CROISADES

La chute de la forteresse de Safithat et de Hisn al-Akrad

 

Le 10 du mois de Joumadah Thani, le sultan quitta le Caire, accompagné de son fils al-Malik as-Sa’id, et se dirigea vers la Syrie ou il fit son entrée à Damas, le 8 de Rajab. De là, il se rendit à Tripoli en tuant ou faisant prisonniers tous les croisés qui tombèrent sur sa route. Puis, il se dirigea vers la forteresse de Safithat qu’il prit et les croisés, au nombre de sept cents hommes sans compter les femmes et les enfants, furent forcés de quitter la ville. Le sultan s’empara successivement des forts et des tours qui se trouvaient dans le voisinage de la forteresse d’al-Akrad et le 9 de ce même mois, il assiégea cette dernière. Il fut alors rejoint par le prince de Hamah, de Sahyoun, et Najm ad-Din, le chef de la secte des hérétiques ismaéliens. A la fin du même mois, il fit déployer contre la place plusieurs mangonneaux et la citadelle fut prise par la force des armes le 16 du mois de Sha’ban. Comme les occupants avaient demandé des garanties pour la capitulation, le sultan accepta que les croisés quittent la place, ce qu’ils firent le 24 de ce même mois. L’émir Sarim ad-Din Kafari fut nommé gouverneur et laissé dans la forteresse après avoir reçu l’ordre de rebâtir ce qui avait été ruiné.

 

Le souverain de Tortose envoya des messagers pour demander la paix qui lui fut accordée mais uniquement pour la ville de Tortose. Le sultan reprit ainsi aux croisés tout ce qu’ils avaient pris sous le règne d’al-Malik an-Nassir. Il exigea qu’ils abandonnent tous les revenus ses territoires soumis à l’Islam et que les revenus des territoires de Markab et de ses dépendances reviendraient en moitié à lui et l’autre aux Hospitaliers. De même, qu’aucune nouvelle construction dans la ville de Markab ne serait tolérée et sur ces conditions, la paix fut conclue et les croisés évacuèrent plusieurs forteresses, dont le sultan prit possession.

 

Le 17 du mois de Ramadan, le sultan Rouqn ad-Din Baybars assiégea la forteresse de ‘Aqqar et après avoir déployé plusieurs mangonneaux, il commença l’assaut. L’émir Rouqn ad-Din al-Mankouris fut tué par une pierre lancée d’une catapulte et qui l’atteignit alors qu’il priait dans sa tente.

Le 29, les croisés demandèrent des conditions et les drapeaux du sultan furent hissés sur les tours. La garnison abandonna la forteresse et le sultan y célébra la fête des Musulmans. Puis, il retourna dans son camp à Marj d’où il écrivit au prince de Tripoli pour lui donner des conseils et lui recommander l’extrême prudence.

 

De nouveaux croisés débarquent à Acre

 

Le quatrième jour du mois de Shawwal et sans ses bagages, le sultan, à la tête de ses troupes, se dirigea vers Tripoli lorsqu’il fut informé que, dans les derniers jours du mois de Ramadan, le roi d’Angleterre était arrivé sur environ trente navires et débarqué à Acre avec trois cents cavaliers dans le but d’accomplir le pèlerinage à Bayt al-Maqdis et que d’autres navires qui transportaient sa suite l’avaient précédés. Le sultan vint camper près de Tripoli et après plusieurs entretiens avec le souverain de la ville, les croisés demandèrent la paix, et obtinrent une trêve de dix années. L’émir Fakhr ad-Din Ibn al-Jilban et le Qadi Shams ad-Din al-Akhnani furent envoyés, avec une somme de trois mille dinars égyptiens, pour racheter les prisonniers. Le sultan regagna son camp avant de retourner à la forteresse d’al-Akrad ou il surveilla l’avancée des travaux et régla l’administration du district.

 

Le 11 de ce même mois, le sultan Rouqn ad-Din Baybars s’empara de la forteresse de ‘Oulayqah occupée par les ismaéliens et après avoir laissé une garnison, il retourna à Damas, où il entra le 15. Il en repartit le 24 pour camper à Safad et envoya les machines de siège vers Qourayn ou il arriva sous les murs de la ville qu’il assiégea. De là, Il se mit en marche et arriva tôt dans la matinée devant les portes d’Acre mais voyant que les croisés restaient à l’abri de leurs murailles, il regagna son camp à Qourayn dont la forteresse avait appartenu aux hospitaliers arméniens, leur seule et unique possession en Palestine. C’était une place imprenable qui contraignit grandement la ville de Safad. Alors que le sultan s’apprêtait à lancer une flèche contre la citadelle, il vit passer un pigeon qu’il abattit. L’oiseau était porteur d’une lettre écrite par un espion de son camp au service des croisés qui contenait des détails sur le sultan.

