CROISADES

Les Musulmans reprennent Césarée

 

Après le départ des différents corps d’armée, le sultan quitta la ville d’Awja et partit chasser dans la forêt d’Oursouf. Il invita ceux des émirs qui voulaient y participer car la forêt était pleine d’animaux sauvages. Puis, le sultan poursuivit sa route jusqu’à près d’Oursouf et de Césarée et, après avoir contemplé les deux places, il regagna sa tente pour trouver que le bois destiné pour les engins de guerre étaient déjà arrivés avec tout ce qu’il avait requis. Il donna alors l’ordre de fabriquer un grand nombre de mangonneaux tandis que lui-même, assis au milieu des artisans, les incitait au travail. En l’espace d’un jour, quatre grandes machines furent achevées sans compter les petites.

Le sultan écrivit aux gouverneurs des diverses forteresses, pour demander des machines de guerre, des ouvriers et des tailleurs de pierre puis, les soldats reçurent ordre de fabriquer des échelles. Le sultan alla camper dans le voisinage des sources d’Assawir des vallées de ‘Arab et de ‘Ararah et après la dernière heure du soir, toutes les troupes, en vertu du commandement qu’elles avaient reçu, s’armèrent complètement.

Le sultan se mit en marche vers la fin de la nuit et se dirigea vers Césarée ou il arriva sous les murs de la ville, le jeudi matin 9 du mois de Joumadah Awwal, surprenant les habitants qui ne s’attendaient pas à cette attaque. Il donna alors à ses troupes le signal du combat et aussitôt, ses soldats traversèrent le fossé, lancèrent leurs grappins et grimpèrent de toutes parts. Les batteries de mangonneaux martelèrent la place et après avoir incendiés les portes, les Musulmans pénétrèrent dans la ville tandis que les habitants se réfugièrent dans la citadelle nommée al-Khadrah ou les croisés avaient intégrés des colonnes de granit dans les fondations pour empêcher la sape et éviter que la muraille ne s’effondre. La citadelle à son tour fut alors continuellement bombardée par les missiles des machines de sièges et des pluies de flèches tandis que les attaques et les assauts se répétèrent sans interruption.

Le sultan envoya alors vers Bayssan un corps de troupe dont il donna le commandement à l’émir Shihab ad-Din al-Qaymari. Un autre corps composé d’Arabes et de Turcomans avança jusqu’aux portes d’Acre et fit prisonniers un grand nombre de croisés.

Le siège de la citadelle de Césarée se poursuivit avec force. Le sultan établit son poste au sommet d’une proche bâtisse afin d’empêcher les croisés de monter au haut des remparts de la forteresse. Il se rendait parfois jusqu’au mur pour voir l’avancée des travaux de     sape et parfois il allait combattre jusqu’à ce que son bouclier soit criblé de flèches. Enfin, le jeudi 15 du mois de Joumadah Awwal, les Musulmans escaladèrent les remparts, brûlèrent les portes et envahirent la place tant par la porte que du haut des remparts qu’ils prirent par la force des armes. Le lendemain matin, l’appel du muezzin retentit dans ville appelant les Musulmans à la prière du matin.

Plus tard, le sultan accompagne des émirs, se rendit dans la citadelle puis, il partagea la ville en quartier entre les différents émirs, Mamalik et soldats qui commencèrent aussitôt à détruire la place et le sultan en personne participa à sa démolition. Lorsqu’elle fut pratiquement rasée, le sultan envoya les deux émirs Sounqour ar-Roumi et Sayf ad-Din al-Moustarab à la tête d’un corps de troupes à Malouhah près de Damas ou ils prirent et rasèrent jusqu’au sol une forteresse imprenable des croisés.

 

La prise de Hayfa et la chute d’Oursouf

 

Le 26 du même mois, le sultan envoya un détachement vers ‘Atlit tandis que les émirs Sounqour, ‘Izz ad-Din al-Hamawi, et Sounqour al-Alfi, marchèrent sur Hayfa ou ils prirent de force la ville après avoir massacré un grand nombre de croisés et prit autant de prisonniers. Le reste des croisés abandonnèrent la ville et s’enfuirent dans leurs navires Ce même jour, les Musulmans prirent la ville et la citadelle qu’ils ruinèrent avant de retourner sains et saufs, avec les captifs et un immense butin.

Entretemps, le sultan se rendit à ‘Atlit qu’il ordonna de raser jusqu’au sol et de couper tous les arbres, ce qui fut accompli le jour même. Le sultan retourna alors dans son camp à Césarée ou tous les vestiges de la ville furent effacés comme si elle n’avait jamais existée.

