CROISADES

Houlakou retourne en Asie et l’arrivée de ses messagers en Egypte

 

Pendant ce temps, Houlakou prit la ville de Mardin et lui fit subir le même sort qu’aux autres villes avant de détruire les murailles de la citadelle.

 

Un des pages d’al-Malik an-Nassir, nommé Houssayn al-Kourdi at-Tabardar, le fit prisonnier ainsi que son fils al-Malik al-‘Aziz, son frère al-Gazi, Isma’il Ibn ash-Shadi et toutes les personnes de son entourage et les envoya à Houlakou qui quitta alors Alep pour l’Asie en compagnie de sept émirs Bahri dont Sounqour ‘Ashqar, Tankiz, Barmak et Bakmash après avoir nommé Kitbougha Noyan pour commander en son nom la ville d’Alep et Baydirah celle de Damas.

 

Peu après, des messagers d’Houlakou arrivèrent en Égypte apportant une lettre qui disait :

« De la part du Roi des Rois de l’Orient et de l’Occident, le suprême Khan :

En ton nom, ô Dieu, qui a étendu la terre et élevé les cieux. Al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz est un de ces Mamalik qui ont fui dans ce pays pour éviter nos sabres, goûter les bienfaits de son souverain et qui massacrent ses sujets. Qu’al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz, ses émirs et les gens habitants l’Égypte et les régions voisines sachent que nous sommes les soldats de Dieu sur la terre. Qu’Il nous a créés dans Sa colère et nous a livré ceux qui sont l’objet de Son courroux. Que ce qui est arrivé dans les autres terres soit pour vous un sujet de réflexion et vous incite à ne pas nous combattre. Prenez-les pour exemple et soumettez-vous à nous avant la rupture du voile et que repentant, subissiez la peine de vos fautes. Sachez que sommes insensibles aux pleurs et aux plaintes et comme vous le savez, nous avons conquis un vaste pays et purifié la terre des désordres qui la souillaient en massacrant la plus grande part de ses habitants. C’est à vous de fuir, et à nous de vous poursuivre. Quelle terre vous offrira asile ? Quelle route pourra vous sauver ? Quel pays pourra protéger vos vies quand vous n’avez aucun moyen d’échapper à nos sabres et vous soustraire à la furie de nos armes. Nos chevaux sont légers à la course, nos flèches sont perçantes, nos sabres pareils à la foudre, nos cœurs sont durs comme des montagnes, le nombre de nos soldats égale celui des grains de sable, les forteresses et les armées ne nous résistent pas.

Les prières que vous adresserez à Dieu contre nous ne serons pas exaucées car vous vous enrichissez de manière illicite, vous ne tenez ni engagement, ni promesses et ni serments. La révolte et la désobéissance règnent parmi vous. Sachez que l’humiliation et l’opprobre tomberont sur vous. Aujourd’hui, vous allez recevoir un châtiment ignominieux en punition de l’orgueil et des excès auxquels vous vous livriez. Ceux qui ont commis l’injustice vont bientôt connaitre le sort qui les attend, ceux qui daigneraient nous faire la guerre le regretteront tandis que ceux qui rechercheront notre protection seront seuls en sûreté. Si vous vous soumettez à nos ordres et aux conditions que nous vous proposons, nous partageront tout ce qui est pour nous et contre nous mais si vous résistez, vous périrez. Ne vous causez pas de tort à vous-même et celui qui est averti doit être sur ses gardes.

Si vous êtes persuadés que nous sommes des mécréants, sachez que vous êtes pour nous des criminels. Et ce Dieu, dont les ordres sont irrévocables et les décrets parfaitement sages, nous a fait triompher de vous. Vos armées les plus puissantes nous paraissent infimes et vos personnages les plus marquants méprisables. Vos rois n’ont à attendre de nous que l’opprobre.

Ne tardez pas à délibérer et hâtez-vous de nous répondre avant que la guerre allume ses feux et lance sur vous ses brandons car alors vous ne trouverez plus ni asile, ni force, ni protecteur et ni appui. Vous subirez les plus terribles catastrophes et vos pays deviendront des déserts.

