CROISADES

Nouvelle expédition des Tatars et des croisés

 

Le 26 du mois de Safar de l’année 670 de l’Hégire (1271), le chef des ismaéliens Shams ad-Din Ibn Najm ad-Din, se rendit chez le sultan où il fut arrêté et emprisonné avec ses compagnons puis tous furent envoyé en Égypte. Le siège de leurs forteresses se poursuivit jusqu’à ce que les émirs du sultan prennent celles de Khawabi et de ‘Oulayqah.

 

 

Les nouvelles arrivèrent qu’au milieu du mois de Rabi’ Awwal, les Tatars avaient fait une incursion sur le territoire de ‘Ayntab et avancés vers ‘Ouq. Le sultan envoya un message en Égypte pour ordonner à l’émir al-Bayssari de se mettre en marche à la tête de trois mille cavaliers. Le courrier quitta Damas, à la troisième heure du dimanche 18 et arriva au Caire, à la troisième heure de la nuit du vendredi 21 de ce même mois. Al-Bayssari quitta la ville du Caire le mercredi suivant.

Les Tatars marchèrent sur Harim et tuèrent un très grand nombre de personne. Les troupes d’Alep se retirèrent vers Hamah tandis qu’Aqsounqour à la tête de son armée arriva de Janin.

La population de Damas abandonna la ville et l’émir al-Bayssari fit son entrée à Damas le 4 du mois de Rabi’ Thani. Le sultan se dirigea alors vers Alep avec ses troupes et envoya l’émir Aqsounqour al-Farikani avec un grand nombre d’Arabes à Mar’ash. Al-Hajj Taybars al-Waziri et l’émir ‘Issa Ibn Mouhannah furent envoyés vers Harran et Edesse ou ils tuèrent tous les Tatars qui se trouvaient dans Harran forçant le reste d’entre eux à s’enfuir.

 

Puis, le sultan fut informé qu’une alliance de croisés et de Tatars avaient mené une expédition contre la forteresse de Qakoun ou l’émir Houssam ad-Din avait été tué, l’émir Rouqn ad-Din al-Jalik blessé et que le gouverneur al-Bijka al-Alay avait abandonné la place. Le sultan quitta alors aussitôt Alep sans se faire précéder afin d’empêcher les croisés d’être informé de sa marche et entra à Damas, faisant conduire devant lui un grand nombre prisonniers Tatars pris à Harran.

 

L’émir Aqoush ash-Shamsi à la tête des troupes d’Ayn Jalout s’était entre temps rendu à Qakoun mais les croisés informés de son arrivés s’étaient enfuis devant lui cependant, il partit à leur poursuite et tua un grand nombre d’entre eux et délivra un grand nombre de Turcomans.

 

 

Du reproche fait au souverain de Tunis pour avoir pris les croisés à son service

 

Le sultan quitta Damas, le troisième jour du mois de Joumadah Awwal, à la tête des armées d’Égypte et de Syrie pour entreprendre des incursions sur le territoire d‘Acre. Lorsqu’il arriva dans la plaine de Barqout, il tomba des trombes de pluies diluviennes qui allaient en croissant si bien que les soldats furent sur le point de mourir de froid. Le prince congédia aussitôt les troupes de Syrie et se dirigea vers l’Égypte ou il arriva à la citadelle de la Montagne, le 23 de ce même mois et trouva un présent envoyé par le souverain de Tunis mais, ce dernier avait employé dans sa correspondance des expressions inconvenantes, si bien que le présent fut partagé entre les émirs. Le sultan lui écrivit une sévère réponse mélangée de menaces et de conseils, lui reprochant de se livrer ouvertement à des actes coupables, d’avoir pris les croisés à son service, de ne pas avoir fait de sortie contre ces derniers qui l’assiégeaient mais qu’il s’était tenu caché et il poursuivit : « Un homme comme toi est indigne de régner sur les Musulmans. »

Quelques temps après, des messagers envoyés par Roger le souverain de Sicile arrivèrent pour intercéder en faveur du prince d’Acre. Le sultan les reçut alors qu’il était assis dans le chantier naval au milieu des pièces de bois et des ouvriers. Les émirs en personne portaient les mats des navires qui étaient en construction et à ce spectacle, les envoyèrent furent frappés d’épouvante.

