CROISADES

La vengeance des Musulmans de Damas

 

La nouvelle de la défaite des Tatars arriva à Damas le dimanche 27 de ce même mois tandis que la tête de Kitbougha, le général tatar fut emmenée au Caire. Zayn al-Hafidi, et les Tatars qui restaient quittèrent en hâte la ville, accompagnés de leur suite mais les habitants des villages les attaquèrent et pillèrent tout leur bagage. Damas resta au pouvoir des Tatars durant sept mois et dix jours.

Ce même jour, le sultan vint camper à Tabariyah d’où il écrivit aux habitants de Damas pour leur notifier la victoire qu’Allah Exalté l’avait gratifié et de la défaite des Tatars. Ce fut la première lettre qu’il adressa à la population de cette ville.

Lorsque les habitants reçurent la lettre, ils furent transportés de joie et se jetèrent sur les maisons des Chrétiens qu’ils pillèrent et détruisirent. Les églises furent incendiées et un grand nombre de Chrétiens furent tués et autant prit en esclavage. Ainsi les Musulmans se vengèrent de ce leur avaient fait subir les Chrétiens pendant le règne des Tatars, des mosquées qu’ils avaient détruits et de leurs constantes offenses comme nous l’avons précédemment mentionné.

Ensuite, les habitants de Damas pillèrent les habitations des Juifs et incendièrent leurs magasins avant de se tourner vers leurs synagogues mais des soldats les en empêchèrent. Puis, les gens attaquèrent plusieurs apostats qui avaient soutenus les Tatars, les tuèrent et détruisirent leurs maisons. Tous les Tatars qui se trouvaient dans la ville furent aussi exécutés.

 

A l’aube du 29, l’émir Jamal ad-Din Muhammad as-Salahi arriva à Damas avec une lettre du sultan al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz qui fut lue publiquement dans Dar as-Sa’adah et qui accordait aux habitants une amnistie générale.

 

Le mercredi, dernier jour du mois de Ramadan, al-Malik al-Mouzaffar, à la tête de ses troupes, arriva sous les murs de Damas et établit son camp où il resta jusqu’au deuxième jour de Shawwal avant d’entrer dans la ville.

 

Les Musulmans reprennent toutes les villes de Syrie tombées aux mains des Tatars

 

L’émir Rouqn ad-Din Baybars qui avait été envoyé par le sultan à Homs, massacra et fit prisonniers un grand nombre de Tatars avant de rentrer victorieux à Damas. Al-Malik-Mouzaffar reconquit toutes les villes de Syrie, depuis les rives de l’Euphrate jusqu’à la frontière de l’Egypte.

 

Al-Malik al-Ashraf Moussa, le prince de Homs, et qui avait exercé le pouvoir au nom d’Houlakou, demanda des garanties qui lui furent accordées.

 

Les Tatars qui s’étaient enfuis se virent poursuivis jusqu’à Homs, ils abandonnèrent leurs bagages et relâchèrent leurs prisonniers et prirent la route vers la Palestine cependant, les Musulmans les surprirent et en tuèrent un certain nombre et tous les autres furent fait prisonniers.

 

Lorsqu’al-Malik an-Nassir Youssouf Ibn al-Malik al-‘Aziz, le prince de Damas se rendit chez Houlakou, il fut honoré et un salaire lui fut alloué. Le commandant tatar le rapprocha et le fit asseoir sur un trône auprès de lui. Il le nomma alors souverain des royaumes de la Syrie et de l’Égypte et lui offrit des robes d’honneur, un grand nombre de chevaux et des richesses considérables avant de lui ordonner de partir pour la Syrie quand il fut informé de la défaite de son armée et de la mort de son lieutenant Kitbougha. Il éprouva un vif chagrin, leva aussitôt son camp et repartit vers ses terres sans avoir fait rappeler auparavant le prince de Damas qu’il fit tuer.

