CROISADES

L’empereur byzantin intercepte les messagers envoyés à Barakah

 

Le vendredi 25 du mois de Ramadan, la nouvelle arriva que l’empereur byzantin avait retenu les messagers envoyés au prince Barakah, et les avait empêchés de continuer leur voyage de sorte que les présents qu’ils transportaient avaient été perdus. Le sultan somma les patriarches et les évêques et leur demanda ce que méritait un homme qui avait violé ses serments et ses engagements. Tous répondirent qu’un pareil homme devait être excommunié. Le sultan, après leur avoir fait écrire leur déclaration leur présenta les traités signés par l’empereur puis leur dit : « En retenant mes envoyés, ce souverain a violé ses engagements et démontré son entente avec Houlakou. » Il envoya alors des messagers chrétiens à l’empereur pour lui notifier son excommunication ainsi qu’une lettre très dure. Il écrivit aussi au prince Barakah et la fit remettre à l’émir Faris ad-Din Aqoush Mas’oudi qui avait été chargé de se rendre auprès de Barakah et lui apporter des présents. Quand l’empereur reçut le message du sultan, il libéra les ambassadeurs qui partirent pour la cour de Barakah.

 

Un courrier expédié de Syrie apporta la nouvelle qu’un très grand nombre de Tatars, de Turcs et d’habitants de Baghdad étaient entrés sur leur terre pour venir faire leur soumission. Le sultan somma les émirs, les informa et leur dit : « Je crains que l’arrivée de tous ces hommes à la fois ne cache un sinistre but. Sortons donc à leur rencontre, s’ils arrivent pour se soumettre, nous les traiterons en conséquence et dans le cas contraire nous serons prêts à toute éventualité. Je pourvoirais aux dépenses de tous ceux de mes soldats qui viendront avec moi et je serais dans l’armée comme l’un d’entre vous. Toutes mes montures et mon argent leurs reviennent de droit et à tous ceux qui combattent dans la voie d’Allah Exalté.»

 

Cette même année, une comète très lumineuse dont la queue se dirigeait vers l’occident apparut du côté de l’orient. Elle apparaissait un peu avant la levée du jour et avança lentement jusqu’à ce qu’elle atteigne un point élevé. Sa queue jetait une lueur très-vive et ne s’éloigna de la constellation de Hakah qu’à environ la distance d’une grande lance. Elle apparut à la fin du mois de Ramadan jusqu’au premier jour du mois de Dzoul Qi’dah.

A la fin du mois de Ramadan et dans les premiers jours de Shawwal, à la tombée de la nuit profonde, apparurent au nord-ouest, des lignes brillantes qui ressemblaient à des doigts et qui se trouvaient dans la partie la plus élevée du ciel.

Le quatrième jour de Shawwal, peu avant le coucher du soleil, celui-ci prit une teinte rouge, perdit son éclat et s’éclipsa totalement jusqu’à sa disparition de l’horizon puis, à la tombée de la nuit, la lune prit la même apparence.

 

Toujours cette année, un enfant mort qui avait deux têtes, quatre yeux, quatre pieds et quatre mains fut découvert dans un quartier hors du Caire.

 

L’affaire des cadavres

 

Toujours cette même année, des cadavres d’hommes assassinés apparurent sur l’un des canaux du Caire. Plusieurs personnes disparurent sans que l’on pût découvrir la cause de leur mort et après un mois d’enquête, il apparut qu’une femme d’une grande beauté nommée Jaziyah sortait quotidiennement dans une parure attrayante en compagnie d’une vieille femme. Lorsqu’un inconnu s’approchait d’elle et lui faisait des propositions galantes, la vieille femme lui disait alors : « Ma maîtresse ne peut aller chez personne mais celui qui a des vues sur elle peut venir dans notre logement. » Et dès que le malheureux était entré dans cette maison, des hommes embusqués se jetaient sur lui, le tuait et enlevaient tout ce qu’il avait sur lui. Cette femme changeait continuellement de demeure. Alors qu’elle habitait à l’extérieur de la Porte de Shari’ah, sur les bords du canal, la vieille femme alla un jour trouver une célèbre coiffeuse du Caire et l’invita à venir pour un mariage. La coiffeuse partit avec elle, portant suivant l’usage, une quantité de bijoux et accompagnée d’une jeune fille qui était à son service. Lorsqu’elles arrivèrent à la maison, la coiffeuse entra et la jeune esclave s’en retourna. Les hommes cachés tuèrent la coiffeuse et prirent tout ce qui était sur elle. Lorsque la jeune servante revint au logis pour demander sa maîtresse on lui dit répondit qu’on ne l’avait pas vue. Elle se rendit alors chez le Wali et lui raconta l’histoire.

