OSMANLI

OTTOMANS

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La marche vers Varna

 

Le 1er septembre, selon Greasy et des dizaines de jours plus tard selon d’autres historiens, le roi Ladislas, le légat Cesarini et Hunyadi marchèrent, contre les Turcs surpris et non préparés, avec une armée composée principalement de Polonais et d’Hongrois.[1] L’armée chrétienne comprenait aussi des croisés francs sous le cardinal Cesarini[2] et des armées de Bosnie et de Croatie, cette dernière commandée par Francis Thalloczy.[3]

 

La marche victorieuse et destructrice de l’armée vers la côte de la Mer Noire à Varna semblait justifier leur optimisme.[4] De Szegedin, les croisés procédèrent à Temesvár et se dirigèrent vers le sud-est, traversant le Danube à Orshova, le 20 septembre, avec 16.000 chevaliers (le nombre comptabilisé de fantassins) et deux mille wagons.[5]  Le 24 septembre, ils traversèrent la rivière Timok, qui formait la frontière avec l’état vassal ottoman de Bulgarie et arrivèrent à Florentin puis, marchèrent sur Vidin sur le Danube avant le 26 septembre[6] Il fut décidé qu’en raison du temps de l’année et la nécessité de rejoindre la flotte, ils ne tenteraient pas de prendre la ville. L’itinéraire conduit vers l’est jusqu’à Nicopolis ; se diriger vers le sud, à travers les montagnes des Balkans aurait été plus rapide cependant, les deux mille wagons les empêchèrent de prendre cette route.[7] En effet, comme Gibbon souligne, après le passage du Danube, deux routes pouvaient conduire à Constantinople et les Dardanelles : l’une directe, abrupte et difficile à travers les montagnes d’Haemus. L’autre était plus fastidieuse et sure, sur un pays de niveau, et le long des rives de l’Euxine ; dans lequel leurs flancs, selon la discipline scythe, pourraient toujours être couverts par une fortification mobile des wagons. Ce dernier fut judicieusement préféré.[8]

 

Les croisés marchèrent dans les plaines de Bulgarie, brûlant avec une cruauté impitoyable les églises et les villages des indigènes chrétiens.[9] Un participant allemand de la campagne, Hans Maugest dont les mémoires sont racontés par Michel Beheim (1416-1474), (un ménestrel aux cours de la noblesse allemande), se souvient de l’armée conquérante incendiant la ville de Vidin et massacrant ses habitants.[10] C’est alors que la ville était en flammes que Vlad Dracul, un vassal ottoman selon les termes du Traité d’Edirne (qui donc trahissant lui aussi le traité) rejoignit l’armée hongroise avec, estime Maugest, sept mille hommes.[11] L’armée continua vers Nicopolis, détruisant Orjahovo en route.[12] Le 16 octobre, l’armée atteignit Nicopolis. Puisque Ladislav ne disposait pas d’une artillerie suffisamment puissante pour attaquer les puissantes enceintes, il se contenta de brûler les banlieues.[13] D’autre part, Nicopolis, Maugest nous dit, fut complètement rasée au sol.[14]

 

Selon Maugest, du Danube, l’armée tourna vers le sud vers Tirnovo, « pillant, brûlant et tuant tous les Turcs qu’elle trouva.[15] » Les garnisons turques rencontrées furent passées par l’épée ou jetées au-dessus des précipices.[16] Il est possible que l’armée marcha le long du Danube, traversa la rivière Yantra, tourna au sud-est de Shumen (Szumla) et de là vers l’est jusqu’à Novi Pazar.[17] Callimaque avait Hunyadi conduisant l’armée avec trois mille Hongrois et les Valaques, suivi des wagons avec le roi conduisant le reste des troupes.[18] Comme ils brûlèrent et pillèrent tout au long de leur parcours, les croisés n’épargnèrent même pas les églises orthodoxes.[19] Le 24 octobre, selon Dluigosz, Vladislav adressa une offre aux forteresses turques de Shumen, Mahoracz, Provaciiya, Varna, Kavarna et Galata offrant aux défenseurs un passage en toute sécurité vers Andrinople s’ils livraient ces lieux sans lutte ; il utilisa des prisonniers turcs pour livrer ses messages[20] qui furent rejetés (ouf, ils m’ont fait peur, s’ils s’étaient rendus croix de bois, j’aurais fermé les yeux pour ne pas lire la suite).[21]

