CROISADES

L’Egypte et la Syrie ruinés par des tremblements de terre

 

Cette même année, un violent tremblement de terre secoua l’Egypte. Alors que des châteaux étaient élevés au Caire et à Foustat suite à la victoire du sultan et que la ville était décorée, les désordres commis avec les femmes et les scènes d’ivrognerie furent si fréquentes qu’il est impossible de les décrire et ce, depuis le cinquième jour du mois de Ramadan jusqu’au huit du même mois quand les châteaux furent démolis.

Le jeudi 23 du mois de Dzoul Hijjah, à l’heure de la prière matinale, la terre tout entière s’agita et on entendit des craquements et des bruits effrayants dans les murailles et les toits. Les hommes à pied furent contraints de se courber et les cavaliers tombèrent de leurs selles. Les habitants pensèrent que le ciel allait s’effondrer sur la terre si bien qu’ils sortirent tous dans les rues et leur frayeur était si intense, que les femmes ne prirent pas le temps de voiler leurs visages. Partout régnait un affreux tumulte, des cris et des hurlements. Les maisons s’écroulèrent, les murailles se fendirent, les minarets des mosquées et des collèges s’effondrèrent et des femmes enceintes et en grand nombre avortèrent. Des vents impétueux s’élevèrent, le Nil déborda et repoussa à la distance d’un jet de flèche les barques qui se trouvaient sur le rivage puis, l’eau se retira et laissa à cale sèche les navires dont les ancres se brisèrent. Le vent entraîna les bateaux et les rejeta sur la rive. Les habitants subirent des pertes immenses car la frayeur les poussa à tous abandonner derrière eux. Les brigands pénétrèrent alors chez eux et prirent à guise tout qu’ils voulurent.

Les habitants sortirent du Caire et la plupart d’entre eux passèrent la nuit dans des tentes dressées de Boulaq jusqu’à Rawdah. Peu de maisons, au Caire et à Foustat, échappèrent à la destruction. Les habitants passèrent la nuit du vendredi dans les mosquées implorant le secours d’Allah Exalté jusqu’au moment de la prière de vendredi.

Des nouvelles de la province de Gharbiyah apprirent que dans la ville de Sakhah toutes les maisons s’étaient écroulées et que pas une seule n’était restée sur pied, que deux villages de Sharqiyah avaient été renversés et transformés en ruines.

A Alexandrie, le phare se fissura et environ quarante de ses créneaux s’écroulèrent. La mer se souleva et ses flots poussés par le vent atteignirent la porte de la Mer rejetant sur la côte des vaisseaux de croisés. Un grand nombre d’hommes perdit la vie. De même, dans la partie méridionale de l’Egypte, le jour ou eut lieu le tremblement de terre, un vent noir et ténébreux avait soufflé si bien qu’en l’espace d’une heure, une totale obscurité était tombée de manière à ce que nul ne pouvait voir son voisin. Alors la terre s’agita puis s’ouvrit montrant une couche de sable blanc et dans d’autres endroits, de sable rouge. Dans plusieurs endroits, le vent souleva la terre laissant à découvert des bâtiments que le sable avait recouverts.

La ville de Qous fut renversée et celle de Damanhour al-Wahsh totalement ruinée. Un homme qui trayait une vache au moment du tremblement de terre fut soulevé avec le vase qu’il tenait à la main ainsi que l’animal et lorsque la secousse s’apaisa, il se retrouva à la place qu’il avait précédemment occupée sans perdre une seule goutte de lait contenu dans le vase.