Ce dernier se rendit aussitôt et entra à l’improviste dans la maison qui lui avait été désignée où il surprit la vieille et la jeune femme qu’il arrêta et tortura. Bientôt, elles avouèrent leurs crimes et furent emprisonnées. Un homme venu s’informer du sort de ces deux femmes fut saisi et torturé à son tour si bien qu’il dénonça son associé qui était le propriétaire des fours à briques qui fut immédiatement arrêté et questionné. Il apparut, suite à leurs aveux, que dès qu’ils avaient tué un homme, ils le jetaient dans la fournaise afin de le faire disparaitre puis, ils indiquèrent des caves sous la maison et qui étaient remplies de cadavres. Tous les coupables furent crucifiés et deux jours après, la jeune femme fut remise en liberté mais elle ne tarda pas à mourir.

 

Cette même année, l’empereur de Constantinople, fit arrêter ‘Izz ad-Din Kaykaous Ibn Kaykhousrou Ibn Kaykoubad, le souverain du Sultanat de Roum qui était en guerre contre son frère Rouqn ad-Din Kilij Arsalan qui le vainquit et le força de fuir. ‘Izz ad-Din se retira chez l’empereur qui lui accorda asile et le reçut dans son palais avec tous les gens de sa suite. Cela dura quelque temps, jusqu’à ce qu’il fut informé qu’ils avaient l’intention de l’assassiner et de s’emparer de son royaume. Il les fit alors arrêter, emprisonna ‘Izz ad-Din et fit aveugler, au moyen d’un fer chaud, tous ses compagnons.

 

Du siège de Bira par les Tatars

 

Au mois de Mouharram de l’année 663 de l’Hégire (1265), le sultan al-Malik az-Zahir Baybars quitta la citadelle de la Montagne pour la chasse. Après avoir séjourné quelques temps à Wassim, il se rendit à ‘Abbassah ou il s’exerça à tirer à l’arquebuse quand il fut informé que les Tatars assiégeait Bira. Le sultan fit aussitôt partir sur les chevaux de la poste, l’émir trésorier Badr ad-Din avec l’ordre d’envoyer quatre mille cavaliers des troupes de Syrie. Puis, il retourna à la citadelle de la Montagne ou il séjourna une seule nuit alors que les chevaux étaient dans les pâturages.

Le sultan donna alors le commandement de son avant-garde à l’émir ‘Izz ad-Din al-‘Iqan surnommé Sam al-‘Arab à qui il attribua les émirs Fakhr ad-Din Hamsi, Badr ad-Din Bilik al-Idmouri et ‘Ala’ ad-Din Kistajoudi ash-Shamsi. Cette avant garde quitta aussitôt la ville du Caire, le 4 du mois de Rabi’ Awwal puis, sur ses ordres, les émirs Jamal ad-Din Mahmoudi et Jamal ad-Din al-Ijoudi al-Hijabi, à la tête d’également quatre mille soldats se mirent en marche, deux jours après le départ de l’émir Izz ad-Din al-‘Iqan, et établirent leur camp hors du Caire. Enfin, le 10 de ce même mois, ils partirent sur les traces de l’avant-garde.

