CROISADES

Kanjak se rend en Egypte

 

C’est alors qu’arriva la nouvelle du départ de Qazan de Damas après avoir laissé Kanjak gouverneur dans la ville et cette nouvelle remplit les gens de joie. Lorsque le sultan était arrivé en Egypte, il avait écrit aux gouverneurs des forteresses pour leur ordonner de les défendre vaillamment si bien qu’aucune d’entre elles n’était tombée entre les mains des troupes de Qazan. Le sultan écrivit aussi à Kanjak, à Baktimour et d’autres émirs en leur demandant de se soumettre ce à quoi, ils répondirent favorablement. Lorsque les Tatars qui étaient restés en Syrie furent informés de la marche du sultan ils furent effrayés. Kanjak et sa suite quitta Damas au milieu du mois de Rajab pour l’Egypte suivit par tous les Tatars de ville. Arjiwash resta maître de la ville comme il l’était déjà de la citadelle et fit faire les invocations de la prière au nom du sultan après une interruption de cent jours. II supprima les pratiques criminelles introduites par l’ennemi, fit fermer les cabarets, répandre le vin et briser les jarres qui le contenaient par son ministre le Sheikh Ibn Taymiyah.

 

Le départ de l’armée égyptienne

 

Lorsque la solde fut distribuée aux troupes et qu’elle fut fin prête, il fut proclamé au Caire le départ des troupes et que quiconque resterait en arrière serait pendu.

Le 7 du mois de Rajab, Le sultan quitta la ville et se rendit à Salahiyah. Il reçut en cours de route les lettres des émirs Kanjak, Baktimour et d’al-Baki qui annonçaient leurs arrivées en compagnie de ‘Izz ad-Din, Hamzah Qalanissi et ash-Sharif Ibn ‘Adnan. Le sultan établit son camp à Salahiyah tandis qu’à la tête des troupes, les émirs Ibn as-Salar an-Na’ib as-Soultanah et Baybars poursuivirent leur route vers Damas le 22 de ce même mois. Entre Gazali et Ascalon, ils rencontrèrent l’émir Kanjak et son cortège et chacun d’entre eux descendirent de leur monture pour se congratuler avant de reprendre leur route pour se rendre auprès du Sultan.

Les émirs et l’armée reprirent leur route vers Damas tandis que Kanjak et ses compagnons arrivèrent à Salahiyah le dixième jour du mois de Sha’ban et le sultan sortit à leur rencontre puis les combla d’honneurs et de bienveillance avant de partir tous ensemble vers l’Egypte et la citadelle de la montagne ou ils arrivèrent le 14 de ce même mois.

 

Le samedi 10 du mois de Sha’ban, l’émir Jamal ad-Din Aqoush al-Afram entra à Damas suivit le lendemain par l’émir Kara Sounqour al-Mansouri, le gouverneur d’Alep à la tête de ses troupes qui avait succédé à Bilban at-Tabbakhi qui avait été admis parmi les émirs d’Égypte attachés à la cour du sultan suite au décès d’Aqsounqour al-Kartal. Puis, l’émir Assandimour al-Kourji le responsable des conquêtes relatives au territoire de Tripoli qui avait remplacé l’émir Katloubak arriva avec ses troupes suivit deux jours après par l’aile gauche de l’armée égyptienne sous le commandement de l’émir Badr ad-Din Biktash al-Fakhri Amir as-Silah. Le lendemain 13 Sha’ban arriva l’aile droite commandée par l’émir Houssam ad-Din Lajin et le 14 l’émir Silar entra dans la ville avec les Mamalik du Sultan et al-Malik al-‘Adil Kitbougha qui avait été nommé gouverneur de la ville de Hamah à la place de Kara as-Sounqour à qui avait été confié la ville d’Alep. L’émir Kir al-Mansouri fut nommé na’ib de Safad.

 

Le prix de la collaboration

 

Un corps de troupes fut alors secrètement envoyé vers Alep qui attaqua la ville et prit par surprise les soldats tatars de Qazan qui occupaient la ville et la plupart d’entre eux furent tous passés par le fil des sabres exceptés quelques-uns qui réussirent à s’échapper et allèrent rejoindre Qazan qu’ils informèrent de la trahison de Kanjak (ou Kabjak).

 

Le prix des denrées étaient excessivement chère à Damas. Tous les hommes pervers qui furent employés par Qazan pour lever les contributions et les dénonciateurs furent alors activement recherchés et tous ceux qui furent attrapés furent crucifiés ou pendus après avoir eu les pieds et les mains tranchées ou la langue arrachée et les yeux crevés.

L’émir Arjiwash, le commandant de la citadelle fut revêtu d’une robe d’honneur et reçut une gratification de dix mille dirhems. Les Sheikhs des tribus de Qays et du Yémen des ‘Ashir et des Arabes furent ramenés et obligés de restituer tout ce qu’ils avaient enlevé, soit aux soldats, soit aux habitants des différentes provinces, au moment où les gens effrayés fuyait vers l’Égypte.

 

Lorsque Qazan razzia la Syrie et reprit la route de l’Orient, les Arméniens convoitèrent les villes qu’ils avaient perdues au profit des Musulmans et ils s’emparèrent de Tall Hamdoun et d’autres places. Lorsque la paix fut restaurée en Syrie, les émirs Baybars et Silar retournèrent en Egypte avec leurs troupes et arrivèrent à la citadelle de la montagne le mardi 3 du mois de Shawwal. Dès que les émirs eurent repris leurs postes, l’émir Kanjak demanda la place de gouverneur de Shawbak ce qui lui fut accordé et les émirs Baktimour et Faris ad-Din al-Baqi as-Sadqi obtinrent le grade d’émir de cent soldats en Égypte     et en Syrie.