 

Au mois de Rajab, le sultan sortit pour la chasse et se dirigea vers Salahiyah mais il fut informé que les Tatars s’étaient mis en campagne et retourna à la citadelle de la Montagne pour en ressortir le 3 du mois de Sha’ban et marcher vers la Syrie. Lorsqu’il arriva à Sawadah, il reçut des messagers envoyés par les croisés d’Acre venus demander une trêve. Il poursuivit sa marche et le 21 du mois de Ramadan, après avoir envoyé aux croisés l’émir Fakhr ad-Din al-Ayar al-Moukri et le secrétaire Fatah ad-Din Ibn al-Qayssirani, il campa dans les plaines de Césarée et conclut avec les croisés une trêve, qui devait durer dix ans, dix mois, dix heures.

Le sultan retourna alors à Damas ou il entra le second jour du mois de Shawwal. Des envoyés Tatars se présentèrent devant lui pour demander la paix. Le sultan leur envoya les émirs al-Moubariz ad-Din Toussi, at-Tabardar et Fakhr ad-Din al-Moukri avec des présents destinés à Abaghah, le fils de Houlakou et pour d’autres personnes. Ils quittèrent la ville le 15 de ce mois et lorsqu’ils arrivèrent à la cour d’Abaghah, ce dernier les combla honora, leur accorda des robes d’honneurs et leur accorda la permission de repartir.

 

Cette même année, le sultan s’occupa avec passion à fabriquer des flèches. Tous les émirs et ses proches s’empressèrent alors de suivre son exemple. Il écrivit à al-Malik as-Sa’id et aux autres gouverneurs pour les inciter à faire de même. En conséquence, tous ses émirs se livrèrent à cette activité. Le sultan fabriqua un grand nombre de flèches, qu’il tailla, polit et garnit de plumes.

 

Après avoir célébré la fête du Sacrifice, il se dirigea vers la forteresse d’al-Akrad où il arriva le 21 du mois de Dzoul Hijjah et inspecta les travaux de construction. Il ordonna à ses émirs de remplir la forteresse de pierres pour les mangonneaux et participa en personne à creuser et réparer le fossé. Puis, il quitta la place et se dirigea vers la forteresse de ‘Aqqar où aida aussi aux travaux de construction. Il ordonna d’activer les machines de sièges pour voir la portée des pierres lancées.

 

Au mois de Joumadah Thani, une girafe qui se trouvait dans la citadelle de la Montagne mit bas un petit qui fut nourri par une vache.

 

Cette année aussi, une femme de Damas mit au monde, en une seule couche, sept fils et quatre filles, après une grossesse qui dura quatre mois et dix jours mais tous les enfants moururent tandis que la mère survécut.

 

 

 

Le 5 du mois de Mouharram de l’année 671 de l’Hégire (1272), le sultan arriva à Damas quand il fut informé que les Tatars s’étaient mis en campagne. Dans la nuit du 6, après la dernière heure du soir, le sultan quitta la ville sur les chevaux de la poste, accompagné des émirs al-Bayssari, Aqoush ar-Roumi, Jarmak, Jarmak an-Nassiri, Sounqour al-Alfi, et ‘Alim ad-Din Shakir le préposé de la poste. Poursuivant sa marche sans interruption, il arriva à la citadelle de la Montagne, le samedi 13 de ce même mois et comme il n’était pas attendu, son entrée dans la citadelle surprit tout le monde. Il donna l’ordre aux troupes de se préparer pour partir pour la Syrie. Il écrivit aux émirs de Damas qu’il allait bientôt se rendre à Bira pour inspecter la province.

Le lundi 15, le sultan se rendit à Misr ou il s’embarque sur le Nil et la flotte musulmane simula devant lui un combat naval.

Le mercredi 17, le sultan fit partir les troupes pour la Syrie et le 19, il les rejoignit avec ceux qui étaient venus avec lui sur les chevaux de la post et entra de nuit dans la citadelle de Damas.

