CROISADES

De l’expédition vers Sis

 

De même cette année, comme le souverain de Sis différait l’envoi du tribut qu’il aurait dû payer au mois de Dzoul Hijjah de l’année précédente, le gouverneur d’Alep envoya Qashtimour ash-Shamsi, un des commandants de la ville, à la tête d’un corps de troupes composé d’environ deux mille hommes dont les émirs Shams ad-Din Aqsounqour al-Farissi, Fath ad-Din Ibn Soubrah, Qashtimour an-Najibi et Qashtimour al-Mouzaffari. Dans le courant du mois de Mouharram, cette armée livra aux flammes un grand nombre de villages et emmena en captivité les femmes et les enfants.

Sur ce, un corps de Tatars arriva à Sis pour réclamer le tribut et en compagnie du souverain de Sis, ils partirent vers le défilé ou ils étaient déjà fortifiés quand les troupes égyptiennes vinrent les attaquer. Les Tatars firent pleuvoir sur eux des flèches et les Arméniens des pierres si bien qu’un grand nombre de Musulmans restèrent sur le champ de bataille. Les émirs Soubrah, Qashtimour an-Najibi et Qashtimour al-Mouzaffari furent faits prisonniers avec une partie de la garnison d’Alep tandis que Qashtimour, le général de l’armée et Aqsounqour al-Farisssi parvinrent à échapper. Les Tatars retournèrent à Fourdou auprès de leur commandant Kharbandah avec les prisonniers qui furent mis sous bonne garde.

Lorsque le gouverneur d’Alep fut informé de la défaite, il écrivit au Sultan et aux émirs. Le sultan ordonna le départ des émirs Biktash, Baybars, Aqoush al-Moussouli et Rouqn ad-Din qui quittèrent Le Caire, au milieu du mois de Sha’ban, à la tête d’environ quatre mille cavaliers. Le souverain de Sis s’empressa d’envoyer le tribut et s’excusa en disant que ce n’était pas lui mais les Tatars qui avaient engagé le combat et il promit de faire tout son possible pour rendre au Sultan les émirs qui étaient tombés au pouvoir de l’ennemi. Biktash qui était déjà arrivé à Gaza, retournera en Égypte.

 

Cette année, un envoyé de l’empereur de Constantinople arriva accompagné d’un envoyé du roi des Georgiens qui apportait un présent et une lettre dans laquelle, le roi demandait l’ouverture de l’église appelée Moussaliyah de Jérusalem pour que les Géorgiens puissent s’y rendre en pèlerinage. Il assura au Sultan que son peuple resterait soumis et le seconderait toutes les fois qu’il aurait besoin de leur secours. Le sultan ordonna d’ouvrir l’église, ce qui fut exécuté et les envoyés furent congédiés avec des présents et une réponse positive.

 

De l’emprisonnement du Sheikh de l’Islam Ibn Taymiyah

 

Cette année, un des disciples du Sheikh de l’Islam Ibn Taymiyah tint sur le Qur’an des discours peu convenables selon le Qadi al-Qoudat Najm ad-Din Ahmad Ibn as-Sassari qui réprimanda cet homme et le fit mettre en prison. Le Sheikh Ibn Taymiyah rassembla ses partisans et fit délivrer le prisonnier ce qui outra Ibn as-Sassari qui le fit de nouveau enfermer. Un débat eu lieu entre le Sheikh de l’Islam et le Qadi chez le gouverneur de Damas après qu’Ibn Taymiyah eut rédigé un acte dans lequel il protestait et faisait certifier par des témoins qu’il était un Shafi’i et qu’il suivait les opinions de l’Iman de ce nom. Il fut alors proclamé à Damas que quiconque professerait les opinions d’Ibn Taymiyah Ibn Taymiyah serait pendu.

Ibn ‘Adlan secondé par le Qadi al-Qoudat Zayn ad-Din ‘Ali Ibn al-Maklouf al-Maliki s’employa à lever les émirs contre Ibn Taymiyah et par suite de ses sollicitations, l’émir Rouqn ad-Din al-‘Omari al-Hajib partit sur les chevaux de la poste avec ordre d’amener Ibn Taymiyah et son frère Sharf ad-Din ‘AbderRahmane. On manda en même temps Najm ad-Din Ahmad Ibn as-Sassari, Ibn al-Mounaja, Taqi ad-Din ash-Shakir et les fils d’Ibn as-Saygh qui comparurent le jeudi 22 du mois de Ramadan, en présence des Qoudat, des juristes et des émirs dans la citadelle de la Montagne. Ibn al-‘Adlan dénonça Ibn Taymiyah, qui ne répondit rien, mais se leva pour prononcer la Khoutbah. Ibn al-Makhlouf s’écria : « Nous t’avons fait venir pour répondre à une inculpation et non pas pour remplir les fonctions de Khatib » puis, il le somma alors de répondre. Ibn Taymiyah lui dit : « Comme tu es mon ennemi, tu ne peux légitimement prononcer contre moi. » Ibn al-Makhlouf donna alors l’ordre de le conduire en prison et il fut saisit ainsi que son frère et emprisonné au Caire, dans la rue du Daylam.

Ibn as-Sassari fut revêtu d’une robe d’honneur et renvoyé à Damas, avec une lettre qui devait être lue sur le Minbar de la principale mosquée et qui proclamait l’interdiction de disputer sur les dogmes et de se référer aux opinions et jugements d’Ibn Taymiyah. Il fut demandé aussi aux Hanbali d’écrire des actes ou ils s’engageaient à rétracter les opinions du Sheikh de l’Islam et ces actes devaient être certifiées authentiques en présence des Qoudat des provinces et lues sur les Minbar, ce qui fut fait à Damas.

 

Ici prend donc fin la période Mamelouk qui coïncide avec la fin de la présence des croisés ainsi que la fin de la troisième invasion de la deuxième vague des raids tatars en terre d’Islam et la mort de leur roi Qazan. Cependant ce n’est là ni la fin des uns et des autres car les croisés comme les Tatars déferleront de nouveau sur les terres d’Islam et particulièrement sous le règne des Ottomans dont l’expansion cessera un certain nombre d’année de ce fait.

 

Nous n’avons rapporté que les faits historiques et non pas la dimension politique derrière ces évènements. Pour ceux qui seraient intéressés d’en savoir plus tant sur l’alliance des croisés avec les Tatars et le but de cette alliance, pourquoi les Tatars pourtant « islamisés » tuaient et envahissaient les terres de leurs « frères », la différence entre « l’Islam » des Tatars et l’Islam de l’ancienne garde, la lutte du Sheikh de l’Islam Taqi ad-Din Ibn Taymiyah contre le pouvoir tatar et les innovateurs et particulièrement les soufis, je ne peux que vous conseiller de lire l’excellent livre d’Ibn Taymiyah « Lettre à un roi croisé » qui a été traduit en français par Jean R. Yahya Michot dont vous trouverez certains de ses textes dans notre appendice.

 

Nous avons aussi traduit un autre résumé complet plus politique sur l’Histoire des Mongols jusqu’à la bataille de ‘Ayn Jalout qui sera publié sur notre site Internet ou rajouté en appendice dans une version ultérieure de ce livre.

 

Pour clôturer ce second volume voici un résumé de l’histoire des califes abbassides du Caire de l’Imam Jalal ad-Din as-Souyouti extrait de son livre « Tarikh al- Khoulafah. »

 

 

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