OSMANLI

OTTOMANS

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Pour couronner le tout, les Byzantins qui abritaient Orkhan, un petit-fils de Bayazid, le libérèrent rapidement, de sorte que ses revendications augmenteraient les guerres civiles et que le chaos aurait raison du royaume ottoman. Et à peine libéré, il se rendit à la Dobroudja où il tenta de provoquer une révolte.[1]

 

Tous ces développements au cours de l’été, convinrent les chrétiens que les chances de succès d’une croisade ne pourraient jamais être meilleures dans une autre circonstance.[2] La faiblesse confessée des Ottomans, leurs multitudes de problèmes et la retraite de Mourad en Asie donna aux chrétiens l’occasion d’éradiquer les Turcs d’Europe, ce qui devait être pleinement utilisé.[3] Les perspectives d’une croisade réussie étaient plus brillantes que jamais ; Thrace, par exemple, avait été presque entièrement appauvrie par les troupes. Outre les garnisons dispersées à travers la Roumélie, Mehmed Celebi n’avait pas plus de 7000 ou 8000 hommes à sa disposition, si nous croyons le témoignage du Bourguignon Valérien (Waleran) de Wavrin.[4] De plus, la flotte chrétienne visant à bloquer les Dardanelles avait maintenant en juillet, atteint la Hongrie.[5] Confirmant ceci, dans sa lettre datée du 30 juillet 1444, Jean VIII Paléologue dit au roi que c’était le moment le plus opportun pour détruire les Ottomans, puisque Mourad II avait traversé en Anatolie et que le traité de paix avait servi son véritable but.[6]

 

Il prit certainement tout le mois d’août 1444 pour que tout soit assemblé et perfectionné. Attendre jusqu’en septembre avait aussi un autre avantage important, pas seulement d’attendre la mise en place de la flotte mais attendre le 1er septembre permettrait aux chrétiens occidentaux de tirer pleinement  profit de tous les avantages possibles du traité, en établissant solidement leurs forces dans les bastions de Serbie, que les Ottomans évacuaient dans l’honnête respect de leurs engagements.[7]

En septembre 1444, les préparatifs hongrois (et les armées avec eux) étaient terminés et la flotte alliée était enfin arrivé dans le détroit. Lorsque les nouvelles qu’une puissante flotte de soixante-dix navires était apparu dans le Bosphore, dix trirèmes furent envoyées par le pape et dix autres à sa demande par des princes latins.[8] Les galères vénitiennes et pontificales ainsi que deux du duc de Bourgogne, bloquaient les Dardanelles, où Ciriaco d’Ancône confirma leur présence le 29 septembre.[9] Le reste des navires bourguignons ainsi que les galères armées prirent position à Raguse et deux de l’empereur byzantin prirent position sur le Bosphore.[10] Les villes de Thrace, le premier objectif des armées chrétiennes, n’étaient pas défendues par les Turcs, et les flottes, croyait-on, pourrait empêcher Mourad avec son armée de traverser en Europe.[11] Les croisés prévoyaient de bloquer le retour de Mourad en Thrace après sa campagne de Karaman, ou si au moins,  le cardinal écrivit une lettre à Szeged, urgeant le roi hésitant à hâter son départ.[12] Si l’on tire profit de ce moment favorable, disait la missive, il sera possible de conquérir le pays avec une petite force et d’« envoyer les païens vers leur terre d’origine.[13] »

 

En ce qui concerne le traité de paix avec les Turcs, il avait maintenant servi son but. Le traité solennellement ratifié était rompu.[14] Toutes les actions prouvent que les Turcs avaient l’intention de respecter le traité.[15] « Mais, » dit Pears, « à l’éternelle disgrâce de Ladislas et du cardinal légat, Julian Cesarini, qui avait accompagné Hunyadi dans la campagne qui vient d’être décrite, et qui figure comme le génie du mal de Ladislas jusqu’à sa mort, il fut rompu par les chrétiens. L’histoire fournit peu d’exemple d’une si mauvaise foi.[16] »

 

 

Correction, ce n’est pas « peu d’exemple d’une si mauvaise foi » comme le prétend Pears mais des centaines d’exemple dans chaque et toutes circonstances comme nous l’avons déjà vu des centaines de fois et jusqu’à la nausée, à travers nos traductions !

