CROISADES

Le sultan Baybars assiège Acre

 

Le samedi 4 du mois de Joumadah Thani, le sultan se mit en marche après avoir choisi un cavalier sur dix et donné le commandement du camp en son absence à l’émir Shouja’ ad-Din Shibli. Il quitta son camp de Tour vers le milieu de la nuit et arriva le matin sous les murs d’Acre qu’il assiégea. Il envoya un corps de troupes pour assiéger une des proches tours sur qui les sapeurs s’activèrent immédiatement. Puis lorsque le soleil fut sur le point de se coucher, le sultan ordonna le retrait après avoir procédé à une reconnaissance totale des lieux pour démentir les croisés qui prétendaient que personne n’oserait s’approcher de la ville. Ainsi, ils purent constater du haut de leur rempart les activités du sultan sans pouvoir faire un seul mouvement.

Le lendemain, à la pointe du jour, le sultan repartit avec son armée pour Acre. Les croisés entre temps avaient creusé un fossé autour de la colline de Tall Foudoul, placé des chausse-trapes sur la route, et se tenaient en ordre de bataille sur la colline. Lorsque le sultan arriva devant eux, il arrangea ses troupes pour la bataille et tous les Musulmans se mirent à invoquer le nom d’Allah Exalté, à Le Louer et proclamer Sa Grandeur. Le sultan encouragea cet élan, et toutes ces voix réunies formaient un immense choeur.

Le fossé fut rapidement comblé par les pages et ceux qui avaient voulu participer au combat dans la voie d’Allah Exalté puis, les Musulmans escaladèrent la colline que les croisés avaient évacuée pour se réfugier dans la ville et entreprirent de détruire toutes les tours qui se trouvaient près de la ville. Les arbres furent incendiés et une lourde fumée se propagea. L’armée arriva alors jusqu’aux portes de la ville et en court instant, un grand nombre de croisés furent tués ou faits prisonniers tandis que le sultan, debout sur le sommet de la colline, donnait les ordres adéquats pour permettre de prendre la ville. Les émirs venaient les uns après les autres provoquer en duel les croisés devant les portes et en tuèrent de nouveau un très grand nombre. Vers la fin de la journée, le sultan s’avança vers la tour qui avait été minée et elle s’écroula sous ses yeux. Quatre cavaliers et plus de trente fantassins furent capturés.

 

Le 7 du mois de Dzoul Qi’dah, les courriers de la poste en provenance de Bira et d’Alep apportèrent la nouvelle.

 

Le 6 du mois de Dzoul Hijjah, 1 300 cavaliers tatars se rendirent à la Haute Porte pour se soumettre au sultan qui ordonna de les recevoir avec bienveillance. Les principaux d’entre eux étaient Karamoun, Amtaghiah, Noukiah, Jarak, Kayan, Nassaghiah, Tayshour, Bantou, Soubhi, Jawjalan, Aj-Karka, Ad-Karak, Kiray, Salaghiah, Moutaqaddim, et Daraqan et le sultan sortit à leur rencontre. Dès qu’ils l’aperçurent, ils descendirent de cheval, et baisèrent la terre devant le monarque, qui resta en selle. Le sultan, après les avoir honorés, retourna à la citadelle du château.

Le 8 du même mois, le sultan leur fit revêtir des robes d’honneur puis alla visiter le tombeau du fils de Barakah Khan. Peu après, des nouvelles annoncèrent l’arrivée d’un autre corps de Tatars suivit d’un troisième et le sultan les reçut avec honneur après être sorti à leurs rencontres. Les principaux d’entre eux furent nommés émirs. Le sultan les invita alors à embrasser l’Islam ce qu’ils firent et se firent tous circoncire.

 

Toujours cette même année, le roi des croisés al-Firansi rassembla ses troupes pour retenter la conquête de Damiette mais ses officiers lui conseillèrent plutôt d’attaquer Tunis et que la prise d’al-Mahdiyyah faciliterait celle de Damiette. Il arriva donc devant Tunis et était sur le point de s’en emparer lorsqu’Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, leur envoya une maladie virulente qui emporta le roi et un grand nombre de ses principaux officiers. Les autres retournèrent alors dans leur pays et cette nouvelle croisade faillit comme la précédente.

 

 

 

Au mois de Mouharram de l’an 662 de l’Hégire (1264), il fut proclamé dans les villes du Caire et de Foustat, qu’aucune femme ne devrait porter de turban ni s’habiller de vêtements pour homme et que si après trois jour l’une d’entre elle le faisait, elle se verrait ôter ces habits.

 

Cette année, les croisés demandèrent au sultan la permission de cultiver les terres qu’ils avaient en Syrie, et pour la circonstance, une trêve de quelques jours leur fut accordée.

