CROISADES

Le siège de Rahbah, le sac de Hamah et la bataille de Homs

 

Le 18 du mois de Rajab, tous les habitants réunis dans la mosquée principale de Damas, adressèrent à Allah Exalté des invocations accompagnées de larmes et le Qur’an de ‘Uthman (qu’Allah soit satisfait de lui) fut sorti pour la circonstance. Ensuite la foule quitta la mosquée et se rendit à la Moussallah hors de la ville, ou     de nouveau ils demandèrent à Allah Exalté, à Lui les Louanges et la Gloire, d’accorder aux Musulmans la victoire sur l’ennemi.

 

Pendant ce temps, les Tatars arrivèrent aux frontières du territoire d’Alep et Mango Timour marcha sur ‘Ayntab.

Le 26 du mois de Joumadah Thani, le roi Abaghah, commandant environ trois mille cavaliers, arriva sous les murs de Rahbah ou il déploya ses machines de siège.

 

Mango Timour poursuivit sa route jusqu’à Hamah et après avoir ravagé les faubourgs, il entra dans la ville et dévasta les palais et les jardins d’al-Malik al-Mansour.

 

Le sultan, qui campait devant Homs, reçut alors les nouvelles de la dévastation et que l’armée de Mango Timour se composait d’un corps de cinquante mille Mongols et d’un corps de trente mille combattants de Georgiens, de Grecs, d’Arméniens et de croisés et aussi qu’un Mamelouk de l’émir Rouqn ad-Din Baybars était passé du côté du prince Tatar et lui avait indiqué les points vulnérables des Musulmans.

Puis arriva la nouvelle que Mango Timour s’apprêtait à quitter Hamah et que le combat aurait lieu le 14 du mois de Rajab. Les Musulmans passèrent la nuit sans descendre de cheval.

 

A l’aube du jeudi 14, le sultan monta à cheval et rangea son armée en ordre de bataille. Il donna le commandement de l’aile droite à al-Malik al-Mansour, le prince de Hamah, soutenu par les émirs Badr ad-Din al-Bayssari, ‘Ala’ ad-Din Taybars al-Waziri, ‘Izz ad-Din Aybak al-Afram, ‘Ala’ ad-Din Kishlaqdi ash-Shamsi et leurs troupes. Il place à l’avant-garde de cette même aile l’émir ‘Issa Ibn Mouhannah ainsi que les tribus des Bani Fadl, des Bani Moura, les Arabes de Syrie et tous leurs alliés. Le commandement de l’aile gauche fut confiée à l’émir Sounqour al-‘Ashqar, secondés par les émirs Badr ad-Din Bilik al-Aydamouri, Badr ad-Din al-Biktash Amir as-Silah, ‘Alim ad-Din Sinjar al-Halibi, Biqjka al-‘Alay, Badr ad-Din Baktout al-‘Ala’i, Sayf ad-Din Khabrik at-Tatari ainsi que leurs troupes. Il fut placé à l’avant-garde de cette aile, différents corps de Turcomans et les troupes de Hisn al-Akrad. L’avant-garde du centre fut confiée aux émirs Houssam ad-Din at-Tourountay an-Na’ib as-Soultanah d’Égypte, Rouqn ad-Din Ayaji al-Hajib, Badr ad-Din Biktash Ibn al-Qaramoun et leurs troupes accompagnés des Mamalik du sultan qui se posta lui-même sous les étendards en compagnie de ses principaux courtisans et officiers des différentes charges ainsi que sa garde composée de quatre mille cavaliers, la principale force de l’armée.

La garde spéciale des Mamalik du sultan étaient au nombre de huit cents. Il choisit deux cents cavaliers d’entre eux et alla se poster sur une colline d’où il pouvait voir le champ de bataille dans son ensemble et lorsqu’il voyait un corps de troupes fléchir, il le faisait soutenir par trois cents de ses Mamalik.

Puis les armées tatares commencèrent à arriver et bientôt ils furent en nombre considérable bien plus nombreux que les Musulmans et, depuis vingt années, ne s’étaient pas trouvés réunis face à face, un corps d’armée aussi considérable.

