CROISADES

L’armée des Tatars décimée par le froid

 

Le sultan quitta la citadelle le samedi 13 du mois de Safar et se rendit à Ridaniyah en dehors du Caire où il établit son camp et fut rejoint par les émirs et les troupes avant de marcher sur Gaza où il resta deux jours. Il reçut alors la nouvelle que le roi tatar Qazan, après avoir traversé l’Euphrate, marchait sur Antioche tandis que les populations fuyaient devant lui. La province d’Alep fut désertée et Kara as-Sounqour, le gouverneur de la ville, se réfugia à Hamah.

Kitbougha, le gouverneur de Hamah, sortit alors de la ville le 22 du mois de Rabi’ Awwal après l’arrivée de renforts d’Égypte et de Syrie et établit son camp en dehors de la ville. Puis l’armée prit la route d’Awja et fut éprouvée par les pluies qui tombèrent sans interruption durant quarante et un jours qui empêchèrent l’arrivée de l’approvisionnement si bien que les prix devinrent excessifs. Le froid affaiblit également les animaux et les esclaves. Alors une inondation succéda aux pluies qui détruisirent la plus grande partie des bagages. Plusieurs esclaves et quatre soldats périrent des suites du froid tandis que les routes n’étaient plus que de la boue profonde.

Un nouveau courrier arriva d’Alep qui informa que Qazan s’était dirigé des montagnes d’Antioche et de Soummak avant de retourner vers Koroun Hamah et Shayzar ou il avait pillé le pays, emmené un grand nombre d’habitants prisonniers et enlevé une énorme quantité de troupeaux et autres objets. La lettre affirmait qu’il avait l’intention de marcher vers Damas mais Allah Exalté, à Lui les Louanges et la Gloire, envoya contre lui des pluies et des neiges telles qu’on n’en avait jamais vu de pareilles dans la région si bien que son armée fut décimée ainsi que ses montures et ses bêtes de transports. Le nombre de ses chevaux qui s’élevaient à douze mille chevaux furent réduit à environ deux mille et la majeure partie de l’armée se retrouva à pied. Lorsqu’ils se retirèrent, les Tatars montèrent en croupe derrière leurs camarades et Qazan passa l’Euphrate à gué, le 11 du mois de Joumadah Awwal.

Celle nouvelle remplit tous les habitants d’une joie sans borne. Les émirs Sayf ad-Din Baktimour et Baha ad-Din Yaqouba se rendirent à Alep, à la tête d’environ deux mille cavaliers pour recevoir les nouvelles et tranquilliser la population tandis qu’à la fin du mois de Rabi’ Thani, le sultan avec le reste de l’armée prit la route de l’Égypte.

 

L’arrivée du vizir du Maghreb en Egypte

 

Au mois de Rajab, un vizir du souverain du Maghreb arriva en Egypte alors qu’il se rendait au Hijaz pour faire le pèlerinage de la Mecque et eut plusieurs entrevues avec le Sultan et les émirs. Alors qu’il se trouvait près de la citadelle, il vit passer un homme monté sur un cheval et entouré d’un grand nombre d’individus qui marchaient à côté de son étrier. Ils s’adressaient à lui humblement, l’imploraient et lui baisaient les pieds tandis qu’il les évitait sans leur porter aucune attention et demandait à ses pages de les chasser. Le vizir du Maghreb s’enquit sur cet individu et apprit que ce cavalier était un chrétien ce qui le blessa vivement. Il alla trouver les émirs Baybars et Silar, leur raconta ce qu’il avait vu et son mécontentement. Il versa des larmes abondantes et leur dit : « Comment, pouvez-vous espérer le secours du ciel alors que chez vous les Chrétiens se montrent à cheval, portent des turbans de couleur blanche, humilient les musulmans et les font marcher à pied dans leur cortège ? » Il s’étendit alors sur l’obligation aux membres du gouvernement d’agir contre eux et de les forcer à se vêtir différemment. Son discours produisit une vive impression sur l’esprit des émirs. Ils mandèrent les Qoudat et les juristes ainsi que le patriarche des Chrétiens.