Le sultan qui voulut personnellement prendre part à cette expédition, quitta le Caire, le 5 du mois de Rabi’ Thani, à la tête d’une armée nombreuse. Une épidémie toucha alors les montures qui périrent en grand nombre et furent abandonnées sur la route avec leur chargements malgré cela, le sultan ne ralentit pas sa marche et lorsqu’on se plaignit à lui du manque de bêtes de charge, il répondit : « Mon souci majeur est la défense de l’Islam et non pas les chameaux. »

Il arriva à Gaza où il établit son camp, le vingtième jour du mois quand il fut informé que l’ennemi avait dressé contre la ville de Bira dix-sept mangonneaux. Il tint la nouvelle secrète et n’en informa que les émirs Shams ad-Din Sounqour ar-Roumi et Sayf ad-Din al-Qalawoun. Il écrivit à l’émir al-‘Iqan et lui : « Puisque tu n’es pas encore arrivé à Bira, je vais m’y rendre en personne, à la tête d’une troupe légère. »

Il quitta alors aussitôt Gaza et vint camper près de Sa’idah ou il partit chasser mais il tomba de sa monture et se meurtrit le visage cependant, cela ne l’empêcha pas de poursuivre sa marche. Le prince de Jaffa vint alors lui offrir des présents. Le sultan Baybars arriva à Bana le vingt-sixième jour du même mois et alors qu’il prenait un bain dans sa tente, un courrier arriva de Damas. Le prince, sans attendre un instant, se fit lire la lettre qui disait qu’un message envoyé par al-Malik al-Mansour le souverain de Hamah et relayé par pigeon avait été reçu et qui annonçait son arrivée et celle de ses troupes à Bira, accompagné de l’émir Izz ad-Din al-‘Iqan et de quelques autres émirs, le lundi précédent. Et, que les Tatars, à la vue de l’armée du sultan, avaient pris la fuite, détruit leurs machines, et coulé leurs navires. Entre le temps où ce message avait été écrit à Bira et le moment de son arrivée à Bana, il s’était écoulé quatre jours. Peu après, d’autres lettres envoyés par les émirs, confirmèrent ces nouvelles, qui furent transmises au Caire et ailleurs.

Le sultan ordonna alors de rebâtir tout ce que l’ennemi avait détruit dans la ville de Bira. Il y fit transporter d’Égypte et de Syrie, des machines de guerre, des armes, des munitions et tout ce qui pouvait être utile à la population, pour soutenir un siège de dix ans. Il écrivit aux émirs et au prince de Hamah pour leur ordonner de rester à Bira jusqu’à ce que le fossé fût complètement vidé de ce que l’ennemi y avait jetés pour le combler. Par conséquence, et durant quelque temps, les émirs participèrent aux travaux en personne et en informèrent le sultan. Lorsque le prince reçut le message du sultan, il était debout sur le rempart de Césarée ou il aidait à la démolition de sa muraille et tenait un instrument tranchant. Il se blessa la main ce qui ne l’empêcha pas de lui écrire cette réponse : « Louanges à Allah ! Chacun de nous est occupé nuit et jour à faire la guerre, à transporter des pierres, et à surveiller les mouvements des mécréants. »

 

Le sultan écrivit au Caire, pour faire venir deux cent mille pièces d’argent et deux cent robes d’honneur et à Damas, cent mille pièces d’argent et cent robes qui furent tous et sur son ordre, envoyés à Bira. Le prince ordonna à l’émir al-‘Iqan de sommer les habitants de la forteresse de Bira et de revêtir chacun d’entre eux, émir, soldat, serviteur et civil, d’une robe d’honneur et une gratification en argent, et de n’oublier personne, ni les gardes ou les hommes préposés à l’éclairage, ce qui fut exécuté à la lettre.

 

 

Plus tard, le sultan envoya en Egypte un ordre pour proscrire l’usage de la bière, de supprimer totalement cette boisson, de détruire les maisons de sa vente et les instruments servant à sa fabrication, et de rayer des registres financiers les taxes en provenant. Ceux qui en tiraient un revenu devraient recevoir en échange, un dédommagement pris sur des fonds licites. Tout cela fut exécuté et ceux qui touchaient des revenus sur la bière reçurent d’autres allocations.

 

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