 

La marche du roi d’Arménie sur Konya

 

Cette année aussi, la nouvelle arriva que Haythoum, le roi d’Arménie avait rassemblé des troupes, marché sur Konya et établit son camp devant la forteresse de Sarfand. Des courriers de la Citadelle de la Montagne arrivèrent à Hamah et à Homs qui ordonnaient aux troupes de se rendre à Alep. Les troupes musulmanes se mirent en route et tombèrent sur l’armée arménienne qu’ils écrasèrent et firent un grand nombre de prisonniers ennemis. Les Arméniens s’enfuirent et demandèrent de l’aide aux Tatars qui étaient campés dans le Sultanat de Roum qui envoyèrent plusieurs centaines de cavaliers mais lorsqu’ils arrivèrent sous les murs de Harim, la neige tomba et les contraignit à rebrousser chemin après qu’un grand nombre d’entre eux mourut.

 

Au mois de Joumadah Awwal, l’émir Sayf ad-Din al-Bilban az-Zayni partit pour la Syrie pour inspecter les forteresses et passer en revue les troupes de Hamah, d’Alep et des frontières ainsi que d’ordonner aux émirs d’avoir leurs effectifs au complet ainsi que leurs armements et leurs munitions toujours prêts et de ne pas tenir compte des excuses de ceux qui refusaient de pas participer à la guerre. D’autre part, il lui fut confié un importante somme d’argent qu’il devait transporter de Damas à Bira pour les dépenses de la ville.

Plusieurs Arabes de la tribu de Khafajah arrivèrent au même moment avec des lettres des membres de leur tribu qui habitaient l’Irak et qui informaient qu’ils avaient conduit un certain nombre de raids sur les terres des Tatars et jusqu’aux portes de Baghdad. Ces messagers furent honorés

 

Ce même mois, des messagers furent envoyés au prince Barakah et un grand nombre de Tatars qui étaient arrivés en Égypte, embrassèrent l’Islam sur l’invitation du sultan suivit par un certain nombre de croisés qui se soumirent de leur plein gré ainsi que des émirs nubiens qui avaient été envoyés par leur roi. En un seul jour, l’émir trésorier Badr ad-Din leur distribua cent quatre-vingts chevaux.

 

Au mois de Joumadah Thani, deux espions apostats envoyés par les Tatars furent arrêtés.

 

Ce même mois, la construction de la tour que le sultan avait fait construire à Kara fut achevée et les travaux d’une plus grande, qui devait servir à protéger les routes contre les incursions des croisés, débutèrent.

 

Cette année, le roi d’Arménie, qui envisageait de déclarer la guerre en Syrie, fit préparer mille manteaux et mille coiffes tatars qu’il fit vêtir à ses troupes pour faire croire qu’ils avaient été envoyés par les Tatars. Dès que la nouvelle fut reçue, des courriers furent envoyés à Damas et à Hamah ordonnant aux troupes de ces villes de marcher sur Homs. Les armées se mirent en marche et livrèrent un certain nombre de batailles au cours desquelles, les Arméniens furent une nouvelle fois écrasés. Les troupes vinrent alors camper sous les murs d’Antioche ou ils tuèrent ou firent prisonniers un grand nombre d’ennemis et prirent un immense butin. Un autre corps de troupe pénétra en Palestine pour attaquer les croisés et marcha jusqu’aux portes d’Acre et entreprit de rebâtir la ville de Shaqif Tiroun, qui était en ruine depuis l’année 658 de l’Hégire (1259). Dès que les travaux de rénovation furent achevés, la ville fut approvisionnée en armements et en vivres. Le sultan envoya aux troupes de Palestine deux cent mille pièces d’argent qui furent partagée entre les soldats.

 

Un message fut envoyé à l’émir Nassir ad-Din al-Qaymari lui ordonnant de faire des incursions et des raids sur les territoires de Césarée et de ‘Atlit. Il fit donc ce qui lui était demandé et pilla, tua et prit un grand nombre de prisonniers. Les croisés qui étaient en marche pour attaquer Jaffa furent saisis de crainte et retournèrent sur leurs pas cependant, un peu plus tard des nouvelles arrivèrent que ces derniers avaient pillés les Musulmans et prit un butin considérable. Le sultan écrivit aux gouverneurs de Syrie et leur ordonna de ne ménager aucun effort pour récupérer ce qui avait été pris. Bientôt, une lettre de l’émir Nassir ad-Din al-Qaymari arriva pour informer que les croisés avaient rendu tout ce qu’ils avaient capturé et qui consistait en un grand nombre d’hommes et d’animaux.

 

 

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