CROISADES

La bataille de Houwayn

 

En l’an 675 de l’Hégire (1276), le sultan Rouqn ad-Din Baybars fit ses préparatifs pour conquérir le pays des Salajik (Sultanat Seljouk de) Roum et donna aux émirs de cette province des chevaux, des tentes et tout ce dont ils auraient pu avoir besoin pour l’expédition.

 

Le jeudi 20 du mois de Ramadan, le sultan quitta la citadelle de la Montagne et le samedi suivant, il prit la route de la Syrie, accompagné des émirs et des troupes de l’Islam. Il fit son entrée à Damas le mercredi 17 du mois de Shawwal ou il resta jusqu’au 20 du même mois avant de partir pour Alep où il arriva le premier jour du mois de Dzoul Qi’dah. Le lendemain, un jeudi, il prit la route de Jilan et envoya l’émir Nour ad-Din ‘Ali Ibn al-Mahalli, le gouverneur d’Alep, à la tête de ses propres troupes vers les rives de l’Euphrate pour empêcher que des Tatars ne le traversent pour entrer en Syrie.

L’émir Sharf ad-Din ‘Issa Ibn Mouhannah vint rejoindre l’armée du sultan et ce dernier après avoir laissé à Jilan une partie de ses bagages, il la quitta le vendredi 3 de ce même mois et marcha sur ‘Ayntab. Il franchit le Darband (passe) et campa la nuit dans une plaine. Les troupes avançaient séparément et sous forme d’escadrons, comme il était de coutume lors des marches, et en état constant d’alerte.

L’émir Sounqour al-‘Ashqar qui commandait l’avant-garde tomba sur environ trois mille cavaliers Tatars qui s’enfuirent aussitôt dès qu’ils le virent laissant derrière eux un grand nombre de prisonniers. Lorsque leur commandant (des tatars) fut informé, il envoya un corps d’Arabes de Khafajah pour prendre par surprise l’armée d’Alep qui était stationnée sur les rives de l’Euphrate cependant, il fut informé de leur approche par ses espions et marcha sur eux puis les attaqua, les défit et leur prit mille-deux-cents chameaux.

Le sultan fut bientôt informé que l’armée des Tatars alliée à celle du Sultanat de Roum s’étaient réunies et s’apprêtaient à l’attaquer. Il se prépara donc pour l’affrontement, gagna avec ses troupes les hauteurs avoisinantes qui dominaient la plaine de Houwayn dans la province d’Ablastine puis plaça ses troupes en ordre de bataille.

Onze corps de Tatars de plus de mille cavaliers arrivèrent suivit par l’armée du Sultanat de Roum qui formait un corps à part et distinct. Lorsque l’ennemi approcha de l’ennemi, les cavaliers musulmans déferlèrent du haut de la montagne tel un torrent impétueux et se rangèrent en ordre de bataille comme un seul homme. Le sultan envoya en avant certains Mamalik et des commandants de sa garde rapprochée qui luttèrent bravement avant qu’il ne charge à son tour l’ennemi suivit par l’ensemble de ses troupes. Les Tatars descendirent alors de leurs chevaux et combattirent résignés à périr avant qu’ils ne soient écrasés et anéantis. Une partie de leur armée qui s’était enfuie fut rattrapée par les troupes égyptiennes qui les encerclèrent.

Mou’in ad-Din Souleyman, le commandant de l’armée du Sultanat de Roum, s’échappa du combat et s’enfuit à la tête de ses troupes vers Césarée ou il entra dans la matinée du dimanche 12 du mois de Dzoul Qi’dah. Il rassembla alors, le sultan Ghiyath ad-Din Kaykaous Ibn Kaykhousrou, le souverain du Sultanat de Roum, ainsi que les hommes les plus distingués de la ville et quitta aussitôt la ville par la route de Tawqat.

Après la défaite des coalisés, le sultan Baybars occupa le camp des Roumi, fit amener les prisonniers dont les émirs et des personnages éminents, la mère du commandant, son fils, et le fils de sa fille à qui il pardonna tous et remit en liberté. Les émirs Dayah ad-Din Ibn Khatir, Sayf ad-Din Qiran al-‘Alay un des commandants de la Halqah, Sayf ad-Din Kafjak et un grand nombre de soldats trouvèrent la mort au cours de la bataille. Le nombre des blessés fut aussi très élevé. Le commandant des Tatars tomba au cours de la bataille et le sultan fit exécuter tous les prisonniers Tatars puis envoya l’émir Sounqour al-‘Ashqar à la poursuite des fuyards avec une lettre adressée aux habitants de Césarée ou il les exhortait à se soumettre. L’émir Sounqour tomba sur un corps de Tatars qui transportaient des tentes et captura certain d’entre eux mais le reste s’enfuit avec la tombée de la nuit.

 

Comment le sultan Baybars s’assit sur le trône des Seljouks à Césarée

 

Le sultan marcha alors sur Césarée (il s’agit bien évidemment de Kayseri ou Césarée de Cappadoce appelée aussi Mazaca), la capitale du Sultanat de Roum et prit toutes les places qui se trouvaient sur sa route. Les habitants de Césarée, les savants, les personnages éminents, les femmes et les enfants sortirent à la rencontre du sultan. Les juristes et les soufis se pressèrent autour de lui et l’accompagnèrent jusqu’à près du pavillon du sultan Ghiyath ad-Din, le souverain du Sultanat de Roum, ou ses tentes étaient dressées. Les habitants arrivèrent de toutes parts et suivant leur coutume exécutèrent la cérémonie des Seljouks. Les musiciens se présentèrent à leur tour mais il leur fut défendu de faire usage de leurs instruments et de chanter. Il leur fut dit : « Cette coutume, n’existe point chez nous et la circonstance ne réclame pas des chants mais des témoignages de reconnaissance envers Allah Exalté. »

Le sultan entra alors dans la ville de Césarée, la capitale du royaume, s’assit sur le trône des descendants des Seljouks et les gens le félicitèrent. Le commandant Mou’in ad-Din Souleyman lui écrivit pour le congratuler et il fut invité à revenir pour reprendre son trône. Il demanda un délai de quinze jours car il espérait que le roi tatar Abaghah qu’il avait appelé à l’aide viendrait et attaquerait al-Malik az-Zahir (Rouqn ad-Din Baybars). Cependant, le sultan fut informé de son projet et quitta Césarée après avoir envoyé vers l’Arménie l’émir Taybars al-Waziri qui rejoignit l’armée, après avoir ravagé la région. Puis, le sultan marcha sur Ablastine pour se rendre sur le champ de la dernière bataille et voir les ossements des Tatars qui avaient péri au cours de celle-ci. Les habitants d’Ablastine l’informèrent qu’ils avaient compté sept-mille-six-cent-soixante morts et le sultan donna l’ordre de rassembler les morts musulmans pour les ensevelir et d’en laisser seulement un petit nombre sur le sol pour montrer aux Tatars que les pertes de l’armée égyptienne étaient infimes. Alors, il continua sa marche et traversa difficilement le défilé le 4 du mois de Dzoul Hijjah.

 

 

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