CROISADES

La mort al-Moustansir Billah, le premier calife abbasside du Caire

 

En l’an 660 de l’Hégire (1262), après être retourné de ses terres natales, le commandant tatar Karbougha qui avait été nommé gouverneur de Baghdad par Houlakou, sortit pour combattre le calife al-Moustansir Billah (le premier calife abbasside d’Egypte). Il ravagea la ville d’Anbar et tua tous les habitants avant d’être rejoint par le reste des Tatars qui se trouvaient à Baghdad.

Au mois de Mouharram, le calife marcha à la rencontre de l’ennemi et rangea ses troupes en bataille. Il donna l’aile droite aux Turcomans, l’aile gauche aux Arabes et resta dans le centre avec un corps d’élite avant de se lancer en personne sur les Tatars et enfoncer leur avant-garde. Cependant, les Turcomans et les Arabes s’enfuirent aussitôt du champ de bataille quand ils virent les Tatars qui avaient été posté en embuscade. Le calife et son corps d’élite furent alors submergés par les tatars et tués jusqu’au dernier excepté environ cinquante d’entre eux qui réussirent à s’enfuit dont l’émir Abou al-‘Abbas Ahmad s’échappa qui se rendit en Égypte où il reçut le surnom d’al-Hakim Bi-Amrillah. Nul ne sut ce qui était advenu du calife. Certain ont dit qu’il fut tué dans le combat le 3 du mois de Mouharram et d’autres disent qu’il fut blessé et se réfugia dans une tribu d’Arabes ou il mourut après avoir régné moins d’une année.

 

Cette même année, l’émir Shams ad-Din Sounqour ar-Roumi ainsi que les émirs de Homs et de Hamah firent une incursion dans le territoire d’Antioche, assiégèrent le souverain de cette ville et incendièrent le port et tous les navires qui s’y trouvaient. Ensuite, ils attaquèrent et prirent la ville de Sou’aydah ou ils tuèrent ou firent prisonniers un grand nombre de croisés. Il retourna alors et arriva au Caire le dernier jour du mois de Ramadan, conduisant avec lui environ deux cent cinquante prisonniers. Le sultan les accueillit, les honora et leur donna des robes d’honneurs.

 

L’arrivée de Tatars convertis à l’Islam

 

Le 4 du mois de Ramadan, le gouverneur de la Syrie, l’émir ‘Ala’ ad-Din Hajj Taybars al-Waziri fut arrêté, conduit en Égypte et emprisonné dans la citadelle de la Montagne. L’émir Jalal ad-Din Idaqdi Hajj Rouqni prit le commandement de la ville quand des rumeurs annoncèrent l’arrivée des Tatars.

Le sultan ordonna alors aux habitants de la Syrie de quitter le pays avec leurs familles et de se retirer en Égypte et bientôt des multitudes de personnes arrivèrent. Sur les ordres du sultan Baybars, les gouverneurs des provinces qui les faisaient escorter ne devaient absolument rien exiger d’eux et ni toucher à leurs biens. Des lettres furent envoyées à Alep pour ordonner aux soldats d’incendier les pâturages et des soldats furent envoyer vers Amid et autres places, ou ils mirent le feu aux prairies ou Houlakou avait l’habitude de camper. Le feu s’étendit dans une distance de dix journées de marche et tout cet espace fut couvert de cendres. Tout la province de Khilat fut incendiée et les épis encore verts coupés.

En même temps, des espions envoyés de Damas et d’autres villes tombèrent sur un grand     nombre de Tatars qui se dirigeaient vers l’Égypte pour se soumettre au sultan après que Barakah les eut envoyés en renfort à Houlakou mais la division avait éclaté entre les deux princes et Barakah avait ordonné à ses soldats de venir le rejoindre, ou si cela leur était impossible, de se rendre en Egypte pour joindre l’armée égyptienne. La raison de cette division était due au fait qu’une bataille avait eu lieu entre Barakah et Houlakou ou le fils de ce dernier avait trouvé la mort et ses troupes écrasée et mise en fuite. Houlakou s’était retiré dans une forteresse au milieu du lac d’Azerbaïdjan où il fut assiégé.