 

Le 12 du mois de Shawwal, al-Malik az-Zahir al-Ghazi Ibn an-Nassir, al-Malik as-Salih Ibn Shirkouh, et plusieurs autres princes, partagèrent le même sort. L’épouse de Houlakou, Toukouz Khatoun, intercéda en faveur d’al-Malik al-‘Aziz Ibn an-Nassir et il fut le seul qui échappa à la mort. Houlakou retourna dans ses États.

 

La mort d’al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz et Baybars devient le nouveau sultan

 

Le mardi 26 du mois de Shawwal, le sultan quitta Damas pour l’Égypte. Il voulut se rendre à Alep mais lors d’un retour de chasse, il fut tué le 15 du mois de Dzoul Qi’dah.

Al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz (qu’Allah Exalté lui fasse miséricorde) régna onze mois et dix-sept jours. On a rapporté que le véritable nom de Qoutouz était Mahmoud Ibn Mamdoud et que sa mère était une des sœurs sœur du sultan Jalal ad-Din Khwarizm Shah et que son père était cousin de ce même prince.

 

L’émir al-Malik az-Zahir Rouqn ad-Din Baybars al-Boundouqdari, d’origine turque, fut acheté par al-Malik as-Salih Najm ad-Din Ayyoub et entra à son service ou il gravit les échelons. Après la mort tragique de son maître, il passa au service d’al-Malik al-Mou’azzam ou il resta jusqu’à son assassinat puis, il poursuivit son ascension et à la mort de Faris ad-Din Aktay (Aqtaï), il quitta le Caire pour la Syrie avant d’y revenir quelques temps après pour entrer au service de Qoutouz. Après l’assassinat de ce dernier, le 17 du mois de Dzoul Qi’dah, les émirs lui portèrent allégeance et le nouveau sultan prit le surnom d’al-Malik az-Zahir.

 

 

 

En l’an 659 de l’Hégire (1261), il y eut une épidémie de rats dans la région de Hawran peu après la moisson et dévorèrent la plus grande partie des grains qui se trouvaient dans les entrepôts. Les dégâts causés par ces rongeurs s’élevèrent à trois cent mille sacs de froment.

 

Cette même année, un corps de Tatars de six mille cavaliers firent une incursion dans le territoire de Homs. Al-Malik al-Ashraf Moussa Ibn Shirkouh, le souverain de la ville et al-Malik al-Mansour, le souverain de Hamah à la tête d’environ 1 400 cavaliers sortirent à la rencontre de l’ennemi. Ils furent rejoints par un grand nombre d’Arabes commandés par l’émir Zamil Ibn ‘Ali et ensemble, ils attaquèrent les Tatars près de Rastin, le vendredi 5 du mois de Mouharram. Les Tatars furent tous tués ou fait prisonniers et leurs têtes des morts ramenées à Damas qui à cette époque traversait une crise de famine.

 

Des travaux ordonné par le sultan al-Malik az-Zahir Baybars

 

Cette même année, al-Malik az-Zahir confia de l’agent et des objets précieux, à l’émir ‘Ala’ ad-Din Laqmouri pour restaurer la mosquée du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Il envoya aussi des charpentiers et des matériaux pour reconstruire le dôme d’as-Sakhrah de Bayt al-Maqdis qui menaçait de s’effondrer et affecta des Waqf pour l’entretien de la ville d’al-Khalil. Il ordonna aussi de rebâtir la forteresse d’ar-Rawdah dont une partie s’était effondrée, des arches dans le district de Gizeh pour bénéficier de la crue du Nil, de reconstruire les fortifications d’Alexandrie et une tour de garde près de Rashid pour observer la mer. Il fit combler une partie de l’embouchure de Damiette et y envoya un grand nombre de tailleurs de pierres, avec des blocs de pierres, et des poutres pour combler le lit de cet affluent pour empêcher les grands navires d’y pénétrer.

