OSMANLI

OTTOMANS

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Suite à ces succès, les armées chrétiennes marchèrent vers le sud-est de Nish, passèrent Bela Palanka et Pirot à Sofia, où ils arrivèrent fin novembre ou début décembre. Ils prirent la ville d’assaut, la pillèrent et l’incendièrent complètement.[1] Hunyadi se prépara alors à traverser les Balkans et avancer sur Philoppopolis.[2]

 

A Isladi près Ikhtiman, au début de la passe à mi-chemin entre Sofia et Philoppopolis, Hunyadi constata que Mourad, qui avait terminé ses guerres avec les Karamanides, s’était arrangé pour faire face.[3] La force naturelle du passage dont l’entrée principale est la porte de Trajan, et les mesures prises sur les hauts plateaux de ce passage pour rendre le sol gelé infranchissable pour la cavalerie, fit hésiter Hunyadi. Un second passage apparu plus praticable.[4] Le passage des Balkans est un exploit presque aussi rare dans l’histoire militaire que ces passages des Alpes qui conférèrent tant d’éclat sur Hannibal, Charlemagne et Napoléon. Alexandre força la barrière des Balkans en 335 avant JC, probablement par le même passage qu’Hunyadi en 1443, pénétra dans la direction opposée.[5] Mourad I traversa les Balkans en 1390 et le général russe, Diebitsch, força cette chaîne de montagne célèbre près de son extrémité orientale en 1827.[6] Deux gorges (défilés), dont les ouvertures du côté nord sont proches l’une de l’autre, une à l’ouest nommées le défilé de Soulourderbend et l’autre à l’est, la gorge d’Isladi ou de Slatiza, traversent les Balkans sur la route de Sofia à Philoppopolis. Les Turcs, qui défendaient le passage contre Hunyadi, avaient barricadé ces deux défilés avec des tas de roches; et quand ils virent l’approche de l’avant-garde hongroise, ils versèrent tout au long de la nuit sur la pente de la montagne, de l’eau qui gela lorsqu’elle tomba et forma au matin un mur de glace contre les chrétiens.[7] Sans se laisser démonter par ces obstacles et les armes des Turcs, Hunyadi encouragea verbalement ses hommes et l’exemple à de déplacer vers l’avant et à traverser le défilé occidental, jusqu’à ce qu’ils atteignent un endroit où les anciennes œuvres romaines de Trajan barraient complètement la route. Les Hongrois se retirèrent mais seulement pour avancer dans le défilé oriental, qui était moins bien fortifiée.[8] Là, les sources conviennent que la bataille principale eu lieu le 24 décembre 1443, durant tout le jour et la nuit.[9] Les croisés utilisèrent l’artillerie pour tenter de déloger les Turcs, qui lançaient des arbres, des rochers, de la glace et des flèches sur eux dans le col.[10] Les récits diffèrent, comme d’habitude, quant à ceux qui gagnèrent la bataille.[11] Creasy dit que le jour de Noël 1443 fut célébrée par les Hongrois exultant sur les plaines de neige des versants sud des Balkans conquis[12] et Imber dit plutôt que les Hongrois gagnant à cette occasion, furent plutôt vaincus par les Turcs.[13] A la bataille du col de Zlatitsa, livrée dans la neige juste avant Noël 1443, les Hongrois subirent leur première défaite.[14]

 

Imber n’est que partiellement correct car la victoire turque fut suivie peu après d’une autre défaite. Au début de la nouvelle année (1444) alors que les croisés retournèrent en Hongrie, le Sultan envoya, Kasim Pasha à la tête de la cavalerie rumillienne et des troupes anatoliennes attaquer l’armée des croisés, qu’ils suivirent sur l’Iskar et le Nishava pour les affronter dans une bataille au col de Kunovitsa.[15] Brankovitch surveillait l’arrière que les Turcs attaquèrent. Hunyadi et Ladislav, qui étaient déjà dans le col, quittèrent les wagons gardés par l’infanterie et rejoignirent la bataille près de la rivière à l’est du col.[16] La bataille, la dernière de la « longue expédition, » eut lieu le 5 janvier 1444, sous une pleine lune.[17] L’engagement prit fin par une victoire complète pour les croisés. Parmi les captifs ottomans se trouvait Mahmoud, le mari de la sœur du Sultan.[18]