 

De l’expédition navale musulmane vers Chypre

 

Le premier jour du mois de Dzoul Qi’dah, le sultan prit la périphérie de la citadelle puis le lendemain la bastille. Les sapeurs s’attaquèrent alors à la muraille après que le sultan promit de donner mille dirhems pour chaque pierre qu’ils arracheraient. Pendant ce temps, les attaques se poursuivirent avec acharnement jusqu’à ce que les assiégés demandent des termes pour une capitulation. Il fut convenu qu’ils quitteraient librement la forteresse et se retireraient où ils voudraient sans emporter ni argent et ni armes. Lorsque cela fut fait, il ordonna de la raser le 24 ce de même mois.

 

Le sultan quitta alors la place et se rendit près d’Acre ou il campa à Lajoun après avoir précédemment envoyé des messages en Égypte avec l’ordre d’envoyer la flotte musulmane pour faire une incursion dans l’île de Chypre. Les navires quittèrent le port d’Alexandrie au mois de Shawwal mais, arrivés près de l’île, ils se brisèrent sur des rochers et les habitants firent prisonniers tous les équipages de ces navires. Le roi de Chypre écrivit au sultan une lettre pleine de menaces et dans laquelle il lui disait : « Onze galères égyptiennes qui faisant voile pour envahir Chypre ont été brisées par le vent et leurs équipages sont tombées entre mes mains. » Le sultan, à la lecture de ce message dit : « Louange à Allah ! Depuis mon intronisation, mon drapeau n’avait essuyé aucun échec et je craignais le mauvais œil. Cet échec me met à l’abri d’un autre. » Il envoya au Caire l’ordre de construire vingt galères et de faire revenir cinq autres bâtiments qui se trouvaient à Qous et adressa au prince de Chypre une réponse hostile.

L’échec de l’expédition arriva comme suit :

Le sultan avait donné l’ordre d’équiper dix-sept galères pour mener une expédition contre l’île de Chypre après avoir été informé que le souverain de Chypre venait d’arriver à Acre avec sa flotte et profiter ainsi de son absence. L’amiral Ibn al-Hassoun conseilla de peindre les navires en noir pour imiter ceux des croisés et d’y hisser des pavillons ornés de croix pour tromper et surprendre ces derniers, ce qui fut suivit bien que vu d’un mauvais œil. Les navires voyagèrent et arrivèrent en vue de l’île et du port de Limassol mais furent surprises par la nuit. Le premier navire croyant entrer dans le port se fracassa sur les écueils où il se brisa et les autres vaisseaux qui le suivaient connurent le même sort. Un vent violent se leva et repoussa les épaves loin du port en les jetant les uns sur les autres. Onze galères furent perdues et tous leurs équipages, soit plus de 1 800 hommes, tombèrent aux mains de l’ennemi. Ibn al-Hassoun, le commandant de la flotte, regagna le port d’attache avec le reste des navires. Les croisés échangèrent les officiers et les archers contre leurs confrères aussi prisonniers exceptés les six Raïs (navigateurs) dont ceux d’Alexandrie et de Damiette.

Le sultan, voulut les racheter et envoya l’émir Fakhr ad-Din al-Moukri à Tyr pour négocier leur libération cependant, les croisés demandèrent un prix excessif. Les prisonniers avaient été transférés à Acre et enfermés dans une prison fortifiée. Le sultan ordonna alors à l’émir Sayf ad-Din, un des commandants de Safad, de faire tout son possible pour les libérer. Cet émir réussit à acheter avec de grandes sommes d’argents leurs gardiens qui leur apportèrent des limes et des scies et ainsi, les prisonniers s’échappèrent des cachots de la citadelle et s’embarquèrent sur une barque puis sur des chevaux qui avaient été préparé pour la circonstance et se rendirent au Caire. Personne, dans la ville d’Acre ne fut informé de leur évasion mais lorsque l’information perça, de violents troubles s’ensuivirent dans la ville.

 

Cette même année, des messagers envoyés par le prince de Tyr arrivèrent à la cour du sultan pour demander la paix. Après des pourparlers, il fut décidé que les croisés conserveraient quinze villes du territoire de Tyr et que les cinq autres qui étaient plus grandes reviendraient au sultan et que le revenu serait partagé en deux. Le traité agrée fut signé et assermentés par les deux partis.

 

Toujours cette année, la nouvelle arriva que les croisés avaient fait un raid sur le territoire de Shaqour, qu’il avait pris la place après avoir ruiné la région et incendié les grains.

 

Cette année aussi et en été, une inondation ruina Damas et la furie des flots emporta un grand nombre de personnes, déracina les arbres, combla les rivières, et renversa les maisons. L’eau s’éleva si haut qu’elle submergea les créneaux du rempart et passa par-dessus.

 

Au mois de Sha’ban de cette même année, La Mecque fut inondée et l’eau pénétra à l’intérieur de la Ka’bah.

 

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