Un ordre émanant du Sultan enjoignit aux tributaires de se conformer à la loi musulmane. Les Qoudat se réunirent dans la Madrassah Salahiyah et le Qadi al-Qoudat Shams ad-Din Ahmad as-Sarouji al-Hanafi fut nommé pour conduire l’affaire. Ce magistrat manda le patriarche, les évêques et les rabbins et après un long débat avec eux, il fut décidé que les Chrétiens se distingueraient des Musulmans en portant un turbans bleu, les Juifs des turbans jaunes, que ni les uns ni les autres ne pourraient monter des chevaux ou des mules et devait s’abstenir de tout ce que la loi leur interdisait. On les astreignit à toutes les conditions que leur avait imposées le commandant des croyants ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui). Ils acceptèrent ces mesures et le patriarche déclara devant témoins qu’il défendait à tous les chrétiens de contrevenir à ce règlement et de s’en écarter car à cette époque, les Juifs et les Chrétiens vivaient dans le plus grand luxe au Caire et à Foustat, montaient des chevaux fringants et des belles mules couvertes d’ornements somptueux, se revêtaient d’habits d’apparats et occupaient les emplois les plus importants.

Quant au grand rabbin des Juifs, il dit : « Je jette l’anathème sur tous les Juifs qui contreviendront à cet accord ou s’en écarteront. » L’assemblée se sépara et l’on informa le Sultan et les émirs de ce qui avait été résolu. Le résultat en fut annoncé par des lettres qui furent expédiées dans les différentes provinces d’Egypte et de Syrie.

Le jeudi, 25 du mois de Rajab, on rassembla les Chrétiens et les Juifs qui se trouvaient au Caire, à Foustat et dans leur banlieue et il leur fut déclaré qu’aucun d’entre eux ne pourrait à l’avenir occuper un emploi dans le bureau du Sultan, ni dans ceux des émirs, qu’ils ne pourraient monter sur des chevaux ou des mules et qu’ils devaient s’engager à observer fidèlement les conditions qui leur avaient été prescrites. Cette ordonnance fut proclamée au Caire et à Foustat (Misr) et on menaça ceux qui y contreviendraient.

 

Cette année, une grande partie des bœufs d’Égypte mourut suite à une maladie qui se propagea parmi eux et qui ne cessa de s’étendre si bien que les métiers à roues, les roues hydrauliques cessèrent de marcher ce qui causa d’immenses pertes pour la population. Les habitants furent contraints de substituer aux bœufs des chameaux et des ânes tandis que le prix d’un taureau s’éleva à mille dirhems.

 

Cette année aussi, al-Malik Mas’oud ‘Ala’ ad-Din Sanjar, l’affranchi de Shams ad-Din Aytamish, l’affranchi du sultan Ghiyath ad-Din et souverain de Delhi attaqua l’année précédente un peuple voisin qui à son tour marcha sur Dehli, pilla la ville et emmena de nombreux prisonniers. Il livra aussi contre les Tatars plusieurs grandes batailles qu’il remporta toutes.

 

L’année précédente apparut en Abyssinie un homme nommé Abou ‘AbdAllah Muhammad qui appela les gens à l’Islam puis, après avoir rassemblé environ deux-cent mille partisans, il attaqua cette année le souverain d’Amharah et lui livra de nombreuses batailles.

 

Cette année, le roi du Yémen affronta plusieurs fois les Zaydi (une secte satanique).

 

 

 

Au début du mois Mouharram de l’année 701 de l’Hégire (1303), les envoyés de Qazan, qui était venus à la citadelle pour demander la paix entre les deux nations, se remirent en route accompagnés des messagers du Sultan chargés de sa réponse.

 

Un courrier de la poste apporta la nouvelle que ‘Ala’ ad-Din ‘Ali Ibn Sharf ad-Din Muhammad al-Qalanissi et Sharf ad-Din Ibn al-Athir étaient arrivé du pays des Tatars à Damas, le 29 du mois de Joumadah Awwal après avoir été faits prisonniers à l’époque où les Tatars étaient entrés en Syrie et après s’être échappés. Ils éprouvèrent les plus grandes difficultés et danger durant leur voyage.

