CROISADES

De la ruine de Césarée par le roi tatar Abaghah

 

Le 6 de ce même mois, le sultan arriva à Harim où il célébra la fête du Sacrifice et reçut une lettre de l’émir Shams ad-Din Muhammad Ibn Karaman, l’émir des Turcomans, qui lui annonçait qu’il arrivait à la tête de vingt mille cavaliers et de trente mille archers. L’émir arriva au moment où le sultan venait de célébrer la fête mais aussi que les émirs des Banou Kilab et des Turcomans auxiliaires qui venaient lui rendre hommage.

 

Abaghah, le fils d’Houlakou, était en marche pour attaquer le sultan quand il fut rejoint par Mou’in ad-Din Souleyman qui lui apprit le départ du prince. Abaghah partit donc à sa poursuite et lorsqu’il arriva près du champ de bataille d’Ablastine, il vit le grand nombre de corps des Tatars qui jonchait le sol et le peu de soldats du Sultanat de Roum et de l’armée du sultan ce qui lui causa du chagrin d’autant plus qu’on lui avait rapporté que Mou’in ad-Din Souleyman avait précédemment entretenu une correspondance avec al-Malik az-Zahir et l’avait engagé à mener la guerre dans le pays de Roum. Il devint alors très en colère quand il vit que ces troupes avaient perdu si peu de monde dans l’action et lorsqu’il arriva à Césarée, il ruina la ville et tua tous les Musulmans qui s’y trouvaient pendant dix-sept jours de terreur. Certains historiens ont rapporté que plus de deux-cent mille d’entre eux furent massacrés et pas un seul Chrétien et d’autres ont dit cinq-cents mille. Le carnage s’étendit depuis Arz ar-Roum (Erzurum) jusqu’à Césarée et Abaghah partit ensuite, emmenant avec lui le sultan Ghiyath ad-Din. Entre temps, le sultan Rouqn ad-Din Baybars qui avait quitté Harim se dirigea vers Antioche et établit son camp près de la ville.

 

 

La mort d’al-Malik az-Zahir Rouqn ad-Din Baybars

 

Le cinquième jour du mois de Mouharram de l’année 676 de l’Hégire (1277), le sultan quitta Antioche et se dirigea vers Damas quand il apprit qu’Abaghah était arrivé près d’Ablastine et se disposait à entrer en Syrie mais d’autres nouvelles arrivèrent qui annonçaient qu’il était retourné dans ses terres.

Le jeudi 14 après avoir bu une boisson faite à partir de divers substance dont du miel, le sultan devint fiévreux puis le lendemain encore plus malade, et vomit. Après avoir fait la prière, il monta à cheval, se rendit au Maydan (l’hippodrome) et rentra vers la fin du jour au Qasr al-Ablaq, où il passa la nuit. Au matin, il se plaignait d’une extrême chaleur qu’il ressentait dans les intestins et prit un remède qui ne fit qu’augmenter les douleurs. Les médecins appelés auprès de lui désapprouvèrent le médicament qu’il avait pris et lui conseillèrent unanimement une boisson purgative qui n’eut aucun effet. Après avoir essayé un remède plus énergique, il fut pris d’une diarrhée excessive. La fièvre augmenta, le sultan évacua du sang et ne tarda pas à expirer.

L’événement eut lieu le jeudi 27 du mois de Mouharram, un peu après le coucher du soleil après treize jours de maladie. Ainsi décéda le sultan Rouqn ad-Din Baybars alors qu’il était âgé de plus de cinquante ans après un règne de dix-sept ans, deux mois et douze jours, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde.

 

Par coïncidence, la première conquête de ce prince fut la ville de Césarée de Palestine et la dernière Césarée du Sultanat de Roum. Il s’assit pour la première fois sur le trône le vendredi, 27 du mois de Dzoul Qi’dah et c’est un vendredi 27 du même mois, qu’il s’installa pour la dernière fois sur le trône des Banou Seljouk dans la ville de Césarée du Sultanat de Roum.

La ville d’Antioche fut fondée par un prince dont le nom traduit en arabe correspond à al-Malik az-Zahir et elle fut détruite par al-Malik az-Zahir. Le fondateur des Seljouks turcs fut Rouqn ad-Din Toughroul Bek et al-Malik az-Zahir Rouqn ad-Din Baybars fut celui qui rétablit la puissance des Turcs, après la chute d’al-Malik al-Mansour. Rouqn ad-Din Toughroul rendit le califat aux Banou ‘Abbas après les troubles causés par Bassassiri et Rouqn ad-Din Baybars réintégra les descendants des Banou ‘Abbas dans le califat après les conquêtes d’Houlakou.

 

Rouqn ad-Din Baybars, qu’Allah lui fasse miséricorde, fut un des meilleurs souverains qui régnèrent sur les Musulmans et son fils Malik Sa’id Nassir ad-Din Muhammad Barakah Khan Ibn Malik az-Zahir Rouqn ad-Din Baybars al-Boundouqdari lui succéda mais son règne fut livré au désordre dès la mort de son père.

