CROISADES

Des exactions des Tatars

 

Le tribut continua d’être exigé des manières les plus rigoureuses si bien que le prix des aliments augmenta considérablement. Le tribut fut répartit entre les habitants et pour chaque classe d’entre eux, un groupe de Mongols fut chargés de les battre, de les torturer et leur faisaient éprouver toutes sortes d’insultes et d’humiliations. Les massacres de civils et le pillage ravagea la banlieue de Damas et plus de cent mille hommes furent tués. Le marché des fabricants de ceintures fut taxé à cent-trente-mille dirhems, celui des fabricants de lances à cent-mille dirhems et celui des ouvriers en cuivre à soixante-mille. Les nobles de la ville durent payer quatre-cent-mille dirhems et Kamal ad-Din Ibn al-Qadi ash-Shouhbah qui fut chargé de collecter l’argent dit à cette occasion :

« Les vicissitudes du temps ont déchaîné contre nous sept fléaux et nul d’entre nous ne saurait y échapper : la disette, Qazan, la guerre, le pillage, la perfidie, l’apathie et le chagrin continu. »

 

Le Sheikh Kamal ad-Din Muhammad Ibn ‘Ali az-Zamalqani dit également :       

« Plaignons le sort de Damas ! Quels maux a-t-elle éprouvés d’un infidèle dont l’impiété se présente sous diverses faces !

Il est arrivé, traînant avec lui des forces et des troupes innombrables, dans les rangs desquelles on trouve des génies et des démons. »

 

Le retrait de Qazan

 

La somme qui fut livrée pour la fortune personne de Qazan par Wajih ad-Din Ibn Mounijah s’éleva à trois-cents-millions-six-cent mille dirhems sans compter les armes, les étoffes, les bêtes de somme, les grains et tout ce les Tatars avaient pillé. Il leur était livré chaque jour par la porte orientale, quatre cents Ghirdrah et Qazan donna aussi l’ordre de prendre les chevaux et les chameaux si bien que plus de vingt mille de ces animaux furent pris par l’ennemi.

‘Astabi le fils (de l’infâme traitre) Nassir ad-Din Toussi, l’astronome de Qazan et l’inspecteur du Waqf des Tatars reçut pour prix de son inspection à Damas, une somme de deux-cent-mille dirhems, sans compter tout ce qu’on leva au profit de l’émir Kanjak, des émirs mongols et ce qui était assigné pour la dépense journalière de Qazan.

Lorsque le payement du tribut fut enfin payé, Qazan établit comme gouverneur de Damas l’émir Kanjak, comme gouverneur d’Alep, de Hamah et de Homs l’émir Baktimour et comme gouverneur de Safad, de Tripoli et de Palestine, l’émir al-Baki et il attribua à chacun d’entre eux un corps de troupes mongoles puis, il nomma gouverneur général de la Syrie au-dessus d’eux l’émir Katloushali. Vingt mille ‘Ashir et quatre mille Mongols furent envoyés dans les cantons de Ghaur et le vendredi 12 du mois de Joumadah Awwal, le roi mongol quitta enfin la ville de Damas et laissa dans le palais du gouverneur Katloushali.

 

Le samedi 13 de ce même mois, les Tatars qui restèrent à Damas donnèrent l’ordre de faire sortir tous ceux qui occupaient al-Madrassah al-Adiliyah et fouillèrent tous les étudiants au fur et à mesure qu’ils sortaient et leur prirent tout ce qui leur convenait puis, ils entrèrent dans l’école, brisèrent les portes des logements et les pillèrent tous. Le pillage s’étendit bientôt dans toute la ville et la banlieue de Dimaghiyah jusqu’à Bab al-Faraj et les Madrassah d’al-Hadith an-Nouriyah, d’al-Qaymariyah, Dar as-Sa’adah ainsi que l’hôpital an-Nouri furent pillés.

Les Tatars firent évacuer tout ce qui entourait la citadelle et montèrent sur les toits où ils lancèrent des flèches contre la forteresse et c’est pour cette raison qu’Arjiwash fit détruire tout ce qui se trouvait aux alentours de la citadelle cependant, Katloushah, le commandant des Tatars, poursuivit le siège de la place.

 

Lorsque Qazan traversa l’Euphrate, Kanjak et Baktimour conseillèrent à Katloushah de quitter Damas avec les Tatars qui étaient sous ses ordres et de s’établir à Alep après lui avoir versé un large tribut payé par les habitants de la ville. Il quitta donc la ville le lundi 22 du mois de Joumadah Awwal après avoir laissé un corps de Tatars. Kanjak accompagna son souverain pour lui faire ses adieux puis revint le 25 et établit sa résidence à Qasr al-Ablaq. Le lendemain, il fut annoncé que personne ne devait se rendre à la montagne ou à Qoutali pour ne pas exposer sa vie et quelques temps après que les habitants de la campagne pouvaient retourner dans leurs villages.

 

Le mardi 1 du mois de Joumadah Thani, les habitants furent informés qu’ils pouvaient désormais se rendre à Salahiyah et autres lieux. Les gens revinrent ainsi chez eux puis les marchés furent de nouveau ouverts ainsi que les portes de la place. Le vendredi, les tambours qui annonçaient les nouvelles heureuses retentirent dans la citadelle. Le septième jour du mois, Kanjak choisit un certain nombre de ses soldats à qui il ordonna de faire tourner un cabaret ambulant autour de la ville et dès lors, le vin et les excès les plus vils eurent lieu en public et quiconque voulait y prendre part était invité à payer mille dirhems par jour.

