CROISADES

La bataille de Majmou’ al-Mourouj

 

Après une nouvelle heure de marche, le sultan disposa l’armée de plus de vingt-mille cavaliers en ordre de bataille dans un lieu appelé Majmou’ al-Mourouj appelé de nos jour, Wadi al-Khazindar. Les Tatars quant à eux étaient au nombre d’environ cent mille.

L’émir ‘Issa Ibn Mouhannah reçut le commandement de l’aile droite avec tous les Arabes. Le centre de l’armée fut confié à l’émir Bilban at-Tabbakhi, le prince d’Alep, à la tête des troupes de sa ville et de celles de Hamah tandis que dans l’aile gauche se trouvaient les émirs Badr ad-Din Biktash, Aqoush Kattal as-Sabah, ‘Alim ad-Din Sanjar, Toughroul Iqani, al-Hajj al-Kourti, le souverain de Tripoli et un grand nombre d’autre émirs.

Un grand nombre d’émirs dont Baybars, Silar, Bourlouqi, Katloubak, Aybak al-Khazindar se trouvaient au centre avec les Mamalik du sultan. Houssam ad-Din Lajin était avec le sultan à quelque distance du champ de bataille tandis que cinq cents artificiers Mamalik étaient à l’avant-garde de l’armée.

Lorsque l’émir Baybars voulut ordonner le centre, il fut pris d’une violente crise de diarrhée qui l’empêcha de tenir sur son cheval et il quitta le camp sur une litière. Les savants musulmans exhortèrent les soldats à combattre dans la voie d’Allah et à tenir ferme ce qui fit verser les larmes.

Qazan resta dans sa position sans faire aucun mouvement car il avait recommandé à ses soldats de ne pas bouger avant qu’il ne le fasse lui-même et de s’élancer alors tous d’un seul homme.

Les troupes musulmanes avancèrent donc les premières puis les artificiers mirent le feu au naphte et fondirent sur Qazan qui ne fit pas le moindre mouvement alors que les Musulmans avaient pensé qu’il se jetterait dans la bataille. Les chevaux perdirent donc leur élan et les naphtes s’éteignirent. C’est alors le moment que choisit Qazan pour s’élancer avec ses troupes qui se précipitèrent tout à la fois précédé par dix mille archers qui couvrirent les Musulmans d’une pluie de flèches tuant ainsi un grand nombre d’entre eux ainsi que leurs montures et particulièrement les Arabes qui s’enfuirent les premiers suivis par les troupes d’Alep et de Hamah. Ainsi l’aile droite musulmane fut pulvérisée et mise en déroute par l’aile gauche de Qazan.

L’aile gauche composée par l’armée égyptienne attaqua la droite du commandant tatar qu’elle rompit et mit en déroute après avoir tué environ cinq-mille Tatars. La nouvelle fut apportée au sultan qui était en arrière avec sa garde spéciale et Houssam ad-Din qui se réjouirent de la nouvelle.

Qazan était sur le point de s’enfuir quand il fit appeler Kanjak, l’ex-gouverneur de Damas qui l’encouragea et lui demanda de résister. La roi tatar réunit autour de lui tous les fuyards et fondit sur le centre de l’armée égyptienne qui ne put soutenir son attaque. Silar, Baktimour, Bourlouqi et le reste des émirs prirent la fuite. Qazan les poursuivit de si près, que ses flèches atteignaient les casques des cavaliers, et en faisaient jaillir des étincelles.

Le sultan voulut s’enfuit mais Houssam ad-Din l’empêcha si bien qu’il ne resta à ses côtés que dix-huit Mamalik.

L’aile gauche musulmane qui avait défait l’aile droite de Qazan revint à Homs après le ‘Asr avec un butin considérable et ils furent stupéfiés de voir les émirs du centre qui avaient été mis en déroute poursuivit par les Mongols. Qazan, qui craignit une embuscade renonça alors à les poursuivre et ce fut par effet de la miséricorde divine sur les Musulmans car s’il avait poursuivi son action, les soldats égyptiens auraient tous péri. Le reste des fuyards arrivèrent à Homs au moment du coucher du soleil.

Les Tatars s’emparèrent du camp des Musulmans et prirent un butin considérable. Les fuyards musulmans pour se sauver plus vite jetèrent leurs armes tandis que leurs chevaux s’épuisèrent de fatigue. Les Égyptiens continuèrent leur route vers Baalbek dont ils trouvèrent les portes fermées. Après avoir pris des vivres, ils poursuivirent leur retraite jusqu’à Damas où ils arrivèrent le samedi 1 du mois de Rabi’ Thani.

Le plus grand nombre des fuyards se dirigea vers l’Égypte par la route de la Palestine. A peine les troupes étaient-elles entrées dans Damas, que des cris annoncèrent l’approche de Qazan. Les soldats évacuèrent la ville, après un séjour d’environ une heure, abandonnant tout ce qu’ils possédaient. Les habitants se hâtèrent de fuir et se débandèrent dans toutes les directions. L’armée en retraire tomba sur des pirates des tribus arabes de ‘Ashir qui pillèrent une bonne partie de leurs bagages et tuèrent plus de mille soldats ou Mamalik ainsi que le Qadi al-Qoudat Hanafi de Damas Houssam ad-Din al-Hassan Ibn Ahmad ar-Roumi.

 

La marche des Tatars sur Damas

 

Lors de la bataille, les Tatars, perdirent environ quatorze mille hommes de leur côté. Qazan, après la déroute de l’armée égyptienne marcha sur Homs où il trouva les trésors du sultan et les bagages des troupes qu’il enleva et confia à l’émir Nassir ad-Din Muhammad-Ibn as-Sarim avant de se diriger vers Damas, laissant ses soldats piller toute la région et qui recueillirent un immense butin.