Ces nouvelles enchantèrent le sultan et tous furent heureux de savoir qu’Houlakou, occupé par des problèmes internes, était dans l’impossibilité de partir en guerre en Syrie. Les gouverneurs des villes reçurent l’ordre d’accueillir avec honneur les Tatars et de leur fournir tout ce dont ils auraient besoin. Des robes d’honneur et des présents leur fut aussi envoyé.

 

Le 26 du mois de Dzoul Hijjah, deux cents cavaliers tatars accompagnés de leurs familles arrivèrent au Caire et le sultan sortit à leur rencontre ainsi que tous les habitants sans exception pour les voir. Il leur fut assigné des logements qui avaient été construits pour eux dans le quartier de Louk, situé hors du Caire ou un grand festin leur fut organisé et ou robes d’honneur, des chevaux et des sommes d’argent considérables leur fut octroyés. Les principaux d’entre eux reçurent le grade d’émir et les autres furent incorporés parmi les Mamelouk Bahri et embrassèrent l’Islam. Le sultan écrivit une lettre à Barakah qu’il confia à deux messagers, le juriste Majd ad-Din et l’émir Kashtak.

 

Les Tatars prennent Mossoul

 

Cette même année aussi, le général tatar Sadaghoun à la tête de ses troupes arriva devant la ville de Mossoul et déploya vingt-cinq mangonneaux et comme la place n’était fournie ni en armes et ni en provisions, la famine ne tarda pas à se faire sentir. Lorsque le siège se prolongea, le vendredi 15 du mois de Sha’ban, al-Malik as-Salih Isma’il, le fils de l’atabek Lou’lou’ fit une sortie mais fut fait prisonnier avec tous ceux qui l’accompagnaient. Lorsque les remparts de la ville furent en partie ruinés, les Tatars entrèrent dans celle-ci et tuèrent tous les habitants après neuf jours consécutifs de massacres. ‘Ala’ ad-Din Ibn al-Malik as-Salih fut coupé en deux et la ville pillée. Les vainqueurs tuèrent tous les hommes, prirent en captivité les femmes et les enfants, détruisirent les édifices et transformèrent la ville en décombre avant de partir avec al-Malik as-Salih qu’ils tuèrent par la suite.

 

L’émir Shams ad-Din Aqoush al-Baraki quitta Alep au secours d’al-Malik as-Salih. Les Tatars le rencontrèrent près de Sinjar et le combattirent. Forcé de fuir, il se réfugia dans la ville de Bira, le 14 du mois de Joumadah Thani et après avoir demandé la permission de se retirer en Égypte, il prit la route du Caire où il arriva le premier jour de Dzoul Qi’dah. Le sultan l’accueillit avec honneur et lui attribua le grade d’émir et soixante-dix cavaliers.

Le gouvernement d’Alep fut donné à l’émir ‘Izz ad-Din Aydamouri ash-Shahabi qui attaqua les Arméniens de Sis et fit un grand nombre de prisonniers qui furent envoyés en Égypte ou ils furent exécutés.

 

Cette même année, peu de temps après la défaite d’al-Moustansir, les Sheikh des tribus arabes de ‘Abadah et de Khafajah, dont le territoire s’étendait d’Hit et d’Anbar jusqu’à Hillah et Koufah, dont Khidr Ibn-Badran al-Abadi, Shihri Ibn Ahmad al-Khafaji, Mouqbil Ibn Salim, ‘Ayash Ibn al-Hadithah al-Wishah arrivèrent à la cour du sultan qui les combla de présents car ils lui servaient d’espions auprès des Tatars.

 

 

Le 15 du mois de Joumadah Thani de l’année 661 de l’Hégire (1263), suite à l’invitation qui lui avait été envoyée, al-Malik al-Ashraf, le souverain de Homs, arriva chez le sultan qui sortit à sa rencontre, l’honora et lui envoya soixante-dix gazelles en lui disant : « Je les ai chassé aujourd’hui et réservées pour toi. »

 

L’emprisonnement d’al-Malik al-Moughith, le seigneur de Karak

 

En même temps, al-Malik al-Moughith quitta Karak pour les mêmes raisons après avoir longtemps refusé ses invitations pour plusieurs prétextes. Le sultan Baybars voulait à tout prix le rencontrer et gardant ses projets secrets, il l’amena par la ruse.