 

Les Tatars pillèrent les villages de Ghour, entrèrent à Jérusalem et se dirigèrent au-delà de Gaza où ils tuèrent quinze personnes dans la grande mosquée de la ville puis, ils retournèrent à Damas, le second jour de Rajab avec l’intention de retourner dans leur pays.

 

Le retour du sultan en Egypte après sa défaite

 

Au moment de la déroute du sultan, les troupes s’enfuirent dans toutes les directions et seul un petit nombre des membres de sa famille restèrent avec lui ainsi que les émirs Zayn ad-Din al-Karajah, Sayf ad-Din Baktimour al-Houssami, al-Akhour et quelques personnes. Durant le retour jusqu’en Egypte, Baktimour servit de son mieux le sultan tant de sa personne que de sa bourse. Le sultan arriva dans la citadelle de la montagne, le mercredi 12 du mois de Rabi’ Thani suivit par les différents corps de troupes dans l’état le plus lamentable.

Une cérémonie funèbre eut lieu pour ceux qui avaient péri et qui étaient en très-grand nombre puis les émirs se préparèrent de nouveau pour le départ. Les gens habiles furent mandés pour fabriquer des armes et le vizir recueillit de l’argent afin de subvenir aux dépenses de l’expédition. Des lettres furent envoyées dans toutes les régions d’Égypte pour demander des chevaux, des lances et des épées. Un cheval, qui valait trois cents dirhems, monta au prix de mille dirhems et toutes les montures qui servaient pour les moulins et autres tâches furent achetés pour des prix bien au-dessus de leur valeur. On chercha partout des chevaux, des chameaux et des armes et ce qui valait cent dirhems fut vendu sept cent voir mille. Les soldats retirés furent appelés à rejoindre leurs corps et les soldes de ceux qui avaient péri. On assigna à chaque émir mille soldats et plusieurs émirs engagèrent des corps de volontaires.

 

Le refus du Sheikh Taqi ad-Din Ibn ad-Daqiq

 

Majd ad-Din ‘Issa Ibn al-Habbab, le secrétaire du comptable fut mandé et chargé de recueillir des juristes un avis juridique pour lever des habitants des contributions suffisantes pour les dépenses de l’armée. Il apporta alors la décision juridique qui avait été donnée par le Sheikh ‘Izz ad-Din Ibn ‘Abdes-Salam à al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz (qu’Allah leur fasse miséricorde) qui autorisait à lever de chaque citoyen un impôt d’un dinar. Silar lui avait recommandé de ramener un avis donné par le Sheikh Taqi ad-Din Ibn ad-Daqiq mais ce dernier refusa de donner un avis ce qui offensa vivement Silar qui manda le Sheikh en présence des émirs. Il l’informa que l’état manquait d’argent et que seule la nécessité le poussait à lever une contribution des gens pour se donner les moyens de faire face à l’ennemi. Il demanda au Sheikh d’approuver la décision mais il persista dans son refus.

Lorsque l’avis donné par le Sheikh Ibn ‘Abdes-Salam lui fut avancé, il dit : « Le Sheikh Ibn ‘Abdes-Salam ne donna son avis juridique à al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz que lorsque tous les émirs du royaume apportèrent tout ce qu’ils possédaient, d’or et d’argent, les parures de leurs femmes et de leurs enfants et qu’il eût reçu de chacun d’entre eux le serment qu’il n’avait plus rien en sa possession et comme cela n’était pas encore suffisant pour faire face aux dépenses, il décida que l’on pouvait exiger de chaque habitants un dinar. Mais, dans le cas présent », ajouta-t-il, « tous les émirs possèdent des richesses considérables, donnent à leurs filles des trousseaux de pierres et de perles, les vases d’eau qu’ils utilisent pour se laver dans les toilettes sont en argent et les sandales de leurs femmes sont ornées de toutes sortes de pierres précieuses. » Alors le Sheikh se leva et quitta l’assemblée.

 

Nassir ad-Din Muhammad Ibn ash-Shaykhi al-Moutawalli fut mandé du Caire et on lui confia de vérifier scrupuleusement les richesses des marchands et des particuliers et de faire payer à chacun d’eux tout ce qu’ils pouvaient payer ainsi avant le début du mois de Joumadah Awwal, une armée considérable était de nouveau sur pied. Les villes du Caire, de Foustat et de l’espace qui les sépare furent encombrées des nombreux soldats qui arrivèrent des provinces de la Syrie. Comme les maisons étaient trop étroites pour les recevoir, ils campèrent dans al-Qarafa, autour de la mosquée d’Ibn Touloun et à l’extrémité du quartier d’al-Houssayniyah. Malgré ce nombre considérable de gens, les prix se maintinrent à un niveau modérés.

 

Ibn Shaykhi voulut toutefois lever une contribution sur tous les habitants du Caire et de la banlieue puis écrire aux gouverneurs des diverses provinces pour leur ordonner de faire payer tout le monde sans distinction et donner à cette taxe, le nom de Mouqarrar al-Khaliyah. Cependant, les émirs, trouvèrent la mesure odieuse et il fut établit que chaque Ardab de grains vendu serait taxé à un Kharroubah qui serait exigé de l’acheteur ainsi qu’une taxe Nisf ash-Shamsarah. Cette dernière fut levée secrètement et servit à lever environ deux cents cavaliers. Les fortunes des marchands et des riches furent contrôlées et il fut imposé à chacun d’entre eux une contribution de cent à dix dinars et aucun marchand, artisan ou homme connu pour sa richesse, ne fut exempté de cet impôt. Il fut aussi emprunté aux négociants des sommes plus ou moins élevées et ainsi une masse considérable d’argent fut réunie puis, il fut envoyé à chaque commandant de mille hommes, la solde destinée à ses soldats.

 

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