Puis, la bataille commença dans la plaine de Homs, non loin du Mashhad de Khalid Ibn al-Walid (qu’Allah soit satisfait de lui). Le combat débuta à l’aube et dura jusqu’au crépuscule. L’aile gauche des Tatars se jeta furieusement sur l’aile droite des Musulmans qui tint vaillamment ferme, rompit la charge ennemie et le repoussa au centre de l’armée mongole où se trouvait Mango Timour.

De l’autre côté, l’aile droite des Tatars attaqua la gauche des Musulmans qu’elle rompit et mit complètement en déroute ainsi que l’aile gauche du centre. Les Tatars, poursuivirent les fuyards jusque sous les murs de Homs ou ils trouvèrent les portes fermées. Ils se jetèrent alors sur les habitants qui étaient sortis pour     défendre la ville et firent un affreux carnage cependant les habitants qui se trouvaient à l’intérieur de la ville cherchèrent à repousser les Tatars.

Les Musulmans de l’aile gauche ignoraient que leur aile droite avait été victorieuse et les Tatars qui poursuivirent les troupes égyptiennes ignoraient la défaite de leur aile gauche. Quelques fuyards arrivèrent à Safad tandis que les autres et le plus grand nombre, se refugièrent à Damas. Certains d’entre eux arrivèrent même jusqu’à Gaza et leurs arrivées répandirent dans tout le pays une extrême consternation.

Néanmoins, les Tatars qui poursuivaient les restes de l’aile gauche des Musulmans, assurés de la victoire, descendirent de leurs chevaux qu’ils envoyèrent paitre dans la plaine de Homs se mirent à manger et piller les bagages de l’ennemi, croyant que leurs compagnons ne tarderaient pas à les rejoindre. Puis, lorsque le temps passa, ne voyant pas arriver les leurs, ils envoyèrent certains des leurs recueillir des informations et bientôt ils revinrent apportant la nouvelle de la défaite et de la fuite de Mango Timour. Les Tatars, remontèrent à cheval et retournèrent précipitamment sur leurs pas.

 

Quand la droite de l’armée égyptienne, après avoir tenu héroïquement ferme face aux furieuses vagues tartares et brisé leur impétuosité, elle pénétra jusqu’au centre de l’armée mongole qui de leur côté, était arrivé jusqu’à al-Malik al-Mansour qui opposa une vive résistance bien que n’ayant plus que trois cents cavaliers autour de lui tandis que les tambours battaient continuellement.

Sounqour al-‘Ashqar, al-Bayssari, Taybars al-Waziri Amir as-Silah, Itmish as-Sa’di, Lajin le souverain de Damas, Tourountay le souverain d’Égypte, Ad-Diwadari et d’autres principaux émirs avancèrent alors contre les Tatars. ‘Issa Ibn Mouhannah arriva bientôt, à la tête de son corps de trois cents hommes seulement. Mango Timour chuta de sa monture et certains Tatars se précipitèrent à bas de leurs chevaux, pour relever leur général mais les Musulmans les chargèrent comme un seul homme et par la grâce d’Allah Exalté sur Ses serviteurs, ils écrasèrent alors les Tatars.

Certains ont rapporté que l’émir ‘Izz ad-Din al-Dimour al-Hajj se rendit aux Mongols feignant d’être un fuyard et demanda à être conduit en présence de Mango Timour qu’il renversa de son cheval lorsqu’il fut prêt de lui. Les Tatars, voyant leur chef au sol, se précipitèrent pour le relever. C’est alors que les Musulmans, saisissant l’occasion, fondirent sur l’ennemi. Mango Timour, incapable de remonter sur son cheval et de surcroit blessé, s’enfuit suivi par son armée qui se divisa en deux groupes dont l’un prit la route de Salamiyah et du désert et l’autre se dirigea vers Alep et l’Euphrate.

Quant à l’aile droite tatare après avoir vaincu la gauche des Musulmans, revint sur ses pas tandis que le sultan avait ordonné de replier les drapeaux et de faire taire les tambours. Il ne restait auprès de lui qu’environ mille hommes. Les Tatars, passèrent près de lui et le sultan les laissa avancer un peu avant de fondre sur eux les poussant, après une brève bataille, à prendre honteusement la fuite.