Le sultan Baybars fit rebâtir toutes les forteresses de Syrie qui avaient été détruites par les Tatars, la citadelle de Damas, de Sayt, d’Ajloun, de Sarkhad, de Bosra, de Baalbek, de Shayzar, de Soubaybah, de Shimaymis et de Homs. Les fossés furent nettoyés, les tours agrandies et remplies de munitions et de provisions. D’immenses quantités de grains furent envoyées à Damas et distribuées dans les districts voisins pour encourager les cultivateurs. Il fit construire à de Damas Dar al-‘Adl, pour rendre la justice et Mashhad an-Nasr à ‘Ayn Jalout, un monument pour rappeler la victoire sur les Tatars.

Il fit de même établir sur toutes les routes des relais de poste pour accélérer la transmission des nouvelles et dépensa de grande somme d’argent pour ce service. Il fit surveiller avec une attention particulière la construction de navires de guerre qui avait été précédemment négligé et leur attribua des équipages. Le sultan fit aussi construire un grand nombre de galères dans les ports de Damiette et d’Alexandrie et visita l’arsenal maritime si bien que rapidement, il établit une flotte navale de plus de quarante galères sans compter un grand nombre de barques, de bâtiments de transport et d’autres embarcations,

 

Raids sur les terres occupées par les croisés

 

Cette même année, le sultan fit des incursions dans le territoire d’Antioche et ne revint que lorsque ses troupes eurent amassé un butin considérable et incendié les champs des croisés puis, il se rendit à Alep et y nomma l’émir ‘Ala’ ad-Din al-Boundouqdari gouverneur de la ville. A peine le sultan avait-il quitté la ville que les croisés lui envoyèrent des cadeaux et lui demandèrent la paix mais il leur fixa des conditions qu’ils refusèrent alors il marcha avec ses troupes sur les terres de l’ennemi près de Baalbek. Les croisés supplièrent le sultan de retourner sur ses pas car la famine régnait dans toute la Syrie. La paix fut donc conclue sous les conditions que les choses resteraient telles qu’elles l’avaient été à la fin du règne de Malik an-Nassir et que tous les prisonniers qui avaient été faits depuis cette époque seraient mis en liberté.

Des messagers croisés arrivèrent pour signer le traité et négocier une trêve pour les seigneur de Jaffa et de Beyrouth. Les croisés firent des difficultés sur la clause des prisonniers et le sultan ordonna de faire transférer de Nablous à Damas, les prisonniers croisés et de les employer aux constructions. Les croisés prétendirent aussi une indemnité pour la ville de Zarin mais il leur fut répondu : « Sous le règne d’an-Nassir, vous avez reçu en échange de cette place celle de Marj al-‘Ouyoun et en plus de cela, vous avez conclu un autre accord du même genre avec le souverain de Sis dont vous avez reçu les prix. Comment osez-vous réclamer un double dédommagement ? Si vous vous en tenez aux clauses du traité, c’est parfait sinon, sachez que notre seul but est de combattre les mécréants. »

 

Entre temps, à la tête d’une armée, l’émir Jamal ad-Din Muhammad pénétra les terres des croisés et     revint sain et sauf chargé de butin. Un autre corps de troupes tomba sur des Arabes des Bani     Zoubayd qui semaient la corruption sur terre, tua un grand nombre d’entre eux et revint aussi avec du butin. Le sultan somma les émirs arabes, leur fit des présents, leur accorda des propriétés territoriales, leur confia la surveillance des diverses provinces et les obligea à garder les passages jusqu’aux frontières de l’Irak.

 

Cette même année, le sultan Baybars apprit que le commandant tatar Barakah s’était convertit à l’Islam. Il lui envoya donc une lettre pour l’inciter à faire la guerre à Houlakou.

 

Les Tatars qui étaient restés en Syrie firent une incursion sur le territoire d’Alep qu’ils ravagèrent et Baydirah leur chef, vint camper sous le mur de la ville qu’il assiégea cependant, lorsqu’il fut informé de l’approche de l’armée du sultan, il leva le siège et retourna d’où il venait.

 

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