Il semble que le corps principal de l’armée contourna Tirnovo, mais le roi, dans la version à moitié retenue des événements de Maugest, envoya un détachement contre elles alors qu’il assiégeait Shumen (entre Tirnovo et Varna).[22] Au environ du 25 octobre, selon Maugest, les croisés étaient à Shumen, où ils agressèrent la ville pendant deux jours et la capturèrent le troisième. Le château fut âprement défendu jusqu’à ce que les croisés mirent le feu, forçant les défenseurs de sauter à leur mort.[23] Ici, Ladislav campa durant sept jours et envoya un détachement de cinq cents hommes pour attaquer Tirnovo mais, trois cents d’entre eux furent perdus dans l’attaque infructueuse de la ville.[24]

 

A l’est de Shumen, Maugest rappelle la capture de la ville et de la citadelle de Novi Pazar et le massacre subséquents des habitants et leurs animaux. Quand ils eurent brûlé la ville et le château « ils se dirigeraient vers les marchés et les villes. Quoi qu’il en soit, beaucoup d’entre furent détruits.[25] » Le 9 novembre le roi arriva à Varna où la ville et Galata, Marcropolis et Kavarna se rendirent, les garnisons turques ayant fui. Ladislav et les croisés campèrent devant la ville.[26]

 

Varna était considérée comme essentielle pour la poursuite de l’avance d’une armée envahissante contre les Turcs en Europe.[27] Varna est à la pointe d’une baie. Du côté sud, à une distance d’environ quatre miles (5 km) de la ville, se trouvait un village nommé Galata.[28] Entre les deux s’étendait une longue lignée de marais, la fin d’une lagune, délimitée du côté sud par une forte chaîne de collines abruptes. C’est entre la fin du marais et la baie que l’armée chrétienne campa avec la colline sur ses arrières.[29] De là, le roi et Hunyadi, note Imber, avait clairement l’intention de procéder vers le sud sur la côte de la Mer Noire vers Andrinople.[30]

De même, Inalcik observe que le haut commandement chrétien avait décidé de saisir Andrinople, la capitale européenne ottomane, sans perdre de temps sur les forteresses de Vidin, Nicopolis, Tirnovo et Provadiya (Pravidi).[31] Cependant, la forte résistance des Turcs à différents stades de l’avance des croisés eurent l’impact de les ralentir et le Sultan était arrivé à Andrinople bien avant eux.

 

 

Les chrétiens campaient près de Varna quand ils reçurent la surprenante bonne nouvelle, que ce n’était plus l’enfant Muhammad qui était leur adversaire mais de nouveau le Sultan Mourad en personne.[32] (Nous verrons tous ces détails rapportés par les historiens musulmans dans les volumes suivants). En effet, lorsque le rêve de Mourad de jours tranquilles à Brusa fut perturbé par les nouvelles que le traité solennellement accepté quelques semaines plus tôt avaient été violé par « les chrétiens sans foi, qui dans ce cas sont justement jugés par les Turcs comme des mécréants, il reprit aussitôt les fonctions de souverain et s’apprêta à porter de l’aide à son fils, jeune Mehmed (II).[33] »

 

Au début d’octobre, les nouvelles atteignirent la flotte que le Sultan était en marche vers les Dardanelles avec l’intention de forcer une traversée.[34] Wavrin quitta les galères sous Vas et retourna à Constantinople avec Quléret pour s’entretenir avec les capitaines de galères qui y étaient stationnées.[35] Wavrin et les autres réalisèrent que les galères stationnées dans le détroit du Bosphore étaient en grave danger d’être coulées par les canons que le Sultan avait monté sur la rive asiatique. Le détroit était assez étroit pour permettre aux Turcs ainsi d’empêcher les navires d’y patrouiller.[36] Les Turcs démontrèrent l’efficacité de cette tactique en tirant sur eux depuis la forteresse anatolienne d’Anadolu Hissar.[37] 

 

