CROISADES

De l’expédition contre les croisés de l’ile d’Arwad

 

Ce même mois fut achevé la construction des navires sur lesquelles furent embarqués des soldats et des machines de guerre. Le commandement de la flotte fut confié à l’émir Jamal ad-Din Aqoush Qari al-‘Alay, le gouverneur de Bahnassah. Aqoush monté sur la plus grand des vaisseaux descendit le fleuve jusqu’au Mikiyas tandis que le Sultan accompagné des émirs quitta le palais pour assister aux manœuvres navales ainsi de même qu’une grande foule se pressa sur les rives du Nil de Boulaq jusqu’au chantier naval de sorte qu’aucune place ne fut laissée vide. L’armée se plaça sur la rive près du jardin de Habbab tandis que les émirs traversèrent dans des barques sur l’ile de Rawdah.

Les navires avancèrent alors pour exécuter une simulation de combat. Les trois premiers navires complétèrent leurs exercices d’une manière qui causa une satisfaction extrême aux spectateurs d’autant plus que ces bâtiments étaient abondamment garnis de soldats, de pièces d’artifice et de machines de guerre. Puis, le quatrième navire ou se trouvait Aqoush, quitta le port du chantier naval à Foustat et arriva au milieu du Nil cependant, la force du vent le fit pencher et le navire se retourna complètement, la coque en l’air. La foule poussa un terrible cri et la joie précédente se transforma en stupeur. Les gens se jetèrent à l’eau pour joindre la galère et repêcher tout ce qui était tombé dans l’eau. Tous ceux qui étaient sur le navire furent sains et saufs excepté Aqoush qui périt noyé. Le Sultan accompagné des émirs rentra alors dans la citadelle et la foule se dispersa.

Trois jours après, le navire submergé fut renfloué et l’on trouva encore en vie la femme du Raïs (navigateur) et l’enfant qu’elle allaitait. Tout le monde fut surpris qu’ils aient pu rester si longtemps en vie. Le navire fut alors réparé et l’émir Sayf ad-Din Zarraq al-Mansouri fut désigné pour conduire l’expédition. Le nouvel amiral se rendit à Tripoli ou il chargea un renfort de soixante Mamalik, sans compter les Bahri et les volontaires, puis mit la voile sur l’ile d’Arwad, située près de Tortose ou il tomba à l’improviste sur les croisés et les encercla avant de leur livrer bataille.

Le vendredi 28 du mois de Safar, l’armée égyptienne, remporta la bataille qui s’ensuivit ou un grand nombre d’ennemis fut tué tandis que le reste soit 280 croisés fut fait prisonniers et tout ce qu’ils possédaient tomba entre les mains des Musulmans. Lorsque l’amiral retourna à Tripoli, il distribua tous le butin à ceux qui avaient participé à la bataille après avoir mis le quart du butin de côté pour être envoyé au Sultan. Les nouvelles furent envoyées par le courrier de la poste et les tambours frappés dans la citadelle à la réception de ces bonnes nouvelles.      

 

L’émir Badr ad-Din Biktash revint de l’expédition de Sis ce même jour.

 

Le retour des Tatars en Syrie

 

Cette même année, le sultan fut informé par une lettre venant d’Alep que le roi tatar Qazan faisait ses préparatifs pour une expédition en Syrie. Il ordonna alors à l’armée de faire ses préparatifs pour partir     en campagne et nomma pour celle-ci les émirs, Baybars, Toughroul Iqani, Qiray al-Mansouri, Sounqour Shah al-Mansouri, Houssam ad-Din Lajin ainsi que d’autre à qui il confia un corps de trois mille hommes sans compter leurs propres hommes qui se mirent en marche le 18 du mois de Rajab.

Puis d’autres nouvelles informèrent que Qazan était arrivé sur les rives de l’Euphrate ou il avait établi son camp tandis que son armée avait été envoyée vers Rahbah et assiégé la ville mais que son gouverneur ‘Alim ad-Din Sanjar al-Ghatmi suite à des négociations avait demandé au commandant tatar d’abandonner son projet par conséquence, Qazan avait traversé l’Euphrate et envoyé Katloushah l’un de ses commandant, à la tête d’une nombreuse armée de quatre-vingt mille hommes attaquer la Syrie et ce dernier envoya un messager à l’émir ‘Izz ad-Din Aybak al-Afram, le gouverneur de Damas, pour l’inviter à se soumettre à lui.

