CROISADES

Chapitre Neuf

 

Le ravage des terres ismaéliennes par les Tatars

 

En l’an 650 de l’Hégire (1252), des nouvelles arrivèrent que Mango Khan l’empereur des Tatars avait envoyé son frère Houlakou pour conquérir l’Irak et ce dernier envahit les terres des ismaéliens qu’il pilla, ravagea après avoir éliminé ou prit en esclavage l’ensemble de la population. Il étendit ses exactions jusqu’à Diyar-Bakr et Mayafariqin et ses soldats pénétrèrent sur les territoires de Ras al-‘Ayn et de Sarouj ou ils massacrèrent plus de dix mille hommes et prirent un nombre égal de prisonniers. Ils tombèrent sur caravane qui se rendait de Harran à Baghdad qu’ils pillèrent aussi et prirent un immense butin dont six cents charges de sucre d’Égypte et six cent mille pièces d’or. Ils passèrent par l’épée tous les vieillards, hommes et emmenèrent en esclavage les femmes et les enfants. Les habitants de ces contrées effrayés par ces nouvelles s’enfuirent en hâte et traversèrent l’Euphrate.

 

Cette même année, la ville d’Alep fut ravagée par un incendie terrible et après avoir acquis la certitude, il se trouva qu’il avait été allumé par les croisés, qu’Allah les maudisse. L’incendie ravagea six cents maisons et des richesses incalculables.

 

 

La propagation de la religion musulmane chez les Tatars

 

En l’an 652 de l’Hégire (1254), la paix fut conclue pour une durée de deux ans six mois et quarante jours datant du premier jour de Mouharram entre Malik an-Nassir et les croisés d’Acre. Il fut convenu que ces derniers recevraient les revenus du pays qui s’étend depuis ash-Shari’at ou dire le Jourdain. Les deux partis portèrent serment pour le respect de ce traité.

 

A cette époque parut un feu dans la ville d’Aden qui effraya les cœurs.

 

Cette année aussi, mourut le roi des Tatars, Sartak Khan Ibn Shinjiz-Khan, après un règne d’un an et quelques mois. Baraka Khan Ibn Batou Khan Ibn Joushi Khan Ibn Shinjiz Khan lui succéda et se convertit à l’Islam. Sous son règne, la religion musulmane se propagea dans ses états. Il construisit Madrassah et honora les savants. Son épouse Jajak devint aussi musulmane et fit élever une tente qui lui servit de mosquée dont le service fut donné au Sheikh Najm ad-Din Koubra.

 

 

 

Le 5 du mois de Joumadah Thani de l’année 654 de l’Hégire (1256), un feu apparut le Hijaz à l’est de Médine à Wadi Shazah près de la montagne d’Ouhoud qui dura un mois entier. La ville de Médine fut secouée de tremblements de terre et le lundi 1de ce même mois, cinq jours avant son apparition, des bruits effrayants qui durèrent jour ni nuit jusqu’au vendredi suivant furent entendus. Et nous avons déjà rapporté cet évènement dans le premier volume.

 

La nuit du vendredi 1 du mois de Ramadan, la mosquée du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) Médine fut consumée par un incendie allumé par la lampe du gardien. Le feu dévora toute la toiture et une partie des colonnes tandis que le toit du noble sanctuaire fut entièrement brûlé.

 

Cette même année, une inondation submergea Baghdad et un grand nombre d’habitants périrent.

 

Les Tatars se rendent maitre du Sultanat de Roum et assiègent Baghdad

 

Toujours cette même année, Houlakou Ibn Toulou Khan Ibn Shinjiz Khan devint puissant et célèbre après avoir conquis un grand nombre de villes. Un de ses commandants pénétra dans le pays des Seljouks Roum et le sultan Ghiyath ad-Din Kaykhousrou se retira devant lui et périt dans sa fuite. Les Tatars prirent alors Césarée et les régions environnantes sur une distance d’un mois de marche se rendant maitre des terres des Seljouks.

 

Peu de temps après, Ibn al-‘Alqami le vizir du calife de Baghdad reçut des espions envoyés par Houlakou et avec qui il fit des plans. Les espions firent des promesses à plusieurs émirs de Baghdad tandis que pendant ce temps, le calife livré à ses passions n’avait aucune connaissance des complots qui se tramaient derrière son dos.

 

 

Le 15 du mois de Joumadah Thani de l’année 655 de l’Hégire (1257), la lune fut éclipsée et prit une teinte extrêmement rouge puis le soleil prit la même couleur durant plusieurs jours consécutifs.

 

Cette même année, Houlakou Ibn Touli Ibn Shinjiz Khan marcha sur Baghdad et envoya des messagers au calife pour l’inviter à lui payer le tribut. La terreur se répandit dans la ville et bientôt Houlakou vint camper devant la ville qu’il assiégea. Nous avons rapporté la suite des évènements et la chute de Baghdad dans le premier volume.

