CROISADES

D’une affaire qui porte à réflexion

 

En l’an 697 de l’Hégire, la nouvelle suivante arriva par la poste. Un homme du village de Janin en Palestine perdit sa femme et elle fut enterrée. Lorsqu’il rentra chez lui, il se rendit compte qu’il avait oublié dans le tombeau un mouchoir contenant une somme de plusieurs dirhems. Il alla trouver le juriste du village et ensemble allèrent au tombeau qu’il ouvrit puis descendit à l’intérieur pour retrouver son argent tandis que le juriste était resté sur le bord de la fosse. L’homme trouva sa femme assise, les mains liées derrière son dos avec ses cheveux et ses pieds étaient également attachés avec ses cheveux. L’homme voulut alors dénouer les liens mais en fut incapable. Il redoubla d’efforts quand tout à coup la terre s’ouvrit et l’engloutit avec sa femme si bien que l’on entendit plus parler d’eux. Lorsque le juriste vit cela, il s’effondra choqué et resta évanouit durant un jour et une nuit.

Le sultan informa alors le Sheikh Taqi ad-Din Muhammad Ibn ad-Daqiq à propos de cet événement qui le rapporta à tout le monde afin qu’il soit un sujet de réflexion.

 

Du raid musulman en Arménie

 

Cette même année, on apprit, par un message arrivée d’Alep, que la division avait éclaté entre Taktay et Noukayah et qu’un grand nombre de Mongols avaient été tué lors de la bataille qui s’ensuivit et que le roi Taktay avait été vaincu. On apprit de même que Qazan avait fait tuer son vizir, Nirouz avec un grand nombre de ses partisans.

 

Le sultan voulut profiter de la division qui régnait chez les Mongols pour s’emparer de la ville de Sis. Il ordonna à l’émir Badr ad-Din Biktash de partir en campagne à la tête de dix-mille cavaliers secondés par trois émirs. Le gouverneur de Syrie reçut l’ordre d’envoyer pour cette expédition, l’émir Baybars al-Jaliq et d’autres émirs de Damas, de Safoud, de Hamah, de Tripoli. Lorsque l’armée fut prête, l’émir Badr ad-Din Biktash al-Fakhri la passa en revue et au mois de Joumadah Awwal, il quitta la ville pour attaquer Sis en compagnie des émirs Houssam ad-Din Lajin ar-Roumi et Shams ad-Din Aqsounqour al-Kartaba et arrivèrent à Damas le cinquième jour du mois de Joumadah Thani.

Trois jours après, ils quittèrent la ville accompagnés des émirs Baybars al-Jaliq al-‘Ajmi, Sayf ad-Din Qajkan et Shihab ad-Din Kara Arsalan ainsi que les troupes de Safad, de Homs, de Palestine, de Tripoli et al-Malik al-Mouzaffar Taqi ad-Din Mahmoud, le souverain de Hamah,

Quand le roi de Sis fut informé de leur marche, il envoya des messagers au sultan pour implorer son pardon mais il ne reçut aucune réponse. Peu après, à la tête de ses troupes, l’émir ‘Alim ad-Din Sanjar ad-Dawadar quitta le Caire et rejoignit l’armée des Musulmans à Alep. Les commandants quittèrent alors la ville accompagnés des troupes d’Alep qui étaient au nombre de dix mille cavaliers, et se dirigèrent vers ‘Oumk. L’émir Badr ad-Din Biktash et sa troupe se dirigea vers le défilé de Bagras vers la ville d’Iskandariyah et alla mettre le siège devant Tall Hamdoun. Al-Malik al-Mouzaffar, à la tête du reste de l’armée prit la route longeant le fleuve et entra dans le défilé de Sis le jeudi 4 du mois de Rajab quand la division s’engouffra dans les rangs des émirs. L’émir ‘Alim ad-Din Sanjar prétendit commander l’armée, conjointement avec l’émir Biktash et ce dernier fut d’avis d’assiéger les forteresses cependant Sanjar préféra le pillage et Biktash se rangea à son opinion.

L’armée traversa donc le fleuve Jihan (ou Jahan). Le souverain de Hamah vint camper sous les murs de Sis et l’émir Biktash pris la route d’Adanah Lout ou se rassemblèrent les différents corps de l’armée après avoir tués tous les Arméniens qui étaient tombés sur leur chemin. Après s’être livrées au pillage, les troupes quittèrent Adanah et marchèrent vers Massissah ou elles restèrent trois jours, le temps de construire un pont sur lequel l’armée passa pour se rendre à Bagras puis dans la plaine d’Antioche avant de reprendre la route de l’Égypte.