 


Chapitre Dix

 

Les Tatars envahissent de nouveau la Syrie

En l’an 677 de l’Hégire (1278), ‘Izz ad-Din Kaykaous, le souverain du Sultanat de Roum mourut. Son fils Mas’oud lui succéda et reçut d’Abaghah, le fils d’Houlakou, la souveraineté des villes de Siwas, Arz ar-Roum et Arzinkan. 

 

 

Le 24 du mois de Safar de l’année 679 de l’Hégire (1280), l’émir Houssam ad-Din Itmish Ibn Atlas Khan, accompagné de plusieurs émirs et trois mille cavaliers quitta Damas pour aller combattre Shams ad-Din Sounqour al-‘Ashqar qui après avoir séjourné quelque temps auprès de l’émir Sharf ad-Din ‘Issa Ibn Mouhannah se rendit à Rahbah où il fut abandonné par nombre de ses partisans. L’émir Mouwafiq ad-Din Khidr ar-Rajibi, le gouverneur de la forteresse de Rahbah, refusa de lui livrer la place et Sounqour al-‘Ashqar, ne pouvant venir à bout de sa résistance, écrivit à Abaghah, le fils d’Houlakou, pour l’inciter à conquérir la Syrie suivit par l’émir ‘Issa qui lui écrivit pour lui demander la même chose.

Bientôt, la nouvelle arriva que les Tatars étaient en marche sur la Syrie après avoir partagé leur armée en trois corps, l’un commandé par Saqarouniji et Tourounji qui prit la route du Sultanat de Roum, un autre venant de l’orient sous le commandement de Baydou Ibn Tarqay Ibn Houlakou accompagné du prince de Mardin et le troisième composé du gros de l’armée et des Mongols les plus féroces sous le commandement de Mango Timour Ibn Houlakou. L’émir Rouqn ad-Din al-Ayaji quitta Damas à la tête de son armée et rejoignit les troupes qui assiégeaient la ville de Shayzar.

L’émir Badr ad-Din Baqtash an-Najmi quitta le Caire, à la tête d’une armée et rejoignit ces généraux sous les murs de Hamah. Ces derniers envoyèrent un messager à l’émir Sounqour al-‘Ashqar qui le pressa d’abandonner ses prétentions et de se joindre à eux pour combattre les Tatars. Sounqour leur envoya de Sahyoun un corps d’armée et lui-même resta dans les environs de cette ville. Al-Hajj al-Azdimour sortit de de la forteresse de Shayzar et campa sous ses murs.

Bientôt la terreur se répandit dans le cœur des gens des villes du territoire d’Alep qui, vers le milieu du mois de Joumadah Thani, quittèrent leurs foyers en très grand nombre et se réfugièrent à Damas qui fut aussi gagnée par la terreur à son tour et les gens décidèrent d’abandonner la ville et de se rendre en Égypte.

 

La ruine d’Alep

 

Le 21 de ce même mois, les Tatars envahirent le territoire d’Alep et prirent ‘Ayntab, Baqras et Darbissak puis, ils entrèrent dans Alep, que la garnison avait abandonnée, massacrèrent, pillèrent, firent des prisonniers, livrèrent aux flammes les mosquées, les collèges, le palais du sultan et les maisons des émirs. Ils restèrent deux jours dans la ville et commirent les pires turpitudes. Seuls ceux qui se cachèrent dans les grottes et les canalisations échappèrent au massacre. Les Tatars quittèrent alors la ville, le dimanche 23 du mois et retournèrent sur leur terre avec tout le butin qu’ils avaient pris.

 

Le sultan Malik al-Mansour Sayf ad-Din Qalawoun al-Alfi Salihi an-Najmi al-‘Ala’i donna l’ordre à l’émir Badr ad-Din Baqtash an-Najmi de se diriger vers Homs et à l’émir Aldakin al-Boundouqdari as-Salihi de garder les côtes syriennes contre les croisés. Il écrivit aussi l’émir Sayf ad-Din Bilban at-Tabakhi, le gouverneur de la forteresse d’al-Akrad d’aller attaquer les croisés de Markab qui avaient porté assistance aux Tatars. Ce dernier rassembla ses troupes, prépara ses machines de siège et vint assiéger la ville de Markab cependant, les Musulmans furent vaincus et leur camp pillé par l’ennemi. Cet échec affligea vivement le sultan et le détermina à se mettre en campagne en personne ce qu’il fit le premier jour du mois de Dzoul Hijjah, après avoir laissé son fils al-Malik as-Salih, pour gouverner en son absence.

 

Le 5 du mois de Mouharram, mourut le grand émir Jamal ad-Din Aqoush ash-Shamsi, le gouverneur d’Alep qui tua Kitbougha, le commandant tatar lors de la bataille de ‘Ayn Jalout.

 

Views: 0