Le 16 octobre, le Sultan sur la rive anatolienne avec ce que Wavrin estime à trois ou quatre mille soldats et cinq à six cents chameaux. Pendant la nuit les Turcs mirent les canons en place sur la rive européenne et dans la matinée du 16, ils commencèrent à bombarder les galères.[38] La flotte tenta d’avancer mais fut bombardée des deux rives et forcée à se retirer.[39] Le Sultan avec ses troupes traversa ensuite le Bosphore, probablement à l’extrémité nord, en dessous de la montagne du Géant, où l’entrée dans la Mer Noire était, et continua longtemps d’être connu, du fait des nombreux temples qui y existaient depuis l’époque préchrétienne, comme la Bouche Sacrée.[40] Il traversa précisément sous les murs d’Anadolu Hissar, au point le plus étroit du détroit, où l’Europe et l’Asie se touchent presque. Sphrantzes identifie la position sur le Bosphore (à savoir en face de l’Anatolie Hissar) en disant que c’était la partie la plus étroite du Bosphore au-dessus du village d’Asomaton.[41]

Par un « concours incroyable de circonstances, » le soir même du 16 octobre, alors que les Turcs traversaient, une tempête força les galères chrétiennes à rester immobilisées dans le port, qui permit aux Turcs plus hardis de traverser sans difficulté.[42] Du chroniqueur contemporain Chalcocondyle, nous apprenons que la violente tempête empêcha la flotte papale, ancré à l’entrée des Dardanelles, d’entrer dans la mer de Marmara, et cela peut aussi être conforme aux faits.[43] Les flottes italiennes et grecques près de la capitale furent incapables de s’opposer au passage, la remontée du Bosphore étant presque impossible pour les bateaux durant la continuation des vents dominants du nord.[44]

 

 

 

[1] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[2] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 69.

[3] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 308.

[4] C. Imber: Varna; p. 29.

[5] J. Dlugosz: Historia polonica, 2 vols; Leipzig; 1711-1712; XII, col. 800; N. lorga, Notes et extraits, III, 188—9.

[6] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 305.

[7] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 305.

[8] E. Gibbon: Decline and fall; op cit; vol 7; p. 145.

[9] Gibbon; p. 145.

[10] Michel Beheim, ‘Turkenschlacht bei Warna’, in Hans Gille and lngeborg Spiewald, Die Gedichte des Michel Beheim (Berlin: Akademie-Verlag, 1968), vol.1, no. 104, 328—56. In C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 29.

[11] Michel Beheim, ‘Turkenschlacht bei Warna’, no. 104, 328—56.

[12] Anonymous, (edited Inalcik and M. Oguz); in C. Imber; p. 29.

[13] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 305.

[14] Michel Beheim, ‘Turkenschlacht bei Warna’; in Imber; p. 29.

[15] Michel Beheim, ‘Turkenschlacht bei; in Imber; p. 29.

[16] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[17] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 305.

[18] P. Callimachus: Philippi…., ed. S. Kwiatowski; Monumenta Poloniae historica; VI; Cracow; 1893; pp. 19-162; pp. 146-7.

[19] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 305.

[20] Michael Beheim in von Karajan, ed., Quellen, p. 133.

[21] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 305.

[22] Michel Beheim, ‘Turkenschlacht bei; in Imber; p. 29.

[23] In Michel Beheim, ‘Turkenschlacht; p. 29.

[24] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 305.

[25] Michel Beheim, ‘Turkenschlacht bei Warna’; p. 29.

[26] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 308.

[27] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[28] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 165.

[29] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 165.

[30] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 29.

[31] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 274.

[32] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[33] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 164.

[34] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 306.

[35] Waleran de Wavrin: Receuil des Croniques; Ed W. hardy and ELCP Hardy; Rolls Series; 39l; 5 vols; 1864-1891; repr Liechtenstein; 1965-1972; V, 44-5, and Adrien Huguet, “Un Chevalier picard a la croisade de Constantinople, 1444-1445: Gauvin Quléret, Seigneur de Dreuil,” Bulletin trimestriel de La Société des antiquaries de Picardie; XXXVIII (1939); pp. 42 ff.

[36] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 307.

[37] W. Wavrin: Receuil, ed. Hardy, V, 47.

[38] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 307.

[39] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: p. 307.

[40] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 164.

[41] G. Sphrantzes: Chronicum Minus; II. p. 223; in Pears Destruction; note 1; p. 164.

[42] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 307.

[43] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 36.

[44] E. Pears: Destruction; p. 164.

 

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