 

La rébellion de Takafour le roi de Sis

 

Cette année, arriva aussi la nouvelle d’Alep que Takafour le roi de Sis avait refusé de payer son tribut, qu’il avait rompu son traité avec le Sultan d’Égypte et s’était allié à Qazan. Le sultan décida alors de lui faire la guerre. Les émirs Badr ad-Din Biktash al-Fakhri et ‘Izz ad-Din Aybak al-Khazindar partirent quittèrent l’Egypte au mois de Ramadan accompagnés de leurs émirs et troupes pour Hamah. Al-Malik al-‘Adil Kitbougha partit avec eux en campagne le 25 du mois de Shawwal et ils arrivèrent à Alep, le premier jour du mois de Dzoul Qi’dah pour en repartir le troisième jour et le septième ils pénétrèrent dans le défilé de Bagras. De là, ils se répandirent dans le pays de Sis, brûlèrent les moissons, et pillèrent tout ce qu’ils purent atteindre. Ils mirent le siège devant la ville de Sis et recueillirent au pied de la citadelle un immense butin qu’ils enlevèrent aux Arméniens fugitifs puis, ils repassèrent le défilé pour la plaine d’Antioche et arrivèrent à Alep le 19 de ce même mois. Le 27 ils retournèrent à Hamah alors qu’al-Malik al-‘Adil Kitbougha était déjà malade.

 

Cette année, un courrier de la poste apporta de Tripoli la nouvelle que les croisés s’étaient emparés d’une île située près de la ville et nommée Arwad qu’ils avaient abondamment pourvue de munitions et de machines de guerre et placé une nombreuse garnison qui exerça la piraterie en mer et enlevaient des vaisseaux musulmans. Le vizir donna ordre d’équiper quatre galères de guerre et les travaux débutèrent aussitôt pour réaliser ce projet.

 

Un courrier de la poste arrivé de Hamah apporta la nouvelle qu’il était tombé, entre cette ville et Hisn al-Akrad une abondante pluie suivie de grêlons ayant la figure d’hommes ou de femmes et quelques-uns de singes. On dressa sur ce phénomène un rapport détaillé.

 

Le 25 du mois de Rabi’ Awwal, Fath ad-Din Ahmad Ibn Muhammad Ibn al-Bakaki al-Hamawi fut exécuté. Sa tête fut placée à la pointe d’une lance et son corps traîné jusqu’à la porte de Zawilah, où il fut accroché. Voici les motifs qui amenèrent son supplice. C’était un homme sage, intelligent et qui connaissait parfaitement la littérature et les sciences anciennes. Il blâmait ceux qui jeûnaient durant le mois de Ramadan qu’il ne pratiquait pas lui-même. Lorsqu’il voulait prendre un objet disposé sur une armoire, il ne craignait pas d’utiliser un Qur’an y accéder. D’autre part, il était extrêmement virulent et méprisait les Qoudat qu’il regardait avec dédain et les traitait d’ignorants.

Al-Bakaki fut amené de la prison, chargé de chaînes, pour être mis à mort. Il criait et disait : « Allez-vous faire périr un homme qui dit : Allah est mon Seigneur. » Et il prononçait la profession de foi musulmane cependant, il ne fut tenu aucun compte de ses prétentions et sa tête fut tranchée, plantée au bout d’une lance et promenée dans la ville tandis que le corps fut pendu à la porte de Zawilah.

 

 

Le huit du mois de Mouharram de l’année 702 de l’Hégire (1302), des envoyés de Qazan arrivèrent en Égypte, avec une lettre du roi tatar et ils furent congédiés le 10 du mois de Rabi’ Awwal avec des messagers musulmans dont l’émir Houssam ad-Din ‘Azdimour al-Moujiri, Shams ad-Din Muhammad et ‘Imad ad-Din Ali Ibn ‘Abdel-‘Aziz Ibn al-Saqari porteurs de la réponse du sultan. Lorsqu’ils arrivèrent chez le roi tatar et lui remirent la réponse du sultan, il refusa de les laisser partir suite à un événement que nous rapporterons plus tard. Ils restèrent donc séjournèrent chez les Mongols jusqu’à la mort de Qazan et ne partirent que sous le règne de Kharbandah.

 

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