 

Ladislav et Cesarini retournèrent à Buda où ils arrivèrent en février et furent accueillis comme des héros. Le roi démonta et alla pieds nus à l’église en signe de reconnaissance à Dieu.[19]

Un service d’action de grâces eut lieu dans la cathédrale où un « Te Deum » fut chanté et les armes turques capturées paradées.[20] Sur ce retour triomphal, Gibbon écrit :

« Une procession ecclésiastique fut suivi par le roi et ses guerriers à pieds : il équilibra bien les mérites et les récompenses des deux nations ; et l’orgueil de la conquête était mélangé au caractère humble du christianisme. Treize pachas, neuf étendards et quatre mille captifs étaient des trophées incontestables ; et comme tous étaient disposés à croire, et qu’aucun n’étaient présents pour contredire, les croisés multipliaient, avec une confiance sans vergogne, les myriades de Turcs qu’ils avaient laissés sur le champ de bataille. »[21]

Jehan de Wavrin rapporte qu’après la bataille, Cesarini devait se rendre chez le pape, et « dans tous les lieux qu’il traversa, il devait annoncer les grandes victoires que lui et le roi avait gagné contre les Turcs. Cependant, il devait garder le silence sur les pertes que les chrétiens avaient subies dans les montagnes, contredisant quiconque disait quoi que ce soit à leur sujet.[22] »

Néanmoins, le pape envoya un chapeau et épée consacrée au roi et dans toute l’Europe, la victoire fut célébrée dans une grande joie et ferveur religieuse. Jamais auparavant une armée chrétienne avait avancé si profondément dans le territoire ottoman.[23] Les victoires furent annoncés aux princes européens, longtemps habitués à n’entendre que des défaites chrétienne aux mains des Turcs.[24]

 

Les victoires de la soi-disant « longue expédition » de 1443 entraînèrent une recrudescence des efforts diplomatiques pour obtenir un soutien militaire.[25] Les victoires avaient démontrées que les armées turques n’étaient pas invincibles, cependant, le Sultan avait été en mesure d’arrêter les croisés en traversant la Roumélie avec son armée.[26] Il était maintenant clair que tout succès futur contre les Turcs dépendrait d’empêcher les forces ottomanes de traverser les Dardanelles, ce qui pourrait être accompli que par un blocus naval. Sans marine, les Ottomans étaient incapables de défier un tel blocus.[27] Maintenant le travail sur les galères fut accéléré dans l’objectif d’avoir une flotte dans les eaux levantines pour la saison de campagne en 1444.[28]

Le 8 février, 1444, Raguse offrit d’armer deux galères pour rejoindre la flotte combinée, et le dixième dans une lettre adressée à Eugène exhortait le pape à hâter l’armement de ses galères afin qu’elles soient stationnées dans les Dardanelles d’ici l’été, alors que les croisés seraient sur le terrain, puisque c’était le seul moyen de mettre fin terme au transfert des renforts turcs d’Anatolie.[29] Il recommanda également à Eugène d’exhorter Ladislav à avoir son armée sur le terrain au moment où la flotte serait prête.[30] Le sénat vénitien pour sa part, le 15 janvier, 1444, vota pour permettre la collecte de la dîme sur le territoire vénitien.[31]

 

 

Le Traité de Paix de Szegedin, sa violation et la bataille de Varna

 