L’émir Baybars arriva à Damas au milieu du mois de Sha’ban et envoya des messages au Sultan pour le presser de se mettre en marche. Puis, les habitants d’Alep et de Hamah terrifiés par l’approche des Tatars commencèrent à arriver à Damas tandis que les habitants de celle-ci se préparèrent à la guerre et n’attendait plus que le moment de livrer bataille. Il fut proclamé dans la ville que quiconque la quitterait alors ses biens et sa vie seraient à la disposition de tous.

Les émirs Bahadouras, Katloubak et Anas al-Jamdar, à la tête d’un corps d’armée, quittèrent la ville pour Hamah ou ils furent rejoints par les troupes de Tripoli et de Homs et tous se rassemblèrent sous les ordres du gouverneur de la ville al-Malik al-‘Adil Kitbougha. Les Tatars, informés de leur arrivée, envoyèrent vers Qariatayn un corps considérable de mongols qui tomba sur les Turcomans.

 

La bataille d’al-‘Ourd

 

Assandimour al-Kourji, le gouverneur de Tripoli, Bahadouras, Ghizlou al-‘Adili, Timour al-‘Assaki, Anas al-Jamdar et Muhammad Ibn Kara as-Sounqour se mirent aussitôt en marche à la tête de mille cinq cents cavaliers et surprirent l’ennemi dans le campement d’al-‘Ourd, le 11 du mois de Sha’ban et après s’être divisé en quatre corps distincts, ils attaquèrent avec vigueur les Tatars qui étaient au nombre d’environ quatre mille. La bataille dura du milieu de la journée jusqu’au ‘Asr et les Tatars furent anéantis.

Les Musulmans libérèrent les Turcomans, ainsi que leurs femmes et leurs enfants qui étaient au nombre de six mille prisonniers. L’armée égyptienne perdit au cours de l’affrontement cinquante-six soldats ainsi que les émirs Anas al-Jamdar al-Mansouri et Muhammad Ibn al-Bashqird an-Nassiri. Les Tatars qui réussirent à s’enfuir retournèrent près de Katloushah laissant derrière eux cent quatre-vingts prisonniers d’entre eux entre les mains de l’armée égyptienne. La nouvelle fut envoyée au Sultan et dans la ville de Damas ou les tambours destinés à l’annonce des événements heureux furent dûment battu.

Le Sultan accompagné du calife al-Moustakfi Billah Abou Souleyman et d’une nombreuse armée quitta la citadelle de la Montagne le 3 du mois de Sha’ban laissant derrière lui pour gouverner l’Egypte en son absence, l’émir ‘Izz ad-Din Aybak al-Baghdadi.

 

Les éclaireurs tatars se répandent dans Damas

 

Katloushah à la tête des armées tatares hâta sa marche et vint camper à Koroun Hamah le 13 de ce même mois. Les troupes égyptiennes se retirèrent à son approche jusqu’à Damas. Toutes les armées étaient réunies     à Damas et les avis se trouvèrent partagés s’il fallait sortir pour combattre l’ennemi ou attendre l’arrivée du Sultan et bientôt les Musulmans craignirent d’attaquer les Tatars et se décidèrent à partir si bien que la panique se répandit parmi les habitants de Damas qui commencèrent à abandonner la ville tandis qu’un grand nombre d’entre eux se réfugièrent dans la citadelle, abandonnant leurs femmes et leurs enfants. A peine la nuit était-elle tombée que les éclaireurs des Tatars s’étaient répandu dans tous les environs de la ville. Les troupes se mirent alors secrètement en marche pour aller à la rencontre de l’ennemi tandis que toute la population de Damas passa la nuit dans la principale mosquée, implorant à grands cris le secours d’Allah Exalté.

 

La bataille de Shakhab

 

Dans la matinée du lendemain, les Tatars s’éloignèrent de la ville après avoir campé dans la vallée de Ghoulah. Les émirs informés de l’approche du Sultan quittèrent Marj Rahit et le rencontrèrent     dans la passe de Shajourah, le 2 du mois de Ramadan et baisèrent la terre devant lui. Peu après, le sultan fut informé de l’arrivée de Katloushah, le lieutenant de Qazan à la tête de cinquante mille hommes qui établit son camp en amont de la rivière.