 

Le 29, après avoir reçu de Damas des nouveaux engins de sièges et des munitions, le sultan quitta Césarée et se mit en marche sans que personne ne sache la destination puis arriva, le 1 Joumadah Thani, sous les murs d’Oursouf ou il établit son camp. Il y ramener les réserves de bois qui étaient stockés dans les environs telles des marges collines qu’il employa pour fortifier son camp puis, fit creuser deux mines qui s’étendaient depuis le fossé de la ville jusqu’à celui de la citadelle qui furent recouvertes de planches. La garde de l’une d’entre elles fut confiée à plusieurs émirs dont as-Sounqour ar-Roumi, Badr ad-Din al-Bayssari, Badr ad-Din al-Khazindar, Shams ad-Din ad-Daqiz al-Karki et d’autres. La seconde mine fut confiée aux émirs Sayf ad-Din Qalawoun (al-Malik al-Mansour Sayf ad-Din Qalawoun al-Alfi as-Salihi an-Najmi al-‘Ali’i), ‘Alim ad-Din al-Halwah al-Kabir, Sayf ad-Din al-Qarmoun et d’autres.

L’une des mines fut alors plus profondément creusée sous la citadelle et une immense quantité de bois y fut transporté mais les croisés réussirent à l’incendier et bientôt, elle fut réduite en cendres. Le sultan ordonna alors de nouvelles excavations depuis l’entrée des deux mines jusqu’à la mer. Plusieurs autres mines furent creusées sous terre de manière à ce qu’elles soient protégées par le mur du fossé de l’ennemi dans lequel plusieurs brèches furent ouvertes par lesquelles on jetait la terre qui tombait dans les mines si bien que bientôt le niveau de celles-ci se retrouva au même niveau que celui du fossé. Des architectes furent amenés pour organiser les travaux, dont la direction fut confiée à l’émir Izz ad-Din Aybak al-Fakhri, et qui avancèrent rapidement.

Le sultan participait en personne aux travaux, creusait tantôt la terre, tractait les machines, transportait la terre, les pierres, afin d’inciter les autres à faire de même par son exemple. On le voyait marcher seul, armé d’un bouclier, tantôt dans les mines, tantôt près des passages que l’on venait d’ouvrir, tantôt près du rivage d’où il tirait des flèches sur les vaisseaux des croisés, tantôt tirant les cordes des machines, tantôt sur les palissades d’où il lançait des flèches contre l’ennemi et un jour, il en tira plus de trois-cent.

Un autre jour, alors qu’il visitait la mine, il s’assit à son extrémité supérieure derrière une ouverture d’où il se mit an tirer des traits vers l’ennemi. Les croisés armés de lances et de crochets sortirent alors de la place contre le sultan mais il tint ferme et combattit bravement en compagnie des émirs as-Sounqour ar-Roumi, al-Bayssari et Badr ad-Din al-Khazindar. Le sultan tua de sa main deux cavaliers croisés tandis que les autres s’enfuirent dans un désordre complet.

Le sultan al-Malik az-Zahir Rouqn ad-Din Baybars aimait se déplacer entre ses différents corps de troupes et personne n’osait le regarder ou le désigner du doigt tant il était respectable. Parmi les gens qui participèrent à cette expédition, se trouvait un grand nombre de religieux, d’ascètes, de juristes, de savants et de volontaires. Ni vin et ni actes honteux ne fut vu dans son camp. Des femmes vertueuses venaient au milieu des combats abreuver les soldats et traînaient elles-mêmes les machines de guerres. Le sultan attribua des récompenses à plusieurs personnages éminents comme le Sheikh ‘Ali al-Baqqah qui reçut une somme d’argent.

Il n’a jamais été rapporté qu’un officier attaché à la personne du sultan manque de combattre pour une quelconque raison, ou qu’un émir envoya ses pages se battre à sa place pour qu’il puisse se reposer. Tout le monde travaillait sans distinction et bientôt les engins de sièges détruisirent une partie de la muraille, les mines creusées des deux côtés du fossé furent achevées et de larges brèches furent ouvertes dans le mur.

Le jeudi 8 du mois de Rajab, l’assaut fut donné sur la citadelle d’Oursouf et la place fut prise par la force des armes. Ce même jour, la bastille s’effondra et avant même que les croisés ne réalisent sa chute, les Musulmans avaient déjà escaladé les remparts et pénétré dans la place. Leurs étendards furent plantés sur la bastille autour desquels se pressèrent les combattants. Les portes furent incendiées tandis que les croisés continuaient de résister.