 

Le 26 du mois de Joumadah Awwal, al-Malik al-Moughith arriva à Bayssan et le sultan sortit à sa rencontre en apparat. Al-Moughith l’accompagna jusqu’à la tente royale et à peine fut-il entré, il se retrouva prisonnier. On somma alors les princes, les émirs et le Qadi al-Qoudat Shams ad-Din Ahmad Ibn-Khallikan de Damas, les témoins, les soldats et les des croisés. Il fut produit en leur présence les lettres adressées par al-Malik al-Moughith aux Tatars et les réponses de ces derniers, les autorisations des juristes à lui faire la guerre et toute la correspondance entre lui et Houlakou.

L’émir Atabek dit aux assistants : « Le sultan vous salue, et vous dit : « Ceci est le seul motif qui a justifié l’arrestation d’al-Malik al-Moughith. » Après quoi, toutes les lettres furent publiquement lues et un rapport fut consigné sur lequel les Qoudat apposèrent leurs signature avant de congédier l’assemblée. Le soir même, escorté par l’émir Shams ad-Din Aqsounqour al-Farakani, al-Malik al-Moughith fut envoya en Égypte dans la citadelle de la Montagne où il fut emprisonné. Sa suite fut libérée et ses épouses envoyées en Égypte ou il leur fut attribué un revenu.

 

Les agressions répétées des croisés

 

Le sultan ayant éliminé sa menace put enfin tourner toute son attention vers les croisés qui s’appuyant sur des prétentions mensongères, demandaient la restitution de Zar’in. Le sultan leur répondit : « Vous avez déjà reçu sous le règne d’al-Malik an-Nassir en échange de celle-ci, plusieurs villages de Marj al-‘Ouyoun. » Le sultan reçut au même moment des plaintes de gouverneurs qui se plaignaient des agressions répétées des croisés qui de ce fait avaient rompu la trêve.

Le sultan était déjà arrivé au milieu de leur territoire quand il lui fut remis les lettres de ces derniers dans lesquelles, ils affirmaient n’avoir point été informés de son arrivée. Il leur répondit : « Quiconque est à la tête d’une affaire doit être vigilant. Qui a pu ignorer la marche de cette armée et ne pas connaître le nombre élevé de ses soldats quand les animaux des déserts et les poissons sous les eaux en ont connaissance ? Il n’est pas un endroit où la poussière levée par nos les chevaux de notre armée n’a pas pénétré dans vos demeures. Peut-être même, le bruit de leurs sabots est parvenu aux croisés qui habitent au-delà de la mer et aux Tatars de Moukan. Si ces troupes sont arrivées près du seuil de vos maisons sans que vous en ayez connaissance, que savez-vous donc ? »

Les gouverneurs de Jaffa et d’Arsouf arrivèrent alors avec des présents qui furent acceptés et le sultan défendit à ses soldats de s’arrêter dans les champs des croisés, d’y lâcher un cheval, d’abimer une feuille, de saisir un animal ou de causer un seul tort aux fermiers.

 

Auparavant, le sultan avait reçu des lettres des croisés ou ils exprimaient leur regret d’avoir conclu une trêve et leur intention de la rompre cependant, qu’ils virent le sultan sur leur terre, ils changèrent d’opinion et préférèrent la paix et s’en tenir au traité.