 

Quand Sanjar lui disputa le commandement de l’armée et s’opposa à ce qu’il assiège les forteresses, l’émir Biktash envoya un message à l’émir Bilban at-Tabakhi, le gouverneur d’Alep afin qu’il en informe le sultan Malik al-Mansour Hissam ad-Din Lajin al-Mansouri et bientôt arriva une réponse du sultan adressée aux émirs qui blâma la conduite de l’émir Sanjar. Le sultan déclara que Sanjar n’était que le commandant de ses propres troupes et que le commandement général de toute l’armée appartenait exclusivement à l’émir Biktash, que les troupes ne devaient pas revenir avant d’avoir capturer Tall Hamdoun et que si elles revenaient avant d’avoir pris cette place, elles seraient punies en conséquence.

L’armée retourna donc sur ses pas et de Rouj se rendit à Alep où elle séjourna huit jours avant de partir pour Sis, par le défilé de Bagras. Qajkan et Kara Arsalan marchèrent vers Ayas où ils opérèrent une retraite qui ressemblait à une fuite car les Arméniens leur avaient dressé une embuscade dans les forêts. L’émir Biktash blâma sévèrement leur conduire et à la tête de toutes les troupes, se dirigea vers Tall Hamdoun qu’il trouva abandonnée par l’ennemi qui s’étaient retirés dans la forteresse de Najimah. Le commandant général prit la place le 7 du mois de Ramadan et y plaça une garnison.

Entre temps, l’émir Bilban at-Tabakhi, le gouverneur d’Alep, envoya un corps de troupes qui s’empara de la ville de Mar’ash durant ce même mois.

Alors qu’il campait sous les murs de Tall Hamdoun, l’émir Biktash fut alors informé que la vallée qui s’étendait au pied des remparts des forteresses de Najimah et de Houmaymas était pleine d’Arméniens et que la garnison de Najimah se préparait à la défense. L’émir envoya un corps de troupes pour les attaquer puis un second mais qui n’obtinrent aucun succès. Les émirs se mirent alors en marche accompagnés d’une troupe nombreuse et attaquèrent les défenseurs de Najimah et descendirent dans la vallée ou ils tuèrent et firent prisonniers tous ceux qui s’y trouvaient. L’émir Biktash et al-Malik al-Mouzaffar restèrent sous les murs de la forteresse pour contenir la garnison jusqu’à ce que les troupes musulmanes arrive dans la plaine avant de les rejoindre.

Un nouveau message du sultan arriva qui leur ordonnait d’assiéger Najimah et de ne pas quitter la place avant sa chute. Les généraux retournèrent donc au pied de la forteresse ou ils assiégèrent la ville. L’émir Biktash et l’émir Sanjar s’opposèrent de nouveau quant à la conduite du siège. Salnar ad-Dawadar affirma que si l’armée attaquait toute à la fois, il serait impossible de distinguer ceux qui auraient réellement combattu. « Il vaut mieux » dit-il « que chaque émir attaque chaque jour à la tête de son propre corps de troupe » voulant ainsi témoigner sa bravoure et montrer qu’il faisait peu de cas de la force de cette place, il dit : « Je m’engage à prendre cette ville avec un coup de pierre. » Tous les chefs se rangèrent à son avis et lui permirent d’être le premier à lancer l’attaque. Il s’avança donc et au moment où il atteignait le pied des remparts, une pierre lancée par une machine, le frappa au pied et lui coupa le tendon. Il tomba de son cheval et il faillit être fait prisonnier par les Arméniens cependant, ses soldats accoururent, l’emportèrent sur une planche et le conduisirent dans sa tente, où il fut forcé à l’inaction et retourna à Alep puis au Caire. Cette attaque coûtait la vie à l’émir ‘Alim-ad-Din at-Taqsaba an-Nassari.

L’émir Qartabah s’avança alors pour donner l’assaut. Il sapa la muraille et en détacha trois pierres cependant, il fut tué et treize de ses hommes avec lui. Ensuite, l’émir Biktash et le prince de Hamah marchèrent au combat et chaque corps agit séparément tout en se relayant les uns les autres. Protégés par une barricade de bois, ils parvinrent ainsi au pied des remparts et commencèrent les travaux de minage tout en construisant de nouvelles des palissades.      Le siège continua sans interruption durant quarante et un jours.