Le sultan remit alors son étendard à l’émir as-Sounqour ar-Roumi et lui ordonna de laisser la vie sauve aux croisés qui cessèrent alors de combattre. L’étendard fut confié à l’émir ‘Alim ad-Din as-Sanjar al-Masrouri plus connu sous le nom d’al-Khayat qui fut hissé à l’aide de corde sur le rempart. Après avoir désarmé les croisés, il les attacha avec des cordes et les conduisit devant le sultan après avoir traversé les rangs des émirs. Les prisonniers s’élevaient à plusieurs milliers puis, le sultan donna l’ordre à ses soldats de piller la ville qui contenait des quantités considérables de provisions, de munitions, d’argent, de chevaux et de mulets. Le sultan ne toucha à rien mais se contenta de racheter quelques objets aux soldats qui les avaient pris. Un très grand nombre de prisonniers musulmans enchainés furent trouvés dans les prisons et remit en liberté et les croisés furent mis au fer à leur place et confié à un corps de troupes. Le sultan partagea les tours d’Oursouf entre ses émirs et ordonna que la ville soit rasée par les prisonniers croisés en personne, ce qui fut exécuté.

 

Le sultan ordonna d’inspecter le territoire de Césarée et d’en déterminer les revenus, ce qui fut dument accompli puis, il somma le Qadi de Damas à qui il donna l’ordre d’attribuer une partie des terres conquises à tous les émirs qui avaient participé à la bataille et que chaque donation soit consignée dans les registres sans qu’aucun de ces émirs n’en ait connaissance. Puis le mardi 23 du mois de Rajab, lorsque la ville fut totalement rasée, le sultan quitta ce qui avait été la ville d’Oursouf pour Gaza avant de retourner Égypte.

 

Comment de nombreux incendies furent volontairement allumés par les Chrétiens au Caire

 

Durant son absence, de nombreux incendies furent allumés au Caire et à Foustat par les Chrétiens. Ces accidents causèrent une indicible terreur chez les gens et dans plusieurs places qui avaient été brulées, du naphte et du soufre furent trouvés. Le sultan somma alors les Chrétiens et les Juifs, leur fit de vives remontrance et leur annonça que leurs actions avaient entrainées l’annulation de tous leurs droits. Puis, il les condamna à être brûlés vifs mais l’émir Atabek Faris ad-Din Aktay intercéda en leur faveur. Ils obtinrent donc la vie sauve, sur la condition qu’ils restitueraient tout ce qui avait été perdu dans les incendies et payeraient au trésor 500 000 dirhems d’or. Les accusés promirent aussi de ne plus jamais se livrer à de tels actes ni d’enfreindre les engagements auxquels ils s’étaient soumis et ainsi, ils furent remit en liberté.

 

Vers le milieu du mois de Ramadan, des nouvelles arrivèrent que ‘Izz ad-Din as-Saqandari, le gouverneur d’ar-Ralibah, avait pris Qarqissiyah, massacré tous les Tatars et les Kurdes qui s’y trouvait et fait plus de quatre-vingts prisonniers.

 

Une nuit, le sultan déguisé, descendit de la citadelle de la Montagne et parcourut les rues du Caire afin d’observer ce qui se passait. Il vit alors un des commandants saisir une femme puis lui enleva ses dessous sans que personne n’essaye de s’interposer. Le lendemain matin, le sultan fit trancher les mains de plusieurs fonctionnaires.

 

Cette même année, le sultan nomma ‘Issa Ibn Mouhannah émir des Arabes des Banou al-Fadl qui sitôt nommé, marcha sur Harran et Bira d’où il chassa les Tatars qui s’y trouvait.

 

Le 9 du mois de Rabi’ Awwal, le maudit Houlakou Khan Ibn Touloukan, fils du maudit Shinjiz Khan, mourut d’une attaque d’épilepsie près de Marajah à l’âge de plus de soixante ans et après avoir régné dix année. Son fils Abaghah lui succéda et envoya aussitôt son armée combattre le prince Barakah Khan mais son armée fut écrasée.

 

 

Le 8 du mois de Safar de l’année 664 de l’Hégire (1265), une bataille eut lieu entre l’émir ‘Alim ad-Din as-Sanjar al-Bash al-Kourdi, le gouverneur de Homs, et le souverain des croisés de Tripoli qui fut mis en déroute.

 

Au mois de Joumadah Awwal, Fakhr ad-Din Ibn al-Jilban, retourna du pays des croisés en ramenant avec lui un grand nombre de prisonniers musulmans qu’il avait rachetés avec les fonds provenant du Waqf et qui lui avaient été remis par l’émir Jalal ad-Din an-Najibi, le gouverneur de Damas. Parmi ces captifs se trouvaient des femmes et des enfants. Les femmes furent envoyées à Damas, afin que le Qadi leur trouve des époux.

 

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