Le jour de l’arrestation d’al-Malik al-Moughith, le sultan somma les croisés des différentes classes et leur demanda quelle était leur intention. Ils répondirent : « Nous voulons maintenir la trêve qui a été conclue entre nous. » Le sultan leur dit alors : « Pourquoi vous apprêtiez-vous à faire le contraire avant notre arrivée, avant que nous ayons sacrifié des richesses, qui si elles étaient fondues formeraient des mers ? Bien que nous n’avons ni endommagé vos récoltes ni un seul de vos biens vous avez empêché que nos troupes de recevoir des provisions. Alors que nous étions à Damas, vous nous avez envoyé une demande que nous avons acceptée mais quand nous vous avons envoyé la nôtre, vous avez refusé de l’accepter et écrit une autre sur laquelle vous avez prêté serment. Or les clauses du premier acte devaient se retrouver dans le second. Nous avons envoyé nos prisonniers à Naplouse puis à Damas mais vous nous n’en avez envoyé aucun et trompé. Nous vous avons envoyé Kamal ad-Din Ibn Shayth comme messager pour vous informer de l’arrivée de nos prisonniers mais vous nous avez envoyé personne. Vous n’avez eu aucune pitié pour les prisonniers qui professent pourtant la même religion que vous et qui étaient déjà à vos portes afin de ne pas vous priver des travaux que vous exigiez des prisonniers musulmans. Vous vous êtes engagés à rendre les sommes que vous avez volées aux marchands puis avez dit : « Ces richesses n’ont point été enlevées sur notre territoire mais dans la ville de Tortose. » Elles ont été ajoutées au trésor des templiers chez qui se trouvent nos prisonniers. Si Tortose ne vous appartient pas, Allah Exalté prouvera la vérité de votre affirmation. Lorsque nous envoyâmes des messagers à l’empereur des Grecs, nous vous avons écrit pour vous demander de faciliter leur voyage mais vous les avez envoyé vers Chypre ou vous les avez arrêtés, enchainés et soumit aux privations si bien que l’un d’entre eux mourut en prison. Quant à nous, nous avons toujours bien traité vos envoyés et vous savez pourtant que les envoyés ne sont jamais maltraités même en temps de guerre et qu’ils sont libres de tout mouvement. Si un acte a eu lieu contre votre gré vous le prenez comme un affront comment donc les rois peuvent-ils conserver leur vie et leurs richesses, si ce n’est en maintenant leur honneur ?

D’ailleurs, c’est dans la ville d’Acre que se trouvent la plupart des biens appartenant au prince de Chypre, ses vaisseaux et ses marchands sont stationnés chez vous et il n’est pas un souverain indépendant puisque des templiers, des chevaliers et le comte de Jaffa résident à ses côtés. S’il était autrement, vous n’aurez pas hésité à combattre contre lui et prendre ses biens.

D’autre part, sous le règne d’al-Malik as-Salih Isma’il, vous avez reçu les forteresses de Safad et de Shaqif en échange de votre aide contre le sultan al-Malik as-Salih Najm ad-Din. Vous lui avez porté secours mais vos soldats furent tués ou faits prisonniers et la force d’Isma’il fut écrasée cependant, le sultan vainqueur, loin de vous punir, vous combla de bienfaits et pour le remercier, vous vous êtes joints au roi de France avec toutes vos forces et l’avez suivi en Égypte et on sait quel fut le résultat de vos vains efforts. Avez-vous donc tenu vos engagements envers l’Egypte et quel succès avez-vous remporté ?

Enfin, vous aviez reçu les villes susmentionnée d’as-Salih Isma’il pour défendre la Syrie et les pays voisins mais je n’ai besoin ni de votre aide ni de votre secours. Restituez donc les terres que vous avez envahis et libérez tous les prisonniers musulmans car je n’accepterai aucune autre condition. »

 

Les croisés répondirent : « Nous n’avons aucune intention de rompre la trêve et nous implorons la bonté du sultan et le prions de maintenir le traité. Nous prendrons soin à ne plus causer de désagréments aux gouverneurs et libérons les prisonniers. » Le sultan leur répondit : « C’est ce qu’il fallait faire avant que nous quittions l’Egypte en hiver et sous la pluie et que nos armées ne foulent vos terres. » Et il ordonna de renvoyer les envoyés pour qu’ils ne passent pas la nuit dans le camp.

 

L’émir ‘Ala’ ad-Din Taybars fut alors envoyé vers l’église de Nazareth qu’il détruisit sans qu’aucun croisé ne tente de la défende. L’émir Badr ad-Din Aydamouri à la tête d’un corps de troupes fit des raids jusqu’aux portes de la ville d’Acre avant de se retirer puis, lors d’une autre expédition, il tomba sur des troupeaux appartenant aux croisés (qu’ils avaient certainement eux même volés aux paysans musulmans) qu’il ramena dans le camp.

 

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