrégulières qui combattaient d’une manière libre, en dehors de la discipline des soldats réguliers turcs et les Azebs, des fantassins turcs des provinces.[37] Au centre, derrière la cavalerie anatolienne et rumillienne se tenait le Sultan, entouré par les Janissaires qui formait ce qu’on appelle une Zariba.[38] Autour d’eux était un fossé ou une tranchée. Derrière qui se tenaient les chameaux, tandis que derrière eux se trouvait un parapet formé de boucliers fixés au sol immédiatement devant les Janissaires entourant le Sultan.[39] Les cavaliers furent disposés en rectangles, chacun divisé en escadron.[40] Une copie du traité violé fut placée à la pointe d’une tête de lance et élevée dans les rangs turcs comme un étendard dans la bataille et comme un appel visible au Dieu de Vérité, qui punit le parjure parmi l’humanité.[41] L’armée ottomane peut avoir compté soixante mille hommes bien que l’on n’a aucune certitude du nombre d’hommes que le Sultan fait avait sous son commandement.[42]

 

Imber à le grand mérite de nous offrir la traduction anglaise de la version turque de la bataille par un auteur anonyme qui était présent :[43]

« Quand la nuit fut écoulée, le lendemain à l’aube, les troupes de l’Islam montèrent de nouveau leurs chevaux, dressèrent leurs rangs et se mirent en route.

Le  roi (chrétien) les appela à l’ordre et dit, en donnant une coupe de vin à chacun de ses comtes et ducs : « il est décidé. Maintenant tout ce que nous avons à faire est d’établir nos rangs. » A cela, Zupan Yanko poussa son cheval en avant et dit : « Maintenant, mon roi, écoute moi. Ce qu’il faut faire c’est de monter en grande pompe et ne pas se détourner. Vous devez avancer pas à pas sans jamais vous presser. Voyons comment vous tiendrez fermement. Je suis convaincu que c’est ainsi que nous allons vaincre les Turcs, les poursuivre et aller de l’avant pour capturer Edirne (la capitale turque). » Après avoir longuement parlé, il commença à établir les rangs … « en dehors de cela, » dit-il, « nous devons lier nos chariots ensemble, les préparer et les charger à coups de canons et d’arquebuses. Ensuite laissez les Turcs nous attaquer ! Si nous vainquons les Turcs, c’est bien ! Mais si les Turcs sont victorieux nous nous retirons derrière nos chariots. Si les Turcs nous attaquent alors, nous tireront avec nos canons et arquebuses jusqu’à ce que leur monde s’effondre sur eux. » Ils établirent leurs rangs selon ce plan et se préparèrent.

Le roi s’étendit, se dépoussiéra et ordonna :

« Donner à tous les Ban (comtes, princes) et les Dukes encore une coupe de vin car ceci est la coupe du dernier chapitre …. Voyons comment vous vous efforcerez pour l’amour de Jésus. Chacun de vous doit rassembler toutes ses forces dans ses armes et agir comme un homme. Dans le cas contraire, si l’un de vous fuit, pour l’amour de Narnur, je, le briserai avec les plus sévères châtiments….

Il les exhorta longuement et quand il eut fini, tout le monde prit sa propre position.[44] »

 

 

 

[1] Wavrin: Chroniques (Iorga’s Ed); p. 35.

[2] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 59.

[3] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 308.

[4] J. Dlugosz, Historia polonica, XII, col. 803.

[5] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 308.

[6] Jehan de Wavrin, Anchiennes cronicques d’Engleierre, 3 vols. (Paris, II, 74)

[7] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 26.

[8] Anonymous (H Inalcik and M. Oguz).

[9] Osman Turan (ed.), Istanbul… (Historical almanacs written before the conquest of Istanbul’) (Ankara: Turk Tarih Kurumu, 1954), 31. Extrait d’une liste chronologique compilée en 1445. See VL Menage, ‘The “Annals of Murad II”, Bulletin of the School of Oriental and African Studies, XXXIX (1976), 570-84.

[10] Texte dans Yahya bin Mehmed el-Katib, édité par Sinasi Tekin, Menähicu l-insa (Cambridge, Mass.: Orient Press, 1971), 23-4; 1. H. Uzuncarsili, ‘Ibrahim Beyin Karaman imareti vakfiyesi’, Belleten, 1 (1937), 120-1. In C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 26.

[11] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[12] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[13] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 165.

[14] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 308.

[15] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 166.

[16] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 166.

[17] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 166.

[18] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[19] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 166.

[20] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[21] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[22] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[23] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 308.

[24] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[25] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[26] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 308.

[27] Palatio, in Lewicki, Codex epistolaris, II, 29.

[28] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 308.

[29] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[30] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 308.

[31] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[32] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[33] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[34] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[35] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[36] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[37] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[38] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[39] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 167.

[40] L. Kupelwieser, Die Kampfe, pp. 96-7.

[41] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[42] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 309.

[43] Anonymous: The Holy Wars of Sultan Murad son of sultan Mehmed Khan; in C. Imber Varna; pp. 41-106.

[44] Anonymous: The Holy Wars of Sultan Murad son of sultan Mehmed Khan; in C. Imber Varna; pp. 41-106; p. 95.

 

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