Parmi les célèbres édifices qui furent renversés, il y eut la mosquée de ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) à Foustat que l’émir Silar se chargea de faire rebâtir, la mosquée d’al-Azhar que les émirs Silar et Sounqour al-Assar s’engagèrent à fournir les frais de reconstruction, la mosquée as-Salih située en dehors de la porte de Zawilah qui fut relevée par les dons personnels du Sultan et l’émir ‘Alim ad-Din Sanjar fut chargé de superviser les travaux. Le minaret du collège al-Mansouriyah fut rebâti sur les revenus du Waqf et sous l’inspection de l’émir Sayf ad-Din Kahardas az-Zarrak et le minaret de la mosquée al-Faqihani fut aussi renversé. Des lettres expédiées à Alexandrie ordonnèrent de rebâtir tout ce qui avait été renversé par le tremblement de terre et il fut constaté que la partie écroulée du rempart se composait de quarante courtines et de vingt-sept tours. Le désastre fut bientôt réparé.

 

Une grande partie de la citadelle de Safad s’effondra. A Acre, la mer se retira à une distance d’environ deux parassanges avant de revenir. Dans plusieurs endroits, il apparut dans le fond des eaux des quantités considérables de marchandises de tout genre.

A Damas, les enceintes de la mosquée des Omeyyades se fissurèrent et la ville fut renversée si bien     qu’un nombre incalculable de personnes périt sous les ruines et comme c’était l’été, des vents empoisonnés d’une chaleur étouffante soufflèrent, sans interruption un grand nombre de jours.

Au Caire et à Foustat, la population fut longtemps occupée à réparer et rebâtir les édifices renversés.

 

On put voir dans cet événement une preuve de la bonté d’Allah Exalté envers Ses serviteurs car ils renoncèrent aux désordres auxquels ils s’étaient livrés. Parmi les circonstances singulières qui accompagnèrent cette catastrophe, l’émir Baybars qui faisait réparer les dégâts de la mosquée d’al-Hakim trouva, dans un des piliers du minaret, une main humaine encore fraîche enveloppée dans des bandes de coton sur lesquelles étaient tracées des lignes d’une écriture inconnue. De même, parmi les édifices qui s’effondrèrent, se trouvait la maison d’un fabricant de briques dont les poutres en tombant se croisèrent au-dessus de la tête de cet homme lui permettant de rester en vie. Il avait auprès de lui une cruche de lait dont il se nourrit durant plusieurs jours et lorsqu’il fut tiré du dessous les ruines, il était encore vivant et n’avait éprouvé aucun mal.

 

Cette année, dans la ville de Naplouse, les Hanbali commencèrent le jeûne avec toute les précautions possibles tandis que les Shafi’i et les autres complétèrent le mois de Sha’ban et jeûnèrent. Lorsque trente jours furent écoulés, ils rompirent le jeûne, célébrèrent la fête et firent la prière en usage sans avoir vu la nouvelle lune. Les Shafi’i ainsi que la majorité des habitants jeûnèrent ce jour et le lendemain matin rompirent le jeûne, célébrèrent la fête et firent la prière de ‘id al-Fitr. Le gouverneur de Syrie réprimanda le gouverneur de Naplouse et lui demanda comment la population n’avait pu s’entendre pour choisir un jour unique et jeuner tous ensemble ajoutant, qu’un pareil événement n’avait jamais eu lieu.

 

De même cette année, les habitants de Grenade en Andalousie ne jeunèrent le mois de Ramadan que vingt-six du fait que pendant plusieurs mois, avant celui de Ramadan, le ciel resta couvert de nuages épais. Pour la nuit du 27, on monta au minaret pour l’illuminer, suivant l’usage quand les nuages se dissipèrent laissant apparaitre la nouvelle lune. La fête de la rupture du jeune fut alors aussitôt annoncée.