 

Ce n’est qu’à ce moment que la victoire fut achevée et le combat prit fin ce même jour au coucher du soleil. Les Tatars vaincus et mis en déroute, prirent le chemin de la montagne pour rejoindre Mango Timour laissant derrière eux une quantité innombrable de morts. Le sultan, profita du reste du jour pour rentrer dans son camp et expédia de tous côtés des lettres qui annonçaient la victoire.

Le prince resta dans son camp, la nuit du vendredi jusqu’au matin quand un cri retentit et tout le monde fut persuadé que les Tatars revenaient à la charge. Le sultan se hâta de monter à cheval, avec toute son armée mais ce n’était qu’un corps de soldats musulmans qui retournaient de la poursuite des Tatars qui avaient perdus dans leur déroute plus d’homme qu’au cour de la bataille. Un grand nombre d’entre eux se cacha dans les environs de l’Euphrate et le sultan ordonna de mettre le feu aux cavernes qui bordaient ce fleuve, si bien que la plupart d’entre eux périrent. Quant au deuxième groupe de Tatars, lorsqu’ils quittèrent Salamiyah, ils furent massacrés sur la route.

Le lendemain vendredi, une partie de l’armée égyptienne, sous le commandement de l’émir Badr ad-Din Bilik al-Aydamouri, partit à la poursuite des Tatars.

Le sultan quitta Homs et se dirigea vers le lac afin d’éviter les infections dues aux cadavres des Tatars qui perdirent au cours de la bataille, un de leurs principaux chefs nommé Samqour, qui avait fait de nombreuses raids en Syrie. Du côté musulman, plus de deux cents hommes trouvèrent le martyre et Allah Exalté sait mieux qui sont martyres dont l’émir Izz ad-Din al-Dimour al-Hajj qui blessa et renversa de son cheval Mango Timour, le commandant des Tatars et permit ainsi la déroute de l’ennemi. Ce ne fut qu’après la prière du vendredi, qu’un pigeon apporta la nouvelle de la victoire aux habitants de Damas.

 

Le jeudi 21 du mois de Rajab, un message envoyé par pigeon de Kakoun arriva en Egypte annonçant qu’un corps de troupes musulmanes qui avait fui devant l’ennemi ainsi que plusieurs émirs étaient arrivé dans la ville de Qatiyah. A la réception de cette nouvelle, le trouble et l’inquiétude s’empara des Musulmans. Al-Malik as-Salih envoya aussitôt à Qatiyah un corps de troupes commandé par l’émir Sarim ad-Din Ouzbak al-Fakhri accompagné d’une multitude d’Arabes, avec l’ordre d’empêcher les fuyards d’aller plus en avant, de les renvoyer vers le camp du sultan et de les empêcher d’entrer au Caire, ce qui fut exécuté. Cependant, la consternation ne dura qu’un certain temps car le même jour, des pigeons parfumés apportèrent des lettres également parfumées qui annonçaient la bonne nouvelle de la défaite des Tatars. Des courriers de la poste, arrivèrent également qui confirmèrent l’événement. Al-Malik as-Salih écrivit à son père le sultan et à l’émir Sayf ad-Din al-Bayssari pour intercéder en faveur des fuyards et les prier de leur pardonner.

Cependant, l’émir Houssam ad-Din at-Tourountay an-Na’ib as-Soultanah d’Égypte tomba sur un groupe des soldats de Mango Timour et les fit tous prisonniers. Parmi eux se trouvait le porteur de la valise du commandant tatars qui contenaient des lettres écrites par plusieurs émirs dont Sounqour al-‘Ashqar, Itmish as-Sa’di et autres officiers attachés à la personne de Sounqour al-‘Ashqar, dans lesquelles ils pressaient les Tatars de faire une expédition en Syrie et leur promettaient de les aider dans la conquête de cette province. Après consultation, le sultan ordonna de détruire ces lettres de sorte que personne n’en soit informé. Le sultan qui avait renouvelé dans la ville de Homs, son traité avec Sounqour al-‘Ashqar, le congédia et le renvoya dans son dominion à Sahyoun en compagnie des émirs qui lui étaient attachés puis, il prit la route de Damas, où il fit son entrée le vendredi 22 du mois de Rajab. Ce fut une journée mémorable que les poètes célébrèrent par une multitude de vers.

 

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