CROISADES

La rupture de la trêve avec les croisés d’Acre

 

Cette année, les croisés répandirent la rumeur de la mort du sultan mais envoyèrent toutefois un messager pour demander une trêve. Quatre Mamalik du sultan qui s’étaient enfuis se réfugièrent à Acre mais ce dernier les fit demander. Les croisés refusèrent de les renvoyer à moins qu’un dédommagement leur soit versé ce qui le mit en colère et leur exprima des sévères reproches. Les Mamalik lui furent alors remis bien qu’ils aient apostasiés et embrassé la religion chrétienne. Le sultan Baybars fit alors arrêter les envoyés des croisés qui furent enchaînés et il écrivit à leurs différents souverains pour les informer que la paix était rompue. L’émir al-Aqoush ash-Shamsi fit une expédition sur leur territoire et tua ou fit prisonniers un grand nombre des leurs et le 20 du mois de Ramadan, le sultan marcha sur Tyr ou il tua ou prit un grand nombre d’ennemis avant de regagna son camp. Quelques temps après, il envoya des troupes pour moissonner leurs récoltes et intercepter les convois à destination de Tyr.

Le 26 du même mois, les officiers du sultan prirent la puissante forteresse de Balatounous et le même jour, des troupes parties de Bira prirent la route de Karkar ou ils incendièrent tout ce qu’ils trouvèrent sur leur passage et prirent un immense un grand butin. Les Musulmans s’emparèrent d’une forteresse située entre cette ville et Kakhtah par la force des armes, massacrèrent la garnison et prirent un butin considérable sur lequel ils prélevèrent le cinquième pour le Trésor Public.

 

Cette même année, les croisés de Beyrouth envoyèrent un messager au sultan avec un présent et des prisonniers musulmans qui furent aussitôt remis en liberté. Le sultan accepta de leur accorder une trêve.

 

Du raid conjoint des Tatars et des croisés près d’Alep

 

Au mois de Safar de l’année 668 de l’Hégire (1269), le sultan Baybars qui était alors à Alexandrie fut informé que les Tatars de concert avec les croisés de Palestine s’étaient mis en campagne. Il retourna à la citadelle de la Montagne quand les nouvelles arrivèrent que les Tatars avaient fait un raid sur le territoire de la ville de Sajourj près d’Alep. Le sultan envoya aussitôt un corps de troupes sous le commandement de l’émir ‘Ala’ ad-Din al-Boundouqdari à qui il recommanda de stationner à la frontière de la Syrie et d’être toujours prêt à marcher.

Accompagné d’un petit nombre de personnes, le sultan quitta la citadelle dans la nuit du lundi 21 du mois de Rabi’ Awwal pour Gazali avant d’entrer à Damas, le 7 du mois de Rabi’ Thani après avoir extrêmement souffert du froid sur la route. Le sultan campa alors à l’extérieur de Damas et apprit peu de temps après que les Tatars qui avaient été informé de son arrivée, s’étaient hâtés de prendre la fuite. Par la grâce d’Allah Exalté, tous les ennemis étaient convaincu que sa seule présence équivalait à une nombreuse troupe suffisante pour vaincre les ennemis et que la seule mention de son nom avait la vertu de faire fuir les mécréants.

 

D’autres nouvelles arrivèrent que des armées de croisés avaient quitté l’occident et avaient envoyé des messagers à Abaghah, le fils de Houlakou, pour lui annoncer qu’ils venaient sur de nombreux navires et qu’ils le rejoindraient près de Sis, comme cela avait été convenu. Mais Allah Exalté à Lui les Louanges et la Gloire, fit lever un vent violent qui détruisit un grand nombre de ces bâtiments qui tombèrent dans l’oubli car on n’entendit plus parler des autres vaisseaux ou des survivants.

 

Les croisés marchent sur Safad

 

Peu de temps après la réception de ces nouvelles, il fut informé que l’armée des croisés d‘Acre était sortie de la ville et établit son camp hors de celle-ci avant de se mettre en marche, encouragé par les renforts qu’ils avaient reçus de l’occident, qu’un de leur corps de troupe se dirigeait vers les troupes musulmanes postées à Jinayn (Jinan) et un autre contre celles de Safad.

Le sultan quitta alors Damas sous prétexte d’aller chasser à Barqout et envoya en même temps des courriers avec l’ordre de lui apporter sa logistique de guerre et d’activer toutes les troupes de la Syrie qui se trouvèrent rassemblées au complet à Barqout dans la matinée du mardi 28 de ce même mois.

Sous son commandement, l’ensemble des troupes et le sultan se dirigèrent vers Jisr Ya’qoub où ils arrivèrent à la fin du jour et en repartirent durant la     nuit pour se retrouver au matin levant à l’entrée de la plaine.

Il avait précédemment fait prévenir les troupes qui stationnaient à ‘Ayn Jalout et Safad, qu’une attaque imminente allait avoir lieu et leur avait recommandé de prendre la fuite lorsqu’elles verraient arriver les croisés.