 

La mort de l’émir al-Dimour

 

Toujours cette année, mourut l’émir al-Dimour (Aydimouri ou Aydamouri) ash-Shamsi al-Kashshash qui avait gouverné les deux provinces de Sharqiyah et Gharbiyah. C’était un homme extrêmement redouté qui punissait les malfaiteurs en leur infligeant d’horribles châtiments et parmi ses supplices, il était planté en terre et sur ses ordres, un pieu dont la partie pointue se trouvait en haut à côté duquel était planté un mât élevé ou était suspendu le criminel qu’on laissait descendre et qui tombait sur le pieu qui pénétrait son corps, et ressortait par le ventre. Durant le gouvernement de cet émir, aucun fermier dans ses provinces n’osait porter un vêtement noir, monter à cheval, se ceindre d’un sabre et ni porter un bâton orné de fer. Dans ses deux provinces, il fit élever des chaussées et creuser des canaux et tous ces ouvrages furent parfaitement exécutés. Il construisit, entre Mahallah Sandifah et le village de Samanhoud, un remblai qui porte le nom de Shaqafi.

Longtemps après que cet émir eut obtenu le martyre et Allah Exalté sait ceux qui sont martyrs, il apparut, durant le jour, au Qadi de Mahallah et lui dit : « Allah Exalté m’a fait grâce et pardonné en récompense pour avoir construit la chaussée de Shaqafi. »

Atteint de paralysie, il s’était destitué de son gouvernement et confiné dans sa maison. A l’époque de la campagne de Shakhab, il se mit en marche, porté dans une litière. Au moment du combat, il se revêtit de son armure et monta à cheval bien qu’il eut de violentes douleurs. Quand on lui avança qu’il n’était pas en état de combattre, il répondit : « J’attendais un pareil jour car par quel autre moyen Kashshash pourrait-il échapper à la juste sévérité de son Seigneur ? » Il se jeta alors sur l’ennemi, combattit avec vaillance et périt dans la bataille. On trouva sur son corps six blessures.

 

La chute de Tall Hamdoun

 

En l’an 703 de l’Hégire (1304), les troupes commandées par l’émir Badr ad-Din Biktash accompagné des émirs ‘Alim ad-Din Sanjar as-Sawani et Shams ad-Din Sounqour Shah al-Mansouri quittèrent Le Caire pour attaquer Sis. Des messages furent envoyés vers les villes de Tripoli, Hamah, Safad et Alep pour demander aux troupes locales de prendre la même direction. L’émir Badr ad-Din Biktash arriva à Damas le 12 du mois de Ramadan et en repartit à la tête des troupes de Damas pour Alep où il fut rejoint par les corps d’armée des différentes villes cependant, il tomba malade et resta à Alep tandis que son fils prit le commandement des troupes.

Les musulmans brûlèrent les moissons du territoire de Sis, détruisirent les villages et firent prisonniers les habitants avant de d’assiéger Tall Hamdoun. Une partie considérable des habitants des régions adjacentes se réfugièrent dans la citadelle et après des assauts successifs, la place fut prise avec des conditions et six princes de la région furent prit prisonniers.

Takafour, le roi de Sis, fut affligé par cet événement décida de punir ces princes pour avoir capitulé. Il écrivit au gouverneur d’Alep et lui dit que ces princes étaient ceux qui refusaient de payer l’impôt et demanda à ce qu’ils soient remis en liberté. Le gouverneur ordonna alors de les exécuter et cinq d’entre eux eurent la tête tranchée tandis que le dernier, le gouverneur de la forteresse de Hamiyah, embrassa l’Islam.

 

Cette année, périt environ quatre-vingt mille chevaux en Syrie et la maladie se propagea parmi les chevaux de l’Égypte et en emporta aussi un grand nombre.

 

De même, les provinces du Palestine furent aussi dévastées par une immense quantité de sauterelles.

 

Cette année, des messagers envoyés par le roi des croisés, le roi d’Aragon le Barcelonais arrivèrent apportant des présents magnifiques pour le Sultan et les émirs pour demander l’ouverture des églises des Chrétiens. Sa requête fut reçue favorablement et les églises des Jacobites, située dans la rue de Zawilah et l’église des Melkites dans le quartier des fabricants d’arbalètes furent ouvertes.

 

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