 

Des prétextes, pour ne pas dire des mensonges, comme d’habitude furent trouvés pour justifier la violation comme celle que le roi Ladislas n’avait pas le droit d’accepter une trêve sans le consentement du pape et que Mourad n’avait pas exécuté sa part du traité.[17] Ladislav hésita à rompre son serment mais le cardinal Julian Cesarini, le légat pape (croix de bois), insista que son alliance avec les princes chrétiens de l’Occident valait mieux que de respecter son serment envers le mécréant.[18] Le cardinal Cesarini apaisa les cas de conscience que le jeune roi Ladislas exprima par son autorité spirituelle en lui donnant la dispense et l’absolution au nom du pape et par son éloquence dans le maintien du principe tristement célèbre, que « nulle fidélité ne doit être conservé avec les infidèles.[19] » Enfin, le cardinal appela sur sa tête toute les punitions du péché, si péché il y avait, en violant le serment.[20] Mais dans la flamme du pape, le « vicaire de Dieu » sur la terre, il libéra officiellement le roi des obligations auxquelles il avait juré.[21]

Cet acte de trahison est bien résumé par Gibbon :

« Pendant toute l’opération, le cardinal légat (Julian Cesarini) avait observé un silence maussade, peu disposé à approuver et incapable de s’opposer, le consentement du roi et du peuple. Mais le régime ne fut pas dissous avant que Julien ne soit fortifié par l’intelligence bienvenue, que l’Anatolie était envahie par les Karamanides et Thrace par l’empereur grec ; que les flottes de Gênes, de Venise, et de Bourgogne, étaient les maîtres du détroit des Dardanelles et que les alliés, informés de la victoire et ignorants le traité de Ladislas, attendaient impatiemment le retour de son armée victorieuse. « Et est-ce ainsi, » s’écria le cardinal, « que vous abandonnerez leurs attentes et votre propre fortune ? Est-ce à eux, votre Dieu et vos frères chrétiens, que vous avez promis votre fidélité ? Et cette obligation antérieure anéantit un serment éruptif et sacrilège aux ennemis du Christ. Son vicaire sur terre est le pontife romain, sans la sanction de qui vous ne pouvez ni promettre ni exécuter. En son nom, j’absous votre parjure et sanctifie tes armées : suivez mes pas dans les chemins de la gloire et du salut, et si vous avez encore des scrupules, que retombe sur ma tête le châtiment et le péché. » Cette malfaisante casuistique fut appuyée par son caractère respectable et la légèreté des assemblées populaires : la guerre fut décidée au même endroit où la paix avait été si récemment juré.[22] »

 

Hunyadi résista longtemps à de telles persuasions pour rompre le traité mais sa conscience fut apaisée par la promesse qu’il deviendrait roi indépendant de Bulgarie, lorsque cette province aurait été conquise des Turcs.[23] Il stipula seulement que la violation du traité devait être retardée jusqu’au 1er septembre ; non sans réticence persistante à le violer mais pour que les armées chrétiennes occidentales puissent en tirer tous les avantages en établissant solidement leurs forces dans les bastions de Serbie, que les Ottomans, dans le respect honnête de leur engagement évacuaient.[24]

 

 

Dans ces conditions, les chances étaient pour le triomphe des armées chrétiennes, la destruction du royaume ottoman et le partage des dépouilles entre les vainqueurs.

 

 

 

 

[1] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 20.

[2] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 273.

[3] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 67.

[4] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 34.

[5] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 272.

[6] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 272.

[7] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[8] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 162.

[9] EW Bodnar éd and tr: Cyriaco of Ancona Later Travels; Cambridge; Harvard University Press; 2003; pp. 92-3.

[10] Jehan de Wavrin, edited by N. Jorga, La Campagne des Croisades sur le Danube; dans  C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; p. 27.

[11] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 162.

[12] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; tr. from German by R. Manheim; Bollingen Series XCVI; Princeton University Press; 1978; p. 34.

[13] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; tr. from German by R. Manheim; Bollingen Series XCVI; Princeton University Press; 1978; p. 34.

[14] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 162.

[15] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 162.

[16] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 162.

[17] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 163.

[18] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 163.

[19] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 67.

[20] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 163.

[21] Liber Jurium, xxii. 57, xxvi. 24, 26 Chale. VI; in Pears; p. 163.

[22] E. Gibbon: Decline and Fall; op cit; vol 7; pp. 145-6.

[23] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

[24] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 68.

 

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