 

L’expédition contre les druzes

 

Le 20 du mois de Shawwal, l’émir Aqoush al-Afram quitta Damas pour mener une expédition contre les druzes qui habitaient les montagnes de Qisrouwan et qui dévastèrent l’armée vaincue par Qazan alors qu’elle se retirait vers l’Égypte. Les gouverneurs de Safad, Hamah, Homs et Tripoli et leurs troupes se joignirent à lui et se préparèrent à affronter les druzes qui étaient au nombre de douze mille archers et qui se réfugièrent dans les endroits les plus inaccessibles.

Les troupes égyptiennes les attaquèrent mais gagner un avantage majeure sur eux hormis un grand nombre de blessés. L’armée se divisa en plusieurs corps et chargea, pendant six jours, l’ennemi de plusieurs côtés à la fois qui prit la fuite. L’armée grimpa alors la montagne et tua ou fit prisonniers un grand nombre d’entre eux et le reste allait être exécuté lorsqu’ils demandèrent des conditions si bien que le combat cessa aussitôt. Leurs Sheikhs arrivèrent et ils leur fut demander de rendre tout ce qu’ils avaient pris aux troupes lors de leur retrait. Ils ramenèrent donc un immense stock d’armes et d’étoffés et jurèrent qu’ils n’avaient rien caché. L’émir Aqoush al-Afram les condamna à payer une somme de deux-cent-mille dirhems ce qu’ils firent et emmena plusieurs de leurs Sheikhs et de leurs chefs avec lui à Damas ou il arriva le 3 du mois de Dzoul Qi’dah.

A son retour en ville après avoir envoyé la nouvelle en Egypte. Il obligea, par une proclamation, les habitants de Damas à suspendre des armes dans les boutiques et à s’exercer continuellement à tirer des flèches. Le Qadi al-Qoudat Badr ad-Din Muhammad Ibn al-Jama’ah exigea la même chose des savants de Damas puis, le 21 de ce même mois, il procéda au recensement de la population et tous les habitants, classe par classe furent enregistrés. Des inspecteurs de marchés furent aussi nommés.

 

Cette même année, les habitants de Diyar Bakr poursuivirent l’armée des Tatars et massacrèrent la plupart d’entre eux.

 

Cette année aussi, la population de Damas se retrouva dans la plus extrême misère.

 

 

Les Tatars menacent de nouveau la Syrie

 

Au début de l’année 700 de l’Hégire (1300), des nouvelles arrivèrent que Qazan se préparait à entrer de nouveau en Syrie et le sultan fit les préparatifs nécessaires pour envoyer l’armée à sa rencontre. Le vizir Shams ad-Din Sounqour al-‘Assar et l’émir Nassir ad-Din Muhammad Ibn ash-Shaykhi, le wali du Caire furent mandés et il leur fut ordonné d’exiger des habitants une contribution en argent. Des messages furent envoyés en Syrie pour procéder à la même chose.

Le vizir et le wali s’établirent dans la Maison de la Justice près de la citadelle là où se trouve de nos jours les tambours et tous les habitants, les uns après les autres, vinrent apporter le montant de leur contribution et ainsi une somme de cent mille dinars fut ramassée ce qui fut pour la population, une mesure très-vexatoire.

En Égypte et en Syrie, les langues se déchaînèrent contre les membres du gouvernement et les gens parlèrent avec mépris des soldats leur disant : « Hier, vous vous êtes enfuis et aujourd’hui vous enlevez nos biens. » Et si les soldats répondait, il leur était répliqué : « Pourquoi n’avez-vous pas montré cette audace devant les Mongols qui vous ont traités ainsi et devant lesquels vous avez fui ? » La situation se dégrada à un tel point qu’il fut proclamé au Caire et à Foustat que si un citoyen parlait à un soldat, sa vie et ses biens seraient à la disposition du sultan.

 

A Damas, il fut levé un impôt correspondant à quatre mois de revenu sur tous les habitants de la ville et des environs. Dans les villages, il fut levé sur chaque surface de mille-six-cents coudées carrées six dirhems deux tiers. Il fut exigé des cultivateurs l’équivalent du produit de l’année 698 de l’Hégire et on demanda aux riches le tiers de leurs revenus. Cette mesure fut pour la population une source de calamités. Les habitants coupèrent les arbres fruitiers et vendirent le bois. La vallée de Ghoutah fut dépeuplée et une bonne partie des habitants se réfugia en Egypte. Lorsque la levée des contributions fut achevé à Damas, l’argent fut employé pour recruter huit cents palefreniers kurdes et chacun d’entre eux reçut six cents dirhems cependant, la plupart s’enfuirent et il n’en résulta aucun inconvénient réel.

A Foustat, un nombre considérable d’artisans et autres furent employés. Les émirs firent dresser leurs tentes à l’extérieur de la ville pour passer en revue les soldats, les chevaux, les armes et pour s’assurer de l’état de l’armement. Chaque jour, ils inspectèrent dix commandants de la Halqah avec leurs troupes. Un certain nombre d’entre eux furent écartés mais furent repris même ceux qui étaient visiblement des intrus. Le contrôle fut terminé en vingt jours puis les provisions furent préparées.

L’Egypte se remplit de fugitifs qui venaient de la Syrie tandis que les prix chutèrent.

 

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