En avril 1444, d’autres plans furent discutés à Buda pour la croisade. Leur succès, à la fin de 1443 début 1444, avait apporté à Ladislav et Hunyadi des félicitations non seulement de toutes les parties d’Angleterre, de France, de Bourgogne, d’Espagne, de toutes les principales villes et états d’Italie mais aussi des offres de navires pour une campagne navale.[32] Ceux-ci vinrent de Bourgogne, en réponse à une ambassade envoyée par Jean VIII, et à Venise, qui ne voulait pas voir l’empire ottoman renversé et divisé sans être en mesure de réclamer une part.[33] Le 6 mars, le sénat vénitien nomma Jean de Reguardati émissaire et lui ordonna de se rendre à Buda où il devait assurer à Cesarini que le sénat avait fait tout en son pouvoir pour que les galères papales soient armées, qu’il avait déjà préparé les coques et perçues la dîme dans ses territoires.[34] Il devait encourager les Hongrois à entreprendre une seconde expédition, garder les alliés de Venise informés des progrès fait sur les galères, faire un rapport à Venise sur les préparatifs entrepris en Hongrie et négocier pour les territoires demandés par Venise quand la victoire serait obtenue.[35] A ce stade, Venise attendait l’effondrement imminent de l’empire ottoman et prévoyait d’occuper Gallipoli, Salonique, l’Albanie et même certains ports sur la mer Noire.[36] Des plans pour les divisions du royaume ottoman entre les vainqueurs furent faits ; on parla aussi beaucoup dans le style classique de reconduire des barbares du sol de Grèce ainsi que de reprendre Jérusalem.[37]

 

Mais bientôt de nouveaux facteurs entrèrent en jeu. George Brankovitch, maintenant en toute sécurité dans ses terres, ne voyait aucune raison de prolonger une guerre qui ne lui apporterait aucun avantage supplémentaire.[38] Peut-être, aussi, en tant que Serbe, il pourrait avoir des craintes de ce que le succès catholique apporterait, la conversion forcée de son pays orthodoxe au rite catholique. Il faut se rappeler que Louis de Hongrie, quelques décennies plus tôt avait ce principal objectif.[39] 

 

 

 

[1] J. Thurocz: Chronica Hungarorum, Vienna; 1711; chap. 40.

[2] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; pp. 64-5.

[3] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 160.

[4] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 160.

[5] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 65.

[6] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 65.

[7] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 65

[8] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; pp. 65-6.

[9] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: p. 292.

[10] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: p. 292.

[11] See Chasin; p. 292; note 39.

[12] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 66.

[13] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 16.

[14] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 16.

[15] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 293.

[16] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 293.

[17] L. Kupelwieser: Die Kampfe, op, city; pp. 75-7.

[18] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 271.

[19] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 271.

[20] M. Chasin: The Crusade of Varna; p. 293.

[21] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; vol 7; p. 143.

[22] Jehan de Wavrin (N. Jorga ed), La Campagne des Croisades. Jehan de Wavrin a basé ce récit de la croisade en grande partie sur les mémoires de son neveu Valérien qui, commanda les navires bourguignons sur le Bosphore, la mer Noire et le Danube en 1444-45; Dans C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 17.

[23] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 271.

[24] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 293.

[25] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 294.

[26] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 293-4.

[27] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 294.

[28] N. Iorga: Notes et extraits; 6 vols (Paris 1899-1916), III, 156-7.

[29] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 294.

[30] Kreki, Dubrovnik, p. 336; Gelcich and Thalloczy. Diplomatarium. 45l-4.; in chasin; p. 294.

[31] Chasin; p. 294; note 43.

[32] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 57.

[33] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 57.

[34] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 294.

[35] Sime Ljubic, ed., Lictine…, IX (Zagreb, 1878), 183—186.

[36] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 272.

[37] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 57.

[38] J Von Hammer-Purgstall; Geschichte des Osmanischen Reiches; 10 vols; Pest; 1827-1835; I; p. 455.

[39] Voir chapitre introductif, titre final et la croisade de Nicopolis.

 

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