Le sultan se plaça en embuscade et lorsque les croisés, qu’Allah les maudisse, se présentèrent pour attaquer les troupes de Safad, l’émir al-‘Iqan marcha à leur rencontre, suivit par l’émir Jamal ad-Din al-Hajji accompagné des émirs de Syrie puis, par les émirs Itmish as-Sa’di, al-Kidqadi qui commandait le corps d’élite al-Halqah. Les émirs de Syrie combattirent avec la plus grande bravoure tandis que le sultan suivit avec sa garde rapprochée les émirs de la Halqah. Cependant, lorsqu’il les rejoignit, les cavaliers des croisés étaient renversés avec leurs chevaux et leur armée écrasée. Un grand nombre de leurs chefs furent fait prisonniers et les Musulmans ne perdirent dans la bataille que l’émir Fakhr ad-Din at-Tounbal al-Fayzi.

 

Les nouvelles de la victoire furent envoyées dans les diverses provinces et le sultan retourna à Safad, faisant porter devant lui les têtes des ennemis tombés sur le champ de bataille. De là, il se dirigea vers Damas, où il entra précédé par les prisonniers et par ceux qui portaient les têtes. II offrit des robes d’honneur aux émirs avant de repartir pour Hamah d’où il prit la route de Kafartab sans que personne ne sache quels étaient ses desseins.

Il divisa ses troupes en plusieurs corps après avoir laissé ses bagages et prenant avec lui l’élite de son armée, il marcha sur Markab mais les pluies diluviennes qui tombaient l’empêchèrent d’aller plus en avant et il retourna à Hamah où il campa dix-neuf jours sous les murs de la ville avant de reprendre la route de Markab. Lorsqu’il arriva près des villes des ismaéliens, des tempêtes de pluies et de neige stoppèrent son avance et le sultan fut contraint de revenir sur ses pas.

Il se remit en campagne le troisième jour du mois de Joumadah Thani, escorté de deux cents cavaliers et descendit sur la forteresse d’al-Akrad puis accompagné d’environ quarante cavaliers, il gravit la montagne sur laquelle s’élevait la forteresse. Les croisés en très grand nombre et couverts de fer sortirent pour l’attaquer. Il en tua alors une partie et mit le reste en fuite qu’il poursuivit jusqu’au bord des falaises. Là, pour témoigner son mépris envers l’ennemi, il s’écria : « Laissez les faire une sortie après tout, nous ne sommes que quarante cavaliers qui ont pour toute armure que des vêtements blancs. » Mais personne ne sortit le défier alors, il regagna son camp et sur sa route de retour, les chevaux ruinèrent les champs de la région.

Le sultan retourna à Damas où il reçut la nouvelle que le roi de France accompagné de plusieurs princes croisés, s’était mis en mer et que sa destination était inconnue. Le sultan s’activa avec ardeur à mettre les places fortes en état de défense et fit construire des navires. Puis il partit pour l’Egypte, où il arriva le second jour du mois de Shawwal.

 

Comment le Sultan Baybars s’apprêta à marcher sur Tunis

 

Au mois de Mouharram de l’année 669 de l’Hégire (1270), une lettre écrite par Bisou Noujay, un proche parent de Barakah Khan le souverain des Tatars et le principal commandant de ses troupes de ce prince arriva et dans laquelle, il annonçait qu’il avait embrassé l’Islam. Il lui fut répondu par des félicitations et des louanges.

 

Plus tard, les nouvelles arrivèrent que le roi de France, accompagné de plusieurs princes croisés, s’était dirigé vers Tunis et avait attaqué les habitants de cette ville. Le sultan écrivit au souverain de Tunis, pour lui annoncer que ses armées allaient se mettre en marche pour le secourir contre les croisés. En même temps, il écrivit aux Musulmans de Barqah et des provinces du Maghreb pour leur demander de porter assistance à     leurs frères assiégés. Il leur ordonna de creuser des puits sur la route que ses troupes suivraient. Il faisait les préparatifs de l’armée, lorsqu’il reçut les nouvelles que le roi de France était mort, ainsi que son fils et une partie de son armée, que les Arabes auxiliaires étaient arrivés à Tunis, que les puits avaient été creusés et qu’enfin, les croisés avaient quitté l’Ifriqiyah après s’être embarqué le cinquième jour de Safar.

 

Le septième jour de ce même mois, le sultan se rendit à Ascalon afin de raser ce qui restait de cette ville par crainte qu’elle ne fût occupée par les croisés. Il établit son camp dans la place et travailla en personne à détruire tout ce qui restait de la citadelle et des murailles et tout fut rasé jusqu’au sol. Le sultan Baybars retourna alors en Egypte et arriva à la citadelle de la Montagne, le 8 du mois de Rabi’ Awwal.

 

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