 

 

L’exécution du dernier calife abbasside de Baghdad

 

En l’an 656 de l’Hégire (1258), la famine et les maladies se répandirent. A Damas, Alep et en Égypte, les prix des denrées devinrent exorbitants. A Alep, le Makouk de froment coutait cent pièces d’argent, celui d’orge soixante et un melon coûtait trente dirhems.

 

Le 6 du mois de Safar de cette même année, après la chute de Baghdad, Houlakou fit tuer le calife abbasside al-Mousta’sim Billah qui régna quinze années sept mois et six jours. Sa mort mit fin au règne de la maison de ‘Abbas et les Musulmans restèrent sans calife jusqu’en l’an 659 de l’Hégire.

Après la chute de Baghdad, les Tatars prirent Arbil et Badr ad-Din Lou’lou’, le souverain de Mossoul, se soumit à leur autorité.

 

Toujours cette même année la maladie ravagea la Syrie et il mourait chaque jour à Alep plus d’un millier de personnes. De même, un grand nombre d’habitants de Damas en furent victimes.

 

Al-Malik an-Nassir, le souverain de Damas, envoya son fils al-Malik al-‘Aziz accompagné d’un grand nombre d’émirs chargé de présents à Houlakou qu’il offrit à ce dernier quand il fut en sa présence. Il lui demanda, au nom de son père, son aide afin qu’il reprenne l’Egypte aux Mamalik. Houlakou ordonna alors qu’environ vingt mille cavaliers l’accompagnent à son retour.

Environ trois mille soldats de son armée désertèrent avec eux leurs femmes et leurs enfants et se réfugièrent à Damas. Malik an-Nassir voulut alors augmenter ses forces et les prit à son service cependant, leur insolence augmenta chaque jour et leurs exigences devinrent excessives. Al-Malik an-Nassir qui les craignaient, essaya de les gagner par ses bienfaits mais il ne fit qu’augmenter leur insubordination. Alors, ils l’abandonnèrent et partirent pour Karak, chez le souverain al-Malik Moughith qui les reçut avec joie et pensa avec leur aide, mettre la main sur Damas.

 

 

La lettre d’Houlakou à al-Malik an-Nassir, le prince d’Alep

 

En l’an 657 de l’Hégire (1259), les Tatars attaquèrent sans succès la ville de Mardin. Après un siège infructueux, ils levèrent le siège et marchèrent sur Mayafariqin qu’ils assiégèrent si durement que les habitants furent réduits à manger le cuir des sandales.

 

Lorsqu’al-Malik al-‘Aziz Ibn al-Malik an-Nassir retourna de sa visite à Houlakou, il apporta une lettre qui disait :

« Nous informons al-Malik an-Nassir, le prince d’Alep, que par la force de l’épée du Dieu Très-haut, nous avons conquis Baghdad, massacré ses guerriers, détruit les édifices et fait prisonniers ses habitants, suivant ce verset du Livre Noble de Dieu : « En vérité, quand les rois entrent dans une cité ils la corrompent, et font de ses honorables citoyens des humiliés. » Nous avons fait amener le calife devant nous et l’avons questionné mais il ne répondit que par des mensonges alors, il dut se repentir de sa conduite et mérita la peine de mort que nous avons rendu contre lui. Cet homme pervers ne passait son temps qu’à ramasser les richesses sans s’occuper de ses sujets. Sa réputation se répandit et il occupait un rang élevé. Que Dieu nous garde de la perfection et de la grandeur.

Quand une chose arrive à son fait, elle commence à décliner.

Lorsque tu entends dire : Elle est parfaite, crains alors une catastrophe.

Si tu es dans la prospérité, conserve-la avec soin,

Car les crimes entraînent la perte du bonheur.

Combien d’hommes passèrent la nuit dans la félicité,

Sans se douter que la mort allait fondre sur eux à l’improviste.

Lorsque tu auras pris connaissance de ma lettre, hâte-toi de te soumettre ainsi que tes sujets, tes guerriers et tes richesses au roi des rois, souverain du monde. Faisant ainsi, tu éviteras sa colère et mériteras ses bienfaits, ainsi que Dieu Le Très Haut l’a dit dans Son Noble Livre : « Et qu’en vérité, l’homme n’obtient que [le fruit] de ses efforts et que son effort, lui sera présenté (le jour du Jugement). Ensuite il en sera récompensé pleinement. »

Prends garde d’emprisonner nos messagers comme tu l’as fait précédemment et observe envers eux la justice et congédie-les avec des témoignages de bienveillance. Nous avons appris que des marchands Syriens et autres, se sont réfugiés dans un caravansérail avec leurs femmes et leurs richesses. Sache que s’ils se retiraient sur les montagnes, nous les abattrons et s’ils se cachaient sous la terre, nous la retournerons.

Où se sauver quand aucun fugitif ne pourrait trouver asile.

Les deux éléments, la terre et l’eau, m’appartiennent.

Notre force redoutable nous a soumis les lions,

Les émirs et les vizirs sont sous notre volonté. »

 

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