 

Les Tatars assiègent Bira

 

Au mois de Safar, des envoyés du roi Abaghah et du Sultanat de Roum arrivèrent et furent reçus sans d’honneur. On les laissa faire le pied de grue devant la porte des gouverneurs d’Alep et de Hamah. Ils étaient venus demander que Sounqour al-Ashkar négocie la paix puis changèrent leur requête et demandèrent que le sultan ou son premier lieutenant se rende chez Abaghah pour conclure le traité. Le sultan dit aux envoyés : « Puisque c’est Abaghah qui veut la paix, il faut qu’il vienne négocier en personne ou qu’il envoie au moins un de ses frères. »

Et sous le regard de ces envoyés, le sultan ordonna aux troupes complètement en arme de manœuvrer et de simuler un combat dans un champ situé hors de la ville puis, le 4 du mois de Rabi’ Awwal, les messagers furent congédiés.

 

Ce même mois, le sultan prit la ville de Sahyoun qui lui fut remise par as-Sabiq ad-Din et Fakhr ad-Din, tous deux fils de Sayf ad-Din Ahmad Ibn al-Mouzaffar ad-Din ‘Othman Ibn al-Mankouris, après la mort de celui-ci et en vertu de ses volontés testamentaires. Le sultan combla de bienfaits les deux frères, leur accorda le rang d’émirs et envoya leurs familles à Damas.

 

Cette même année, la nouvelle arriva que les Tatars étaient venus camper devant Bira ou ils avaient déployé des machines de siège, qu’ils surveillaient les rives de l’Euphrate et gardaient les passages pour empêcher quiconque de les attaquer pendant leur opération. Le sultan Baybars envoya aussitôt à Harim l’émir Fakhr ad-Din al-Himsi à la tête d’une partie des troupes d’Egypte et de Syrie et l’émir ‘Ala’ ad-Din al-Hajj Taybars al-Waziri partit dans une autre direction. Le sultan quitta alors à son tour Damas emmena avec lui des embarcations démontées sur des chariots. Après une marche forcée, il arriva près des rives de l’Euphrate ou il trouva les Tatars postés. Il immergea les barques qu’il avait amenées et les remplit de combattants. Les Égyptiens et les Tatars se couvrirent alors mutuellement d’une pluie de flèches. Puis, l’émir Qalawoun se jeta dans l’Euphrate, qu’il traversa à gué suivit de nombreux soldats et attaqua les Tatars qu’il écrasa et mit en déroute. Alors, les autres troupes musulmanes s’élancèrent dans l’Euphrate et le traversèrent à la nage. Les cavaliers tout en armure ainsi que leurs montures, étaient serrés les uns contre les autres, tenaient d’une main la bride de leurs chevaux et se servaient de leurs lances dans l’autre en guise d’appui.

Le sultan fut un des premiers à traverser et à mettre pied sur l’autre rive ou il prit le camp qui avait été abandonné par l’ennemi et rendit grâce à Allah Exalté, en faisant deux unités de prières de remerciements. Il envoya alors dans plusieurs directions différents corps de troupe qui tuèrent ou firent prisonniers un grand nombre d’ennemis. L’armée campa dans la place la nuit du lundi et le lendemain reçut les nouvelles que les Tatars, sous le commandement de leur chef Darbay, avaient précipitamment quitté Bira, abandonnant leurs bagages et leurs provisions qui avaient été récupéré par les habitants de la ville.

Le sultan resta un certain temps s’attendant à une attaque des Tatars mais personne ne vint. Après avoir retraversé l’Euphrate avec ses troupes et non sans difficultés, le sultan se rendit à Bira ou il donna au gouverneur une robe d’honneur et mille pièces d’or. Tous les habitants reçurent des présents et il leur fit distribuer la somme de cent mille dirhems. Le sultan laissa alors un corps de troupes pour renforcer la garnison et reprit la route de Damas où il entra le 3 du mois de Joumadah Thani puis partit pour l’Egypte et arriva à la citadelle de la Montagne, le 25 du même mois.

 

Après quoi, les ambassadeurs de Mankou Timour, ceux de l’empereur Lascaris et ceux des ismaéliens, reçurent leur audience de congé, et se mirent en route dans le mois de Sha’ban.

 

Views: 0