L’armée musulmane prit aussitôt les armes et se résolut à livrer bataille au lieudit Shakhab au pied de la montagne de Ghabarih. Le Sultan se plaça au centre de l’armée avec le calife, al-Khazindar, Sayf ad-Din Baktimour as-Silahdar, Jamal ad-Din Aqoush al-‘Alafrani, le gouverneur général de la Syrie, Bourloughi, Aybak al-Hamawi, Baktimour Boubakri Katloubak Noughay et Aghirlou az-Zayni. Dans l’aile droite se trouvait les émirs Houssam ad-Din Lajin, al-Moubariz ad-Din as-Siwar, Lakouba ash-Shihrizouri, al-Moubariz ad-Din Awliyah Ibn al-Karaman et dans l’aile gauche, l’émir Kanjak à la tête des troupes de Hamah et les tribus Arabes ainsi que les émirs Badr ad-Din Biktash al-Fakhri, Kara as-Sounqour, avec les troupes d’Alep, Badqabis le gouverneur de Safad et Toughroul Iqani, Baktimour as-Silahdar et Baybars ad-Dawadar, avec leurs suites.

Le Sultan s’avança à pied accompagné du calife et des lecteurs du Qur’an qui encourageaient à purifier leur intentions et que le combat soit livré dans la voie d’Allah à l’exclusion de toute autre chose et     leur promettaient le paradis. Le Sultan s’arrêta et le calife dit : « O Défenseurs de la foi, ne voyez-vous pas votre prince ? Combattez pour la suprématie du Verbe Divin, pour la défense de la religion de votre Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) et pour vos familles » et tous versèrent ses larmes abondantes. Quelques-uns se jetèrent à bas de leurs chevaux pour se prosterner. Puis, les émirs Baybars et Silar recommandèrent à tous de tenir ferme dans le combat.

Le Sultan retourna à son poste tandis que les esclaves avec les bagages se placèrent sur une seule ligne derrière l’armée et il leur fut ordonné : « Si un quelconque soldat quitte le champ de bataille, tuez-le et prenez ses armes et sa dépouille. »

L’armée n’était pas complètement rangée en ordre de bataille quand le samedi, un peu après l’heure de midi, les cohortes tatares approchèrent, pareilles aux ténèbres de la nuit. Katloushah s’avança, à la tête d’un corps d’environ dix mille hommes et fondit sur la droite des troupes égyptiennes qui soutint bravement le choc tandis que Houssam ad-Din Lajin, Awliyah Ibn al-Karaman, Sounqour al-Kafouri, Aydamouri ash-Shamsi al-Khashkhash, Aqoush ash-Shamsi al-Hajib, Houssam ad-Din ‘Ali Ibn al-Bakhil et environ mille cavaliers perdirent la vie. Les émirs du centre et de la gauche vinrent renforcer les combattants. Silar s’écria : « Grand Seigneur, l’Islam est en péril ! » Il appela alors Baybars et les Bourji qui se rassemblèrent autour de lui et qui furent aussitôt attaqués par Katloushah.

Ce jour, Silar et Baybars se distinguèrent par des actions héroïques et les Tatars furent repoussés et forcés de s’enfuir devant les Musulmans. Jouban et Karmaji, deux des chefs des Touman Tatars amenèrent des renforts à Boulay qui se trouvait dans le dos des musulmans. Lorsqu’il vit la défaite de Katloushah, il rejoignit ce dernier et ensemble revinrent devant Silar et Baybars mais plusieurs émirs du Sultan accompagnés des Mamalik du Sultan accoururent à leur secours, continrent l’ennemi et le mirent en déroute. Les Tatars tombèrent alors sur Bourloughi forçant son corps de troupes à se disperser et le combat se livra une nouvelle fois entre Silar et celui de Katloushah qui tinrent tous les deux leurs positions. Cependant, suite à la mort d’une partie des émirs de l’aile droite, les soldats qui servaient sous leurs ordres s’enfuirent poursuivis par les Tatars. L’alarme se répandit partout et l’on crut que la défaite était générale. L’armée principale s’approcha alors des trésors du Sultan, brisa les coffres, et enleva les richesses qu’ils renfermaient.

Les femmes et les enfants, qui étaient sortis de Damas au moment du départ des émirs furent aussitôt alarmés et les gens à la vue de cette déroute devinrent comme perdus et égarés et jamais un spectacle plus effrayant ne fut jamais vu.

 

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