Par ce message, nous avons agi noblement envers vous et tenté de vous réveiller de votre sommeil car vous êtes les seuls ennemis contre qui nous devions marcher.

Que le salut soit sur nous, sur vous, et sur tous ceux qui suivent la direction divine, qui redoutent les suites de la mort et se soumettent aux ordres du roi suprême. »

 

L’exécution des messagers d’Houlakou

 

Après la lecture de cette lettre, Qoutouz réunit les émirs et tous décidèrent de tuer les messagers et de marcher sur Salahiyah. Ces derniers furent donc arrêtés et emprisonnés. Le sultan fit porter allégeance aux émirs qu’il avait choisis et donna l’ordre du départ.

 

Le lundi 15 du mois de Sha’ban, al-Malik al-Mouzaffar, à la tête des troupes d’Égypte quitta la citadelle de la Montagne et prit la route d’as-Salahiyah. Avant son départ, il fit comparaître les quatre messagers tatars et l’un fut tué dans le marché des chevaux au pied de la citadelle de la Montagne, un autre à la porte de Zawilah, le troisième à la porte de Nasr et le quatrième à ar-Ridaniyah. Leurs têtes furent suspendues à la porte de Zawilah et ce fut les premières têtes tatars qui y furent accrochées. On proclama le Jihad dans les villes de Misr, du Caire et des environs et tous furent invités à prendre les armes pour la défense de la religion d’Allah à lui les Louanges et la Gloire et de son Messager (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

Puis, le sultan établit son camp à Salahiyah où toutes ses forces furent invitées à se rassembler et lorsqu’elles furent au complet, malgré la réticence de certains, il ordonna à ses émirs de marcher. Il confia l’avant-garde à l’émir Rouqn ad-Din Baybars al-Boundouqdari qu’il envoya en avant pour s’informer des mouvements des Tatars et lorsqu’il arriva à Gaza, où se trouvait une garnison de Tatars qui s’enfuirent à son approche, il prit la ville sans combattre.

Le sultan arriva bientôt avec le reste de l’armée et établit son camp à Gaza avant de prendre la route de la Palestine et de marcher sur Acre. Les croisés qui étaient maîtres de la ville sortirent à sa rencontre et lui offrirent de l’accompagner comme auxiliaires mais il refusa et leur demanda d’observer la neutralité dans cette guerre et les menaça de les attaquer si un d’entre eux suivait l’armée des Musulmans. Nous verrons dans l’appendice comment les croisés entrèrent en contact avec les Tatars et à quel moment.

 

Al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz harangua alors les émirs, les exhorta à ne pas craindre l’ennemi et leur rappela les si nombreux carnages et destructions qu’ils avaient commis. Il leur demanda de mettre fin à leurs excès, à délivrer la Syrie de leurs mains, à défendre courageusement l’Islam et les Musulmans pour éviter les châtiments qu’Allah Exalté ne manqueraient pas de les accabler s’ils manquaient de le faire. Les Musulmans pleurèrent et firent le serment de ne pas ménager leurs efforts pour vaincre les Tatars et les chasser des terres qu’ils avaient conquises.

 

Pendant ce temps, l’avant-garde commandée par l’émir Rouqn ad-Din Baybars qui avait poursuivi son avance sur les ordres du sultan tomba sur l’avant-garde des Tatars. Il se hâta de l’en informer avant de lancer son attaque et les Musulmans l’emportèrent sur les Tatars. Le sultan al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz le rejoignit près de ‘Ayn Jalout et lui demanda de poursuivre sa reconnaissance.

 

Lorsque les deux commandants d’Houlakou, Kitbougha et Baydirah furent informé de la marche de l’armée égyptienne, ils rassemblèrent tous les Tatars qui se trouvaient en Syrie et sortirent à la rencontre des Musulmans.





[1] (NdT : J’aimerais signaler qu’il ne s’agit à chaque fois que des populations musulmanes puisque comme on le verra ni les Chrétiens et ni les Juifs qui vivaient parmi eux ne seront jamais inquiétés par les Tatars et que bien au contraire, ils prendront leur partie.)

 

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