La place renfermait une nombreuse population campagnarde qui s’était réfugiée dans la forteresse mais quand l’eau commença à devenir rare, chaque jours deux cents ou trois cents d’entre eux étaient expulsés et tombaient entre les mains des Musulmans. Bientôt, il ne resta plus dans forteresse que les hommes en état de combattre. L’eau devint si rare dans la forteresse qu’elle fut disputée à coup d’épée et les assiégés demandèrent des conditions pour une capitulation qui leur furent accordés et au mois de Dzoul Qi’dah, l’armée musulmane entra dans la forteresse et les habitants furent remis en liberté. Onze forteresses tombèrent ainsi aux mains des Musulmans que l’émir Biktash confia à l’émir Sayf ad-Din Assandimour al-Kourji, l’un des émirs de Damas qui les occupa jusqu’à l’arrivée des Tatars. Alors, il vendit tout ce qui s’y trouvait d’objets précieux et les fit évacuer et les forteresses furent reprises par les Arméniens.

Après ces conquêtes, l’armée reprit la route d’Alep ou elle stationna à cause de l’hiver exceptionnellement rigoureux. Le sultan envoya leur envoya en renfort trois mille cavaliers des troupes d’Égypte, sous le commandement des émirs Sayf ad-Din Baktimour, ‘Izz ad-Din Taqtal, Moubariz ad-Din Awliyah Ibn al-Kouman et ‘Ala’ ad-Din Idaqdi Shouqayr al-Houssami qui arrivèrent à Damas, le mardi 17 du mois de Dzoul Qi’dah. Ils en repartirent le 21 pour Alep où ils retrouvèrent l’armée.

 

Cette même année, il ne tomba pas de neige à Damas si bien que les sources tarirent, les grains en terre périrent en grande partie et les arbres séchèrent.

 

 

Malik an-Nassir Muhammad Ibn Qalawoun est nommé une seconde fois sultan

 

Au début du mois de Mouharram de l’année 698 de l’Hégire (1299), le sultan fut informé que les Tatars s’apprêtaient à conduire une expédition contre la Syrie. Il donna alors l’ordre aux troupes de se mettre immédiatement en marche suivie bientôt par l’émir Aqoush al-Afram.

Hamdam Ibn as-Salqay et ‘Ala’ ad-Din Idaqdi ash-Shoukayr furent envoyés sur les chevaux de la poste pour donner l’ordre à l’émir Kanjak, le gouverneur de la Syrie, de se rendre à Alep, à la tête de son armée. Les deux messagers arrivèrent à Damas le 7 du même mois et Kanjak après avoir fait ses préparatifs, quitta la ville à la tête de ses troupes et des Mamalik Bahris, le mercredi 14. Peu après, Kanjak se rendit compte que c’était une fausse alerte qui avait eu pour but de l’écarter ainsi que d’autres émirs. Ce fut donc le motif qui le poussa à se réfugier chez les Tatars.

 

Cette année, Malik an-Nassir Muhammad Ibn Qalawoun succéda au sultanat pour la seconde fois.

 

Des nouvelles d’Alep informèrent que Kanjak et ses compagnons étaient arrivés sur les terres des Mongols et que Baqay et Taktay s’étaient affronté lors d’une bataille ou périt un grand nombre de Mongols et que Qazan, le fils d’Argoun se préparait à conduire une expédition en Syrie et qu’il avait donné l’ordre aux armées mongoles de se préparer. Il donna le commandement d’environ vingt-cinq mille cavaliers Salamish, le fils d’Afal, fils de Manjou le Tatar et l’envoya vers le pays de Roum.

Les émirs se préparèrent pour la bataille et levèrent les troupes qu’ils confièrent aux émirs Sayf ad-Din Bilban al-Habashi, Jamal ad-Din ‘AbdAllah as-Silahdar, Moubariz ad-Din Siwar at-Roumi, ash-Shiqar et donnèrent le commandement général des troupes à Jamal ad-Din Aqoush Kattal as-Sabah. Des ordres furent aussi envoyés à Damas pour l’envoi de quatre émirs commandants. Les émirs envoyés d’Égypte quant à eux arrivèrent à Damas le 7 du mois de Rajab.

 

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