 

Le samedi 1 du mois de Rabi’ Thani à l’heure de midi, un tumulte effrayant se fit entendre dans la ville de Damas.     Les femmes sortirent de leurs maisons, le visage découvert tandis que les hommes abandonnèrent leurs boutiques et leurs biens pour s’enfuir hors de la ville. La foule était si grande, qu’un très grand nombre de personnes moururent écrasées aux portes de la ville. Une partie des habitants se réfugièrent sur le sommet des montagnes et dans les villages tandis que d’autres se dirigèrent vers l’Égypte.

Dans la nuit du dimanche, les prisonniers s’échappèrent et le pillage de la ville commença puisqu’il n’y avait plus personne pour garder la ville. Le lendemain matin, les habitants qui étaient restés se réunirent devant la grande mosquée et envoyèrent une députation vers Qazan.

Le Qadi al-Qoudat Badr ad-Din Muhammad Ibn al-Jima’ah et le Sheikh ash-Shouyoukh Taqi ad-Din Ahmad Ibn-Taymiyah partirent à la rencontre du roi tatar le lundi 3 de ce même mois accompagnés d’un nombreux cortège de personnages distingués, de juristes et de lecteurs. Arrivés au lieudit an-Nabl, ils rencontrèrent Qazan, qui était en marche. Les envoyés demandèrent l’amnistie pour les habitants de Damas et offrirent les présents qu’ils avaient apportés. Qazan n’y prêta aucune attention et leur dit : « J’ai déjà envoyé l’acte que vous demandez. » Après quoi, il les congédia et ils retournèrent le vendredi après le ‘Asr. Ce jour-là aucune invocation ne fut dite pour aucun souverain.

La capitulation accordée par Qazan était déjà parvenue à Damas, le jeudi, sixième jour du mois. Le vendredi, sept, Isma’il le Tatar arriva à la tête d’une troupe et le samedi entra dans la ville, afin de lire le traité dans la grande mosquée ou toute la population était réunie. Un des Perses, qui arriva à la suite de l’émir Isma’il, lut l’acte qui assura à tout le monde d’être sans inquiétude. Isma’il retourna dans son logement après avoir fait la prière de ‘Asr.

 

Kanjak, Baktimour et leurs suites s’établirent dans le Maydan al-Akhdar tandis que les Tatars se dirigèrent vers Jérusalem et Karak pour piller et faire des prisonniers.

 

Le vendredi 14 la Khoutbah fut faite à Damas au nom de Qazan à qui les titres suivants furent attribués : « Le sultan suprême, le sultan de l’Islam et des Musulmans, Mouzaffar ad-Dounia wa ad-Din Mahmoud Qazan » et un grand nombre de Mongols firent la prière du vendredi.

 

Le pillage et la ruine de Salahiyah

 

Le 15 du mois de Rabi’ Thani, les Tatars commencèrent à piller Salahiyah et enlevèrent tous les tapis et les lampes qui décoraient la grande mosquée, les collèges et les tombeaux. Ils creusèrent la terre pour chercher les trésors enfouis qu’ils découvrirent en grande quantité comme s’ils avaient connu d’avance les lieux où ils étaient entreposés. Ibn Taymiyah suivit d’une foule nombreuse sortirent pour se plaindre et, à sa vue, les Tatars prirent la fuite.

Voici les raisons du motif qui amena le pillage de Salahiyah. Le roi de Sis voulu détruire Damas, en représailles des ravages commis dans ses états mais l’émir Kanjak (ou Kabjak) s’opposa à sa ruine et donna Salahiyah au roi tatar qui incendia la ville, les mosquées, les écoles après avoir tué neuf-mille-neuf-cents personnes et prit un nombre considérable de prisonniers avant de ravager la ville. Puis, après ruiné de Salahiyah, les Tatars se dirigèrent vers Mizzah et Daria qui subirent le même sort.

 

La résistance de la citadelle de Damas

 

Le jeudi 22, le savant Ibn Taymiyah se rendit à Tall Rahit ou campait Qazan mais qui ne put être admis devant le roi qui était ivre. Il alla donc trouver les deux vizirs, Sa’d ad-Din et Rashid ad-Din qui lui dirent : « Il faut à tout prix payer un tribut. »

Ibn Taymiyah retourna à Damas ou les Tatars commençaient à exiger rigoureusement le paiement de l’impôt. Ils ordonnèrent de placer dans la grande mosquée, une catapulte destinée contre la citadelle et les pièces étaient sur place pour la déployer. Arjiwash le commandant de la citadelle informé envoya un détachement qui descendit en armes sur la mosquée et détruisit les préparatifs faits par les Tatars mais ces derniers déployèrent une nouvelle machine autour de laquelle ils établirent une garde. Ils avaient transformé la mosquée en un lieu de débauches et dans laquelle ils se livraient à la prostitution, à la pédérastie et buvaient du vin. Pendant plusieurs nuits, la prière du soir ne fut pas accomplie et les Tatars pillèrent le marché qui se trouvait près de la mosquée. Un des soldats de la citadelle se dévoua pour tuer le machiniste. Il pénétra avec un certain nombre d’homme dans la mosquée alors que les servants montaient la catapulte. Il tua d’un coup de couteau l’ingénieur tandis que ses compagnons se jetèrent sur les Mongols et les massacrèrent. Les survivants se hâtèrent de prendre la fuite et le commando musulman rentra sain et sauf dans la citadelle.

Arjiwash commença alors à démolir ou incendier tout ce qui environnait la citadelle et tous les bâtiments depuis la porte d’an-Nasr jusqu’à celle de Faraj furent détruits ainsi qu’un grand nombre de palais, de maisons pavillons et de jardins situés hors de la ville dont la mosquée Tawbah à Aqbiyah.

 

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